Dans le parc parisien où trois SDF sont morts ces dernières semaines, rencontre avec les deux occupants d'un abri de fortune.
Trois SDF sont morts dans le bois de Vincennes depuis le début du mois d'octobre. Ils sont plus 200 à vivre cachés. Certains sont là depuis plusieurs années. Il y a trois semaines, j'ai rencontré Stéphane et Fabien.
On arrête les coureurs : « Les tentes des SDF, c'est par où ? » C'était le début de l'après-midi, Didier était décédé la semaine précédente, l'information s'étalait partout : « Premier mort de froid, au bois de Vincennes. »
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Il faut d'abord trouver les tentes. Le bois de Vincennes, le plus grande espace vert de Paris, regorge de petites allées, de sentiers à l'écart, d'embranchements isolés.
Au bout de quelques heures, on atterrit devant une grande tente, cachée derrière des arbres. Pas une petite tente Quechua. Une installation de fortune toute en bâches de plastique et bouts de carton.
« Il y a quelqu'un » ? Avec un copain caméraman, on avance précautionneusement autour de la tente comme si l'on craignait d'être braqué à tout moment par un fusil à pompe. Un homme passe la tête entre les grosse bâches en plastique de la tente : « Oui ? »
Il sort, remarque la caméra : « Vous cherchez ? » J'explique : « On est journalistes, on vient faire un reportage sur le bois de Vincennes…le premier mort de froid. » « Ah ? Quelqu'un est mort ? Je ne savais pas. » Il dit « pas de caméra » mais nous invite à entrer.
Un grand blond fume une cigarette à l'intérieur. Présentations. Stéphane et Fabien. Je suis intimidée. D'habitude, les interlocuteurs que rencontre un journaliste parlent parce qu'ils veulent qu'on les écoute : syndicalistes, politiques, artistes, anonymes qui veulent témoigner. Lorsque que quelqu'un est réticent à raconter, il faut le convaincre.
Là, je ne peux convaincre de rien. Dire quoi ? « Racontez moi votre vie pour que les gens comprennent que… » Comprendre quoi ? Tout le monde, vous, moi, savons qu'ils existent. Nous les voyons tous les jours.
Ils rejettent les foyers : trop de violences et de vols
Stéphane époussète un tabouret avant de l'avancer vers moi. Il roule une cigarette. Il a des dreadlocks rousses attachées derrière la nuque, le visage dégagé, de gros cernes sous ses yeux bleus et une dizaine d'années dehors.
Il a délaissé les trottoirs parisiens il y a trois ans pour avoir un endroit à lui. La tente, divisée en deux espaces, peut accueillir cinq à six personnes. Dans un coin, deux couchettes. Celle de Stéphane et celle qu'il réserve aux copains de passage. Sur la caisse autour de laquelle on discute, un thermos de café et un cendrier.
« Je suis juste de passage ici », explique Fabien. Aussi nerveux que Stéphane parait impassible, Fabien fume cigarette sur cigarette et reste debout. Je comprends qu'il se protège ainsi du froid. Lui a du travail de temps à autre. Des « trucs » au black dans des hôtels à Paris qui lui permettent de se payer occasionnellement une chambre. Les deux rejettent totalement les foyers, lieux de violence, de vols. Que possèdent-ils donc de si précieux ? « Nos couvertures. »
Il souffle fort, il pleut, il n'y a pas de bruit. Ils sont tous les deux, totalement isolés. En dehors de la ville, en dehors du circuit des maraudes des associations, loin des autres, comment font-ils ces nouveaux hommes des bois pour survivre ? Qui leur offre une pièce, un café ? Comment se réchauffent-ils loin des métros, des porches et des bouches d'égouts ? La misère à Paris n'est-elle pas moins misérable ?
« Les gens repartent très vite. On leur fait peur »
Stéphane a quitté Paris parce que la rue y est bruyante et humiliante : « Je ne veux plus mendier dans le métro, je me sens mal à l'aise. »
Marre de recevoir des pièces de passants muets, qui gardent le regard baissé pour ne pas voir les crevasses sur le visage, les dents manquantes. Marre des cafés ou sandwiches tendus par des généreux qui évitent soigneusement de toucher la main de l'autre. Marre enfin de sentir la peur qu'il provoque :
« Il y a une dame très gentille. Elle court dans le bois et s'arrête ici pour déposer des choses. Elle ne m'a jamais parlé. Les gens repartent très vite. On leur fait peur. »
Parce qu'on croit les SDF alcooliques et agressifs, Stéphane me répète trois fois qu'il ne boit pas ou peu.
« Au bois, on n'emmerde personne »
Quand il sort, Stéphane glisse son walkman, son minilecteur de DVD portatif et ses conserves dans son sac. Même s'il n'a jamais été cambriolé, il prend ses précautions. Plus que tout, il a peur qu'on mette le feu à sa tente. C'est déjà arrivé à certains ici.
