Polemique

Pour en finir avec la théorie d'un Adolf Hitler à une seule couille

Faites que ça s'arrête, cette fixation sur la sexualité d'Hitler, sur sa perversité. C'était un homosexuel « prédateur », « il se livrait à des relations perverses avec sa nièce mineure ». Et le pompon, un mythe que je pensais avoir réfuté une bonne fois pour toutes mais qui ressurgit à nouveau : Hitler n'avait qu'un testicule.

Derrière tout ça, le besoin de prouver qu'Hitler n'était pas « normal », c'est-à-dire pas comme nous, la nature humaine se trouvant ainsi disculpée d'avoir produit un Hitler. C'est rassurant : il n'y pas le potentiel d'un Hitler dans le potentiel humain.

J'ai essayé d'attirer l'attention sur l'absence d'arguments historiques sur lesquels s'appuient nos efforts pour associer Hitler (et les nazis en général) à la sexualité hors-norme. Il y a quelques années dans une chronique de Slate, j'ai abordé la rumeur « Hitler-était-homosexuel », idée qui associe implicitement le comportement homosexuel à la pathologie criminelle d'Hitler.

Des légendes urbaines

Et j'ai consacré un chapitre de mon livre « Explaining Hitler » à essayer de discréditer les rumeurs de perversion, l'histoire de Geli Raubal, cet effort de transfuges nazis et de freudiens pour prouver que si Hitler était vraiment diabolique, c'était à cause de sa relation sexuelle perverse avec sa demi-nièce, Geli, qui s'est suicidée avant qu'il devienne Führer (comme si sans cela, il aurait été un type bien).

Mes efforts pour discréditer ces légendes n'ont pas empêché des soi-disant grands romanciers littéraires comme Norman Mailer ou Ron Hansen de les prendre au sérieux.

Et voilà maintenant le retour du testicule manquant. Une des légendes urbaines les plus répandues sur Hitler voudrait qu'il ait été monorchide et que ce testicule manquant n'ait pas simplement été une petite déformation, mais la clé de la psychologie d'Hitler.

Il y a même une école de « psycho-historiens » freudiens qui considèrent que le scrotum soi-disant à demi vide d'Hitler est à la racine de son tempérament meurtrier, de sa sexualité et de son antisémitisme.

« Génitalement normal »

C'est une théorie à laquelle je croyais avoir mis un terme. En 1995, j'ai publié un extrait de mon livre dans le New Yorker dans lequel j'ai fait référence à la persistance de la légende de l'unique testicule, incluant une information douteuse sortie dans les journaux -je n'invente rien- selon laquelle Hitler avait perdu un des testicules en essayant, enfant, d'uriner dans la bouche d'une chèvre.

Peu de temps après la publication de cet article, j'ai reçu une lettre de Gertrude Kurth, une psychanalyste qui pendant la guerre avait participé à une opération soutenue par l »OSS pour essayer d'évaluer « l'esprit d'Adolf Hitler ».

Avec l'auteur de l'étude Walter C. Langer, elle avait retrouvé le médecin de famille d'Hitler, le docteur Eduard Bloch, alors un réfugié juif qui vivait dans le Bronx à New York et qui lui avait affirmé sans équivoque qu'il avait examiné Hitler pendant son enfance et l'avait trouvé « génitalement normal ».

La theorie monocouille ressort le 19 novembre dernier

Fin de l'histoire ? Malheureusement non. Voilà que le 19 novembre dernier, Alex Peake, journaliste au tabloïd anglais The Sun prétend qu'un nouveau document a refait surface, le soi-disant testament d'un prêtre qui a recueilli la confession d'un Johan Jambor.

Jambor, nous dit-il, était un médecin allemand qui a participé à la bataille de la Somme en 1916 aux côtés d'Hitler. D'après Peake, Jambor « est mort en 1985 à l'âge de 94 ans, mais avait raconté son secret au prêtre Franciszek Pawlar, qui avait gardé des notes de leur conversation. » Voilà ce qu'écrit Peake :

« Blassius Hanczuch, l'ami de Johan a confirmé le récit du prêtre sur la façon dont le médecin avait sauvé la vie d'Hitler. Il a dit : “En 1916, ils ont vécu leur plus dur combat pendant la bataille de la Somme. Pendant plusieurs heures, Johan et ses amis ont ramassé des soldats blessés. Il se souvient d'Hitler. (…) Son abdomen et ses jambes étaient en sang. Hitler était blessé au ventre et avait perdu un testicule. (…) Blassius a dit que quand les Nazis prirent le pouvoir, Johan commença à faire des cauchemars et à se reprocher d'avoir sauvé Hitler.”

