A la suite de la tribune publiée cette semaine par Sylvie Ollitrault sur l'histoire d'une agrégée de philosophie qui s'est suicidée après avoir été déboutée d'un poste de maître de conférences, vol19, riverain, témoigne du métier d'enseignant-chercheur.
L'enseignement-recherche est un sacerdoce : durant des dizaines d'années, se passionner, étudier, chercher, théoriser… ces concepts de l'esprit, (et plus globalement les sciences humaines), tenter d'enseigner et de transmettre à un niveau d'exigence élevé à des étudiants plus ou moins en désir de connaissance, ce qui s'avère un pari jamais gagné (pour Freud, l'enseignement est une des actions impossibles), et ce après le plus souvent avoir traversé la précarité matérielle, l'insécurité…
Que la « petite » perversité institutionnelle, la bêtise humaine, organisationnelle peut toucher, voire détruire… La petite mesquinerie institutionnelle vient questionner le sens du travail… Alors, vous vous dites : mais à quoi ça sert de chercher à théoriser, construire, transmettre un champ pour élever la conscience, la connaissance… et que là dans la même institution vous êtes exposé à l'envie, la violence, et plus encore s'il s'agit de pairs… Désespérance…
Pour avoir enseigné dans ce type d'institutions, je ne peux que confirmer, que ce soit dans les grandes écoles ou à l'université, l'inhumanité, la « connerie » parfois, de l'institution et des corporatismes universitaires.
Probablement, il y a un message caché dans cette exclusion dans un milieu aussi conformisant : « le clou qui dépasse est enfoncé ».
Absence de lisibilité, arbitraire et précarité
Qu'est-ce qu'on a voulu lui faire payer ? A-t-on voulu lui faire comprendre qu'elle en faisait trop ? Qu'elle n'était pas dans des normes implicites de comportement ? Voire… A t-elle refusé de coucher ?
Autant de questions qui peuvent se poser et interrogent l'absence de lisibilité, l'arbitraire, la précarité, l'absence de parcours d'intégration cadré dans l'univers de l'enseignement supérieur, des rapports humains et intellectuels, des solidarités très pauvres.
Dans ce contexte, faire des recherches et enseigner la philosophie, les sciences humaines, cela a-t-il encore un sens ? Pour qui ? Lorsque l'on en arrive à ce point, il peut y avoir plus qu'un cri à pousser… Si on en arrive à ce point-là dans ce qui devrait être l'espace d'élaboration et de transmission des connaissances, qu'est-ce que cela veut dire au niveau de la société… Est-ce que cela ne préfigure pas une catastrophe historique à venir beaucoup plus importante… ? Et là, il n'y a plus de mots, de concepts décents pour les exprimer…
L'université, les grandes écoles aussi sont comme la plupart des institutions malades et tout comme chez les dockers, la violence existe aussi, la science, la connaissance ne vient que très partiellement pacifier la violence… et c'est sans doute cela qui est insupportable…




















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De Léonard
chercheur (errer humanum est) | 13H08 | 21/11/2008 |
Merci du témoignage. On peut largement partager le sentiment de l'auteur (c'est mon cas).
D'un côté, les vraies difficultés de l'enseignement et de la recherche perdureront toujours.
De l'autre, le verrouillage politique de l'université est croissant. Cela fait bien longtemps que les enseignants chercheurs n'ont plus droit au chapitre concernant, pourtant, ce qu'ils enseignent ! Pour enseigner vraiment, il faut se mettre en marge du système. Cela coûte très, très cher. Et à un moment donné, il faut choisir entre la peur et les principes. Mieux vaut alors être entouré, car l'université est souvent un monde de solitude pour ceux qui aspirent encore à la connaissance et à la liberté de penser.
De Coldo
pas là | 13H30 | 21/11/2008 |
« Qu'est-ce qu'on a voulu lui faire payer ? A-t-on voulu lui faire comprendre qu'elle en faisait trop ? Qu'elle n'était pas dans des normes implicites de comportement ? Voire… A t-elle refusé de coucher ? »
Vous avez pêté un câble chez Rue89 ou quoi ?
