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Un journaliste de Libération humilié par la police

Dans le hall du quotidien Libération (Charles Platiau/Reuters).

C'est un pays dans lequel la police peut débarquer chez le journaliste d'un quotidien, l'humilier devant ses enfants, l'insulter, le menotter, le déshabiller complètement au dépôt… A cause de quelques mots écrits dans ce journal qu'il a dirigé pendant quelques mois.

Ce pays, c'est la France de 2008.

L'affaire, hallucinante, est racontée par Libération. Vendredi matin, Vittorio de Filippis, journaliste à Libération, est réveillé à 6h40 par des coups frappés à la porte de sa maison.

Trois policiers lui disent qu'ils ont un mandat d'amener au TGI de Paris contre lui. « Habillez-vous, on vous emmène. » Il proteste. « Vous, vous êtes pire que la racaille ! », disent les policiers, devant son fils de 14 ans.

Il est emmené au commissariat du Raincy. Quel est le crime commis par le journaliste ? On lui parle d'une affaire de diffamation à l'encontre de Xavier Niel, fondateur de Free, le fournisseur d'accès à Internet… Vittorio de Filippis a en effet été directeur de la publication de Libération pendant la période de transition July-Joffrin. A ce titre, il est responsable de tout ce que le journal a publié à cette époque…

Vittorio de Filippis demande la présence des avocats du journal. Réponse : « Ils ne seront pas là. » Il doit vider ses poches, il est menotté dans le dos, direction Paris. Là, à la PJ, il doit de nouveau vider ses poches, et se déshabiller. On lui demande de baisser son slip, de se tourner et de tousser trois fois. La procédure… Il se rhabille. On lui a retiré ses lacets, sa ceinture, la batterie de son portable, ses papiers…

Il est poussé dans une cellule avec cafards et mites.

Deux heures plus tard, on lui redemande de se déshabiller complètement. Il baisse son slip, se tourne, tousse. Toujours menotté, il est escorté vers la juge Muriel Josié, vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris. Elle lui signifie qu'elle l'a convoqué plusieurs fois par courrier dans le cadre de l'affaire Niel et qu'il a toujours été « injoignable » (il transmettait les convocations aux avocats du journal).

Le journaliste refuse de répondre à ses questions. Il est alors mis en examen pour diffamation, avant d'être relâché.

Ces méthodes, qui concernent un délit qui n'est même pas passible de prison, sont proprement inadmissibles, et Rue89 se joint à l'indignation de Libération et de ses personnels.

Il est indispensable qu'une enquête soit ouverte sur cette affaire, et que des sanctions soient prises contre les responsables de cette interpellation. C'est la première fois, semble-t-il, qu'un directeur de la publication fait ainsi l'objet d'un mandat d'amener pour un délit de presse.

Mais ce n'est pas la première fois que la liberté de la presse est bousculée depuis deux ans. Perquisition au Canard Enchaîné, garde à vue du journaliste Guillaume Dasquié, mises en examens à répétition… La liberté de la presse régresse en France : tous les démocrates devraient s'en alarmer.

A lire aussi :
Journaliste en France, un métier de plus en plus risqué
L'analyse du récit de Vittorio de Filippis par Me Eolas

Photo : dans le hall du quotidien Libération (Charles Platiau/Reuters).

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13 commentaires sélectionnés

Portrait de ozymandias

De ozymandias

"spectateur engagé" | 03H06 | 29/11/2008 | Permalien

C'est inadmissible, cela est indubitable.

Mais si ya bien une chose qui me fait marrer, c'est que cest parce que cette affaire concerne un journaliste quon fait autant de bruit ! ! ! ! ou sont les pages de grands journaux consacrées aux bavures policieres, aux humilations des GENS ORDINAIRES ? ? ? ? ? ? Nul part.Je répète : nul part ! parce que les baffes dans un camion de CRS parce quon a dit quon avait pas de shit alors quen fait on en a un peu, juste sa conso, ou alors les perquisitions ou ils réveillent tout le monde, la mère de famille projetée sur le lit avec le frère ainé comme si y'avait un danger de dingue, ça concerne pas que les bobos hein. Ca concerne tt le monde. Et ce journaliste, combien meme ce qui lui est arrivé est inadmissible n'est qun arbre derriere la foret.

