L'edito

Le PS se déchire, mais Nicolas Sarkozy aurait tort de s'en réjouir

Et le gagnant est… Nicolas Sarkozy ! Le spectacle terrifiant qu'a donné cette nuit le Parti socialiste, digne d'une république bananière, fait évidemment le jeu du chef d'une majorité pourtant discréditée, confrontée à une situation économique et sociale catastrophique, et que l'on pourrait croire aux abois.

Ses porte-paroles s'en sont un peu trop bruyamment réjouis, engrangeant les pathétiques bénéfices que leur offre la division de leurs rivaux.

Dans un premier temps, en effet, les déchirements du PS éliminent toute alternative de gouvernement crédible pour longtemps : qui aurait envie de confier les rênes de la France à un moment aussi difficile à une équipe qui est incapable de dépasser ses querelles de personnes pour proposer une autre direction à un pays qui en a bien besoin ?

Qui aurait envie de confier la responsabilité de la modernisation de la vie politique à une équipe qui est incapable de dépasser ses propres archaïsmes internes ? Et qui, en toute conscience du spectacle déplorable qu'elle donne à voir, s'enfonce dans des querelles d'appareil dans lesquelles le débat d'idées n'est qu'un prétexte.

Si encore le pugilat actuel relevait du débat d'idées…

Car on aimerait bien qu'il s'agisse réellement du choc décisif des anciens et des modernes, de deux visions du monde, de deux approches de la gestion de l'économie, du rôle de l'Etat voire même de deux conceptions de la vie politique.

On en est loin, et même si un projet politique s'incarne toujours autour d'une personnalité, il ne faut pas gratter beaucoup pour constater que l'antagonisme des égos l'emporte sur l'opposition des idées.

Le Parti socialiste est passé maître dans l'art de rater tous ses rendez-vous avec lui-même, avec ses militants et sympathisants, avec les Français. La célèbre « machine à perdre » qui passe régulièrement de gauche à droite et réciproquement, est en ce moment en train de laminer le seul parti qui a su rendre l'alternance possible sous la Ve République.

Pas de réponse intellectuelle à la crise actuelle, ni à droite, ni à gauche

Nicolas Sarkozy et ses porte-parole auraient tort de trop se réjouir de cet affaiblissement de l'opposition de gouvernement à un moment où la société française subit le choc frontal de la crise économique et sociale.

La classe politique française, de droite comme de gauche, est encore loin d'avoir pris la mesure du nouveau monde dans lequel évolue aujourd'hui la France, et seules les gesticulations bruyantes de notre président sur la scène internationale donnent l'illusion qu'il maîtrise une situation qui le dépasse.

Ni la droite, ni la gauche, n'ont aujourd'hui de réponse intellectuelle, conceptuelle, capable de faire face aux défis auxquels devra faire face la société française dans les prochaines années, alors que la plupart de ses repères sont en train de se transformer, voire de s'écroûler. Le PS montre aujourd'hui que, sans aller jusqu'à repenser le monde, il est incapable de se refaire lui-même.

Réveillez-vous, camarades, ou le vieux monde va s'écrouler avec vous !

Si les partis politiques ne sont plus capables de (re)penser l'organisation de la société et du monde, cette remise en question se fera sans eux. Et c'est peut-être le moment délicat, voire dangereux, dans lequel se trouve la société française aujourd'hui, alors qu'elle s'apprête à connaître en 2009 un choc social sans doute violent.

Voilà pourquoi la crise du PS n'est pas une bonne nouvelle, ni pour la gauche privée de perspective d'alternance -même si 2012 est encore loin…-, ni pour la droite qui se retrouve seule face à la tempête qui s'annonce.

A voir les visages graves, les anathèmes, les mots blessants qui parsèment la crise des socialistes, on a de la peine à croire que cette énergie est toute entière dirigée sur eux-mêmes, alors que tout autour d'eux, le monde connaît des soubresauts, des convulsions, des transformations dont on a encore peine à mesurer l'ampleur et les conséquences.

On a envie de paraphraser un vieux slogan soixantehuitard : Réveillez-vous, camarades, le vieux monde risque de s'écrouler avec vous !

Pierre Haski

A lire aussi : La crise au PS minute par minute

8 commentaires sélectionnés

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De Jonas2

Les mouches ne me trouveront pas as... | 16H26 | 22/11/2008 | Permalien

Et bien je crois que tout est dit, Pierre.