De abcd
retraitée | 14H18 | 21/11/2008 |
La perversité institutionnelle commence tôt, dans les classes préparatoires où les élèves ne sont (en principe) pas trop nuls, beaucoup de professeurs,obnubilés par la culture du résultat(ce lycée est dans les premiers etc..,ces profs sont les meilleurs…)traitent continuellement les élèves (math, physique et autres) de« merdes », afin de les cravacher au bon endroit ; résultat des courses, certains éléments pourtant bons, lachent prise,non pas parceque trop fragiles, mais parceque ce système est inhumain.Ils partent ailleurs , en fac, et rejoignent souvent les meilleures écoles ensuite, mais avec qque part une rage pas prête de s'éteindre
à abcd
De jexiste
si, si | 22H26 | 21/11/2008 |
Se faire traiter de nuls par les profs en prépa, c'est le jeu, on s'y fait vite. On s'en lasse vite aussi, c'est un peu soûlant, gonflant, pas excitant du tout, ni encourageant, mais pas particulièrement pervers non plus.
Ce qui fait le plus de ravages à ce niveau, c'est la concurrence entre élèves, surtout quand des profs se mettent à participer à certains jeux pour le coup franchement pervers. Pour certains, tous les moyens sont bons pour éliminer de la course les concurrents les plus sérieux avant le concours lui-même.
à jexiste
De kevangel
Chercheur | 10H24 | 22/11/2008 |
Il faut arrêter avec les mythes de la prépa ! Personnellement, j'ai fait 2 ans de prépa, puis une école d'ingénieur et je suis actuellement en thèse. Je peux donc comparer tous les systèmes. Alors autant l'univers de la prépa m'est apparu sain, avec beaucoup de travail mais une entraide entre les élèves et des professeurs très bons et jamais humiliants ; autant la thèse est beaucoup plus difficile psychologiquement, avec pour le coup de la perversité, des magouilles et autres rivalités d'egos.
Je ne connais personne qui a vécu la prépa comme vous la décrivez, par contre je connais beaucoup de gens qui ont vécu la thèse comme une période plus difficile.
à kevangel
De jexiste
si, si | 11H15 | 22/11/2008 |
Je parle d'expérience. Moi aussi, j'ai fait une prépa, et j'ai connu beaucoup d'ingénieurs qui en avaient fait d'autres que la mienne, mais dont l'expérience était similaire.
Cela remonte à quelques années. Il est possible que depuis la situation se soit améliorée, tout comme d'une prépa à l'autre l'ambiance n'est pas toujours exactement la même.
De mon temps, donc, on voyait de tout : vol des cours, agressions, « accidents ». Les filles se faisaient souvent attaquer sur le plan sentimental ou intime. Il y avait aussi des accusations mensongères ou dénonciations calomnieuses formulées à l'insu de la victime, de manière à ce qu'elle ne puisse pas se défendre et couper court à quoi que ce soit.
L'ensemble préfigurait les opérations de harcèlement moral plus élaborées que l'on retrouve ensuite en entreprise.
Les ingénieurs ont toujours eu la réputation d'avoir des nerfs d'acier, car c'est dans cette ambiance fort sympathique que pour la plupart ils ont dû ingurgiter les programmes post-baccalauréat les plus costauds.
N.B. : Ennuis maxi pour les bons élèves dont les parents ne sont pas du bon sérail. Et c'est toujours pire pour les filles.
à jexiste
De kevangel
Chercheur | 11H52 | 22/11/2008 |
Je suis désolé pour vous, mais je pense sincèrement que votre vécu reste très marginal. Cela doit se cantonner à quelques classes parisiennes ultra-élitistes (et encore pas toutes parce que j'ai plein d'amis qui ont fait leur prépa à Paris et tout s'est bien passé). Je précise que je ne parle que de la prépa scientifique. Peut-être que c'est beaucoup plus difficile dans d'autres filières (comme les littéraires) où les débouchés sont plus rares et donc la concurrence plus rude.
à kevangel
De jexiste
si, si | 12H45 | 22/11/2008 |
Je ne parle moi aussi que des classes préparatoires aux grandes écoles d'ingénieurs, et pas forcément des plus élitistes. Dans les prépas de province de niveau moyen, produisant surtout des ingénieurs ENSI, se côtoient de très bons élèves qui n'ont pas eu les moyens financiers d'aller poursuivre leurs études à Paris en dépit d'excellents dossiers, et des fils et filles à papa dont les meilleures prépas n'ont pas voulu en raison de résultats trop médiocres. Je vous laisse deviner quel est le foyer d'infection…
De Chris.A
Ni pour,ni contre,bien au contraire | 14H18 | 21/11/2008 |
Témoignage intéressant. Vous soulignez bien les difficultés de l'enseignement-recherche, parmi lesquelles le dilemme « d'être du moule “ ou une paria.
