02/12/2008 à 12h15

Entre collègues, on ne se fait pas de cadeaux

Marie-Sophie Keller | Ex-Rue89 mais toujours fan



Soixantième anniversaire du PDG de l’Académie des arts de la télévision à Los Angeles (Phil McCarten/Reuters).


Difficile de refuser lorsque l’un de vos collègues vous aborde une enveloppe à la main et vous soutire dix euros pour « acheter un cadeau pour Micheline qui va avoir 49 ans ». Le cadeau d’anniversaire entre collègues est une habitude d’autant plus mal vécue en entreprise que son refus est tabou. Comme en témoigne Marie-Pierre, assistante dans une boîte parisienne de graphisme :

« Je ne sais pas comment dire non. Si je prétexte que je n’ai pas de monnaie, le quêteur se repointe le lendemain et je me paie la honte plusieurs fois. Alors, même si j’enrage, je débourse. »

D’abord parce qu’au-delà de la dizaine de salariés, la quête revient souvent. C’est fatal, nous vieillissons tous régulièrement. A dix euros l’anniversaire, on débourse ainsi, dans une PME de 15 personnes, jusqu’à 150 euros par an. Une paille pour le boss, mais déjà un budget pour sa secrétaire, qui n’osera refuser de peur de passer pour la radine de la maison.

« C’est du racket »

Dans certaines entreprises où les différences de salaire sont considérables entre le haut et le bas de l’échelle, on s’arrange pourtant parfois : Michel, cadre chez Total, s’enorgueillit de débourser deux fois plus pour les anniversaires, les départs à la retraite ou les naissances que ses collègues, « ce n’est que justice ». Dans le couloir, on ricane pourtant :

« Evidemment, il fait grand seigneur. Facile, son salaire, hors primes, est déjà quatre fois plus élevé que le mien, explique un assistant sous couvert d’anonymat. Pour moi, l’entreprise ne doit pas être un lieu où l’on célèbre tous les événements de la vie. A chaque fois, je me promets que c’est la dernière, car après tout, c’est du racket. »

Du racket, le mot n’est-il pas un peu fort ? Laurent, informaticien dans une PME à Grenoble, abonde dans ce sens :

« C’est horripilant de devoir filer des ronds pour des collègues qu’on n’aime pas. Je bosse dans une boîte récemment créée. J’ai eu l’espoir, à mon arrivée, que l’on serait épargné : je croyais cela réservé aux entreprises d’autrefois, celles où l’on faisait toute sa carrière, vous savez, les boîtes du XXe siècle où l’on se fréquentait pendant trente ans.

Pas de bol, assez vite, une collègue a eu l’idée de quêter pour le double anniversaire de Pauline et Michel, les deux que je ne supporte pas parmi mes collègues. Bien que certains aient protesté, personne ne s’y est formellement opposé et tout le monde s’y est plié de plus ou moins bonne grâce. Et comme je m’en doutais, à l’anniversaire suivant, celui de Claire que je trouve gentille mais qui est plus “transparente”, personne n’a pensé à faire de quête. Résultat : la boîte existe depuis six mois et il y a déjà des aigreurs dans l’équipe. »

La valeur du cadeau, nouvel indice d’appréciation du salarié ?

Faudrait-il que les secrétaires soient chargées de tenir un planning des anniversaires avec périodes de récolte d’argent ? Outre que cela « légaliserait » le racket et le rendrait complètement impossible à refuser, cela gâcherait l’effet de surprise. Le paquet et le pot qui va avec deviendraient des acquis sociaux… à faire défendre par les syndicats en cas d’oubli ?

Et quid si les sommes récoltées varient d’une personne à l’autre ? Faudrait-il établir des sommes forfaitaires ou bien proportionnelles au salaire ? Et la valeur du cadeau reçu deviendrait-elle alors un indice sur ce que le salarié vaut pour la boîte ? Et le PDG « mérite-t-il » des présents plus chers ?

Mais surtout, qui a droit aux cadeaux ? Les salariés en CDI ? Tous les travailleurs présent le jour J, quel que soit leur statut, de l’intérimaire qu’on connaît à peine aux stagiaires qui débarquent chaque mois ? Aurélie, elle, n’a jamais digéré que des cadeaux soient offerts à certains CDD et pas à d’autres :

« J’ai bossé dans un journal parisien en CDD renouvelés pendant plusieurs années. Lorsqu’un des salariés partait à la retraite, on était bons, nous les précaires, pour filer dix balles. Nous, qui partions et revenions, n’avions bien sûr jamais droit à rien, ni pot ni cadeau. Seuls deux CDD ont eu droit à une collecte : une charmante précaire dont la boss était secrètement amoureuse et qui avait trouvé un CDI ailleurs. Elle, elle a reçu une chaîne stéréo parce que la boss avait lancé l’idée. Et nous, pour ne pas être mal vus, on a mis la main à la poche.

