Sarkozy le « maître de l'univers » agace aux Etats-Unis
Est-ce que sa période de grâce est terminée ? Nicolas Sarkozy commence à agacer outre Atlantique, raconte le Herald Tribune.
La diplomatie américaine n'a pas apprécié qu'il utilise le sommet du G20 pour se présenter en vainqueur disciplinant le capitalisme américain. Pas digéré non plus qu'il ait annoncé son propre sommet les 8 et 9 janvier prochains, un meeting –qui n'est en fait qu'une réunion de travail– et qui semble faire de l'ombre à l'annonce du prochain G20 en avril, surtout qu'il n'en a pas touché un mot à George Bush et aux membres du G20 quand il était à Washington.
On l'accuse d'avoir gonflé son rôle. Le Herald cite Simon Johnson, ancien économiste du FMI :
« Il dit que les Etats-Unis ont accepté tout un lot de négociations sur des régulations. Mais en réalité, il est arrivé les mains vides et rien de tout cela n'a été abordé. »
Le monde selon Sarkozy
Le Washington Post explique que ses appels à des régulations internationales ont été rejetés par d'autres chefs d'Etat, y compris le Premier ministre canadien, car perçus comme des violations des souverainetés nationales. Selon un observateur :
« Chacun à la table essayait de trouver un terrain d'entente, et Sarkozy était là à essayer de réécrire le monde selon Sarkozy. Ça ne faisait rien avancer. »
Déjà, quelques jours avant le sommet, un éditorial du Washington Post s'inquiétait des méthodes agressives du président français : blâmer les Etats-Unis avant d'aller sur place pour un sommet n'était pas une bonne manière de préparer le terrain et digne de la diplomatie façon Bush. « Les banques européennes sont en difficulté et pas seulement à cause de la contagion de la crise des subprimes mais aussi de leurs propres erreurs », poursuite l'éditorial, « Est-ce que M. Sarkozy a déjà entendu parler de l'Islande ? »
Le résultat du sommet fut bien « loin du “Bretton Woods 2” que Sarkozy avait initialement envisagé pour refondre les institutions », résume le LATimes.
Evidemment, raille John Vinocur, un chroniqueur du Herald Tribune à la dent régulièrement francophobe, c'est pas facile d'« être à la tête de l'Europe pendant six mois, bagarrer pour être maître de l'univers avec une puissance de feu limitée et un soutien flottant pour ses grandes idées ».
Selon lui, Nicolas Sarkozy aime faire beaucoup de bruit pour des grands projets qui n'aboutissent pas forcément : le projet d'union méditerranéenne finalement revu, le gouvernement économique de l'Europe qui a finalement été rejeté, et surtout :
« Sa tentative de profiter de l'entre-deux présidentiel aux Etats-Unis pour transformer un meeting sur la misère économique internationale en nouvelle charte financière mondiale portant sa marque n'a simplement pas abouti ».
Ouvrant la bouche avant que les diplomates n'aient réfléchi
Résultat : « Au lieu du plan de cent jours dont Sarkozy disait une semaine plus tôt qu'il était impératif que les Etats-Unis l'acceptent, le processus de réforme devra être revu en mai quand il ne parlera plus au nom de l'Europe, et quand la voix de Barack Obama dominera. »
Autre source de couac : que Sarkozy se propose en « médiateur » entre la Russie et les Américains comme s'il se sentait à égale distance des deux, et qu'aux côtés de Medvedev, il dénigre le bouclier anti-missile parce qu'il n'apportera rien à la sécurité européenne. La république tchèque et la Pologne ont précisé que Sarkozy ne parlait pas en leur nom.
« C'était Sarkozy dans le rôle de Sarkozy, attaché à des grandes déclarations et à trouver une place dans l'Histoire, ouvrant la bouche avant que les diplomates n'aient réfléchi. »
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situation difficile
situation difficile
Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance,
en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France,
de l'Europe peut-être.
Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène :
il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant
créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est
le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.
L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère
est un carriériste avantageux.
Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui
brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent,
l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut
qu'il les satisfasse. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit
et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est
impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y
ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au
nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui
du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé « .
Victor HUGO,
dans “ Napoléon, le petit ‘
Réédité chez Actes Sud




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