De Tom Roud
14H23 | 21/11/2008 |
Je suis le premier à déplorer la situation de la recherche française et à souffrir de certaines tares du système. Je suis le premier à m'en plaindre sur mon blog.
Mais ce n'est pas une douleur ou une charge de « se passionner, étudier, chercher, théoriser… ces concepts de l'esprit » ou de transmettre à des étudiants, c'est une joie et un plaisir quotidien. On a parfois l'impression dans certains discours que les chercheurs veulent être reconnus parce qu'ils ont fait des études longues et difficiles et que la recherche est une tâche ingrate par elle-même. Or, ce sont justement les études et la recherche de solutions à des problèmes ardus qui sont tout le sel de ce métier ! je pense que les chercheurs doivent être reconnus :
- parce qu'ils sont des gens comme les autres, et que leur précarité dans leur vie est tout aussi scandaleuse que celle des autres,
- parce qu'ils font un métier utile pour la société, parce qu'il est important collectivement d'accroître le volume des connaissances,
et certainement des tas d'autres raisons, mais ne dénigrons pas ce qui fait l'intérêt de ce travail.
Le drame de Marie-Claude Lorne me touche avant tout comme drame humain, dans une société qui « jette » les gens du jour au lendemain, dans une France où les vieux mandarins sont inamovibles à la barre depuis des décennies, et irresponsables de fait. C'est, je pense, très loin d'être spécifique à la recherche.
De jjezfm
Internaute | 16H41 | 21/11/2008 |
j'espère que votre conclusion signifie que vous avez conscience que les autres métiers, ceux qui existent dans le reste du monde en-dehors des universités et des organismes de recherche, ne sont pas forcément agréables non plus ?
parce que je trouve le titre assez provocateur.
Certes, le métier d'enseignant-chercheur s'exerce dans des conditions très éloignées de ce qui serait souhaitable (les principaux intéressés n'étant pas les seuls juges en la matière, mais objectivement ce pourrait être mieux), mais enfin bon, relativement, c'est mieux que, par exemple, le sort qui attend les milliers de thésards inutiles que l'université produit chaque année…
et mieux qu'une myriade d'autres professions.
à jjezfm
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 18H07 | 21/11/2008 |
Des « bouches inutiles » aux « thésards inutiles » ?
Il y a un problème de financement de la recherche, fondamentale et appliquée, publique et privée, et un problème d'accès à l'emploi pour beaucoup de chercheurs - mais il n'y de « thésards inutiles » que parce que d'aucuns les considèrent « inutiles ».
Plutôt paradoxal pour une société qui se vit et se décrit comme société de l'information, fonctionnant sur un « capital cognitif », et ne (dys)fonctionnant qu'à travers une course en avant technologique.
De pegaze
ingé | 17H53 | 21/11/2008 |
difficile de s'apitoyer sur ces milieux pro, si pour les plus volontaires et motivés cela peut devenir un parcours du combattant au quotidien, il y en a aussi pour lesquels c'est une bonne planque. les salaires portent à débat aussi, ils sont souvent bas mais on ne parle pas de tous ces cours réservés aux bac+8 particulièrement rémunérateurs. il est très difficile d'évaluer objectivement la pénibilité de ce métier car elle varie très fortement d'un domaine à l'autre. et je trouve aussi que les plus à plaindre sont surtout les stagiaires, thésards et ingés en cdd qui ne voient pas la couleur de leur travail mais qui n'en vont pas moins pointer au chômage après s'être souvent investi lourdement pour obtenir le saint graal, à savoir un poste dans ce qui est trop souvent un panier de crabes.
à pegaze
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 18H13 | 21/11/2008 |
Certes. La personne qui s'est suicidée ne faisait pas partie de cette élite mandarinale.
Il y a un problème d'évaluation du boulot des enseignants-chercheurs, sans doute.
Mais comment croire que les solutions actuelles, qui préfèrent faire juger un historien par un pharmacien (réforme LRU-Pécresse faisant entrer des personnes sans rapport avec l'université dans les conseils d'adminsitration) puisse améliorer les choses ?
Comment croire que le fait de multiplier les tâches administratives pour les profs et chercheurs puisse améliorer les choses ?
Comment croire, enfin, que la solution résiderait dans l'appel démagogique à une notation par les élèves ?
