La libération de trois mis en examen dans l'affaire de la SNCF affaiblit la thèse de l'apparition d'un « terrorisme d'ultra-gauche » organisé.

Trois des cinq suspects de sabotage contre la SNCF ont été remis en liberté ce mardi. Benjamin, Gabrielle et Manon sont sortis après avoir passé trois semaines en prison. Ils avaient été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».
Me Irène Terrel, avocate des trois suspects relâchés, a salué ce qu'elle présente comme « un désaveu radical de la procédure ». Tout en parlant de « victoire relative » après trois semaines d'une enquête hypermédiatisée. Médias, police, justice : décryptage du rôle de chacun de ces acteurs dans la montée en puissance médiatique d'un « terrorisme ultra-gauchiste ».
La presse les a d'abord présentés comme des « enfants de bourgeois paumés », puis comme « des intellectuels déclassés ». Puis Rue89 a ressorti Tiqqun, revue situationniste dans les pas de Guy Debord, dont Julien Coupat, présenté comme le leader du groupe, était un des piliers.
Quelques jours plus tard, dans le reste de la presse, les biographies de ces anonymes célèbres ont commencé à s'étoffer. Se dessine une silhouette floue, certes, mais moins caricaturale que ce que l'on a bien voulu en dire.
De fait, il s'agit plutôt des gens lettrés (Julien Coupat a fait l'Essec avant d'entamer une thèse à l'EHESS), qui affichent leurs convictions et ont, pour certains, pris des positions publiques qui entrent en résonance avec le « terrorisme ferroviaire », tradition anarcho-syndicaliste du début du XXe siècle.
Dans la presse toujours, il s'écrit que les cinq suspects (à quoi s'ajoutaient d'autres, contre qui les poursuites avaient tôt été abandonnées) étaient les auteurs de « L'insurrection qui vient ». Un essai publié à La Fabrique par l'éditeur Eric Hazan.
Lui qui parle de Coupat comme d'un « ami » n'a de cesse de réaffirmer la confidentialité des auteurs. N'empêche, dès les premières heures de l'enquête, la police a confié aux médias une très forte présomption de paternité pour cet écrit érigé bientôt en « pièce à conviction ». Une paternité que rien aujourd'hui ne permet d'étayer.
L'hypermédiatisation a-t-elle renforcé la défiance envers les médias dans ces cercles militants ? Pas forcément : suite à un premier article, sur ce que Michèle Alliot-Marie continue d'appeler « la mouvance anarcho-autonome », plusieurs riverains nous ont contactés pour proposer d'échanger… y compris des idées de lecture ! Merci pour cela, leurs témoignages restent les bienvenus et notre téléphone accessible (sauf la nuit ! ).
Le 10 novembre, 20 personnes sont interpellées sur tout le territoire. En tout, 150 policiers sont mobilisés à l'aube à Paris, Rouen, dans la Meuse et en Corrèze (et en particulier à Tarnac, intronisée phare médiatique du département). La moitié d'entre elles sont relâchées, les autres placées en garde à vue.
Le week-end précédent, la SNCF annonçait que plusieurs tentatives de sabotage avaient endommagé ses caténaires. Bilan : 160 trains retardés, mais aucun accident.
Aussitôt, la ministre de l'Intérieur sort le porte-voix. Michèle Alliot-Marie parle très vite d'interpellations pour « appartenance à l'ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome ». A ce stade, la plupart des Français découvre le terme « autonome » (un peu fourre-tout, le mot est utilisé par les RG depuis les années 80).
En réalité, plusieurs circulaires montraient déjà du doigt cette sphère à géométrie variable où les affinités sont électives et les points de convergence pas exclusifs. Côté renseignement, on scrutait déjà de longue date les plus activistes.
A Paris, on a vu le changement de génération se faire en 2006-2007, avec l'apparition d'une nouvelle garde très jeune. Alors qu'en 2003, au moment du Forum social européen, le gros des autonomes du black block en queue de manif était déjà connu des services de police depuis les années 80.
