
Drogues : faut-il envoyer la police dans les collèges ?
La police n'a pas de problèmes qu'avec les journalistes. Dans le Gers, les collégiens sont fouillés par les gendarmes et leur chiens.

Des gendarmes et des chiens dans les écoles pour chercher des drogues ? Dans le Gers, des élèves mineurs ont été fouillés au sein de plusieurs établissements à la demande des proviseurs.
Les élèves de 4e et de 3e du collège de Marciac, à qui le CPE (conseiller principal d'éducation) avait annoncé une rencontre avec les gendarmes sur les risques liés à la consommation de drogues, ont eu la surprise, le 19 novembre, de voir débarquer dans leur cour plusieurs gendarmes, accompagnés de chiens renifleurs.
Zoé, 13 ans, était en classe ce mercredi-là. Elle raconte l'arrivée d'un monsieur chauve habillé en militaire (le dresseur de chien) et d'un gros gendarme dans la salle de cours. L'un des deux avertit les élèves que « quand le chien mord, ça pique ! » Le chien, Bigo, renifle un peu partout. Les camarades de Zoé sortent les uns après les autres pour être fouillés :
« C'était à mon tour ! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le regard des deux autres gendarmes… Je décris : Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures.
“Le gars qui nous regardait, dit à l'intention de l'autre gendarme : ‘On dirait qu'elle n'a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier ! On ne sait jamais…’
‘Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle ! Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee-shirt sans bien sûr rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte ! Les gendarmes n'exprimèrent aucune surprise face à ce geste, mais ce ne fut pas mon cas ! ! ! ! ! !
Je dis à l'intention de tous : C'est bon arrêtez, je n'ai rien ! ! ! ! ’ La fouilleuse s'est arrêtée, j'ai remis mon sweat et mon fouilleur de sac m'a dit : ‘Tu peux ranger ! '.’
Professeurs et élèves ont, comme Zoé, exprimé leur stupéfaction et leur colère, y compris dans de nombreux e-mails reçus à la rédaction de Rue89. La fouille a été engagée à la demande du directeur de l'établissement, lequel a refusé de nous répondre (en nous raccrochant au nez la semaine dernière).
Pour qu'une telle opération soit menée, une autorisation de Chantal Firmigier-Michel, la procureure de la République du Gers est nécessaire. La Depêche note que ‘depuis son arrivée dans le département en 2005, elle répond positivement à toutes les demandes faites en ce sens’.
Quelques jours avant le collège de Marciac, c'est à l'école des métiers d'Auch que 16 gendarmes et 2 maîtres-chien ont fouillé les élèves. Un professeur raconte :
‘Je pose des questions aux intrus, demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas, j'insiste, on me fait comprendre qu'il vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, l'ambiance est lourde, menaçante… Le chien court partout, mord le sac d'un jeune à qui l'on demande de sortir, le chien bave sur les jambes d'un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements.’
A la gendarmerie de Mirande, on ne comprend pas l'émoi provoqué par cette ‘mission de contrôle.’ On nous apprend même que depuis le mois de janvier, 25 établissements ont été contrôlés dans le Gers :
‘L'idée, c'est de ne pas abandonner le terrain aux stupéfiants. On sensibilise les élèves aux problèmes de drogues.’
Une prévention musclée dont l'efficacité ne fait pas de doute pour les gendarmes : ‘On trouve quasi-systématiquement’ quelque chose.” A l'école des métiers, ils ont mis la main sur 32 grammes de shit. Rien à Marciac.
“On est contre les drogues, mais contre ce type de procédure”, explique de son côté Frédéric David, le père de Zoé. Une manifestation de parents d'élèves va se tenir devant l'établissement dans les prochains jours pour obtenir l'arrêt de ces opérations d'intimidation. Face à la colère des parents, l'inspecteur d'académie a annoncé la “suspension” des procédures d'intervention des gendarmes dans les collèges du département.
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De karlM 21378
20H18 | 01/12/2008 |
Classique, c'est arrivé dans des lycée du Rhône…
De CA Not Dead
Glandouilleur Pro | 22H32 | 01/12/2008 |
On test sur un département peu peuplé (et peu risqué), on regarde les réactions avant de généraliser (si la contestation des méthodes reste molle).