Bref, il y a sans aucun doute quelques planques, mais aussi beaucoup de profs-chercheurs qui bossent du matin au soir, bien après 22 heures.
De toute façon, ces privilèges sont du passé, l'heure est aux vacataires ATER etc., quelques heures de cours pendant un an puis rebelote avec un peu de chances l'année d'après.
Tellement que certains se proposent pour assurer des cours en plus, dans l'espoir d'obtenir un poste fixe - au détriment de la formation des étudiants, un prof ne pouvant assurer qu'un nombre limité de cours de qualité. Et la bureaucratie les y encourage : « travaillez plus… »
De jean breton
républicain laïque | 17H54 | 21/11/2008 |
Quelle vision avez-vus jjezfm pour parler de « thésard inutile » ?
Le métier de chercheur-enseignant en effet consiste à participer à la construction et à la transmission des connaissances.
Il-y-a-t-il une mission plus noble ?
Plus humaine ?
Plus haute ?
Et cela seul suffirait à justifier tous les efforts.
De michelpa
prof honoraire univ paris7 | 17H55 | 21/11/2008 |
si tous les enseignants chercheurs qui n'obtiennent pas le poste qu'ils espèrent se suicidaient il n'en resterait pas beaucoup !
ce qui est vrai c'est que si le plaisir que procure la recherche ne leur suffit pas, il vaut mieux qu'ils changent de métier.
à michelpa
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 18H16 | 21/11/2008 |
Monsieur le professeur honoraire,
vous avez bien de la chance d'avoir une telle fonction honorifique, preuve sans doute de vos qualités exceptionnelles en matière d'enseignement et de recherche.
n'empêche que le plaisir de la recherche ne nourrit pas son homme, et que, de nos jours, pour les plus jeunes qui sont encore loin d'accéder à de tels postes honorables, le système universitaire n'a parfois guère à envier au management du secteur privé.
Si les jeunes suivaient votre conseil avisé, il n'y aurait bientôt plus un seul chercheur en France.
à Network 23
De eskimo
23H00 | 21/11/2008 |
peut etre un prof honoraire resisterait encore et toujours
De Jyscall
Apprenti biologiste | 20H27 | 21/11/2008 |
En même temps, le système supérieur en France « oblige“la plupart des docteurs à passer au moins deux trois ans à l'étranger, là où il y a de quoi les accueillir.
Surtout que leur recrutement, du moins en biologie, se fait sur concours et publications, ce qui fait que la moyenne d'age de recrutement des grands organismes, et des universités ( la LRU renforçant cette pratique pour ces dernières ) est assez élevée (33ans)
à Jyscall
De kevangel
Chercheur | 10H27 | 22/11/2008 |
Et quand ils voient comment sont considérés les chercheurs à l'étranger par rapport à la France, beaucoup n'ont pas envie de revenir. Demandez-vous pourquoi…
à kevangel
De Jyscall
Apprenti biologiste | 11H43 | 22/11/2008 |
Comme tu dis, cher ainé, sitôt docteur, ou même avant si je peux faire ma thèse à l'étranger, je me tire.
De jexiste
si, si | 22H14 | 21/11/2008 |
Voilà un texte qui rejoint sur le fond plusieurs des réactions à cette tribune de Marco Diani, sociologue, nombre de riverains s'interrogeant sur le sens de son métier :
http://www.rue89.com/2008/11/19/sabotages-a-la-sncf-le-terrorisme-invisi…
De kevangel
Chercheur | 22H53 | 21/11/2008 |
J'aimerais apporter mon témoignage de thésard en science dure, et je dirais même en science expérimentale. J'ai lu beaucoup de commentaires qui concernent les sciences humaines, ici et sur le sujet précédent. Mais elles ne sont pas les seules à souffrir du système.
Je travaille dans un laboratoire qui a des bons moyens financiers et une réputation internationale. J'ai un CV et des publications qui me permettraient, je pense, de trouver plus facilement que d'autres un poste de chercheur à l'Université. Je ne devrais pas me plaindre mais voilà, mon expérience en thèse m'a dégoûté du monde universitaire.
Je n'avais pourtant aucun a priori en débutant ma thèse, j'envisageais même sérieusement une carrière dans le public. Seulement voilà : travailler plus de 45h par semaine pour un salaire d'1,5 smic à bac+10 ; travailler dans des conditions matérielles et de sécurité indignes d'un pays développé ; voir tout autour de moi des batailles d'égos 100 fois pires que le congrès du PS ; voir des gens qui travaillent plusieurs mois sans contrat, sans salaire ; subir une pression hiérarchie quotidienne ; voir les humiliations des faibles par les puissants ; …tout ça ne me fait plus envie !
