(De Genève) Figure majeure du parti socialiste genevois depuis une trentaine d'années, membre du bureau de son comité directeur et de l'assemblée des délégués du PS suisse, Albert Rodrik nourrit une passion pour la res publica et vit une relation presque charnelle avec le monde francophone.
Albert Rodrik analyse pour nos confrères de Swissinfo.ch, partenaire de Rue89 en Suisse, les racines de cette crise :
« Elle s'inscrit dans une réalité française, celle de la personnalisation continuelle du pouvoir, de la façon d'y accéder et de le concevoir. Avec la Ve République, une fonction et un personnage occupent un rôle que les démocraties ordinaires ne connaissent pas : le président de la République qui règne et ne gouverne pas, mais qui finit par gouverner quand même. Cette fonction taillée sur mesure par un personnage historique (Charles de Gaulle) fausse tout.
En son temps, Pierre Mendès France l'avait qualifiée de monarchie républicaine. De plus en plus monarchique et de moins en moins républicain, ce régime empoisonne tout le système démocratique français.
C'est le cas du parti socialiste soi-disant régénéré en 1971 par un personnage étranger au socialisme qui en a fait un instrument de conquête et d'usage du pouvoir. Une caractéristique qui n'en finit pas de gangréner le parti socialiste.
Pourtant, comme l'a écrit un éditorialiste français, la pertinence de l'analyse sociale-démocrate est évidente aujourd'hui face à la monumentale crise financière et économique. Mais l'un des grands partis socialistes d'Europe choisit ce moment-là pour se gratter le nombril jusqu'au sang. »
Le parti est donc toujours dans l'impasse, selon vous ?
« Personne n'y sera en bonne posture pour la présidentielle, avant que le parti soit en état de marche, montre sa capacité de mobilisation et se dote d'un programme en phase avec son temps et les préoccupations des Français. »
Le gros problème de ce parti n'est-il pas dans son rapport à l'économie de marché, sa pratique gouvernementale et un discours hésitant entre une fibre anticapitaliste et un courant social-libéral ?
« C'est une difficulté majeure pour l'ensemble du mouvement socialiste et social-démocrate d'Europe. Quels que soient ses griefs, en dépit de ses multiples réincarnations depuis Adam Smith, le capitalisme est toujours là.
Pour affronter cet ordre économique et social du monde en sachant exactement à quoi s'en tenir, il faut pouvoir dire à la fois que ce système est le seul à ne pas s'être effondré dans la misère et la répression, mais qu'il est intrinsèquement incapable d'être juste, équitable et porteur de qualité de vie pour les êtres humains.
C'est en faisant ce constat, qu'un parti social-démocrate peut se donner les moyens de systématiquement et continuellement limer le bec et les serres d'un oiseau de proie dont le substitut n'a pas encore été trouvé. »
N'est-ce pas ce qu'a fait la social-démocratie ?
« Elle essaye de le faire. La difficulté est d'accomplir cet exercice sans renier 150 ans de luttes ouvrières, en parlant un langage contemporain et en sachant reconnaître la pérennité du capitalisme et sa perversité intrinsèque. C'est un exercice intellectuel particulièrement difficile pour des partis dont l'entraînement à la réflexion n'est plus ce qu'il était. »
Quel est l'impact du PS français sur les socialistes suisses ?
« Le parti socialiste suisse s'inscrit dans une mouvance nordique à cause de ses liens profonds avec le mouvement syndical, comme c'est la tradition en Allemagne ou dans les pays scandinaves. Ce qui implique une autre manière de fonctionner et d'autres sources de langue de bois.
Une certaine influence se fait sentir chez les socialistes des cantons de Suisse romande. Mais elle a tendance à s'estomper depuis les années 80, avec la prise de conscience des différences institutionnelles qui déterminent tout de même pas mal de chose.