Alors espérons que les journalistes, classe sociale over good pour aller vite, proprio et tt le bordel, avec le fiston dans l'école qu'il faut et les bonnes fréquentations, ouvrent les yeux un peu plus sur la réalité de tous ces gens qui vivent autour d'eux !

Portrait de Augustin Scalbert

De Augustin Scalbert 27

Rue89 | 03H59 | 29/11/2008 | Permalien

En octobre, Rue89 a révélé une bavure policière, qui a été reprise par tous les « grands journaux ».

Si cette affaire d'interpellation de journaliste pour un présumé délit de presse risque de faire du bruit, c'est parce qu'elle marque une gradation dans la manière dont les différents pouvoirs (en l'occurrence, judiciaire) traitent les médias. Le journaliste interpellé l'a été en qualité de directeur de la publication de Libération à l'époque des faits visés par la plainte. Il s'agit donc bien d'un traitement vexatoire à l'encontre d'un média, et des médias en général.

Ce que montre cette gradation, comme le rappelait le secrétaire général de Reporters sans Frontières dans l'article cité à la fin de celui-ci, c'est que le pouvoir (car les décisions du judiciaire sont malheureusement poreuses à l'influence du politque) cherche à freiner les médias dans leur travail de révélation au grand public. C'est un problème qui concerne notre démocratie, et pas seulement les journalistes en tant qu'individus ou catégorie sociale.

Cela n'enlève rien au fait que, globalement, les médias sont peu bavards sur les humiliations que subissent les « gens ordinaires », comme vous dites. Sachez que beaucoup de journalistes le déplorent. Je partage votre espoir que plus de journalistes (qui ne sont pas tous des bobos proprios) « ouvrent les yeux un peu plus sur la réalité de tous ces gens qui vivent autour d'eux ! ».

Portrait de mekaryns

De mekaryns

Etudiant | 04H38 | 29/11/2008 | Permalien

C'est dégueulasse…

Mais c'est tout autant dommage de voir que les journalistes ( à quelques exceptions près) n'arrivent pas à voir plus loin que leurs nombrils.

Il faut que ça arrive à l'un d'eux pour que cela daigne indigner tout le monde.

Pour info, ce genre de trucs arrivent quotidiennement dans les banlieues, à certains, fouteurs de merde, certes, mais aussi à de simples citoyens comme vous et moi. Et pour peu qu'ils soient de teint un peu basané et qu'ils tombent sur un flic de ce genre, ils n'y échappent pas à coup sûr…

Il serait temps que les médias attirent réellement l'attention sur la dérive autoritaire vers laquelle tend la police de ce pays, et non de façon anecdotique, comme c'est malheuresement le cas aujourd'hui.

Beaucoup de policiers (pas tous heureusement) ont un comportement excécrable, qui fait chier beaucoup de français, et il serait temps que cela se sache et se dise réellement pour que ça change !

C'est un réel problème.

Portrait de battuta

De battuta

adorateur de la lune | 07H00 | 29/11/2008 | Permalien

décidément les grandes entreprises ont une facheuse tendance à attaquer pour diffamation : free aujourd'hui, tazzer hier…. demain Coca et Mc Do vont passer à l'offensive : gare à celui qui dit que leurs produits font grossir…. le prochain facisme sera celui de l'entreprise … « the big Company » bienveillante a qui l'on doit tout, qui peut tout, pour laquelle il faut se défoncer, qu'il faut remercier car grace à elle on EST, qui véhicule les valeurs de démocratie , actrice du développement durable et du progrès tout court (ohé les pauvres du monde entier, bande d'ingrats, faut dire merci)…. a vous dégouter d'être libéral….

par contre le slogan de fin « ca devrait inquiéter tous les démocrates » c'est to much…. elle était où la presse quand un candidat parlait de l'immigré « celui qui voile sa femme, pratique l'excision et égorge le mouton dans sa baignoire » ? nul part… normalement dans une démocratie la campagne s'arrête là pour le tribun en question, la presse se déchaine et le renvoie à la fac de socio… c'est ce que l'on appelle de la discrimination, quand on prête à un groupe des pratiques archaiques, rétrogrades et nuisibles à la société (ou au mouton au choix)… mais non, peu de mobilisation… serait ce parce que les médias sautent sur chaque affaire d'excision (ca fait vendre), nous pondent toujours un dossier spéciale « Aid-la shoah des moutons » ou parce qu'ils adorent les affaires de voiles (on est à islamabad là ? )…. la presse sera citoyenne et démocratique quand elle sera en résistance : ne laissez rien passer, plus de collusions avec les politiques de tout bord, argumentation systématique même si c'est pas vendeur…. et on sera toujours derrière vous….