Je vais vous dire : il me hâte de me faire embaucher dans une multinationale capitaliste pour entrevoir un semblant d'humanité après ces années dans la jungle sauvage. J'imagine que ça surprend beaucoup de monde. Mais j'ai effectué pendant mes études des stages en entreprise et l'atmosphère semblait beaucoup plus humaine qu'à l'université.
Bien entendu, vous me direz que dans le public il reste la recherche et la beauté de la science. Et bien détrompez-vous. Si vous voulez être un labo reconnu (et donc avoir des crédits et du personnel), l'important n'est pas de faire une recherche utile mais une recherche qui permet de faire des publications : autrement dit, il faut suivre les modes sans se soucier de l'avenir de la science. Cela existait bien avant la loi LRU, mais ça ne va pas aller en s'arrangeant. Je viens même à me demander si les entreprises ne se soucient pas plus du monde qui les entoure que les labos universitaires noyés dans leurs luttes de pouvoirs.
J'ai donc choisi mon avenir : j'ai décidé d'aller dans le privé, mot qui m'était auparavant synonyme d'individualisme exacerbé. C'est triste à dire, mais je crois que c'est comme ça que je serai plus utile à la société. Et en plus je gagnerai au moins le double de salaire qu'en tant que chercheur au CNRS.
De vol19 (auteur)
awash | 23H39 | 21/11/2008 |
Avec surprise, j'ai découvert mon commentaire consacré à la tragédie de Marie-Claude Lorne placé en tant qu'article par Rue89. Nullement, je n'ai de thèse à défendre, ni ne souhaite prendre une place de médiateur sur ce fil. Comme tous ceux qui ont participé au fil, j'essaye de contribuer à la réflexion de ce qui nous arrive… ?
L'enseignement-recherche est-il un sacerdoce d'ailleurs ? Sans doute les motivations profondes qui mènent à ce type de métier (comme d'autres) seraient à travailler avant de se cacher sous un appareillage conceptuel qui est souvent un masque… Comme dans le métro à six heures, on y rencontre certes des personnes profondément impliquées dans leurs tripes depuis très jeune, des « hommes d'appareils », des suiveurs, des carriéristes, des businessmans, des jouisseurs, des diletantes, des moines, des opportunistes, bref leur degré d'implication personnelle avec leur recherche peut varier.
Tout de même, ce qui me questionne, alors que l'on dit que la société de connaissance est l'avenir, c'est comment dans son ensemble, notre société et donc ses institutions (parmi celles-ci l'éducation) valorisent aussi peu ou mal les compétences potentielles ou effectives qu'ils soient jeunes chercheurs ou retraités, ou trop vieux 50 ans, de bonne volonté. Bref, s'illustre un dysfonctionnement du « faire ensemble » et plus globalement « le vivre ensemble au travail » comme l'a montré Christophe Dejours, et au delà, l'usage de la violence symbolique ou réelle, des rapports de forces, et en particulier du besoin d'humiliation comme l'a théorisé Avishai Margalit dans une « société décente ». Il est intéressant de constater que ces institutions qui se pensent intelligentes n'arrivent pas mieux (plutôt plus mal) à se désengluer de cette désagrégation sociale qui conduit au « tous » contre « tous ».
Assurément, il est possible de mener une recherche sans être titulaire d'un poste à vie. Une diversité d'expérience apporte sa richesse, en baver quelques temps permet de se construire, au delà c'est épuisant. Il m'a semblé que la situation des « travailleurs intellectuels » s'est dégradé au début des années 90. J'ai connu des professionnels qui ont débuté dans les trente glorieuses ont pu très bien surfer sans poste CDI durant tout leur vie active. C'est devenu désormais quasiment impossible, et ces mêmes personnes sont aujourd'hui traitées comme parias. ON considère le « statut » avant la « personne ». Enfin, une question autour des systèmes d'évaluations mis en place dans certains établissements, notation des profs par les élèves, contribuent à pervertir le cadre d'enseignement en relation de service. Un prof = un vendeur Ebay ? … ce qui vient se greffer sur un système comme il a été souligné auparavant sur des rapports enseignant/enseignés souvent sadique dans certaines institutions, les (prépas/ce qui est vu comme une iniation au pouvoir), bref ce qui effectivement çà ne va pas dans le sens de relations les plus saines. D'ailleurs veut-on qu'elles soient plus saines, les relations ? Veut-on vraiment encore diffuser, élever globalement le niveau de la connaissance dans la société ou sélectionner selon des critères de défenses psychiques, de stratégies quelques clercs opportunistes pour produire les quelques connaissances décrétées utiles par les systèmes politiques ou économiques ?