Je ne voudrais pas être à la place des dirigeants socialistes lorsque l'heure des comptes va sonner. Ils n'auront pas d'échappatoire. Nous pourrons, à bon droit, les considérer comme responsables individuellement et coupables collectivement.

Cette démonstration de petite méthode de l'acharnement à perdre par l'exemple est démoralisante.
J'ai décidé de ne plus m'intéresser du tout au PS. Trop c'est trop. Il n'incarnent plus rien, ils ne donnent plus envie de rien. L'avenir de la gauche n'est plus envisageable avec les représentants actuels du PS ; pire, il n'est pas envisageable avec ce qu'est devenu l'appareil.

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De adaunis

Nul part....si adelyne me plaque...... | 17H14 | 22/11/2008 | Permalien

Puisqu'on en est à paraphraser les vieux slogan soixantehuitard, dont : « Réveillez-vous, camarades, le vieux monde risque de s'écrouler avec vous ! »
je me permettrais d'en rajouter un : « L'imagination est au pouvoir ! »

Parce que si je lis et comprends bien cet « édito », une partie de ce que vous reprochez à ce parti, et nonobstant à la droite, c'est de manquer d'imagination.

Alors, c'est vrai la droite est au pouvoir.

Pour l'instant, sous prétexte de modernité, pour mieux servir ses intérêts, (ceux d'une caste), elle détricote, l'acquit d'une centaine d'années « grosso modo », de luttes, combats, sang et larmes.

Mais voyez, vous, j'ai eu le malheur de lire hier, une interview de DSK qui était en France ces jours ci, (notamment au Syndicat des journalistes), et dans un bistro devant un café, au risque de l'avaler de travers, je lisais ce qu'il déclarait dans Aujourd'hui en France :
« On ne se rend pas compte en France de la chance qu'on a d'avoir une sécurité Sociale. ! »
Dans la bouche d'un homme soit disant de gauche, se mettant en réserve d'une possible candidature aux prochaines présidentielles, j'ai eu du mal à l'avaler ce foutu café !

Parce que vous pensez, que lui à soixante balais, il s'est « crevé le cul », lui et ses parents de la grande bourgeoisie, pour que le peuple acquiert ces droits, ces merveilleux avantages que la planète nous envie, et que d'autres, (les States enfin avec Obama), essaient de copier ?

Voilà, Monsieur Haski, ce que je reproche à cette gauche, qui se déchire, et que la droite ne peut, et ne devrait pas tant moquer !
Je lui reproche, de ne plus se « battre », de suer sang et larmes, auprès des syndicats (ou ce qu'il en reste), de ne pas lutter, ni inculquer dans l'esprit des citoyens, le sens du partage, de ne pas lutter contre le nombrilisme ambiant de note époque, cette époque du chacun pour soi, pour sa gueule, et rien pour les autres.
On a pas besoin de l'église, pour lancer des slogans « aimez vous les uns les autres », fraternité, etc…
Je me fout de savoir si la claudication de l'un et les haussement d'épaules, sont comparables à la « bravitude » de l'autre.

La population, et le peuple de gauche dont je suis, (comme celui qui se situerait à droite), mérite plus de respect, et de « compassion », de ses « édiles », qui s'encanaillent à notre santé sous les « Ors » du pouvoir, qui se « vautrent » dans des querelles de « poulailler ».

Nous méritons mieux, de la part de ces soit disant élites, des portes voix de celles ci, des médias qui leur sont acquis !
Du respect, et surtout, de la sueur, du travail, et des « manches relevées », sans « champagne », ni voitures de maître, ni justice aux ordres, ni police à contribution.
De la justice, comme mériterait toute démocratie moderne, et respectueuse du peuple.