Portrait de Benoit 1664

De Benoit 1664

En galère comme beaucoup | 09H53 | 29/11/2008 | Permalien

C'est navrant et indigne mais cela est arrive à des milliers de personnes ce qu » a vécu ce journaliste … imaginez le bonheur des policiers faisant l'interpellation , ils en jubilent a chaque fois qu'une occasion leur ai donné de rentrer dans la vie privée et intime de leurs concitoyens grâce a un bout de papier signé d'un soit disant représentant de la loi … l'humiliation ultime : la fouille rectale … allez savoir ce qu'ils peuvent bien y cherché une corde pour se pendre cacher dans l'intestin grêle ? ? …

Les pratiques des policiers sont intolérables dans ces situations et malgré que ce soit arrivé à un journaliste ce qui fait qu'on en parle ; c'est leurs façons de faire qui se trouve étre l'objet d'indignation !
Tous a fait d'accord pour défendre la libérté de la presse mais défendre la dignité humaine est quand méme plus important …il faudrait peut étre essayer d'éviter que la police recrute et donne des armes a tous les bacs - 10 de ce pays …

Portrait de compte supprimé 22

De PMB

Lecteur écriveur | 10H02 | 29/11/2008 | Permalien

Citation d'Eolas :

« Ce genre de traitement, aux limites de la légalité et parfois au-delà, nos clients les subissent tous les jours. Nous protestons, sans relâche. Nous rappelons que la loi ne prévoit pas un tel traitement, que l'article 803 du code de procédure pénale rappelle que le principe est : pas de menottage, sauf pour entraver une personne dangereuse ou prévenir un risque d'évasion (devinez quoi ? Tous présentent un risque d'évasion), que rien ne permet aux policiers de soumettre des gardés à vue à ce genre d'humiliation indigne.

Sans le moindre effet.

Cette affaire, frappant un journaliste, uniquement parce qu'il a été pendant six mois directeur de la publication d'un quotidien ayant publié un article qui a déplu et qui si ça se trouve n'était même pas diffamatoire, et qui s'il l'était l'expose au pire à une amende de 12.000 euros, va attirer un temps l'attention des médias sur ce scandale quotidien qui ne provoque qu'indifférence parce que d'habitude, le monsieur qui tousse avec son slip autour des chevilles, il s'appelle Mohamed, ou il a une sale tête.

À quelque chose malheur est bon : cela rappelle que ces lois qu'on ne trouve jamais assez dures quand elles frappent autrui, elles s'appliquent à tout le monde. Et un jour, elles peuvent aussi s'appliquer à vous. Vous verrez comme elles vous protègent, ce jour là. »

Portrait de Blaise11

De Blaise11

I'm hard, but I'm fair. | 11H12 | 29/11/2008 | Permalien

« On lui demande de baisser son slip, de se tourner et de tousser trois fois. La procédure… Il se rhabille. On lui a retiré ses lacets, sa ceinture, la batterie de son portable, ses papiers… »

M'est arrivé quelque fois d'être embarqué, effectivement c'est la procédure.
La dernière fois, la « procédure » se déroulait normalement, sauf qu'ils ont omis la dernière étape : « veuillez remettre votre pantalon ». Ça a pas loupé, et j'étais tellement ivre, donc tellement désinhibé, que je me suis balladé dans le couloir principal, entre prostitués, clochards et poulets en civil, à poil, la nouille pendante. « Hè ! ! vous-là ! qu'est-ce qu'y fout à poil, çuilà ? ! »
« Bah, on m'a dit d'enlever mon pantalon, pas d'le r'mettre… »

Imparable : -)