A l'époque, ceux-là avaient la trentaine et sortaient des grandes vagues de revendications libertaires dont voici une exégèse en images, période 1975 (un brin savante, on vous aura prévenu). (Voir la vidéo)
Alors qu'une partie de l'opinion s'étonne du coup de filet contre un groupe d'anciens étudiants hyperpolitisés, le ministère de l'Intérieur affirme qu'il ne s'agit pas d'un procès d'intention : « L'Insurrection qui vient » et le pédigrée militant des suspects ne fait pas tout, assure la place Beauvau. On découvre ainsi qu'une enquête était en cours sur Coupat et son amie, dont on apprend très vite qu'ils ont été aperçus à proximité des caténaires en question. Ils étaient en effet filés. En revanche, la « trace ADN » évoquée un temps devait vite disparaître des briefings.
De source policière, on apprend que la surveillance s'est, depuis, intensifiée. Avec une efficacité redoutable : à la fin de chaque manifestation, des listes de noms sont communiquées à la hiérarchie. Avec toutefois des imprécisions (la « mouvance autonome » reste difficile à circonscrire sur le terrain).
Dans les faits, la mobilisation est maximale côté forces de l'ordre et, en trois semaines, l'idée qu'il existe une minorité agissante ultra-violente aux contours imprécis s'est solidement installée dans l'Hexagone. Vous êtes nombreux à avoir trouvé que nous, journalistes, avions « fabriqué un épouvantail » alors même que seules deux personnes restent aujourd'hui inquiétées par la justice sur les vingt interpellées.
En ces domaines, le discours policier jouit en effet d'un relais médiatique important, comme le montrent ces images d'archives de 1971, époque Marcellin à l'Intérieur. (Voir la vidéo)
Si la surveillance des activistes d'extrême-gauche n'est pas nouvelle, la réplique judiciaire s'est toutefois bel et bien intensifiée. Vous avez déjà pu consulter sur Rue89 des documents internes au ministère de la Justice qui remontent au 13 juin et qui en attestent.
Peu de choses ont filtré du côté de la magistrature, très prudente depuis trois semaines sur les procédures pour terrorisme concernant l'ultra-gauche. Des affaires dont les parquets sont pourtant de plus en plus saisis. Et ce depuis plus d'un an, précise anonymement une magistrate.
Pour le père de Julien Coupat, il s'agit ni plus ni moins que d'un « délit d'opinion ». C'est ce qu'il affirmait sur les ondes de RTL le 18 novembre. Marqué mais très remonté, l'ancien médecin qui a fondé un laboratoire pharmaceutique faisait le parallèle avec ses années 68, estimant que l'enquête contre son fils (toujours incarcéré) donnait presque envie de militer à l'ultra-gauche.
L'affaire Coupat n'est pas un cas isolé et plusieurs riverains sont revenus vers moi depuis l'arrestation du « groupe de Tarnac », pour raconter que leur fils ou le copain de leur fils avait été arrêté en fin de manif, mis en examen puis écroué alors qu'il se disait « autonome ». Tous déploraient avant tout le choix d'une réplique carcérale.
De fait, on peut se demander si la prison ne risque pas de radicaliser ces jeunes militants. Comme, il y a plus de vingt ans, la prison avait contribué à radicaliser la position luttarmiste d'Action directe.
Photo : sur les rails de la SNCF, en mars 2004 (Regis Duvignau/Reuters).


























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De GGGG
(r) | 17H33 | 03/12/2008 |
Le gouvernement actuel a un besoin urgent de terroristes.
Prière d'envoyer vos CV à madame Michèle Alliot-Marie, Ministère de l'Intérieur, etc.
On embauche !
(merci Chloé pour cet article, attention c'est Eric Hazan)
De violeta
psy | 17H59 | 03/12/2008 |
salut,
Résultat de ce pitoyable et mauvais théâtre d'un gouvernement qui s'acharne à rechercher des coupables : ils ont fait une publicité incroyable au bouquin édité par le comité invisible : « l'insurrection qui vient » ! ..
