Critique

« Hunger », autopsie nue et crue de l'assassinat de Bobby Sands

Une jeune fille brandit la photo de Bobby Sands pendant la célébration du 20e anniversaire de la grève de la faim du combattant de l'IRA (Jeff J Mitchell/Reuters).

Deux voix se répondent. Celle de Margaret Thatcher, celle de Bobby Sands. Combattant de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) condamné à sept ans de prison, Sands entame en mars 1981 une grève de la faim pour obtenir le statut de prisonnier politique. Première ministre britannique, Thatcher décide que l'heure n'est pas à la négociation.

L'affiche de 'Hunger' (DR). Pour le camp républicain, la mort de Sands serait un assassinat. Pour le Parti conservateur, cette éventualité résulterait d'un suicide. C'est par cette mise en place glacée que s'ouvre « Hunger », premier film de l'artiste plasticien britannique Steve McQueen.

Peut-être se souvient-on de l'agonie du patriote irlandais, mais la mémoire commune a effacé la mécanique qui avait précédé ce martyre. Les républicains n'étaient pas voués au sacrifice. S'ils intégraient leur fin comme l'une des éventualités du combat, ils n'en tiraient aucune exaltation.

Comment se fait-il alors qu'un jeune homme de 27 ans ait décidé de mettre sa vie en danger, puis accepté de la perdre ?

Comment se fait-il qu'après lui, Francis Hughes (25 ans), Raymond McCreesh (24 ans), Patsy O'Hara (23 ans), Joe McDonnell (30 ans), Marin Hurson (27 ans), Kevin Lynch (25 ans), Kieran Doherty (25 ans), Thomas McElwee (23 ans) et Michael Devine (23 ans), se soient laissés mourir de faim les uns après les autres ?

« Hunger » est la réponse à cette question. L'acteur Michael Fassbender y incarne le militant irlandais de façon sidérante. Il l'incarne réellement, il lui redonne vie. (Voir le bande-annonce)



Steve McQueen nous parle de l'outrage fait aux hommes. Comme ils refusaient l'uniforme carcéral des droits communs, les prisonniers républicains ont été laissés nus dans leurs cellules, enveloppés de leur couverture de lit.

Un matin, les surveillants ont refusé de vider leurs tinettes d'excréments. Les détenus ont répliqué en chiant dans leurs mains, en pissant sur le sol, en étalant leurs déjections sur les murs à pleines paumes. « Grève sale », dit Thatcher. « Résistance », lui répond Steve McQueen.

Une lente descente en indignité

Pendant quatre ans et demi, des centaines de prisonniers vont ainsi survivre, grelottant dans leur merde, battus, nettoyés de force, les cheveux arrachés, les barbes rasées jusqu'au sang. C'est là, que le réalisateur britannique nous emmène. Dans cette inhumanité et cette colère.

Son image est crue, nue. Les vers blancs grouillent sur le corps des prisonniers endormis, la pisse coule en rivières dans le couloir des blocks. Nous subissons, coup après coup, brimade après insulte, la lente descente en indignité.

C'est pour cela, que Bobby Sands et ses camarades sont entrés en grève de la faim. Au-delà de la guerre et de la politique, au-delà du statut de prisonniers qu'ils réclamaient, ils ont cessé de s'alimenter pour que cesse ce déshonneur.

Le film de Steve McQueen n'est pas un document sur l'Irlande du Nord. La question irlandaise n'est pas à l'écran, rejetée hors les murs de la prison. Si elle affleure parfois, c'est en éclats, dans le regard d'une femme au parloir, dans les mots murmurés d'une mère à son prisonnier de fils.

Finalement, c'est la vie qui renonce

Comme les autres, nous sommes incarcérés. Coupés de l'Irlande et c'est un choix, privés des échos du dehors et c'est un rythme. Le temps qui s'écoule est un temps prisonnier, à la fois monotone et lent. Il sert d'espace réduit à Bobby Sands et à son agonie.