Pour se nourrir, se soigner ou juste parler, il traverse le bois et va au Samu social de Saint-Mandé. Il garde un souvenir lumineux de trois jours passés à descendre l'Ardèche en canoë. C'était cet été, à l'initiative d'une association. Là encore, pour loger le groupe de sans-abris, l'association a du ruser en les faisant passer pour ses employés.
La police ne dit rien, vérifie juste qu'il n'y a pas de problèmes. « Au bois, on n'emmerde personne », commente Fabien. Sauf quand ils meurent.
Les prénoms ont été modifiés.





















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De cheng
Etudiant en gestion des territoires... | 17H35 | 27/11/2008 |
Ils font peur à la société, comme un reflet qui pourrait bientôt être le notre, comme une incarnation de notre crainte de tout perdre, comme une représentation de l'instabilité de notre mode de vie et du vide qui nous attend à chaque faux pas.
C'est un peu comme un vieux lion ayant perdu son combat contre un jeune rival, il erre à l'écart des siens, rongé par le remords et la rancoeur. Sommes nous des fauves ?
Et comment forcer ces gens-là à aller dans des centres ? C'est aggraver encore plus leur perte de repères et de stabilité sociale, qui déjà sont bien malmenés voire anéantis…
De citrouille
gerboulade permanente | 18H23 | 27/11/2008 |
J'ai campé l'an dernier pendant 4 semaines avec des SDF-EDQ. Ils ont énormément apprécié qu'on partage leur vie et qu'ils partagent la nôtre. Parler, c'est ce qui leur manque le plus. De l'attention, un sourire, un casse-croute partagé et pas tendu du bout des doigts…C'est pas compliqué.
De cronos
hestia | 19H04 | 27/11/2008 |
@zineb
La difficulté lorsqu'on rencontre des personnes dites exclues tient au fait( qu'ils expliquent trés bien) qu'ils sont observés comme des animaux.
Pour avoir travaillé avec des exclus (CHAPSA NANTERRE) les personnes rejetées par la société en ont assez que les journalistes les utilisent pour faire vendre du papier.J'ai souvent entendu cette phrase quand les journalistes venaient : « mais nous ne sommes pas des animaux dans un zoo »
Demandez leur ?
Patrick Declerck pour écrire « les naufragés » a vécu avec eux.
Un autre élément est important : quand on est dans la survie (manger/avoir chaud/dormir) on n'a plus envie de faire des phrases .
Aimeriez vous en tant que SDF qu'un journaliste débarque dans votre vie et vous pose des questions ?
De jabier
consultant dans les Landes | 19H11 | 27/11/2008 |
Il faudra bien qu'un jour se convaincre que ce n'est pas en faisant la charité que les problèmes des SDF se résoudront, mai en leur procurant des logements décents et dignes.
Nous ne sommes, dans le fin fond de nous, pas encore capables de penser qu'il ne suffit pas de poser des rustines sur les injustices.
Sommes nous capables de réagir avec vigueur à ceux qui nous imposent cette vie où la peur de devenir SDF est devenu majoritaire chez nous ? La peur ne suffit pas, au contraire elle paralyse.
De Thomas GREDAT
| 19H17 | 27/11/2008 |
Ils ont peut-être besoin de charité, sans doute de justice sociale, mais surtout d'espoir. D'envie de vivre, de savoir qu'on peut s'en sortir, parce que ça en vaut de la peine.
Quand un SDF dit : « Au bois, on n'emmerde personne », ça veut tout dire. Le sentiment d'être de trop.
Ils ont besoin de savoir qu'ils existent. C'est vrai qu'on ne les y aide pas beaucoup. Mais c'est cela qui leur donnerait l'énergie.
De barney67
webmaster | 22H10 | 27/11/2008 |
Mme Boutin a fait valoir qu'aucune des 66 personnes installées durablement dans le bois de Vincennes
« vues personnellement cette nuit » n'avait accepté de venir dans un centre d'hébergement.
ils doivent etre 265 selon les asso
Selon elle, il restait 40 places libres en hébergement d'urgence, le week-end dernier dans le XIIe arrondissement, limitrophe du Bois.
pose toi la question mme Boutin ?
pourquoi ils n'acceptent pas d'aller dans vos centres d'hébergement
ils n'ont pas envi d » etre entassés et surtout d » etre volés ! ! ! ! ! !
alors dépechez vous à construire des chambres fermées
à cadenas ! ! ! !
avec un gardien qui tourne et qui les rassurent ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
déja qu'ils n'ont plus confiance du tout en l » etre humain
soyez PROFESSIONNEL ! ! ! !
tester et dormez une semaine dans un centre d'hébergement
vous comprendrez j'en suis sur ; o)
et vive COLUCHE qui restera IRREMPLACABLE ! ! ! !
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barney67 qui n'est pas venu sur ce site pour faire de la pub
et donner l » adresse de son site web ; o)