Quand j'étais jeune j'arrivais pas à croire que les États n'arrivent pas à prévoir les insurrections, maintenant je comprends mieux, ils font tout pour les accélérer, croient faire taire les pauvres mutins qui n'ont plus rien à perdre et se tournent vers des boucs -émissaire pour tenter de calmer le jeu. Tout FAUX !
Pourtant ils ne sont pas naïfs. Non juste un peu trop installés dans leurs confortables fauteuils et ils n'arrivent pas à s'imaginer que le ras le bol puisse les en déloger. Ils devraient vite se réveiller car le temps n'est plus à la rigolade, ça va mal et ça ira de plus en plus mal vus les choix qu'ils continuent de faire…
De Tita
oiseau | 18H01 | 03/12/2008 |
Deux remarques :
1) Il est dit concernant les procédures pour terrorisme de l'ultra-gauche que ce sont « Des affaires dont les parquets sont pourtant de plus en plus saisis. Et ce depuis plus d'un an, précise anonymement une magistrate. » Historiquement, cela correspond plus ou moins au moment de l'élection de notre glorieux président. Doit-on voir ici la cause politique justifiant l'anonymat de la magistrate ?
2) Si je vous crois (ou veux vous croire) méchant et que je vous file une baffe, il est possible que vous m'en retourniez une. C'est assez logique. Mais c'est aussi la confirmation pour moi que vous étiez bien méchant. C'est l'effet pigmalion ou l'effet d'autoréalisation des prophéties.
En voici une démonstration (Rosenthal & Jacobson, 1968) : deux groupes d'élèves sont réalisés avec des notes similaires. Ces deux groupes d'élèves furent réunis dans la même classe. Cependant, on faisait croire à l'instituteur qu'un des groupes d'élèves était fort brillant. A la fin de l'année, les élèves qui avaient été dit fort brillants, avaient des notes meilleures que les autres. Ce bon résultat n'était pas dû à une surévaluation de la part de l'instituteur. Les devoirs de ces élèves étaient effectivement meilleurs.
En fait, inconsciemment, l'instituteur avait avec ces élèves une attitude plus attentive, plus compréhensive. Elle passait plus de temps avec eux.
De la même manière, et comme le conclut l'article, à force de vouloir qu'il y a un danger ultra-gauche, on peut imaginer un gouvernement qui harcelle ceux qui s'en revendiquent et cet harcellement peut tout à fait pousser ces derniers à la violence.
Là est même tout le combat politique : ne pas tomber dans le piège de la réponse violente. Ce serait perdre toute légitimité devant l'opinion publique. Par contre si on répond à cet harcellement par la non-violence, c'est l'Etat qui perd sa légitimité aux yeux de l'opinion publique. Puissent-ils avoir ce courage et cette intelligence.
De gresillaud
ingénieur | 18H07 | 03/12/2008 |
Le « Passe-Muraille » est un film de Jean Boyer, adapté du roman de Marcel Aymé. Les deux personnages principaux sont Susan et Léon alias Garou-garou capable de traverser les murs et donc de défier, devant l'admiration de Susan, l'ensemble des forces policières.
Suzy et Mon gros Loup, les deux noms attribués par le premier Groupe AZF des voies ferrées sembleraient être inspirés de cette fiction qui recèle d'autres mots clés reliés aux lettres de ce groupe AZF.
Du « Passe-Muraille » au « Comité invisible », il n'y a qu'un pas qui permettrait bien de fournir un bon prétexte pour que finisse une autre enquête : celle sur le Groupe AZF des voies ferrées.
La trouvaille de ceux qui ont volontairement piègé Julien Coupat et ses amis en le pistant et en réalisant à leur place les forfaits très techniques paralysant la SNCF début Novembre 2008, a permis de préparer un terrain propice à tout désarmoçage de nouvelle menace de ceux qui connaissent les dessous de l'affaire de 2004 également gérée par la DNAT et également infructueuse.