Après l'échec du père Moran, qui tentera vainement d'amener le prisonnier à la reddition, c'est la vie qui renonce. Après la violence extrême, ce film nous entraîne dans une souffrance absolue. Des 66 jours de grève de la faim, rien ne nous est caché. Escarres, vomissures, lèvres déchirées, larmes silencieuses, regard mort.

« Hunger » est l'histoire d'un homme qui n'a plus que sa nudité pour arme. Ce n'est pas la chronique d'un suicide, mais l'autopsie d'un assassinat.

Photo : Une jeune fille brandit la photo de Bobby Sands pendant la célébration du 20e anniversaire de la grève de la faim du combattant de l'IRA (Jeff J Mitchell/Reuters).

A lire aussi : « Hunger » et Bobby Sands : « Notre corps était notre arme »

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| 13H51 | 26/11/2008 | Permalien

Que Margaret Thatcher soit maudite à tout jamais !

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14H04 | 26/11/2008 | Permalien

Oui, et que Bobby et les autres viennent la regarder patauger dans son Alseimer !

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Lecteur écriveur | 18H09 | 26/11/2008 | Permalien

Vous vous faites des illusions : même Satan n'en voudra pas.

Thatcher n'a jamais versé une larme sur Bobby Sands, sur les soldats morts aux Malouines, sur aucun de ceux que ses « dérégulations » à la hache ont plongé dans la misère, tous les ouvriers ne s'en sont pas tirés en faisant du « Full Monty ».

C'est pas vrai, elle a pleuré une fois.

Quand son grand dépendeur d'andouilles de fils s'est perdu dans le Sahara en jouant au Paris-Dakar et en essayant d'écrabouiller des petits noirs même pas blancs.

(Tiens, elle vient de me nazer. Encore verte, la vioque. Normal : la méchanceté conserve)

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working poor | 01H25 | 27/11/2008 | Permalien

HaHaHa, Permettez moi de ricanner doucement…
Comme si c'était la seule responsable ! ! Les Anglais à ce moment là n'était que de grands enfants alors ?
Ils n'étaient pas maîtres de leurs destin ?
Aunt Maggie a gentiment pris pour eux les décisions adéquates ?
Nous aussi on a notre Aunt Maggie : Lui profite de la diversion crée par la crise pour intensifier sa politique scélérate…
Que dirons nous plus tard, quand il ne sera plus là mais que les effets de ses lois de tarés se feront toujours pleinement sentir ?
« Que Nicolas Sarkozy soit maudit à tout jamais ! »
On se refait une virginité à moindre mal ; -)

Edit : antitrouble, plus bas, a exprimé mieux que moi le message que je désirais transmettre.

Portrait de pierrot123

De pierrot123

14H00 | 26/11/2008 | Permalien

Bobby Sands (27 ans)…
Francis Hughes (25 ans)…
Raymond McCreesh (24 ans)…
Patsy O'Hara (23 ans)…
Joe McDonnell (30 ans)…
Marin Hurson (27 ans)…
Kevin Lynch (25 ans)…
Kieran Doherty (25 ans)…
Thomas McElwee (23 ans)…
Michael Devine (23 ans).

Aujourd'hui, Margaret Thatcher est cloitrée dans une démence sénile…

Le silence peut retomber.

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Lecteur écriveur | 17H53 | 26/11/2008 | Permalien

Oui, c'est pratique l'alzheimer, pour oublier.

