REVUE DE PRESSE

Sarkozy le « maître de l'univers » agace aux Etats-Unis

Sarkozy et Bush à Camp David le 18 octobre (Jason Reed/Reuters)

Est-ce que sa période de grâce est terminée ? Nicolas Sarkozy commence à agacer outre Atlantique, raconte le Herald Tribune.

La diplomatie américaine n'a pas apprécié qu'il utilise le sommet du G20 pour se présenter en vainqueur disciplinant le capitalisme américain. Pas digéré non plus qu'il ait annoncé son propre sommet les 8 et 9 janvier prochains, un meeting –qui n'est en fait qu'une réunion de travail– et qui semble faire de l'ombre à l'annonce du prochain G20 en avril, surtout qu'il n'en a pas touché un mot à George Bush et aux membres du G20 quand il était à Washington.

On l'accuse d'avoir gonflé son rôle. Le Herald cite Simon Johnson, ancien économiste du FMI :

« Il dit que les Etats-Unis ont accepté tout un lot de négociations sur des régulations. Mais en réalité, il est arrivé les mains vides et rien de tout cela n'a été abordé. »

Le monde selon Sarkozy

Le Washington Post explique que ses appels à des régulations internationales ont été rejetés par d'autres chefs d'Etat, y compris le Premier ministre canadien, car perçus comme des violations des souverainetés nationales. Selon un observateur :

« Chacun à la table essayait de trouver un terrain d'entente, et Sarkozy était là à essayer de réécrire le monde selon Sarkozy. Ça ne faisait rien avancer. »

Déjà, quelques jours avant le sommet, un éditorial du Washington Post s'inquiétait des méthodes agressives du président français : blâmer les Etats-Unis avant d'aller sur place pour un sommet n'était pas une bonne manière de préparer le terrain et digne de la diplomatie façon Bush. « Les banques européennes sont en difficulté et pas seulement à cause de la contagion de la crise des subprimes mais aussi de leurs propres erreurs », poursuite l'éditorial, « Est-ce que M. Sarkozy a déjà entendu parler de l'Islande ? »

Le résultat du sommet fut bien « loin du “Bretton Woods 2” que Sarkozy avait initialement envisagé pour refondre les institutions », résume le LATimes.

Evidemment, raille John Vinocur, un chroniqueur du Herald Tribune à la dent régulièrement francophobe, c'est pas facile d'« être à la tête de l'Europe pendant six mois, bagarrer pour être maître de l'univers avec une puissance de feu limitée et un soutien flottant pour ses grandes idées ».

Selon lui, Nicolas Sarkozy aime faire beaucoup de bruit pour des grands projets qui n'aboutissent pas forcément : le projet d'union méditerranéenne finalement revu, le gouvernement économique de l'Europe qui a finalement été rejeté, et surtout :

« Sa tentative de profiter de l'entre-deux présidentiel aux Etats-Unis pour transformer un meeting sur la misère économique internationale en nouvelle charte financière mondiale portant sa marque n'a simplement pas abouti ».

Ouvrant la bouche avant que les diplomates n'aient réfléchi

Résultat : « Au lieu du plan de cent jours dont Sarkozy disait une semaine plus tôt qu'il était impératif que les Etats-Unis l'acceptent, le processus de réforme devra être revu en mai quand il ne parlera plus au nom de l'Europe, et quand la voix de Barack Obama dominera. »

Autre source de couac : que Sarkozy se propose en « médiateur » entre la Russie et les Américains comme s'il se sentait à égale distance des deux, et qu'aux côtés de Medvedev, il dénigre le bouclier anti-missile parce qu'il n'apportera rien à la sécurité européenne. La république tchèque et la Pologne ont précisé que Sarkozy ne parlait pas en leur nom.

« C'était Sarkozy dans le rôle de Sarkozy, attaché à des grandes déclarations et à trouver une place dans l'Histoire, ouvrant la bouche avant que les diplomates n'aient réfléchi. »

8 commentaires sélectionnés

Portrait de Colomba

De Colomba

situation difficile | 22H53 | 20/11/2008 | Permalien

Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance,
en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France,
de l'Europe peut-être.
Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène :
il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant
créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est
le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.
L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère
est un carriériste avantageux.
Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui
brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent,
l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut
qu'il les satisfasse. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit
et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est
impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y
ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au
nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui
du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé « .

Victor HUGO,
dans “ Napoléon, le petit ‘
Réédité chez Actes Sud

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur mondain | 23H16 | 20/11/2008 | Permalien

Le problème avec N.S. c'est qu'il fait tout ce remue ménage mondial pour
1) se prouver à lui même qu'il existe, car les égo du PS c'est de la roupie de sansonnet à côté du sien
2) pour exister sur le plan nationnal et pour cela il peut mobiliser l'ensemble des médias qui chante sa gloire et ses bienfaits
La preuve, il remonte dans les sondages alors que ses coups de béliers dans les acquis sociaux sont en pleine accélération et que les divers ministres et portes paroles de l'UMP, de Matignon et de l'Elysée ne sont plus très présents médiatiquement (ordre du maitre de l'Univers sans doute)

Portrait de moon33

De moon33

23H36 | 20/11/2008 | Permalien

Qu'est-ce que ca veut dire ? Maintenant on doit prendre la défense des néoconservateurs américains contre Sarkozy ? C'est une blague ?

J'ai toujours été tres critique vis a vis de Sarko, mais je vais surtout pas la condamner pour avoir énervé les Américains en poussant pour fixer des limites au capitalisme mondial.

Portrait de elisaday

De elisaday

Etudiante | 00H28 | 21/11/2008 | Permalien

Je vis actuellement en Angleterre et je peux dire qu'il n'est pas aimé ici non plus ! Je vis avec des gens de divers pays d'Europe et ils le détestent (en particulier mes colocs tchèques…). Ils se demandent comment il a pu être élu alors que tous les français qu'ils rencontrent le haïssent…Je ne sais pas quoi leur répondre !

Portrait de C. Creseveur

De C. Creseveur

D'actualité | 12H08 | 21/11/2008 | Permalien

Et pourtant cette fois Sarkozy défend un truc utile : sortir de l'étalon dollar !
Economiquement cela reviendra pour nous à cesser de subventionner l'économie américaine, de financer éternellement sa dette, et l'aider à vivre à crédit.
Aussi, pour une fois Sarkozy se présente en vrai gaullien, puisque de Gaulle était le seul à avoir voulu s'opposer à Bretton woods qui nous a imposé l'étalon dollar, au détriment de l'or.
C'est à Bretton Woods que la finance s'est déconnectée de l'économie réelle.

Portrait de Rulfer

De Rulfer

13H38 | 21/11/2008 | Permalien

L'agacement d'outre-atlantique continue : Hier, le New York Times a publié un papier sévère sur l'annonce du meeting Sarkozy/Tony Blair à Paris : http://www.nytimes.com/2008/11/20/world/europe/20global.html ? ref=europe

Portrait de Grégory

De Grégory

14H21 | 21/11/2008 | Permalien

Ah la la, tout ces commentaires qui s'engouffrent dans le Sarko bashing… Plongeant dans l'idée que la terre entière se rit de lui, sans se demander pourquoi ce ne sont que des titres américains qui le prétendent…

Il est vrai que durant sa première année Sarko a fait plusieurs bourdes largement commentées dans le monde et tues dans les pravdas françaises, mais je ne pense pas qu'actuellement ce soit le cas. Il y a réellement un accord de vue du monde hors US, et je pense que ceux ci n'arrivent pas à voir la réalité en face et blament le messager.

Portrait de ShredBluZ

De ShredBluZ

Ingénieur Agronome | 14H27 | 21/11/2008 | Permalien

D'ailleurs je suis tout à fait indigné par la réaction du canadien, si la régulation des marchés par une instance extérieure relève de l'ingérance au niveau national, la crise, elle, ne fait pas de distinction …

Sinon je suis d'accord avec ta remarque, mais d'un autre côté je comprends que Sarko en énerve plus d'un, d'une part à cause de l'écart entre discours et actes, d'autre part à cause de sa méthode tout aussi bourrine et inutile qu'en France, où il se contente de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière et se casse après sans se soucier de ce qui va se passer. En tout cas, moi j'en ai marre de le voir tenter de s'approprier toute la gloire des décisions et des interventions alors que dans le fonds il n'a rien résolu depuis ses deux mandants (présidence française + européenne).

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