Mais « Passe-Muraille » serait bien lié à autre chose qu'un simple jeu littéraire et parlerait bien des ondes électromagnétiques de très forte intensité capables d'exploit à longue distance depuis des sous-sols toulousains de la colline de Pech David (au bout de la flèche du logo) !
Cette première affaire du Groupe AZF des voies ferrées n'a jamais été résolue et a été une des rares bêtes noires du Ministre de l'Intérieur de l'époque qui se cachait politiquement derrière son chef de Cabinet Claude Guéant, pour ne pas ternir son image et surtout pour ne pas dire qui était derrière ce Groupe AZF.
Jamais découvert, jamais identifié, ce Groupe AZF a disparu sous le prétexte d'une dernière lettre complètement ridicule (mais médiatisée) pour un Groupe AZF aussi dérangeant… Mais si officiellement, il n'y a jamais eu remise de rançon, à l'instar de ce que M. Sarkozy sait faire en Lybie ou ailleurs, on peut se demander si cette remise de rançon n'a tout de même pas eu lieu et peut-être au delà de ce que réclamait le vrai premier Groupe AZF… 8 millions d'euros réclamés en Mars 2004, 4 millions en Février 2004. Juste après la fin miraculeuse de cette affaire le lendemain de la découverte de la seconde bombe à Montiéramey près du bois du Grand Orient, le 24 Mars 2004, on découvre un échange ministériel dès plus surprenants entre M. De Villepin et M. Sarkozy et la montée en puissance à l'UMP de ce dernier avant son ascension finale à l'Elysée. 2 ans plus tard, jour pour jour, heure pour heure, le 24 Mars 2006, on assiste à une explosion à l'Ecole de Chimie de Mulhouse, ville de Jean-Marie Bockel faisant un mort. L'enquête n'a jamais conclu de manière certaine sur l'origine accidentelle. Mais quelques mois plus tard, devant des députés UMP Alsaciens médusés dont le maire de Saint-Louis (ville de l'institut militarire ISL spécialisé les canons EM) le Chiraquien Jean Ueberschlag, M. Sarkozy rallie à sa cause ce cher socialiste d'ouverture Jean-Marie Bockel.
L'affaire du Groupe AZF des voies ferrées de 2004 est une ENORME EPINE dans le pied de l'ancien Ministre de l'Intérieur. Le récent réveil technologique et attentatoire sur les voies ferrées déclenche une panique du pouvoir au point de se ridiculer et surtout au point de mettre en avant de ce ridicule Mme Alliot-Marie, Ministre de l'Intérieur et ancienne Ministre de la Défense en 2004.
Mais la DNAT est là pour les deux affaires… !
Le Groupe AZF a-t-il vraiment disparu ? Ceux qui ont peut-être négocié avec lui, sont-ils aussi serein en 2008 ? Et au final… le mot AZF, la position de la première bombe du 18 Février 2004, à l'intersection de la voie ferrée allant vers le stockage d'uranium de Bessines, ne sont-ils pas des messages très ciblés et à connotations militaires qui pourraient beaucoup déranger à quelques semaines du début du procès d'AZF-Toulouse ! Le 2 décembre 2008 correspond aussi à la date du refus définitif de la cour d'appel de Toulouse d'étudier toute nouvelle expertise civile de Total dans l'affaire AZF-Toulouse alors que les derniers éléments de la piste électrique étaient plus que pertinent pour ce qui connaissent les liaisons HT de secours.
Un conseil… pour les deux derniers détenus et leurs avocats : demander des explications sur cette affaire du premier Groupe AZF des voies ferrées de 2004, affaire non résolue par la DNAT et vous verrez que du côté de Sarkozyland on préfèrera neutraliser Mme Alliot-Marie et enfin libérer ces deux lampistes lâchement linchés par nombre de média aux premières « loges ». Ce serait un juste retour des choses après la neutralisation ivoirienne du Général Henri Poncet (aujourd'hui aux renseignements militaires) en 2005 par cette ancienne ministre de la Défense… ! Il ne faut oublier que le Commandement des Opérations Spéciales du Général avait en 2001 quelques racines à Toulouse et dans la base aérienne 921 de Taverny !