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| 23H47 | 26/11/2008 | Permalien

Comme le Paraguay pour d'autres criminels…

Portrait de pegaze

De pegaze

ingé | 14H46 | 26/11/2008 | Permalien

ces noms et ces visages ne sont que la partie émergée de l'iceberg. durant 5 siècles l'angleterre a colonnisé l'irlande, l'a affamé, exploité, instauré un système digne de l'apartheid. les médias, notamment français, ont pratiquement toujours présenté l'ira comme une organisation terroriste, mais n'ont quasiment jamais pointé le fait que d'autres groupes paramilitaires, de l'autre bord c'est à dire du côté de l'angleterre, ne faisaient pas mieux voir pire. une population réduite à la misère a voulu se défendre et s'est fait entendre. combien d'exécutions sommaires des forces anglaises en irlande du nord dont on a jamais entendu parler ? le bloody sunday a violemment fait prendre conscience au monde ce qui était devenu pratiquement une routine pour la police nord-irlandaise unioniste à l'époque entièrement vouée à l'angleterre, à savoir tirer sur des foules catholiques par exemple à la sortie des matchs de foot même en l'absence du moindre problème. les prisons nord-irlandaises étaient de toutes façons pratiquement des camps de concentration, les prisonniers pouvaient être tués n'importe quand n'importe comment quand ils ne mourraient pas de faim ou de maladie.
et beaucoup de ces personnes qui ont participé à ces atrocités vivent paisiblement sans jamais avoir été inquiété, et ne le seront jamais.

Portrait de sup. à la demande du riverain 29 juin

De sup. à la demande du riverain 29 juin

bye bye ... | 15H07 | 26/11/2008 | Permalien

Dès 1971 (9 août), les mesures dites d'« internement » (détention administrative sans jugement) et la « Diplock court » (1972) modifièrent les conditions de détention. C'est également en 71 que l'armée mit à disposition « The Maze » (Long Kesh) ancien aérodrome, où s'élevèrent les « H Blocks », qui devint le camp où les Britanniques concentraient ceux qui étaient raflés sous n'importe quel prétexte.

Le 1er mars 1976 Merlyn Rees, Secrétaire d'Etat à l'Irlande du Nord, supprima le statut spécial des prisonniers de l'IRA (notamment droit de se vêtir d'habits de ville, de bénéficier de droits de visite supplémentaires, de se réunir relativement librement…)

Le 14 septembre 1976, Vol. Kieran « Header » Nugent, premier condamné sous ce nouveau régime carcéral, refusa de porter l'uniforme de la prison, se vêtant seulement de la couverture réglementaire du lit de la cellule. Ce fut le début de « Blanket Protest », premier acte de résistance.
En 1978 ils étaient 300 prisonniers ainsi dévêtus (« on the blanket »). L'interdiction d'accès aux sanitaires transforma la protestation en « Dirty Blanket Protest ».
Puis vinrent les grèves de la faim…

Ne rien oublier, jamais.

Portrait de Fiona

De Fiona

Enseignant | 15H26 | 26/11/2008 | Permalien

Merci pour ce bel article !

Portrait de Pascal Riché

à Fiona Portrait de Fiona De Pascal Riché 7

Rue89 | 20H08 | 26/11/2008 | Permalien

Si vous aimez la plume de Sorj Chalandon, je vous conseille son roman (qui porte aussi sur l'Irlande) :

http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/mon-traitre-de-sorj-chalandon-un…

Portrait de Fiona

à Pascal Riché Portrait de Pascal Riché De Fiona

Enseignant | 12H29 | 27/11/2008 | Permalien

Merci Pascal, je l'ai lu deux fois - c'est un roman très émouvant. Sorj Chalandon a réussi à écrire de Belfast comme peu d'écrivains irlandais l'ont fait. A lire absolument !

Portrait de Fozzie

De Fozzie

15H52 | 26/11/2008 | Permalien

Margaret Thatcher ( et p… je la déteste ) n'est pas la seule responsable de la sale guerre d'Irlande du Nord : elle arrive au pouvoir en 1979, bien après le Bloody Sunday de 1972. Par contre, son ami Reagan et elle sont bien responsables de la crise que nous traversons en ayant libéré la finance de tout contrôle. Je me souviens avoir vu un documentaire édifiant là-dessus sur Arte ( coucou le service public, c'est pas sur Bouygues TV qu'on verrait ça ). L'Histoire l'a déjà jugée et elle est coupable !