Portrait de allocarpentras

De allocarpentras

Educatrice sportive - Communication | 17H30 | 22/11/2008 | Permalien

Je lis dans cet article : « … qui aurait envie de confier les rênes de la France à un moment aussi difficile à une équipe qui est incapable de dépasser ses querelles de personnes pour proposer une autre direction à un pays qui en a bien besoin ? »

On pourrait penser alors, que l'opinion ferait plus confiance à une équipe dont le résultat d'un vote provoque une saine révolution chez ses militant-es ? Bien sûr vous faites allusion aux éléphants qui se déchirent mais ils ne sont pas seuls ! Nous les militant-es PS, refusons ce vote douteux. Le PS doit être rénové, et si cette situation pouvait l'y conduire, l'opinion aurait raison de donner sa confiance à un parti qui a su donner un coup de pied dans la fourmilière.
Magali, PS Carpentras

Portrait de rigas

De rigas

sociologue | 17H43 | 22/11/2008 | Permalien

Je trouve l'édito de Pierre Haski injuste. Je ne partage pas l'idée que le gagnant est Sarkozy. A supposer qu'il y ait eu une nette avance de l'une ou l'autre candidate, cela ne réglerait pas le fond. Le fond, c'est est-ce que le PS en tant qu'organisation soutiendrait entièrement et totalement un(e) candidate. Là est le fond du problème. Ce n'est ni le manque d'idées-voir les motions, ni de militants, ni d'ingéniosité. Mais bien d'unité. Les anciens communistes savaient se taire même en cas de désaccord. Cela était un mécanisme social et politique pour gagner du terrain sur les luttes sociales. C'est d'ailleurs de cette grande omerta que le communisme est mort ; c'est cette grande honte partagée et non dite qui fit capoter l'euro-communisme.

A l'inverse, dans le PS d'aujourd'hui, c'est plutôt le fleurissement des « cent fleurs » qui risque de faire capoter la chose. Sur le fond, la participation démocratique a été une demande des mouvements sociaux hors-partis. Maitres d'écoles, petite paysannerie bafouée, mouvements gays et lesbiens, malades du SIDA, infirmières, étudiants « new age » réclamant des moyans pour voyager, jeunes manifestants pour NRJ, …autant de mouvements en-dehors des partis politiques et des syndicats. QUi demandaient des tribunes pour exprimer un point de vue nouveau. Désirs d'avenirs fut construit sur cette tendance sociale forte. Mais elle a du mal à passer à la vitesse supérieure qui est de s'enrôler dans le parti. Sëgolène Royale ne sort pas de nulle part, mais de ces mouvements populaires qui réclament des tribunes populaires.

De l'autre côté, des partisans, plutôt agés, de la candidature de Martine Aubry, disaient : « On soutiendra à fond si c'est un(e) nôtres, non si c'est de l'autre côté ». Clairement il y a un front du refus. Dans les sections, cela se sentait, notamment après l'échec de la campagne présidentielle. Des rocardiens et autres strausskahniens disant : « les royalistes à 20€ n'étaient pas présents sur le terrain ». Cela démontrait la mise en place d'un front du refus concernant Ségolène Royal qui allait au-delà de sa personne, qui visait ce mouvement de fond. Qu'elle que soit l'opinion que l'on puisse avoir d'elle, le niveau de sexisme, de haine, à fleur de peau, était si élevé, que rien ne permet de ramener tout cela à la personne de Ségolène Royale.

Il sera difficile pour Martine Aubry de tenir sa promesse de rénovation en profondeur. Elle doit obligatoirement prendre en compte cette profonde division. Car si quelqu'un représente la rénovation ce n'est ni elle, ni sa concurrente. Ce sont les plus jeune, ceux de la génération qui n'a pas vécu la chute --que dis-je la dissolution-- du mittérandisme (bien présents par exemple dans l'émission Comme un Vendredi du 21 novembre ). Et celle, légèrement plus agée, qui n'a pas eu à en porter la responsabilité.

Sarkozy sera vainqueur quand et si la division persiste et cela est indépendant de la personne à la tête du parti, mais pas de sa personnalité.

Portrait de fulop1950

De fulop1950

18H30 | 22/11/2008 | Permalien

certes le spectacle que donne le PS est sidérant. Pourtant, ne peut-on y voir un certain triomphe de la démocratie, ce qui est loin d'etre le cas d'en d'autres partis politiques, où tous marchent à la baguette, où les idées ne sont que celles de quelques uns, où l'arrogance et le mépris sont une ligne de conduite effarante ?
ce spectacle nous interdit-il d'etre un parti de gouvernement ? Sommes nous dépassés ? lorsque je vois où nous mène la politique de la droite, inacceptable sur bien des points, pour ne pas dire tous, je me dis que ces querelles de personnes ne sont pas si inutiles. nous pourrons nous relever, et nous finiront par le faire, j'en suis sur.
« j'ai fait un rêve » et « nous le pouvons », n'oublions pas !