Nucléaire quand tu nous tiens !
De Vingtras
Membre des 47% | 18H20 | 03/12/2008 |
Cette histoire me rappelle la fumeuse affaire AZF, ce pseudo-groupe terroriste tout droit sorti du chapeau de sarko dont nous n'avons plus jamais entendu parler. MAM a voulu se faire mousser un peu vite : je suppose que notre petit président, qui ne peut pas la saquer, pourrait bien lui faire payer ça le prix fort.
« C'est déjà ça » pourrait-on dire. Oui mais non : voir cette vermine s'entredéchirer ne me console pas de la potion amère que nous avalons depuis un an et demi.
De fedor20b
balagne | 18H26 | 03/12/2008 |
la lutte armée ne se développe que quand l'extrême gauche est trop faible………
De XLanig
dilettante | 20H09 | 03/12/2008 |
« on peut se demander si la prison ne risque pas de radicaliser ces jeunes militants. Comme, il y a plus de vingt ans, la prison avait contribué à radicaliser la position luttarmiste d'Action directe. » Je ne le crois pas ! Ne le souhaite pas.
Si Jean-Marc Rouillan et ses compagnons de dérive sont passés à la « Lutte armée », c'est dans un contexte différent : la lutte du « Mouvement Ibérique de Libération » en Espagne, son prolongement GARI, puis Action Directe… Toute une épopée entre la Dictature franquiste et une réelle certitude d'être dans une période (pré)-révolutionnaire. La lutte armée était, pour beaucoup de militants, un éventualité… Une possible épopée.
Aujourd'hui, nos enfants n'ont plus foi en un progrès ni social, ni culturel, ni économique : pour beaucoup d'entre-eux, ils sont massivement des exclus. L'idée de Révolution ne leur est plus évidente, comme elle la fut pour nous.
Néanmoins, ils se reconnaissent dans une Histoire du mouvement social. Histoire dans laquelle Terrorisme et Sabotage sont clairement distingués. Ils construiraient plus un « ici et maintenant » qu'un avenir radieux : et pour cela les armes ne plus une possibilité
Non, l'emprisonnement de nos enfants n'est pas un moment de leur radicalisation. C'est une violence qui leur faite par ceux qui avaient juré d'en finir avec le mouvement social, les dérèglements de la jeunesse. Par ceux, pour qui toute contradiction doit être éteinte, réprimée.
C'est ce qui est « politiquement » beaucoup plus dangereux que quelques « casseur-de-vitrines », commentateurs de Debord ou saboteurs de trains.
De egide
Littéral | 20H38 | 03/12/2008 |
Votre article illustre bien le décalage effrayant entre l'actualité et le passé dramatique des années 70.
A la vision paranoïaque des conservateurs, utilisant la menace du terrorisme pour justifier par leurs opérations de police des lois sécuritaires et liberticides hâtivement votées, le verbiage post-nihiliste répond avec bien trop d'à propos.
Et le spectre d'éventuelles provocations et de manipulations sordides de basses officines se rappelle à nous.
Lors du premier septennat de Mitterand, on n'avait pas attendu plus de temps avant de se livrer aux joies malsaines des actions illégales pour raisons d'État.
Pour l'instant, les maladresses répressives du ministère de l'intérieur n'ont pas encore produit une tragédie telle que l'exécution à froid d'un suspect d'origine brésilienne dans le métro de Londres par des unités de police anti-terroriste britanniques.
L'anarchisme a toujours été desservi pas des activistes qui s'en réclamaient. L'échec politique de la violence politique est patent. C'est même une des leçons historiques majeures du XXème siècle.
Au moins Jules Bonnot, agonisant, trouvait la force d'écrire encore quelques mots qui ne mentaient pas sur son désespoir et l'horreur de mourir abattu comme un animal sauvage après une traque atroce.
