Les territoires et départements d'outre-mer souffrent, entre autres, de la hausse du prix des carburants. Et du silence de Paris.
Un département français bloqué depuis huit jours par un mouvement de protestation contre le prix de l'essence, dans l'indifférence générale ? Cette information serait impensable s'il ne s'agissait d'un département… d'outre-mer, en l'occurrence la Guyane. Imagine-t-on la Gironde ou l'Alsace bloquées huit jours par des barrages sans faire les gros titres et mobiliser partis et syndicats ?
Ce sont des Guyanais qui nous ont alertés, et les témoignages d'internautes ont permis de briser le mur du silence ou plutôt de l'indifférence en « métropole » [je mets des guillemets, je déteste ce mot mais quel autre employer ? ].
Où en sont les DOM-TOM ? Comment font-ils face à la crise, de Cayenne à Nouméa en passant par Mayotte, dans ces « confettis d'empire », selon la formule de Jean-Claude Guillebaud, dont la grande majorité des Français ignorent presque tout ?
Comme dans le cas de la Guyane, ce sont vos témoignages qui peuvent permettre de donner une image complète, non filtrée, de la réalité de cette France des antipodes. Adressez-nous vos témoignages, vos commentaires, et une synthèse en sera faite dans quelques jours, permettant de faire émerger des informations marginalisées ou carrément mises sous le tapis. Vous pouvez laisser votre contribution en commentaire sous cet article, ou l'adresser directement à notre boîte « contact » : contact@rue89.com
Le prix du carburant figure aujourd'hui au cœur des inquiétudes
En attendant, petit tour d'horizon de ces territoires sur lesquels flotte le drapeau tricolore dans l'Atlantique (avec la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon), l'Océan Indien (avec la Réunion et Mayotte) et l'Océan Pacifique (avec la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et Wallis-et-Futuna), soit quelque 2,5 millions de personnes, loin d'une France « métropolitaine » elle-même en crise et partagée entre indifférence et volonté stratégique de présence.
De Cayenne à Papeete, on se rend compte que le prix du carburant figure aujourd'hui au cœur des inquiétudes et de la colère, dans des territoires dont l'économie est largement sous perfusion « métropolitaine ».
Avec moins de bruit que la Guyane, les Réunionnais avaient protesté fin octobre et début novembre contre des prix à la pompe qu'ils estiment loin de la réalité du marché pétrolier. La question reste explosive et pourrait reprendre le chemin de la rue en cas de déception après la réunion, prévue ce lundi à Saint-Denis, entre le préfet et les distributeurs pétroliers.
Sur les sites réunionnais, on peut lire quelques appels à « tout péter » si les prix ne baissent pas. Combien sont-ils à partager le point de vue « Mooneti », qui écrit sur le site clicanoo.com :
« Nous payons la rançon de la départementalisation. Nous ne serons jamais français à part entière ; loin de la France, nous n'aurons jamais le même fonctionnement qu'un département métropolitain. Je pense que les pouvoirs publics n'ont pas conscience de la gravité de la situation et qu'il est en train de s'installer dans notre île, de façon pérenne, un esprit révolutionnaire. Les manipulations en tout genre ont assez duré.
Quant aux pétroliers, nous savons tous qu'ils ont spéculé et qu'ils ne sont pas à plaindre : leur caisse est pleine à ras bord. Pourquoi les gérants de station, en France métropolitaine, n'ont aucun problème ? Nous attendons une baisse des carburants, sans plus ! »
En Guyane, la crise se poursuivait ce weekend, avec quelque vingt-cinq barrages routiers et la fermeture de l'aéroport international de Cayenne, malgré le « geste » d'Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, de baisser de trente centimes le prix du carburant dans le département. Le mouvement de protestation réclame toujours cinquante centimes de baisse et a reçu le soutien des partis politiques de Guyane, y compris l'UMP locale qui demande au gouvernement de satisfaire la revendication.
Il a fallu que les Guyanais en fassent beaucoup pour se faire remarquer de Paris, y compris provoquer le report d'un lancement de fusée Ariane sur le site de Kourou… Je ne résiste pas à l'envie de vous proposer de nouveau ce clip de Negus aka Mero, « 1,77 euros », tourné au début du mouvement et qui a aidé à faire connaître la revendication des Guyanais. (Voir la vidéo)
Avec près de 200 000 habitants, la Guyane est un département à part entière, mais ce territoire amazonien, voisin du Brésil, est aussi une vaste zone de non-droit dès lors qu'on touche à l'orpaillage clandestin, comme l'ont montré un film récent, « La Fièvre de l'or », et l'attitude des autorités militaires du département face aux journalistes trop curieux.