Portrait de brazz

De brazz

11H15 | 29/11/2008 | Permalien

Il y a quand même une différence, et je suis étonné qque si peu d'intervenants la perçoivent, entre une garde à vue ou même un mandat d'amener concernant un particulier -et c'est vrai qu'il y a le plus souvent une différence de traitement en fonction de la catégorie sociale à laquelle appartient l'interpellé- et la même procédure vis à vis de quelqu'un qui PERSONNIFIE LEGALEMENT UN JOURNAL ! Et là dessus, malgré ma sympatie pour lui, je remarque que maitre Eolas fait l'impasse…
Quand je ne sais plus quel PDG avait été arrêté et MENOTTE, certains s'en étaient offusqués, cependant il s'agissait des conséquences d'un ordre donné qui avait provoqué un accident du travail, mortel si je m'en souviens, on pouvait donc l'inculper d'homicide par imprudence.
Là, il s'agit d'une banale plainte pour diffamation à l'encontre d'un journal, plainte n'ayant pas encore été jugée d'ailleurs… Il y a peut être eu dans les échanges de correspondances une bavure des avocats de Libé, mais ça il va falloir l'établir et ce n'est pas le sujet.
Le sujet c'est qu'un magistrat se permette de ne pas respecter le droit à la lettre dans une procédure touchant au droit et la liberté d'expression de la presse et que la police se permette d'en faire de même, cela reflête bien un état d'esprit plus que préoccupant car quand tout le monde se fiche des atteintes à la presse, où s'en moquent, comme certains ici, alors on dépasse l'autoritarisme pour s'acheminer vers quelque chose de plus grave.
Et le plus préoccupant c'est qu'on n'a même plus besoin d'ordres politiques pour ce faire : l'arbitraire est banalysé jusque dans l'institution !

Portrait de Hady

De Hady

fr.blog.360.yahoo.com/hady76ba | 15H09 | 29/11/2008 | Permalien

« Là, à la PJ, il doit de nouveau vider ses poches, et se déshabiller. On lui demande de baisser son slip, de se tourner et de tousser trois fois. La procédure… »

C'est absolument horrible. Ceci dit, je suis souvent choqué de voir des policiers à chatelet ou Gare du Nord demander à une personne de se déshabiller (pas complètement cependant) parce qu'il a fumé une cigarette mais cela ne semble choquer personne d'autre que moi. Je suis assez heureux que les policiers traitent les journalistes comme ils traitent les autres citoyens. Peut être que cela incitera les journalistes à être plus critiques envers leurs propres institutions au lieu de ne réagir que quand ce sont leurs propres droits qui sont violés.

Si les policiers français se permettent des horreurs pareilles, c'est peut être parce que la société française leur en a donné le droit.

Portrait de mechante langue

De mechante langue

20H11 | 29/11/2008 | Permalien

« Un journaliste de Libération humilié par la police »

La police n'y est pour rien . La seule responsable c'est la juge qui a fait un mandat d'amener et qui a mis le journaliste en garde a vue .
Les policiers ,en mission de police judiciaire ,sont obligés de respecter scrupuleusement et à la lettre ,la procédure.

Portrait de Buob

De Buob

? | 21H26 | 29/11/2008 | Permalien

je suis journaliste. Je le dis pas trop. Robert Ménard me gonfle. J'aime pas le corporatisme. Mais là, à lire les commentaires, j'ai l'impression qu'on fait dans le populisme. « On parle de cette affaire parce qu'elle concerne un journaliste bobo ». On s'en fout du journaliste bobo (désolé Vittorio) mais on se fout pas de la presse. Celle qui nous informe sur ce site et ailleurs. A travers Vittorio, c'est elle qui est visée. Et les petits malins qui regrettent qu'on ne parle pas du mec ordinaire coincé et humilié par les flics devraient commencer par défendre Vittorio.

Portrait de Mogli7

De Mogli7

ancien salarié | 22H52 | 29/11/2008 | Permalien

Et si tous les abonnés de FREE adressaient un courrier
au 8 Rue de la Ville l'Evèque 75008 Paris - siège de la société pour demander le retrait de la plainte.Pour pouvoir pousuivre sans état d'âme leur abonnement.
Histoire de souligner que la démocratie passe avant les intéréts commerciaux ?
Chiche

Portrait de bcadiou

De bcadiou

Webmaster | 00H48 | 30/11/2008 | Permalien

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