Portrait de AC-89

De AC-89

16H24 | 26/11/2008 | Permalien

M. Chalandon, merci, c'est toujours un plaisir de vous lire, ou de vous
ENTENDRE (émission France Inter du 26/11)

Personne ne connaît mieux que vous la question irlandaise et vos articles dans Libé étaient à des années lumières du ramassis de clichés de la plupart de vos confrères.

Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 16H34 | 26/11/2008 | Permalien

C'est là que Bernard Kouchner devrait, s'il en avait, demander à ce que Mme Thatcher, malgré sa maladie, et d'autres anglais responsables de violences contre les Irlandais, soient convoqués devant le TPI de la Haye.

Laissons lui le temps d'aller voir le film. Mais ce n'est pas sûr qu'il puisse s'acheter un ticket de ciné, maintenant que Mme Ockrent ne fait plus de « ménages »…. !

Je ne sais pas encore si j'irai voir le film, de peur d'être trop bouleversé… Quand France Télévisions ne sera plus « menotté » par la pub et ses sponsors, ce serait pas mal que le film passe à la télé. Ah oui, mince, j'oubliais que c'est le Président de la République qui nommera directement le patron de France Télévisions… ! !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de Lohiel

De Lohiel

non-officiel89.forumactif.net | 17H04 | 26/11/2008 | Permalien

<< Steve McQueen nous parle de l'outrage fait aux hommes >>… par d'autres hommes.

Sujet ô combien d'actualité !

Portrait de Alf38

De Alf38

Au milieu du Pacifique | 17H54 | 26/11/2008 | Permalien

Mr Chalandon, j'en profite pour vous remercier de votre livre « Mon Traitre » que je recommande à tous les riverains de rue 89.

Portrait de solstice

De solstice

pigiste | 18H04 | 26/11/2008 | Permalien

Peu de choses à ajouter : quand le séparatisme passe par le terrorisme, quand l'autorité dérape vers l'autoritarisme… La liste est longue (et flippante).

Pas sûre d'avoir le courage d'aller voir ce film, Nuit et Brouillard m'a traumatisée jeune, mais c'est certainement plus utile que l'ode à Mesrine et autres.

La différence, même si les procédés armés se ressemblent, c'est que les uns ont un idéal, les autres ne sont que des malfrats… Et l'amalgame est si vite fait…

Portrait de compte supprimé 22

De compte supprimé 22

Lecteur écriveur | 22H41 | 26/11/2008 | Permalien

Un reproche supplémentaire à faire à la Thatcher inc. (ne pas réduire l'affaire à une seule personne), c'est d'avoir alimenté cette guerre civile (ne pas oublier les Paisley boys) de façon telle que l'IRA, incapable de faire aboutir sa révolte contre un oppresseur plus puissant, de maîtriser sa colère (qui l'aurait pu ? ) a dérivé, pour nombre de ses membres, dans la violence aveugle, le banditisme et l'oppression de ceux-là même qu'elle voulait défendre.

L'Irlande du Nord va mieux, semble-t-il. Ou seulement moins mal ? Et au prix de quelle chape de béton jetée sur quels crimes impunis, quels deuils muets, quels enfants, anciens ou actuels, cassés à la base, incapables de ne pas reproduire les violences qu'ils ont vues ou subies ?

Sorj Chalandon pourrait-il nous dire ce qu'il en sait ?