Inquiet de la contagion, Jégo a demandé aux préfets de Martinique et de Guadeloupe « d'examiner sans délai les moyens d'obtenir une baisse significative des prix des carburants dans ces deux départements qui pourrait s'appliquer elle aussi, dès le début du mois de décembre ».
Par souci d'économie, les DOM-TOM privés de leurs avantages
Le prix du carburant n'est pas le seul problème sur la table. Le gouvernement, dans sa quête d'économies tous azimuts, vient de supprimer des avantages réservés aux fonctionnaires retraités installés outre-mer, et a fait adopter le plafonnement des avantages fiscaux liés aux investissements dans les DOM-TOM, qui étaient devenue une source majeure de financement, notamment aux Antilles.
Nicolas Sarkozy a reconnu la semaine dernière que cette dernière réforme, prévue dans le budget 2009, « a été vécue douloureusement outre-mer ». Mais il a ajouté qu'il n'était pas juste que de riches contribuables s'en servent pour ne pas payer d'impôts. En s'adressant aux maires d'outre-mer, le président est revenu sur ces réformes impopulaires, et a eu ce cri du cœur quelque peu paternaliste :
« Les choix, c'est justement parce que je vous aime et que je crois en l'avenir de l'outre-mer que je les fais. Le plus gros des réformes difficiles est derrière nous (…) Des réformes positives viendront début 2009. »
Entre une « métropole » qui n'a plus les moyens de ses ambitions et continue de tenir l'outre-mer sous perfusion, et des territoires tiraillés entre des aspirations contradictoires, le gouvernement évolue dans une voie étroite, en cherchant avant tout à éviter les explosions.
Des réformes institutionnelles en chantier
Reste enfin, l'énorme chantier de l'évolution institutionnelle de plusieurs territoires.
Celui de Mayotte, d'abord, qui s'apprête à connaître un grand changement, avec la promesse de Paris de la départementalisation d'ici à 2011 de ce territoire de l'océan Indien qui est à l'heure actuelle une « collectivité territoriale ». Un référendum est prévu en mars 2009 dans l'île.
Sans donner plus de détails, Nicolas Sarkozy a appelé la semaine dernière à « concevoir un modèle de département qui soit respectueux de l'identité de Mayotte ».
Or Mayotte n'est pas un cas simple. Cette île comorienne de 200 000 habitants a voté pour rester dans l'ensemble français en 1975, lors du référendum d'autodétermination des Comores. Les trois autres îles sont devenues indépendantes, mais Valéry Giscard d'Estaing a choisi de séparer Mayotte de ses « sœurs », et d'en faire un territoire français. Début des problèmes…
Depuis, Mayotte vit au rythme de l'arrivée des « kwasa kwasa », ces pirogues en provenance de l'île voisine d'Anjouan, chargées de « clandestins », attirés par le niveau de vie bien supérieur du territoire français et surtout par ses installations médicales. Des centaines de « clandestins » ont perdu la vie dans cette traversée périlleuse et la situation sociale de Mayotte est explosive. C'est la bombe à retardement laissée par VGE en 1975…
En faisant franchir un pas de plus à l'intégration de Mayotte dans la République, le gouvernement n'a pas pour autant de réponse à la question de ses relations avec les Comores et leur misère, et continuera d'expulser à tour de bras les « clandestins » de Mayotte, qui constituent une part non négligeable des 25 000 reconductions à la frontière dont Brice Hortefeux est si fier.
Et il y a bien sûr l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, vingt ans après les accords de Matignon qui ont mis fin à une période de trouble dans le territoire situé dans l'océan Pacifique, et dix ans après l'accord de Nouméa qui donnait une feuille de route institutionnelle.
Mais, comme le constatait lors de cet anniversaire Christian Le Goff sur Rue89, rien n'est réglé à Nouméa. Sa conclusion :
« Dans un an, les électeurs calédoniens renouvelleront leur Congrès qui aura la charge de dresser la liste des compétences à transférer et préparer -ou reporter une nouvelle fois ? - l'organisation du référendum d'autodétermination prévu après la fin de cette prochaine mandature. Mais pour l'instant, et ce malgré les accords de Matignon et de Nouméa, aucune solution n'est prévue pour concilier définitivement les deux légitimités du Territoire, celle du premier occupant et celle de la majorité. »
Ce petit tour d'horizon non-exhaustif -on n'y a pas parlé de la Polynésie française ou de Saint-Pierre-et-Miquelon, deux territoires situés aux deux extrémités de cet empire français light- montre néanmoins que la « question des DOM-TOM », si elle n'est pas au cœur de l'actualité des Français, continue de se poser. Il n'est pas inutile, au minimum, que l'opinion dispose d'informations complètes. Et ne se laisse pas gagner par une indifférence qui précède toujours les réveils douloureux.