Produire des connaissances utiles… disait-on il y a un ans dans les ministères. Sauf que l'utilité d'hier ne sera jamais celle de demain, et l'inertie dans les systèmes étant longue, c'est un choix dangereux… Les maths financières, très prisées hier, moins aujourd'hui…
Quant à ce discours qui vise à affirmer que ceux qui se lancent de longues études avant de penser à l'utile sont des « parasites », qui cherchent à se faire plaisir et qui feraient mieux de faire un travail manuel utile. C'est un discours que l'on a beaucoup entendu dans les années 30, comme pour les intellectuels, artistes qui ont connu de nombreux déboires à cette période, et dont des survivants ont fait les grands noms de l'après guerre. Ce discours est actuellement relayé dans certaines institutions (Conseils généraux) ou certains artistes diplômés des Beaux-arts se sont vus notifiés la supression de leur RMI et l'injonction de prendre un métier utile : « caissier dans un supermarché ». Ces périodes ne sont jamais bon signe…
Au final ce post peut-il contribuer à la question que nous a posé Marie-Claude Lorne dans son geste, et qui à un autre degré se pose à beaucoup d'entre nous, aux institutions… sur ce que tout celà veut dire et sur qu'est ce qui pourrait s'inventer ?
à vol19
De jexiste
si, si | 11H31 | 22/11/2008 |
J'approuve, je le dis et vote top, mais ne parviens pas à contrebalancer les votes naze…
De sebast440
09H50 | 22/11/2008 |
déjà, si les personnes recrutées étaient réellement motivées et pas seulement en place grâce à un système de copinage qui a fait ses preuves depuis longtemps, ça résoudrait beaucoup de problèmes.
à sebast440
De jexiste
si, si | 12H19 | 22/11/2008 |
Yes.
Encore qu'il faudrait nuancer ce jugement en approfondissant la question des motivations des uns et des autres, celles des différents candidats, mais aussi celles des recruteurs, qui généralement répugnent à introduire le loup dans la bergerie…
Voir, par exemple, le cas de la famille Coupat, fils, père et mère. L'industrie pharmaceutique est une des plus sélectives. Vous n'y entrez pas si vous avez des aïeux ou des collatéraux trop marqués à gauche car vous êtes alors potentiellement un traître. Pour les autorités, Julien a mal tourné, il y aurait donc eu, quelque part, erreur de casting pour ses parents, sur lesquels plane un lourd soupçon de traîtrise. C'est peut-être la seule chose qu'on leur fait actuellement payer.
De vol19 (auteur)
awash | 11H52 | 22/11/2008 |
« déjà, si les personnes recrutées étaient réellement motivées et pas seulement en place grâce à un système de copinage qui a fait ses preuves depuis longtemps, ça résoudrait beaucoup de problèmes ».
Souvent, je me suis fait aussi cette réflexion en croisant certains profils dans certaines disciplines. Une telle attitude s'appelle « cracher dans la soupe » et mérite le ban. Un ethnologue observerait dans ce microcosme une dimension statutaire, tributaire dans cette corporation :
En fait « payer pour appartenir », être choisi en thèse, puis amener la thèse à bon pour port, puis « payer » pour être intégrer à un microcosme… puis, si jackpot, alors payer pour appartenir à l'institution : gros lot de travail administratif et d'amphis de deugs, et des océans de copies à corriger, financement de projets à trouver, projets à gérer, bref dix ans au moins. Passé la cinquantaine et exemptés de ces charges, j'en ai connu qui ne mettent plus les pieds dans l'institution que pour les 192 heures de cours (et moins pour les profs HDR) suivre quelques mémoires de Dea ou thèse, et passer le plus clair de son temps ailleurs, un business, un cours, des recherches à l'étranger, réaliser des conférences sur les bouquins, participer à des comités et prendre du pouvoir dans des « machins ».
Ce système est-il motivant, performant socialement ? A t-il des chances de se transformer ? En tout cas, il produit assurément des égos barrés de certitudes dotés d'énormes difficultés à travailler ensemble, à défaut de connaissances et de transmissions.
Que proposer ?