C'est sur qu'en région parisienne, ce serait plus drôle…
De Pieki
Jeune photographe | 23H45 | 01/12/2008 |
Au collège de Montpezat-sous-Bauzon, en Ardèche, un cas similaire s'est déroulé il y a quelques mois. A la demande de la principale qui soupçonnait du deal, la gendarmerie a débarquée dans les salles de classe de 3e avec un chien non muselé. Les flics ont commencé par demander si quelqu'un avait de la drogue, ils ont ensuite fait se lever les élèves et sont passés avec le chien entre les rangs. Le chien a mordu un élève et en a désigné 5 ou 6, qui se sont justifiés en prétextant une fête la veille. L'élève mordu ne transportait rien d'autre que l'odeur, il a paniqué et balancé quelqu'un. Deux autres transportaient du cannabis, (consommation personnelle), l'un a été viré jusqu'au conseil de discipline et attend son jugement, l'autre a eu un revois avec sursis. Les profs se sont montrés indignés par cet évènement, mais cela n'a pas fait de vagues, aucun vent de protestation.
La révolte ne montera peut-être pas d'Ardèche, mais ici comme ailleurs, on fait des révoltés.
De ozymandias
"spectateur engagé" | 23H55 | 01/12/2008 |
quand une question dont chacun connait la réponse est le titre d'un article il faut se méfier et garder son libre arbitre ! ! ! ! ! Il est évident que la police n'a pas vocation a venir dans une école, et ca, tt le monde le pense, même à droite (je suis de gauche). C'est pourquoi je m'insurge contre un titre si raccoleur digne de la presse a scandale. C'est comme pour l'insécurité : on ne crée pas de tendances à partir de cas singuliers, quand bien même ils sont condamnables.
De Azertix
Etudiant | 00H01 | 02/12/2008 |
Moi ça ne me choque pas. Dura lex sed lex !
Attention à ne pas tomber dans l'excès néanmoins …
Pas la peine de traiter les jeunes comme des tueurs sous prétexte qu'ils ont fumé un joint la veille !
De Zineb Dryef (auteur)
Rue89 | 00H39 | 02/12/2008 |
Bonsoir,
25 établissements scolaires concernés en 12 mois pour un seul département…vous êtes en droit de considérer qu'il s'agit d'un cas singulier. Par ailleurs, le titre n'est pas racoleur. La loi l'autorise, la question peut donc être posée.
cordialement
z.
De profgryzzli
Jeune | 08H32 | 02/12/2008 |
Témoignage court et rapide :
L'année dernière en tant que lycéen, nous avons eu le droit à une « descente » comme on dit. A Chantilly dans l'Oise.
Pour ceux qui sont en bus,le bus est arrêté, le gendarme monte avec son chien, le lâche. Si il voit quelqu'un qui lui revient pas (autant dire, presque tout ce qui ne fait ni bourgeois modèle, ni bourgeois tout court ou presque. Et pourtant, ce sont ici les plus grands consommateurs), il prend le chien par le collier et l'oblige à renifler deux, trois, quatre fois. Comme pour l'obliger à trouver quelque chose. Ils l'ont fait sur moi.
Ensuite, descente du bus. Une masse impressionnante de personnes sur le parking devant l'entrée. Les gendarmes nous font rentrer 10 par 10, nous mettent en ligne. Nous font mettre les sacs à 10 m. Le chien passe sur nos sacs, en mord quelques un. Il n'a pas de muselière. Il peut les mordre sans rester dessus. Ceux-là ne sont pas comptés. C'est juste un chien qui se fait plaisir. Puis il vient sur nous, et nous renifle. Il m'a sauté dessus personnellement. Puis est reparti. Le gendarme nous gueule dessus de pas avoir peur. Facile avec un berger allemand (et pourtant je les adore) qui nous renifle, prêt à mordre, nous, alignés tels des métèques. Des manteaux sont déchirés, quelques personnes interpellées (la plupart n'avait rien sur eux, mais cela suffira à une garde à vue et à un appel aux parents)
Pour les pertes matérielles, aucun remboursement bien sur.