Depuis, la police nationale a armé jusqu'au moindre de ses agents.
J'ai vraiment l'impression, pour des raisons qui m'échappent encore, que l'on instrumentalise des actions d'opposition très légitimes, comme la défense des sans-papiers, contre l'exclusion et la grande pauvreté, contre l'extension de l'emprise marchande de la société, en brandissant des banderoles qui font état de ces causes pour justifier lors d'affrontements très durs avec les forces de l'ordre un activisme illégal et foncièrement antisocial et apolitique.
Loin de représenter l'une des facettes qui renouvellerait la contre-culture, la logorrhée anticapitaliste actuelle est en train de disloquer les gauches européennes.
Le fond commun de ces protestataires n'est pourtant pas si confus même si la rhétorique n'en est pas nouvelle :
- rejet massif de la modernité technologique
- refus d'agir dans le contexte de la métropolisation urbaine
- anti-cosmopolitisme foncier dont le refus d'assumer l'élargissement de l'Europe
- refus acharné de toute implication gestionnaire.
- recours au romantisme échevelé de l'identité populaire
- panthéisme brut idéalisant la nature
- rejet des intellectuels assimilés à des experts
- rejet des arts à cause de la corruption des artistes
- rejet de la littérature au prétexte que l'action prévaut sur le discours.
- apologie du localisme
- idéalisation du subjectivisme individuel
- mythologie du désastre urbain
- activisme fusionnel et émotionnel des mouvements populaires dans la rue et qui considère l'émeute comme ordalie politique suprême au dessus de tout les compromis forcément pourris.
Cependant, si cette affaire illustre une certaine incompétence gouvernementale, l'absurdité d'une politique du tout-répressif, elle démontre aussi les égarements d'une protestation aussi vide de sens et de perspectives que les discours qui la promeuvent sont obscurs et réactionnaires, elle rend criant le vide politique à gauche et nous permet de constater la fin opératoire de la figure de l'intellectuel engagé. Michel Foucault et Pierre Bourdieu sont bien morts. Et Guy Debord ne mérite pas les héritiers dont on veut à toute force l'affubler.
Espérons qu'on ne sortira pas de la farce qui est au fond la nature de cette affaire où tout est mascarade et jeux de rôle de chacun des acteurs.
Et je pense à la fin malheureuse et ignoble d'un certain Khaled Kelkal, bien oublié aujourd'hui, à qui ont n'a pas laissé la moindre chance.
De nemo3637
Déchoukeur | 22H21 | 03/12/2008 |
Ce que l'on appelle le « mouvement des autonomes » est né au début des années 70 en France. Il s'inspirait beaucoup de l'Internationale Situtuationnisye qui s'était dissoute peu avant. Mais cette première vague, composée en grande partie d'anarchistes évoluant encore dans leurs organisations traditionnelles, sombra dans des querelles internes. De quoi s'agissait-il ? De susciter l'autonomie ouvrière. C'est à dire l'auto-organisation des prolétaires - en dénonçant leurs prétendus représentants y compris les gauchistes - en se référant cependant aux expériences historiques du mouvement ouvrier.
Une tendance s'affirma, et comme c'est souvent le cas, faute de perspectives, se prononça pour la lutte armée.
Franco vivait encore et certains décidèrent donc une vague d'actions à caractère militaire en Espagne.Confusion.
« L'autonomie » n'était pas morte, car née également en Italie où l'un de ses théoriciens fut un moment Toni Negri. A cette époque aussi l'un des derniers compagnons de Debord publiait ses écrits sur l'alliance de la démocratie chrétienne et du PCI. L'action terroriste des Brigades Rouges - à dissocier des autonomes - sans doute manipulée, allait, par contre coup de la répression étatique, porter un coup décisif à la montée des autonomes en Italie.
Les autonomes se reconstitueront en France. On doit en être à la quatrième vague depuis 1971.
La question est : qu'est-ce qui anime cette survivance, cette attirance qu'ont beaucoup de jeunes pour ce mouvement qui existe qu'on le veuille ou non.