Article modifié le 1er décembre : la photo a été retirée car elle était prise aux Comores, certes, mais sur l'île d'Anjouan, qui n'appartient pas aux confettis de l'empire… Nos excuses pour cette erreur.


























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De kompaktniki
s'il le savait lui même | 18H25 | 30/11/2008 |
Les expulsions de Mayotte se chiffrent à 16000 pour l'année 2007. Elles ne sont pas inclues dans les objectifs Hortefeux des 25000 expulsions, mais sont « en plus ». (Idem pour les expulsions de Guyane par exemple). A elles seules donc, les « éloignements » de Mayotte (dont plus de 2000 mineurs) équivalent à plus de la moitié des quotas de France métropolitaine… Pour finir : sur les 180 000 habitants de Mayotte, on compte plus de 45000 « irréguliers », qui bien évidemment participent à l'économie de l'île (agriculture, maraîchage…)
De anacaona
19H06 | 30/11/2008 |
« Métropole » : je comprends Pierre Haski que ce mot vous hérisse ; à moi-aussi… mais il n'en existe pas d'autre qui dise mieux les liens très particuliers qui l'unissent aux « confettis de l'empire » (soit dit en passant, gros gros confetti, la Guyane, avec sa superficie égale à celle du Portugal » ! ). Ce terme, issu de la période coloniale a persisté et ce n'est certainement pas par hasard.
En revanche, si l'on veut parler de la « métropole » comme d'un lieu géographique, et qu'on est enseignant on s'efforce de dire à nos élèves l'Hexagone ou la France hexagonale.
Et même si on est « Métro », au bout de quelques années en Guyane, on a tendance à dire « la France », sans pour être pour autant forcément indépendantiste. Car on aura beau faire, on aura beau dire (et ce qui se passe en ce moment en est la vivante illustration), la Guyane, ce n'est pas la France…
De kompaktniki
s'il le savait lui même | 19H17 | 30/11/2008 |
je crois que le manque d'information est surtout valable pour les « grands medias » nationaux. Pour qui veut se donner la peine, il y a tout à lire et à comprendre sur la Guyane, Mayotte, la Nouvelle Calédonie… Des sites internet existent, la presse plus ou moins indépendante également, et puis, il y a des rapports parlementaires, des rapports d'ONG… Bref, c'est toujours pareil : les medias nationaux sont très très peu curieux. Rien de spontané, il faut allez tout tirer soi-même. C'est triste.
Merci à rue89 pour ce type de reportage un peu décalé - cela avait déjà été le cas sur Mayotte a plusieurs reprises.
De anacaona
21H33 | 30/11/2008 |
Vivant en Guyane et guettant depuis lundi toutes les infos nous concernant, je vous trouve injuste avec les journalistes de Rue89. Je ne pense pas qu'ils se donnent bonne conscience en écrivant un article sur notre situation, d'ailleurs, ils n'ont pas publié un mais deux articles. Comme les autres médias, ils ont mis un peu de temps à réagir (Arnaud Aubron s'en est expliqué dans l'article précédent) mais à ma connaissance, ils ont été quasiment les seuls à ne pas reprendre telles quelles les dépêches d'agence en brodant dessus et en mettant en exergue les violences urbaines, photos de voitures qui brûlent à l'appui, sans expliquer correctement les tenants et les aboutissants de la crise (Ce n'est pas pour rien si les internautes guyanais se retrouvent plutôt bien dans ces articles). Et comme explique Caro, ils ont largement ouvert le site aux témoignages et aux documents envoyés par les riverains guyanais.
J'éprouve encore pour Rue89 une immense gratitude pour s'être fait l'écho en juin dernier du blocage du rectorat de la Guyane et de nos luttes et de nos revendications. Face au silence assourdissant des médias hexagonaux, nous nous sommes sentis moins seuls.
Alors à votre plume, vous aussi, la Guadeloupe nous intéresse ! ! !