Portrait de Choucroute

De Choucroute

21H47 | 22/11/2008 | Permalien

Je voudrais vous faire part de ma réflexion suite au second tour de l'élection du 1er secrétaire du PS.
Vous me permettrez un petit retour en arrière sur mon expérience personnelle dans un autre parti de gauche qui avait une importance capitale dans l'histoire de notre pays. Je parle du PCF.
Issue d'une famille de militants communistes, j'ai commencé très jeune ma vie militante.
Lors du 22 ème congrès du PCF je me suis exprimé avec de nombreux autres communistes pour une réflexion approfondie de la politique du PCF, de sa manière de vivre et de sa manière d'analyser la société et le monde dans lequel nous vivions.
En guise de réponse à mes arguments politiques et à mes analyses de la société française et du monde, en particulier du socialisme réel, je n'ai eut que des insultes, des censures et des menaces.
Les anciens membres du PCF ( les historiques) avaient comme argument principal un argument que j'ai entendu dans la bouche d'une ancienne militante socialiste hier soir au cours d'un reportage sur une chaine de télévision.
Cette brave militante montrait un portrait de Jaurès, les larmes aux yeux en déclarant forte de son expérience : « Le socialisme c'est ça (Jaurès). Ceux qui votent pour Ségolène Royal aujourd'hui ne connaissent pas l'histoire du socialisme. ils n'ont pas de conscience politique.
Dans mon cas personnel, je connaissait très bien l'histoire du communisme, j'avais une conscience politique très haute puisque élevée au lait marxiste depuis ma plus tendre enfance, et pourtant les arguments qui ont été utilisées contre mes analyses étaient les mêmes.
Je vous passe la suite. Départ du PCF, plus aucune activité politique. Puis un jour, la vie s'est chargé de remettre au premier plan les analyses émises au 22ème congrès du PCF. Un certain Gorbatchev a lancer sa politique de restructuration(perestroïka)et de transparence(glasnosk) et le mur tomba, et le communisme s'effondra et le PCF agonisa.
Mais toujours aujourd'hui les historiques (enfin ceux qui vivent encore) sont en poste et continuent leurs basses oeuvres.
Dans une autre mesure je pense que le PS est en train de vivre le même phénomène de lutte du nouveau contre l'ancien. Et dans la même mesure les historiques se battrons jusqu'au bout pour préserver le parti de Jaurès comme les historiques du PCF se sont battus pour préserver le parti de Marx et de Lénine. Même au prix de sa disparition.
J'ai profondément ressenti cela hier soir quand j'ai compris que les forces anciennes du PS ne reculeraient devant rien pour imposer leur candidate. Même au prix de la disparition de leur parti.
Ces éléments conservateurs se sentent investis d'une mission divine de sauvegarde du patrimoine historique et ils ne se rendent même pas compte qu'ils sont en train de miner tranquillement mais inexorablement la chose qu'il chérissent comme leur enfant.
Ces éléments là sont certainement “sains”. Les autres, ceux qui manipulent en coulisses pour préserver leur pouvoir eux sont malsains et nuisibles. et contre ceux là, ils n'y a pas de cadeaux à faire. Ségolène Royal a raison de vouloir faire respecter le vote des militants, par tous les moyens, y compris les moyens juridiques et judiciaires car il faut faire oeuvre de salubrité publique en politique. Mais hélas, je crains que cela se termine comme au PCF, par l'auto-destruction.
C'est pourquoi, je suggère, de briser net en créant un autre parti humaniste et démocratique. Laissons donc les caciques, sans troupes et sans moyens, ils finiront comme au PCF par se bouffer entre eux, pour conserver quelques parcelles d'illusoires pouvoirs.
Pour ma part, si un nouveau parti porteur de l'humanisme hérité du mouvement ouvrier et révolutionnaire, du syndicalisme, du pacifisme, fini par se créer, je suis certain de vouloir y prendre ma place comme militant de base.

Portrait de Mon-Al

De Mon-Al

roturière :-) | 16H51 | 23/11/2008 | Permalien

« Le PS se déchire, mais Nicolas Sarkozy aurait tort de s'en réjouir “

Quand on a un oeil et une oreille qui trainent quant à ce qui se passe à l'intérieur des Fédérations UMP, il n'y a vraiment pas de raison de se réjouir … il ne riera pas très longtemps … wait and see, 2012 n'est pas loin ! ! ! !

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