Son surnom pour les Grands Britons : Thatcher the Snatcher

Portrait de Sorj Chalandon

De Sorj Chalandon (auteur)

Journaliste | 12H25 | 27/11/2008 | Permalien

Message pour PMB/ Lecteur écriveur

Bonjour,

Oui, l'Irlande du Nord va mieux, mais tout ce qui faisait le socle de son malheur persiste. Si les Britanniques ont démonté leurs casernes, détruits leurs systèmes de surveillance, cessé leurs patrouilles, ils restent néanmoins encasernés sur la terre d'Irlande. Le drapeau britannique flotte seul sur les bâtiments publics même si Tom Hartley (Sinn Féin), Lord maire de Belfast a imposé le drapeau tricolore au côté de l'Union Jack dans son bureau. Et je dis bien : imposé. Car le fait qu'un élu, maire de la plus grande ville d'Irlande du Nord, puisse souhaiter associer les drapeaux des deux communautés dans le secret de son bureau, reste considéré comme une provocation par les unionistes et les loyalistes (protestants) des 6 comtés.
Le pays va mieux aussi parce que l'IRA a eu le courage politique de déclarer un cessez-le-feu permanent il y a maintenant 11 ans et que les effets de cette décision se font sentir sur la vie de la cité.
Que vous me compreniez bien, ils ont décidé du cessez-le-feu parce que le fusil les a emmené à la table des négociations. La violence politique - c'est un fait - a tiré la communauté nationaliste de son réduit de seconde zone pour la hisser à un état de presque égal. Il est toujours bon de rappeler que depuis la création de l'Etat d'Irlande du Nord (1921), déclaré « Etat protestant pour le peuple protestant », les minoritaires catholiques (et Irlandais de souche) n'ont eu de cesse de réclamer l'égalité des droits. Pas plus de droit que les majoritaires protestant, mais juste autant. Le cessez le feu a donc ouvert aux républicains et aux nationalistes les portes des mairies, les portes du gouvernement local, les portes du parlement d'Irlande du Nord. Mais les unionistes ont encore du mal à accepter le partage du pouvoir. Cette répulsion se traduit quotidiennement dans les faits. Unionistes qui quittent un conseil municipal quand Sinn Féin prend la parole, un élu protestant qui refuse physiquement la main tendue par un collègue nationaliste. En même temps, force est de constater que la gestion des affaires avance. Pas aussi vite que les uns et les autres le voudraient, mais elle avance.
De leur côté, les républicains redoublent d'effort. Ainsi, Sinn Féin a décidé de s'associer au deuil des familles de 4 policiers tués dans un accident de la route. Ce n'est rien ? Il y a dix ans, un policier tué par balle ou tombé d'un escalier provoquait la même joie dans le camp adverse. Hier, la police était protestante à plus de 90%. Aujourd'hui, elle a largement ouvert ses portes à la communauté catholique. Mieux, on voit des Irlandais du Sud (la République) s'engager dans l'armée britannique pour aller combattre en Irak, par exemple, car ces recrues là ont l'assurance de ne jamais se retrouver en patrouille dans les rues de Belfast, fusil pointé sur leur frère. Pour que l'on comprenne bien cette dernière phrase, je ne dis pas que la guerre contre l'Irak est juste, mais que la fin de la guerre en Irlande du Nord a fait sauter des verrous et des tabous jusque lors vissés dans les consciences.
Oui, donc, le Nord va mieux, mais nous en sommes encore au stade du processus de paix. La paix, la vraie, sera associée à la justice. Et la justice ne règne pas encore. C'est pourquoi une modeste frange du mouvement républicain refuse tout compromis. Réunis au sein du Republican Sinn Féin (dissidents) de la « Vraie IRA » (RIRA) ou de l'IRA de la continuité (CIRA), une petite minorité de femmes et d'hommes estiment que leur cause a été bradée. Que l'inssurection de 1916 a été trahie. Que Bobby Sands et ses camarades sont morts pour rien. Avant-hier, une stèle loyaliste honorant deux hommes tués par l'IRA a été souillée à la peinture. Le même jour, une petite maison catholique a été attaquée à coup de pierres dans la région de Larne, majoritairement protestante.
Oui, tout va mieux, mais tout demeure. Paradoxalement, ce sont les vrais combattants des deux camps, les prisonniers, ceux qui ont le plus souffert dans leur chair et dans leur vie, qui travaillent à la réconciliation. Il est aujourd'hui difficile pour un père unioniste de dire à son fils : je t'ai toujours élevé dans la crainte de ces putains de cathos, mais bon, apprends à les connaître, ils font partie de notre communauté. Il est difficile à un père républicain de dire à sa fille : je t'ai élevé dans la colère de ses salopards de soldats britanniques, mais bon, accepte aujourd'hui leur drapeau, cesse de jeter des pierres sur les rares blindés qui passent et allons ensemble aux funérailles des policiers morts d'un accident de la route. C'est cela qui va être compliqué : laver les tête et les coeurs.