De nemo3637
Déchoukeur | 00H26 | 01/12/2008 |
Certains « Français » - « comme on les nomme » - ont la mémoire courte. Et il leur manque sans doute plus que de la mémoire dans leur tête. C'est en effet souvent l'apport des ultramarins qui a permis à la France métropolitaine de « s'en sortir ». Passons sur le sucre qui a fait du royaume de France l'une des plus grandes puissances coloniales au XVIIIe siècle. Les deux dernières guerres mondiales ont vu l'outre-mer français et ses habitants occuper une place de premier plan.
Comme d'habitude, concernant les évènements de Guyane, les grands médias ont attendu que les informations fassent le touR de l'internet pour finir par en parler.
L'« économie » des Antilles est organisée autour de groupes monopoles qui contrôlent toutes les activités. Malheur au nouvel investisseur, à l'artisan nouvellement débarqué qui déplait !
Les Français métropolitains, à propos de l'Outre-Mer et des colonies ignorent beaucoup de choses, et vivent souvent avec quelques clichés. Mais la faute à qui ? Cette ignorance n'est-elle pas voulue, destinée à nous faire percevoir par la même occasion toute personne trop bronzé comme un parasite ou un incapable ? C'est aussi une question d'éducation à l'école. La vision culturelle de la France est uniquement hexagonale. La Corse et l'Alsace représente déjà un périphérie sur laquelle on s'attarde peu - sauf bien sûr si l'on habite ces régions… La centralisation, qui vient sans doute de l'absolutisme monarchique, ne permet pas aux cultures de s'exprimer. Et cette oppression est d'autant plus affirmée quand on est dans une société coloniale. Jusqu'à 1983 la politique culturelle de l'état français aux Antilles s'est résumé à une volonté d'anéantissement ou de marginalisation de la culture antillaise et de la langue créole. Jusqu'à cette époque aucun fonctionnaire français ne franchissait l'enceinte de la mairie de Fort-de-France tenue par Aimé Césaire, soigneusement boycotté. Pour équiper la ville qui s'était agrandie, et qui après-guerre, manquait de tout, la municipalité n'a pu bénéficier d'aucune aide de l'état et a du compter uniquement sur les banques et faire des emprunts. Ainsi étaient punis les Foyalais qui avaientt osé voter pour le « communiste » Césaire.
Quand un jour, à l'Assemblée Nationale, un député l'interpela en voulant lui faire remarquer que « c'était bien la France qui lui avait appris à lire » Césaire répliqua que c'était l'effort du peuple martiniquais - et seulement lui - qui lui avait permis de s'éduquer et de se cultiver.
Lors des obsèques d'Aimé Césaire, Pierre Aliker - 102 ans - oubliant ses notes de lecture, déclara, devant le Président Sarkozy, que les mieux placés pour s'occuper de la Martinique étaient les Martiniquais eux-mêmes.
Ce qu'a apporté l'Outre-mer à la France ces dernières décennies ? Le meilleur de son intelligentsia, et le regard vers des horizons multiformes qui correspondaient bien à sa vision universaliste. Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant… Quel département français peut s'enorgueillir d'avoir autant d'écrivains et penseurs - reconnus internationalement - qu'une seule petite île comme la Martinique ?
De xicoïa
05H03 | 01/12/2008 |
L'essence bien sûr mais le reste ?
Puisque nous sommes en période de comparaison je propose aux internautes « métro » de faire un comparatif de prix avec les DOM-TOM !
Le prix des communications téléphoniques ?
Le prix des FAI a prestation égales ?
Le prix du pain ?
Le prix des billets d'avions ?
Etc….
Etablissons une liste et voyons..
Je pense que nous serons surpris les uns et les autres.
De Pierre973
désanusseur de porcs | 05H50 | 01/12/2008 |
Désolé pour ce long développement, mais le problème du carburant en Guyane est assez complexe et je voudrais tenter de vous en expliquer les rouages…
En Guyane, le mouvement est avant tout né du fait que depuis juillet, le prix à la pompe ne cesse d'augmenter (1,77 € pour le SP98 aujourd'hui contre environ 1,50 € en juillet …) alors que le prix du Brent a été divisé par 3 dans la même période. JAMAIS, durant cette période, les prix n'ont baissé à la pompe ! Les usagers dans leur ensemble se sont alors sentis pris pour des c…itoyens de seconde zone et un élan collectif (consommateurs et entrepreneurs + élus locaux) a fait émerger des revendications fortes pour comprendre la décomposition du prix du carburant à la pompe.