Cela arrive au moins une fois par an. Voire deux.
De Pierre-Yves SARRAT
Président départemental FCPE du Ger... | 10H24 | 02/12/2008 |
La FCPE du Gers condamne
les opérations des forces de l'ordre
au sein des établissements scolaires
La Fédération des parents d'élèves FCPE du Gers a vivement réagi le 21 novembre 2008, dès qu'elle a appris ces méthodes infamantes. Elle a publié le communiqué ci-dessous et a écrit à tous les responsables judiciaires, politiques, administratifs et associatifs de la région.
« Quelques jours à peine après la révélation du scandale des conditions dans lesquelles s'est déroulée la semaine dernière une opération anti-drogue au sein du Centre de Formation des Apprentis de la Chambre de Métiers de Pavie (Gers), les parents d'élèves sont outrés d'apprendre qu'au même moment se menait une opération similaire dans un collège du département, celui de Marciac.
Cette fois encore, le comportement des militaires est révoltant, attesté par de nombreux témoignages croisés et concordants. Entrée dans les classes sans prévenir, simple avertissement lancé à la cantonade : “Nous allons faire entrer un chien ! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas ! Quand il mord, ça pique ! ”, entrée du chien qui s'acharne sur les affaires scolaires et les vêtements de certains élèves, sortie de ces élèves dans le couloir, fouille au corps de gamines de 13 ans ! Commentaires insultants : “ On dirait qu'elle n'a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier ! On ne sait jamais… ”.
Les enseignants sont, semble-t-il, restés pétrifiés et muets de stupéfaction et les élèves de 4e et 3e, visés par l'opération, en sortent traumatisés.
Même s'ils comprennent l'existence nécessaire d'opérations anti-drogue, les parents d'élèves FCPE du Gers estiment que l'école ne doit pas en être le théâtre. Ils sont une nouvelle fois révoltés par la dérive répressive et liberticide de l'Etat policier que risque de devenir la France. Les descentes des forces de police et de gendarmerie dans les établissements scolaires rappellent des temps sordides que tous espéraient avoir oubliés depuis plus de 60 ans.
Avec de tels comportements schizophrènes, la République française est en train de se tirer une balle dans le pied : d'un côté, elle prétend éduquer ses futurs citoyens dans ses écoles aux frontispices desquels s'affiche encore la devise “ Liberté – Égalité – Fraternité ” ; de l'autre, elle fait investir ces mêmes lieux par ses forces de l'Ordre ( ? ) aux attitudes franchement agressives et irrespectueuses envers des enfants victimes, terrorisés par ceux-là-mêmes qui sont sensés les défendre ; des enfants bafoués dans leurs droits les plus élémentaires et traumatisés.
La France voudrait créer des générations de rebelles aux représentants de la loi qu'elle ne s'y prendrait pas autrement.
C'est pourquoi, les parents d'élèves FCPE du Gers appellent solennellement le Préfet et le Procureur de la République à faire cesser immédiatement ces opérations indignes de notre État de Droit, défenseur – jusque à présent – des libertés individuelles et respectueux de la Déclaration Universelle des Droits de l'Enfant.
Ils appellent également tous les citoyens attachés aux valeurs de la République, toutes les associations rattachées à l'école, toutes les organisations démocratiques, les hommes politiques et les responsables institutionnels à s'opposer fermement à ces méthodes infamantes. »
De Pierre-Yves SARRAT
Président départemental FCPE du Ger... | 10H29 | 02/12/2008 |
La FCPE du Gers lance un avertissement aux chefs d'établissements :
« Lors d'un entretien téléphonique ce vendredi après-midi avec le responsable départemental de la FCPE, M. Jean-René LOUVET, Inspecteur d'Académie a déclaré qu'après “ discussions, le colonel commandant le Groupement de Gendarmerie du Gers avait décidé de mettre fin aux contrôles avec chiens dans les établissements scolaires. Ils seront remplacés par des actions d'information et de prévention avec démonstration du travail du chien, annoncées à l'avance et préparées par les enseignants et les élèves. ”
Si c'était vraiment le cas, la FCPE du Gers se déclarerait soulagée que son appel massif aux élus, aux responsables administratifs, politiques et associatifs ait été si vite entendu. Elle serait contente que la mobilisation des parents, des syndicats enseignants et d'une partie de la communauté éducative ait porté ses fruits. Elle serait satisfaite que chacun ait pris la mesure des dérapages constatés tant à Pavie qu'à Marciac et que la prévention retrouve sa place au sein d'une démarche éducative globale.