L’autre cas, c’était un CDD tellement mauvais que cette boss ne voulait plus le rappeler sans oser lui dire la vérité. Le cadeau a été un moyen de faire passer la pilule. Les CDD rivaux n’ont ni compris ni apprécié. »

Et quand on est celui qui reçoit le cadeau, on n’est malgré tout pas toujours satisfait. Surtout quand, après avoir cédé plusieurs fois vingt euros, on se retrouve avec un ma-gni-fique livre de photos dont on n’a rien à faire. « Ça fait cher le bouquin qui ne rentre même pas sur les étagères de votre salon », plaisante, amer, Xavier, comptable à Toulon.

Et vous, comment vivez-vous les cadeaux entre collègues ? Les trouvez-vous aussi empoisonnés ?

Photo : soixantième anniversaire du PDG de l’Académie des arts de la télévision à Los Angeles (Phil McCarten/Reuters).

(Les prénoms ont été changés)

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  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h11 le 12/12/2008
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Les anniversaires c’est un peu l’abus quand même. Ca m’arrive de payer un coup à boite aux collègues qui sont aussi des potes, je paye à boire aux mêmes pour mon anniversaire, et je les invite à la vrai teuf.
    Mais heureusement pas de collecte, juste un simple bon anniversaire.

    Au mieux j’offre des chocolats à certains moments de l’année (tout sauf Noël, bien sur), en général pour un truc qui fait flipper les straights : la fête des morts, le solstice d’été, le jour de la mort de Trostky, Guevara ou autre figure populaire auprès du patronnat, etc.
    La raison officielle c’est pour la déconne, la vraie raison étant que ça fait plaisir à tout le monde et ça met un peu de vaseline dans les relations professionnelles.

    Pour les collectes, je donne en général pour les gens que j’apprécie bien ou qui me sont indifférent, mais jamais pour ceux que j’aime pas.
    Par contre, je donne pour les mariages, les départs et les enterrements, mais jamais, ô grand jamais, pour les naissances, même pour les potes (qui de toutes façons sont déjà au courant).
    Je supporte pas les gosses et je claque une fortune en impôt pour ces saletés, alors je vais pas lâcher encore plus de pognon.
    Et sur les cartes pour les naissances les messages sont toujours super motivants : toutes mes condoléances, pas de chance, fais un procès à Durex, etc.

    Et ils peuvent bien penser ce qu’ils veulent, je m’en tape. Seuls certains collègues sont devenus des potes, les autres ne font pas partie de monde, ce ne sont que des gens comme les autres et par définition il ne mérite que ma plus profonde indifférence.

  • Ni Dieu Ni maître
    Ni Dieu Ni maître
    sonorisateur à temps partiel et (...)
    • Posté à 14h16 le 12/12/2008
    • Internaute 39815
      sonorisateur à temps partiel et (...)

    Pour ma part, je ne file pas de cadeaux à mes collègues, d’abord parce que je change de boîtes fréquemment et qu’ensuite, dans l’hôtellerie, le personnel tourne tellement qu’on a pas le temps de mémoriser les dates d’anniversaire ! Par contre, quand vient le mien, j’offre toujours une tournée à mes collègues, toujours par surprise pour qu’ils ne cogitent pas à une idée de cadeau, ce que je refuserais par ailleurs car pour moi, les cadeaux se font dans le cercle familial et entre amis. Je n’ai ainsi jamais reçu le moindre cadeau (hormis pour la naissance de mon fils, ce qui ne s’est produit logiquement qu’une seule fois !) et le fait de boire un verre tous ensemble autour d’une table renforce les liens dans l’équipe.

  • monika
    • Posté à 14h16 le 12/12/2008
    • Internaute 28466

    Personnellement je ne mettrais pas un radis pour une personne que je n’aime pas. Je suis entière « ce qui m’a causé beaucoup de déboire » mais je m’en fiche, je ne changerais jamais de caractère. Je ne suis pas faux cul. Par contre je serais prête à mettre plus que de raison pour une personne que j’estime beaucoup !

    Voilà, volià braves gens, agissez selon vos impulsions et ne vous occupez pas du reste ! de toute façon vous serez toujours critiqués quoique vous fassiez !