Cette décomposition est à peu près la suivante :
1)le prix de vente en sortie raffinerie de Martinique (la SARA, en l'occurrence, qui appartient aux 4 grands distributeurs de carburant sur les territoires domiens des Antilles/Guyane, dont TOTAL est actionnaire principal)est de 80 cts d'€/litre, quand ce même prix est de 23 cts sortie raffinerie en métropole.
2) Les taxes locales : 70 cts/litre environ au seul profit des Collectivités Territoriales (l'Etat « central » -Bercy- ne perçoit rien). Par comparaison, en métropole, les diverses taxes perçues par Bercy et les collectivités territoriales s'élèvent à environ 80 cts/litre.
3) les frais de transport Martinique -> Guyane, d'environ 5 cts/litre
4) les frais de distribution en stations services : 10 cts/litre
5) quelques menues taxes supplémentaires …
Le problème crucial est que la SARA n'a pas su encore justifier son prix de vente de 80 cts (x 4 par rapport à la métropole, quand même …)alors que des demandes pressantes leur ont été faites il y a plusieurs semaines par les élus locaux et les services de l'Etat (Préfecture de Guyane). Car il faut également savoir que le prix de l'essence à la pompe est un prix dit « administré », c'est à dire que ce prix est fixé sous contrôle de l'Etat. Rôle que l'Etat semble découvrir ici, à Cayenne…sous la pression des collectifs. Car jusqu'à aujourd'hui, soit aucune demande de justification n'a jamais été formulée par l'Etat envers la SARA ,soit cette demande n'aura en tout cas jamais abouti jusqu'à présent. En bref, l'Etat n » aura pas joué son rôle, tout du moins jusqu'au début de cette crise…
Car depuis, le Sieur Jego semble prendre conscience de la gravité des reproches que les administrés domiens (nos amis Martiniquais et Guadeloupéens, eux aussi placés sous le monopole de cette SARA, entrent progressivement dans la danse du mécontentement…)sont en mesure de renvoyer à ses services. Et la mobilisation quasi-générale des Guyanais sur les barrages aura fini de le persuader de la profondeur du grondement. Qui + est, les débats auxquels il aura participé ces derniers jours avec les élus guyanais, ont semble-t-il ébranlé ses convictions quant à la probité des offres de prix de la SARA. Quelques questionnements semblent le tarauder … jusqu'à l'« effarement », d'après ce qui nous a été communiqué non officiellement. Manifestement, il en aura appris de bonnes ! ! !
Illico, voilà donc le Secrétaire d'Etat Jego tenter une négociation avec les Pétroliers actionnaires de la SARA. Résultat des courses : - 30 cts proposés à la pompe dès lundi 1er décembre. Sauf que l'on ne sait toujours pas s'il s'agit d'un rabais effectivement « négocié » (donc avec l'accord des Pétroliers) ou d'un rabais « imposé » par le Secrétaire d'Etat. Compte tenu de l'approximation dans le discours, un sérieux doute plane sur l'aspect « négocié ». Il se peut donc que l'Etat en soit de sa poche. Oups ! ! !
Deuxième étape : reste - 20 cts/litre à trouver pour satisfaire les revendications des usagers guyanais, usagers qui restent fermement ancrés sur leurs positions. Dernière proposition de Jego émise ce soir sur l'antenne de RFO : - 20 cts sur les taxes des collectivités locales, en échange d'une dotation exceptionnelle de 10 millions d'€ de l'Etat pour compenser le manque à gagner des Collectivités sur une période approximative de 3 mois. Certainement le temps de faire toute la lumière sur la décomposition exacte du prix SARA et de prendre ensuite des mesures définitives.
Alors, OUI, de toutes façons, l'Etat et le contribuable français vont mettre la main à la poche dans cette affaire. OUI, de fortes suspicions existent sur la probité du prix de vente fixé par la SARA au profit des Domiens. OUI, l'Etat n'a pas su jouer son rôle de contrôle. OUI l'Etat a laissé se construire un monopole privé pour la distribution de carburant sur un de ses territoires. OUI l'Etat préfère se substituer (au moins temporairement) aux Pétroliers pour répondre aux revendications de ses administrés, plutôt que de contraindre ces faiseurs de fric à se justifier de leur appétit vorace et déplacé. Car les gains de la SARA(estimés par la CGPME à 40 millions d'€ annuels sur le seul marché guyanais)se font sur le dos d'une population dont le PIB est très largement inférieur à celui de la métropole, dont le taux de chômage est de 25 % et pour lesquels le carburant est un produit de toute première nécessité dans un département grand comme 1/5e de la métropole…
Le président de M. Jégo, lui-même, dans son discours élyséen à l'intention des domiens il y a 3 ou 4 jours a évoqué sa conception de l'Egalité : ce principe républicain ne dicte pas, selon lui, de donner la même chose à tous mais de donner + à ceux qui en ont le + besoin. Beau discours empreint d'un humanisme présidentiel qu'il conviendrait de lui opposer a chacune des décisions qu'il rend… Et de finir, emporté dans son élan, sur l'impérieux devoir pour l'Etat d'assurer la continuité territoriale… Si « les mots ont un sens », comme il aime à le rappeler si souvent, on est en droit d'attendre une cohérence avec les actes !