Maintenant, il faut bien comprendre qu'à terme, malgré la fin des hostilités militaires, le but de Sinn Féin reste à jamais la réunification irlandaise et la fin de la domination britannique en Irlande du Nord. Et que le but actuel des unionistes est de demeurer Britannique, au sein du Royaume Uni. Il suffit d'énoncer cette évidence pour se rendre compte des difficultés à venir.

Merci de vos mails.

Portrait de compte supprimé 22

à Sorj Chalandon Portrait de Sorj Chalandon De compte supprimé 22

Lecteur écriveur | 13H16 | 27/11/2008 | Permalien

Un peu sur le c…, le PMB… Sait pas comment dire merci.

Après vous avoir bien lu, on va dire qu'il y a de quoi être optimiste, mais modérément.

- « C'est cela qui va être compliqué : laver les tête et les cœurs ».

- « Paradoxalement, ce sont les vrais combattants des deux camps, les prisonniers, ceux qui ont le plus souffert dans leur chair et dans leur vie, qui travaillent à la réconciliation ».

Réconciliation des têtes et des cœurs, et inévitablement avec concessions partagées. Puisse ce qui reste d'extrémistes dans les deux camps méditer cette phrase : la haine est un venin qui pourrait son porteur autant que sa cible.

Deux livres sur l'Irlande du Nord :

http://www.decitre.fr/livres/La-Question-d-Irlande.aspx/9782804801052

http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/08/16/2476484.html

Portrait de marv d_ar saout

De marv d_ar saout

23H31 | 26/11/2008 | Permalien

The Iron Lady….may she RUST (not)in peace ! ! ! (and in hell ! )

Portrait de antitroubles

De antitroubles

enseignante (anglais) | 23H08 | 26/11/2008 | Permalien

J'étais stagiaire dans une boîte au nord de l'Angleterre lorsque Bobby Sands était en grève de la faim. Lorsque sa mort a été annoncée, je travaillais au service comptabilité et j'ai été saisie d'effroi lorsque les jeunes du bureau ont dit : « let's go and celebrate ! » (Allons fêter ça au pub ! ). dans mon anglais encore hésitant je leur ai lancé que se réjouir de la mort de quelqu'un était dégueulasse. Ricanements…
Rentrée chez les amis qui me logeaient, je vois la première page du « Daily Mirror » et j'explose ! Ils me regardent d'un air atterré et s'étonnent que je prenne la défense d'un terroriste…
Ecoeurant.

Ces morts m'ont définitivement marquée et depuis, à chaque fois que je le peux je travaille avec les élèves (1ères surtout) sur les « Troubles » en faisant l'historique (la grande famine, 1916, Bloody Sunday). J'illustre (si l'on peut dire) avec des extraits du film « in the name of the father » et/ou d'un documentaire excellent que j'avais enregistré sur Arte sur « The Great Famine » et en écoutant et travaillant les chansons de U2 » Sunday, bloody Sunday en parallèle avec celle de John Lennon et Yoko Ono avec le même titre et pratiquement censurée… Comme quoi les manuels scolaires sont parfois excellents.

Je vais aller voir Hunger et dans les quelques extraits que j'ai vu sur ce site, je retrouve l'immense tension qui se ressentait déjà dans « In the Name of the Father » avec Day-Lewis et Postelwhaithe sans oublier Emma Thomson.