Etonnament -alors que Peake n'a jamais montré le document du prêtre ou donné des preuves de l'existence du soi-disant témoin Hanczuch- des médias sérieux ont repris l'information des deux côtés de l'Atlantique (Rue89 l'avait signalé en vigie, ndlr).

Des affirmations invérifiables

Il est vrai qu'Hitler a été blessé pendant la bataille de la Somme. Son plus fiable biographe récent, Ian Kershaw dit qu'il a été blessé “à la cuisse gauche”, pas à l'abdomen comme le prétend le médecin peut-être mythique du Sun.

Mais c'est la seule noisette -façon de parler- du récit de Peake qui puisse être documentée. Je lui ai écrit deux fois pour lui demander où l'on pouvait trouver le document du prêtre et pourquoi il ne pouvait pas être photocopié. Je lui ai aussi demandé si l'ami Hanczuch qui corroborait l'histoire pouvait être contacté et interviewé. Pas de réponse.

Tout ce qui sort sur Hitler est bourré de bidonnages et de légendes urbaines. J'ai donc appelé M. Peake et The Sun pour leur prouver qu'ils en avaient là un de plus.

Pourquoi a-t-on envie de le croire ?

Mais je me demande encore ce qui est à l'origine de cette avidité. Pourquoi autant de gens sont-ils prêts à croire, comme le titre du Sun le disait qu'“Hitler n'avait qu'une couille” ?

Et même si c'était vrai, qu'est-ce que ça prouverait ? Les théories freudiennes sur le monorchisme s'appuient généralement sur l'idée que c'était quelque chose qu'il avait depuis la naissance ou s'était développé pendant la puberté, comme c'est le cas pour beaucoup d'hommes, en général avec très peu de conséquences. Inutile de préciser qu'on viverait dans un monde extrêmement dangereux si tous les jeunes monorchides devenaient des Hitler.

Même si le document du Sun n'est pas bidon, cela complique ces théories, parce que cela montre qu'Hitler a perdu un testicule à l'âge adulte et avait donc développé l'essentiel de sa personnalité à une époque où il était doublement burné.

Bien sûr, la blessure au combat semble suffisamment douloureuse, traumatisante même, mais vraiment de quoi faire un Hitler d'Hitler ? De quoi être un facteur de sa personnalité ou de la formation de son idéologie. En fait, dans sa biographie, Ian Kershaw est très clair sur le fait qu'Hitler “a commencé à détester les juifs pendant qu'il était à Vienne”, donc des années avant la guerre.

Une théorie déculpabilisante

L'envie de croire l'histoire du Sun, on s'en fait une idée aux soi-disant mots du médecin qui se met à faire des cauchemars et à s'en vouloir d'avoir sauvé Hitler.

Voilà à quoi tient l'attrait de cette histoire ou de cette fable comme vous voulez l'appeler : ce ne sont pas les démocraties occidentales qui n'ont pas réussi à sauver le monde d'Hitler avec leur politique d'apaisement ; c'est Johan Jambor qui aurait pu le faire. Hitler, ce n'est pas la faute du peuple allemand, c'est la faute de cet allemand Johan Jambor et d'une couille qui manque.

C'est aussi le problème que me posent des films comme La Chute. Le film prétend offrir “l'histoire vécue de l'intérieur” des derniers jours d'Hitler dans son bunker allemand et défend implicitement l'idée que l'Holocauste ne s'est pas produit à cause du peuple allemand –non, ils sont aussi victimes ! - mais d'un homme, Hitler, et du petit groupe de fous diaboliques qui l'entouraient. Rien sur la façon dont l'Allemagne a accueilli l'antisémitisme exterminationiste.

Tout ce que cette obsession nous apprend, c'est la façon dont notre culture refuse de faire face à la profondeur et à la complexité du mal -et à quelques exceptions honorables près- préfère échapper aux questions sur qui porte la responsabilité d'Hitler et de l'Holocauste en en faisant porter la faute à des mythologies sexuelles de pacotille et à la notion freudienne que tous les comportements ont une explication sexuelle.

D'une certaine manière, l'attention portée à la supposée anormalité sexuelle d'Hitler devient le testicule qui manque à l'Allemagne : la déculpabilisation monorchide à des meurtres de masse. Ne l'encourageons pas.

Ron Rosenbaum est l'auteur de “The Shakespeare Wars and Explaining Hitler”.
Ce texte a été raccourci. Vous en trouverez l'original en anglais ici.