Cela dit, nous partageons des inflexions communes à tous les partis socialistes, comme ces figures et ces courants qui vivent dans le strabisme et le torticolis permanent, les uns louchant vers l'extrême gauche, les autres si sensibles à l'appel à moderniser qu'ils ont oublié où sont leurs racines. »
En partenariat avec Swissinfo.ch




















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De kawouede
19H39 | 28/11/2008 |
C'est évident que pour sortir de la Ve République on ne pourra pas compter sur certain(e)s éléphant(e)s.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 19H42 | 28/11/2008 |
Grosso modo d'accord sur le diagnostic du PS, je ne peux quand même pas laisser passer une déclaration comme « … le système capitaliste est le seul à ne pas s'être effondré dans la misère et la répression. »
La misère et la répression permanente, peut-être pas, quoique… avec l'esclavage des populations colonisées ou « importées », on n'en a pas été et on n'en est toujours pas loin. Et que dire des deux guerres mondiales, qui ont été de véritables cataclysmes créant plus de misère à elles deux que des décennies de crise capitaliste systémique « pures ». Du côté japonais, on pourrait arguer que le système impérial n'avait rien de capitaliste au sens d'Adam Smith et de Ricardo, mais c'est la république de Weimar, démocratique et capitaliste, mais plombée par les réparations de guerre, qui a donné naissance à cet affreux rejeton qu'était le nazisme…
Je voudrais bien qu'on me démontre en quoi le système libéral ne peut se transformer en son contraire, des états policiers ou des dictatures, en cas de crise grave. Comment peut-on croire que le système sarkozyste ou berlusconien ne constitue pas une dérive dans cette direction ?
A mon avis, le point de vue de Rodrick est marqué par un solide « biais » helvétique…
à Jaycib
De compte supprimé 24
| 21H28 | 28/11/2008 |
Pareil que toi, Jaycib : la monarchie absolue népalaise (et sauvagement capitaliste) s'est effondrée après avoir engendré la pire des misères et la plus féroce des répressions, cette année même.
La république fédérale et démocratique qui lui succède a voté massivement pour porter au pouvoir le premier régime communiste (53 % des voix au PC-mao et 25 au PC « normal') jamais élu sans bourrer les urnes (contrôle strict de la Fondation Jimmy Carter et de l'ONU) dans une nation indépendante.
Ceci dit, ils sont pour la libre entreprise, mais avec un contrôle de l'état fort sur les secteurs-clés : énergie, éducation, santé, développement.
La libre entreprise, oui.
Le gangstérisme mafieux, non.
Et c'est bien là tout le débat actuel.
De parti
punishment park | 21H24 | 28/11/2008 |
analyse intéressante..mais j'aurais aimé des explications sur « d'autres sources de langue de bois »…
De ganima
chomeur de longue durée furtur trav... | 07H53 | 29/11/2008 |
bonjour,
D'accord avec toi cyp,
si il n'y a pas d'intervention des autres pays(mais il n'y a pas de pétrole làbas et la chine est toute proche), il se pourrait bien qu'il sorte de cette chrysalide népalaise le meilleur de toutes les société actuelles que je connaisse.
Ils veulent une socièté meilleure et ils sont entrain de la construire.
Pour ce qui est de l'article, je suis assez d'accord avec l'analyse.
L'europe entière est issue de la monarchie, donc il y a toujours de vieilles habitudes.
A gauche comme à droite !
Contrairement à sarkosy je ne pense pas que tout soit génétique ou héréditaire.
De la nécéssité à ce trouver un gérant lorsqu'il y a un contrôle de l'état, à la recherche d'un guide ou d'un dieu, pour certain, il n'y a qu'un pas.
Voilà pourquoi, l'entartrage de certain homme ou femme politique constitue une désacralisation de la fonction d'homme d'état.
N'en déplaise à ceux qui se sentent outragés !
CE qui existe en suisse comme chez nous, le leg du nom et l'héritage font partie de ces habitudes monarchiques, estce un bien ou un mal ?
Tout n'est pas tout blanc ou tout noir, prenons le meilleur et rejetons le pire !
De General Subverciòn
réfractaire délocalisé | 10H52 | 29/11/2008 |
les socialos Suisses et leurs syndicats croupions ne manquent pas d'air,il sont la pâle imitation droitière de leurs homologues Français et et devraient se regarder en face avant de tirer sur l'ambulance…Arrogants et méprisants vis à vis des couches populaires de la société Suisse,ils valident toutes les saloperies de leurs collègues les plus réactionnaires et relaient volontiers certaines idées qui ne sont pas franchement de gauche. Quand ils sont aux affaires,si ce n'est vaguement au niveau du discours,on ne fait pas franchement la différence entre eux et l'UDC (extrême droite) avec qui ils cohabitent dans toutes les instances politiques au nom de ce qu'ils appellent « le consensus“(mou) et ‘la collégialité’.En fait,seul le fric et l'image comptent…personnellement,depuis quelques années que j'habite en Suisse,il m'est arrivé d'en côtoyer quelques uns et il me donnent plus envie de gerber qu'autre chose…