Pour finir, je dégueule cette fasciste de Margaret Thatcher mais elle a reçu l'appui des autorités de l'armée, de la police et de la justice d'un pays qui depuis a énormément évolué sur cette question et ce, comme le disait cette après-midi Chalandon sur France-Inter, grâce à la mort provoquée de ces onze résistants.

Merci Bobby Sands, tu es à jamais dans l'imaginaire des Irlandais mais aussi de bon nombre de Français , dont moi.

Ah oui, j'oubliais ! J'ai envoyé un mail aujourd'hui à l'ami anglais dont je parle plus haut et je lui ai conseillé ce film en lui précisant clairement que cette mort me rappelait de vraiment tristes souvenirs. Et lui ? S'en souvient-il ?
J'attends sa réponse sans grand espoir…

Portrait de la galloise

à antitroubles Portrait de antitroubles De la galloise

là bas dans les Monts D'Arrée | 13H05 | 27/11/2008 | Permalien

On n'est pas mal qui viennent de la bas ou Thatcher a fait ses dégâts. On ne vas pas l'oublier ni le pardonner. Comme elle a dirigé l'armée et les police contre les mineurs en grève, démantelé les droits des ouvriers et Irlande de Nord. Je ne sais pas si je peux regarder ce film - pour beaucoup entre nous le douleur est toujours trop vif.Tant de familles brisés, des communautés fissurés. Enfin, que ça ne répète pas, il ne faut pas l'oublier. Merci Bobby et toutes les autres.

Portrait de compte supprimé 22

à la galloise Portrait de la galloise De compte supprimé 22

Lecteur écriveur | 14H07 | 27/11/2008 | Permalien

Et si NS était notre Maggie ?

Tiens, rions un peu avec ce dialogue entre deux vaches anglaises (pas folles) lors de l'épidémie dite de la vache folle :

Edna : Si je trouve Maggie, je la bute !
Daphné : Mais elle est morte !
Edna : Pas grave ! Je la déterre, je la bute, et je l'enterre !

Et pour rire moins :

Skibereen (The Wolfe Tones)

We shall not be moved (Owen Mc Donagh)

Portrait de Pascalb

De Pascalb

08H59 | 27/11/2008 | Permalien

Votre discours est aussi haineux que l'était celui de Maggie, shame on you..

Portrait de compte supprimé 22

à Pascalb Portrait de Pascalb De compte supprimé 22

Lecteur écriveur | 09H06 | 27/11/2008 | Permalien

A qui vous adressez-vous ?

Portrait de Greg_____

De Greg_____

Etudiant - Stagiaire | 13H27 | 27/11/2008 | Permalien

A voir (ou revoir) sur le sujet, « Some Mothers » Sons » de Terry George, co-écrit avec Jim Sheridan. Le même enchainement d'événement du point de vue des mères de ces prisonniers.

Portrait de pegaze

De pegaze

ingé | 16H25 | 27/11/2008 | Permalien

le lavage des têtes n'est pas si mal parti que cela, il y a déjà 10 ans la majorité des jeunes irlandais du nord étaient plus que saturés des troubles, et considéraient déjà que ces luttes n'étaient plus les leurs mais celles de leurs grand-parents.
par contre en irlande du nord une chose va être extrêmement complexe : faire en sorte que les protestants acceptent de partager le pouvoir et les richesses, et ça c'est quasiment impossible, vous imaginez des riches & puissants accepter de partager ?

Portrait de Eireann Yvon

De Eireann Yvon

retraité. | 10H08 | 28/11/2008 | Permalien

C'est peut-être le moment de lire ou relire :
« Un jour dans ma vie » écrits de prison, de Bobby Sands.
http://eireann561.canalblog.com/archives/2008/06/29/9747568.html
Et pourquoi pas, comme le suggère Greg de voir « Sommes Mother's son »
avec Helene Mirren.
Yvon

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