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Portrait de Vatech

De Vatech

BoBo | 16H30 | 01/12/2008 | Permalien

En effet, il ne faut pas faire des soi-disant « monstres » de l'Histoire des être anormaux. Ces êtres sont des humains normaux que des peuples ont choisi pour « guides »… ces peuples (dans ce cas l'Allemagne) sont bien en effet responsable de leur choix.

Cependant je ne suis pas d'accord que l'analyse qui est faite du film « La Chute ». Ce n'est pas parce que l'on montre un Hitler à bout, paranonaïque, enfermé dans un bunker dans les tous derniers jours du Berlin nazi que l'on rejette toute la faute sur Hitler. Et le film ne dit pas cela, même implicitement ! Le film montre très bien les conditions dans lesquelles Hitler exercait alors le pouvoir. C'est là le mérite du film. C'est le droit du cinéma de montrer cela, sans pour autant faire une introduction du film de 30 minutes sur les pourquoi et comment de l'arrivée d'Hitler au pouvoir ! Ce n'est pas un cours d'histoire.

Portrait de Mundélé

à Vatech Portrait de Vatech De Mundélé

Blanc en lingala, langue national d... | 16H33 | 01/12/2008 | Permalien

d ac avec toi,

L avantage considérable de ce film, c est qu il pose
l'humanité de Hitler, ce qui fait de ce film un film polémique qui a le merrite de ne laisser personne indifferent et d ouvrir le debat.

Pour ou Contre, mais pas Indifferent….

Clt,

Mundélé

Portrait de Courageux anonyme

De l´axe du bien

18H13 | 01/12/2008 | Permalien

@ Mundélé

Mr X a parlé d´Eva Braun dans son émission avec Patrick Pesnot sur France Inter.

« En fait, je me demande si Hitler etait profondement
convaincu par son antisemitisme, et ce, des le debut. »

bah, lis Mein Kampf, tu verras que sa haine suivait les modes… il détestait les Tcheques, au début, si je me souviens bien… De la a dire que cette haine était fictive, je ne crois pas. il « fonctionnait » avec ce carburant, plutôt…

lisez aussi « les mains du miracle » de J Kessel, sur le médecin de Himmler. édifiant ! Himmler parle de la « folie » de Hitler, mais tardivement, en 42.

Portrait de marabbeh

De marabbeh

18H03 | 01/12/2008 | Permalien

Je n'ai encore jamais lu que la folie de Hitler s'expliquait par une couille manquante ou par son attitude vis-à-vis de sa nièce. J'ai lu quelques articles qui tentaient de cerner la personnalité de Hitler, dans lesquels ces actes étaient pris comme des manifestations de son tempérament et non comme la base de ce tempérament. Donc cet article-ci s'attaque à des moulins à vent. Je conteste que Hitler soit considéré comme une personnalité « normale », comme probablement Staline et disons Churchill. C'était des hommes hors du commun, du mauvais côté pour certains d'entre eux. Par contre, 99% des nazis et fascistes (en Allemagne comme ailleurs) étaient effectivement des gens comme tout le monde.

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 18H47 | 01/12/2008 | Permalien

Déjà je trouve l'article méchant sur La Chute, je l'ai vu et je n'ai pas trouvé qu'il innocentait les Allemands…

Et puis c'est quand même bizarre d'aller tout mettre sur le dos de cette pauvre couille manquante.
Et encore plus bizarre de croire ne serait-ce qu'une demi ligne du Sun !

Moi ce que j'aime bien avec cette histoire de mono-couille, c'est qu'elle est génial pour énerver les skins et autres adorateurs du moustachu. Mais pas aussi bien que de leur raconter que leur idole se tapait son neveu et Speer (sa nièce, ça les choque pas trop, ils aiment se reproduire entre eux).

Portrait de otto didakt

De otto didakt

citoyen en colère | 19H24 | 01/12/2008 | Permalien

moi qui en ai trois, je suis le plus gentil des garçons !

Portrait de eagle

à otto didakt Portrait de otto didakt De eagle

médecin | 19H34 | 01/12/2008 | Permalien

Alors les gars,on cloture sur la couille,ça me sort par …les yeux.
Alleeeez,s'il vous plait,on passe à autre chose,soyez gentil(le)s

Portrait de Gaspard.L-J

De Gaspard.L-J

étudiant | 22H39 | 01/12/2008 | Permalien

Je suis plutôt d'accord sur le début de l'article, et sur l'analyse qu'on peut tenter d'en faire. Mais j'ai une critique, et elle est de taille : il y a une incohérence totale entre les faits présentés par M. Rosenbaum et les conclusions qu'il en tire.