  • deecurl
    • Posté à 14h22 le 12/12/2008
    • Internaute 13077

    chez nous ce n’est pas les anniversaires, seulement les pots de naissances, pot d’arrivée et pots de départs, mais pour tout le monde.
    et pas de pression au niveau de la somme donnée. l’enveloppe circule de bureau en bureau, on met la somme qu’on veut en liquide, à l’abri des regards si on veut, avant de la déposer sur le bureau d’a côté et de repartir.
    pas d’aigreurs, pas de flicage, on donne pour qui on veut.

    et sinon, c’est la personne dont c’est l’anniversaire qui offre les croissants le matin.

  • Piouaille
    Piouaille
    Etudiant
    • Posté à 14h22 le 12/12/2008
    • Internaute 61006
      Etudiant

    Je travaille dans un laboratoire de recherche universitaire. La plaie c’est les soutenances de thèses : après 3-4 ans de bons et loyaux services acharnés les doctorants soutiennent enfin leur thèse avant de partir… chercher du travail !
    Sauf que les thésards c’est 50% du personnel, ça reste 3 ans et demi environ, et la majorité d’entre eux (d’entre NOUS en fait) soutiennent en « fin » d’année civile, donc de novembre à janvier pour être exact. Comptez une 10aine de départs pour autant d’arrivée chaque année, la roue tourne…

    Résultat : le budget enveloppe explose à partir de novembre et grève d’autant celui destiné à la recherche !

    Non mais sérieusement c’est vraiment une plaie ces dons.

     »- T’as donné pour la thèse de Machine ? »
    « - Qui ça ? »

    Pfffffffffffffffffffffffffffffff…

  • yoye-2000
    yoye-2000
    se leve tard et travaille mou
    • Posté à 14h23 le 12/12/2008
    • Internaute 48274
      se leve tard et travaille mou

    Le truc c’est que c’est une pratique qui fait chier tout le monde, mais qu’il y toujours (le plus souvent) une conne pour lancer le truc !
    Là, on a la version soft, qui est finalement le point de vue du donateur. Mais il y a aussi le point de vue de l’heureux destinataire, un peu abordé dans l’article. Il faut payer un pot, on est obligé de taper la bise aux sales mémères qu’on peut pas encadrer et e subir les commentaires des autres (« ah ! tu verras c’est les bel âge » ou « ouah t’es si vieux que ça, je ne pensais pas ») ; il y a tjs un N+qqch qui se pointe avec ses bonnes « private jokes » bien ancrées boulot pour ruiner le peu d’ambiance qui avait pu miraculeusement se créer.
    Si on a vraiment pas de chance, ça finit au resto avec tout le monde, il refaut payer l’apéro (et là il y a toujours un con qui réclame son discours). Au final, on a 1/ effectivement un bouquin inutile 2/ dépensé un fric fou en alcool 3/ le sentiment d’avoir vraiment passé une journée de merde.

  • Marie-Sophie Keller
    Marie-Sophie Keller
    Auteur(e) de l'article Ex-Rue89 mais toujours fan
    • Posté à 14h24 le 12/12/2008
    • Internaute 26936
      Ex-Rue89 mais toujours fan

    Le truc c’est que c’est une pratique qui fait chier tout le monde, mais qu’il y toujours (le plus souvent) une conne pour lancer le truc ! parce que là, on a la version soft, qui est finalement le point de vue du donateur. Mais il y a aussi le point de vue de l’heureux destinataire, un peu abordé dans l’article. Il faut payer un pot, on est oblig’ de taper la bise aux sales mémères qu’on peut pas encadrer et e subir les commentaires des autres (« ah ! tu verras c’est les bel âge » ou « ouah t’es si vieux que ça, je ne pensais pas ») ; il y a tjs un N+qqch qui se pointe avec ses bonnes private joke bien ancrées boulot pour ruiner le peu d’ambiance qui avait pu miraculeusement se créer. Si on a vraiment pas de chance, ca finit au resto avec tout le monde, il refaut payer l’apéro (et là y’en tjs un con qui reclame son discours). au final, on a 1.effectivement un bouquin inutile 2. dépensé un fric fou en alcool 3. le sentiment d’avoir vraiment passé une journée de merde

  • Anonyme

    Et il faut rajouter les départs, les naissances, les mariages… le pire c’est le pot avec du jus de fruit, des chips et du champagne dégeux des discounters genre lidl…. ce genre de traditions culturelles nous bouffent notre maigre pouvoir d’achat !
    Je donne pas aux gens qui partent (sauf si cas très particuliers) ! uniquement aux collègues très proches, et me fous de ce que l’on pense ! Enfin j’évite les pots de départ !