Cependant, la FCPE a quelques raisons d'être dubitative et craint que ces “ opérations de sensibilisation et de prévention ” ne servent qu'à masquer la poursuite insidieuse des contrôles répressifs.
Dans tous les cas, elle exige que le chien soit et reste muselé chaque fois qu'il sera amené dans un établissement scolaire, que les gendarmes se dispensent de propos irrespectueux et de gestes déplacés (fouille au corps sur gamines de 13 ans). Et elle recommande à tout parents ayant connaissance de tels faits de l'en informer immédiatement.
Par ailleurs, la FCPE du Gers adresse un avertissement solennel aux chefs d'établissements scolaires : puisqu'ils se déclarent sans cesse seuls maîtres à bord, les parents ne pourront que les considérer comme seuls responsables de problèmes, incidents ou dérapages lors d'éventuels contrôles à venir, malgré les annonces du jour.
La FCPE leur demande de se positionner clairement et de dire s'ils se considèrent éducateurs (personnels de l'Éducation Nationale) ou auxiliaires de police. »
De benkun
Prof | 14H28 | 02/12/2008 |
En Gironde aussi…
J'ecris juste pour temoigner du fait que ce genre d'evenement est loin d'etre rarissime.
En juin dernier, j'effectuais un remplacement dans un college de Langon (dans la campagne girondine) et je faisais cours a une banale classe de 3e lorsque les gendarmes ont fait irruption dans ma salle, avec un chien, en declarant : « Mettez tous les mains sur les tables »…
J'etais debout, j'avais ete interrompu en pleine explication sur l'economie du Japon, et je ne savais pas si cet ordre m'etait a moi aussi adresse…
Des gendarmes se sont postes a chaque coin de la classe (au cas ou l'on s'enfuirait) et le chien a commence a faire son travail en n'oubliant pas d'aller renifler longuement dans mes affaires.
Finalement ils sont repartis…
Brocouilles (comme on dit dans la region)…
Et j'etais tellement bleme de rage, et les gamins etaient tellement stupefaits que personne n'a pu se remettre au travail jusqu'a la fin de l'heure et que l'on s'est regardes tous sans dire grand'chose…
J'ai appris plus tard qu'ils etaient intervenus sur demande du proviseur et que ce genre d'evenement etait tout a fait « normal » et que c'etait de la prevention…
J'ose a peine imaginer ce qu'il se passerait si les flics venaient faire de la repression dans la classe ou j'enseigne…
De Piouaille
Etudiant | 16H01 | 02/12/2008 |
Mais elle est où la « sensibilisation » là-dedans ?
Je suis vraiment choqué. C'est pas la première fois que j'entends ce genre de chose, et ça me choque à chaque fois. C'est vraiment incompréhensible.
Félicitations tout de même aux gendarmes qui ont réussi à mettre la main sur 32 grammes de cannabis à la chambre des métiers d'Auch et démanteler ainsi la plus grande organisation de malfaiteurs du Sud-Ouest de la France depuis des décennies.
Non mais sérieusement, je suis en colère et j'ironise, où est a « sensibilisation » là-dedans ?
Admettons, je suis lycéen. Qu'est-ce que je retiens de cet évennement : (1) j'ai peur des gendarmes, de leurs chiens et de leurs méthodes ; et (2) je n'ai rien appris sur le cannabis si ce n'est qu'il ne faut pas en avoir sur soi parce que je risque de me faire « renifler » par le chien.
Résultat, mieux vaut rester chez soi pour consommer !
En plus d'être effrayante, cette méthode est anti-pédagogique.