La rumeur à laquelle est consacrée l'article tout entier a été véhiculée par des écrivains américains (Norman Mailer, Ron Hansen), et par un journaliste britannique du Sun. Le seul Allemand dans l'histoire (ce Dr Johan Lambor) est très certainement un personnage imaginaire, ce que le journaliste concède d'ailleurs volontiers.

Pourtant, M. Rosenbaum conclut en crachant sur l'attitude pas-assez-culpabilisante d'un « peuple allemand » qui se donne de mauvaises excuses pour échapper à sa responsabilité (cf « La Chute »). Ma question est simple : qu'est-ce que cette référence à l'Allemagne vient faire dans un article qui traite de rumeurs anglo-saxonnes ?

Si M. Rosenbaum veut faire une critique de « La Chute » et du souvenir allemand, il s'est trompé de site : allociné.com, c'est pas ici.

Le journaliste prétend défaire les préjugés qui voudraient que seul un malade, un tordu, un pervers, ait pu accomplir ce qu'Hitler a accompli. Mais il est totalement arbitraire de faire porter à un Allemand la responsabilité de rumeurs débilisantes lancées par des best-sellers US et des tabloïds anglais, et encore plus d'en tirer une interprétation quant à leur rapport au génocide ! ! !

M. Rosenbaum n'a peut-être pas poussé son raisonnement assez loin : Hitler était un barbare, mais ce que la Seconde Guerre Mondiale a tristement montré, c'est que l'humanité est capable de la plus grande partie. J'ai bien dit « l'humanité ». Pas « le peuple allemand ». Et les rumeurs malsaines des tabloïds, comme les exclamations anti-allemandes de ce journaliste, semblent montrer que l'humanité, en tant qu'espèce, a en effet du mal à accepter sa propre barbarie.

Et puis, tant qu'on y est, autant finir par la fin : le « testicule manquant » comme métaphore du manque de virilité, et « donc » du manque de courage ( ? ), c'est digne de figurer en bonne place au palmarès des plus grandes conneries de ces derniers mois.

Portrait de paco2lameteo

De paco2lameteo

citoyen du monde | 22H52 | 01/12/2008 | Permalien

Franchement, de ce sujet on s'en bat……les couilles !

Portrait de pm.riviere

De pm.riviere

Diplomé de Droit et Management | 01H18 | 02/12/2008 | Permalien

L'auteur pointe ici un des terribles danger de l'Histoire racontée ; en cherchant trop de symboles (Hitler pour le Nazisme, Ben Laden pour le terrorisme islamiste…), on en fini par oublier que l'Homme est Homme, avec sa terrible perversité universelle et ses raisons propres en tout temps… qu'il faut tenter de comprendre pour que des « raisons » ne donnent pas lieu à des massacres.

Portrait de gylene

De gylene

ecrivain | 10H29 | 02/12/2008 | Permalien

Il a toujours été admis qu'Hitler avait un testicule qui n'était pas descendu, il faudrait pouvoir compter le nombre d'hommes qui ont cette particularité, cela n'en fait pas des monstres .
Quand à sa demie-nièce Geli Raubal, si lui l'aimait ( ? )
ce n'était pas réciproque puisqu'elle était la maîtresse de son chauffeur, il faudrait que je me replonge dans de vieux Historia qui avait très bien analysé cette histoire
Geli s'est elle vraiment suicidée ? ? ou est ce une « magouille » des proches d'Hitler car elle gênait ? ?

De toute façon on aura jamais la réponse à ces questions
ni à celle-ci ni à d'autres beaucoup plus importantes .
Je dirai que la vie sexuelle d'Hitler fut un grand désert en dépit de toutes les maîtresses qu'on lui a attribué ……….

Portrait de archivaria

De archivaria

consultante | 13H50 | 02/12/2008 | Permalien

Une petite référence sur l'implication des allemands dans le génocide :
« Nous ne savions pas » : les Allemands et la Solution finale, 1933-1945 : essai. Longerich, Peter

Portrait de Johndowland

De Johndowland

23H45 | 02/12/2008 | Permalien

Et il paraît que Napoléon avait un micro-pénis. Avez-vous aussi mis un terme à cette rumeur ?

Portrait de nidieunimaître

De nidieunimaître

02H31 | 07/12/2008 | Permalien

Merde ! Moi qui me considérait supérieur à lui !

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