- Anne, ma soeur Anne …
Bref, tandis que la campagne électorale continue à Paris (…), ici en Guyane, les difficultés de développement perdurent(fractures sociale, numérique, téléphonique, desserte aérienne monopolistique, démographie galopante…)
- … Ne vois-tu rien venir ? ? ?
- Merde, un mur ! ! !
Le courage ne nous manque pas pour tenter de le contourner. Car, au stade ou nous en sommes, il serait vain et dangereux de continuer à freiner. Il y a ici des acteurs remarquables, tant économiques que sociaux et cette « crise » du carburant aura permis de révéler leur sens des responsabilités.
Sur cette base, et avec la cohésion nouvelle née de cette crise, les Guyanais sauront, je l'espère, trouver la confiance nécessaire à leur salut.
Salut que je vous renvoie, chers voisins !
De Noir
Indécis | 07H59 | 01/12/2008 |
Bonjour,
cet article rappelle combien les DOM-TOM sont invisibles dans l'opinion publique française, alors même que les évènements qui s'y déroulent sont souvent d'une rare intensité. Ce scandale permanent, que je vis depuis tout petit, moi qui suis le fiston d'un « métrofonctionnaire », je me l'explique par l'éloignement, bien sûr. Mais enfin, il me semble que l'actualité de ces Français méritent plus que d'être cantonnés sur les ondes d'un service public bienveillant, RFO, là où chaque jour voit survenir son lot de faits divers, évènements culturels, politiques et sociaux qui occuperaient la une des journaux s'ils se déroulaient sur le continent.
Car la richesse de ces territoires est immense, je vous l'assure. Bien plus que les nécessaires papiers de mise en perspective que l'on pourrait imprimer, et qui trainent de temps en temps dans un journal national - entre autres nombreux exemples, l'harmonie multiculturelle réunionnaise analysée il y a peu par le Monde comme unique sur Terre ; la vitalité littéraire des Antilles ; la situation de l'immigration guyanaise ; l'économie du Nickel en Nouvelle Calédonie et ses implications ; les aventures du copain de Chirac, l'inénarrable Gaston Flosse, à Papeete etc…- il y a au jour le jour des faits, de la vie en somme, qui sont liés aux préoccupations générales de la France en mouvement dans un monde globalisé. On le découvre par intermittence, comme ces derniers temps en Guyane, où on se rend compte que ce peuple de la jungle a besoin d'essence itou, et se préoccupe de pouvoir d'achat en cette période de crise. Dingue..
Plus qu'une esthétique de l'antiracisme qu'un terne Finkielkraut pourrait vouer aux gémonies dans l'une de ses éructations haineuses et vomitives, le compte-rendu régulier de l'actualité des DOM-TOM serait un bon moyen de saisir ce qu'est en réalité l'âme de la France. La France, ce sont aussi ces 2,5 millions d'individus vivant sous d'autres latitudes, ces individus nés français qui, en outre, ont de la famille sur le continent, et en grand nombre. C'est quand même pas nouveau tout cela, ça fait plus d'un demi-siècle que la Martinique et la Creuse partagent le même fonctionnement institutionnel (conseil général, préfet etc..).
Ceux qui objectent consciemment ou non que ces « confettis d'empire » (sic) méritent une attention moindre dans la mesure où leur économie vit sous « ponction métroplitaine » (re-sic) devrait s'interroger sur ce qu'est l'insularité. Après tout, le jeu de l'efficience économique est largement faussé en Corse, sur l'île de Ré, d'Oléron, que sais-je…
Rue 89, vous qui êtes si novateur (éco89, quelle merveille, par exemple), si vous pouviez perpétuer la révolution en intégrant équitablement et sans condescendance l'actualité des DOM-TOM dans votre contenu éditorial, vous me raviriez.
Parce que y en a vraiment marre d'attendre qu'un cyclone survienne pour entendre parler de l'outre-mer.
Bien à vous.