Ecrivain, traducteur et journaliste, un riverain, « perplexe » quant à la couverture dans les médias de l'arrestation et de la mise en examen des neuf militants autonomes dans l'affaire des caténaires SNCF, nous a proposé cette contribution critique. Il revient sur la réplique judiciaire et l'inculpation des protagonistes samedi soir, et sur la diabolisation de l'extrême gauche.
En l'état actuel des informations disponibles, toute personne dotée d'un minimum d'esprit critique a la possibilité de faire quelques observations minimales à propos des interpellations à Tarnac et autres lieux. Ces observations sont simples, vite dites. Mais elles sont accablantes pour le tohu-bohu médiatique orchestré par la ministre de la police et pour ceux qui s'y sont joints.
Le retour de l'épouvantail… sur le mode de la farce
Première observation : à l'heure actuelle, le dossier de l'accusation contre les personnes interpellées ne tient pas debout. Pas l'ombre d'un aveu ou d'une preuve matérielle. Juste des rapports de police sur des comportements jugés suspects. Qu'un représentant du parquet présente comme une organisation « terroriste » le « Comité invisible », pseudonyme de l'auteur collectif (ou pas) d'un livre publié depuis un an et demi chez un excellent
éditeur parisien, donne la mesure du sérieux des accusations.
On a comme l'impression de revoir, sur le mode de la farce, les constructions abracadabrantes des juges italiens des années 70 contre l'extrême gauche enfermée tout entière dans l'épouvantail terroriste. Et ce n'est pas le surgissement d'un « témoin sous x » qui va nous rassurer : l'usage des repentis racontant ce qu'on veut qu'ils racontent a déshonoré pour toujours une certaine « justice » transalpine.
Sera-ce le dernier moyen tenté par la police et la justice hexagonales pour échapper au ridicule d'une affaire qui pourrait se dégonfler bien vite ?
Deuxième observation : assimiler à du terrorisme des actes de sabotage pensés pour éviter tout dégât humain, est une bouffonnerie. Rappelons au passage que le sabotage a, depuis Emile Pouget, une longue tradition dans le mouvement ouvrier.
Et quand, naguère, des ouvriers menaçaient de répandre des produits toxiques dans un canal pour protester contre la fermeture de leur usine, on leur répondait en tendant des micros compassionnels, pas en leur envoyant des superflics cagoulés. Pour ne pas parler des nervis d'un syndicat agricole saccageant le bureau d'une ministre ou des viticulteurs détruisant la cargaison d'un pinardier. Personne à ce propos n'a parlé de terrorisme.
Quand MAM fabrique une « mouvance »…
Troisième observation : la fabrication de la « mouvance anarcho-autonome » par la ministre de la police et par les médias qui ont relayé sa parole sans aucun recul critique n'a été possible que grâce à l'extrême ignorance journalistique sur tout ce qui touche à la critique radicale du capitalisme.
Personne n'est obligé de connaître l'histoire de l'anarchie ni celle de l'autonomie ouvrière. On fera cependant observer que, pour des gens dont le travail est de parler des phénomènes de société, un effort de documentation ne serait pas de trop : si ces courants n'occupent pas le devant de la scène médiatique, ils furent comme des poissons dans l'eau dans quelques-uns des grands événements du siècle, de Mai 68 à l'automne chaud italien.
Evénements qui ont profondément marqué la fin du siècle dernier et, sait-on jamais en ces temps de crise, qui pourraient bien connaître une nouvelle jeunesse, une nouvelle figure dans les années à venir. « L'Insurrection qui vient » (dont le ou les auteurs, jusqu'à preuve du contraire, restent inconnus) est une œuvre complexe, profonde, éminement discutable et criticable mais certainement pas réductible, en sortant deux phrases, à une espèce de pièce à conviction dans un dossier de police.
L'exemple de la résistance au battage médiatique est venu, comme toujours, d'« en bas », du terrain de la vie réelle, des gens de Tarnac qui ont constitué un comité de défense. Il serait bon que ceux qui se chargent de nous informer aillent y faire un tour et répercutent aussi les voix dissidentes.





















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De XLanig
dilettante | 13H25 | 18/11/2008 |
Consternation.
Ce qui est consternant dans cette histoire, c'est que -à part « l'opinion“- personne n'y croit à ces bobards.
* Les journalistes qui ne font que dupliquer les dépêches AFP. Les mêmes imprécisions, les mêmes erreurs les même médiocrités ( ‘milieu aisé’, ‘Diplômé de sociologie de l'ESSEC’…) Nul besoin d'investiguer,d'aller plus loin. le psittacisme est de rigueur, puisqu'il n'y a rien à découvrir.
* Les militants. Pas d'appel a soutenir ‘nos camarades’ de la part de la frange révolutionnaire, chacun sachant que nous sommes au théâtre, qu'une pièce se joue sans relation avec la réalité. Ni de la part du fond de commerce ‘nouveaux anticapitalistes’, la police d'assurance couvrant bien du dégât des eau(tres), il s'agit de se préserver, il y va de la boutique. Quant aux défenseurs des droits de l'Homme, de la liberté d'expression, de penser, de dire… Silence, de fois que l'expression, la pensée.. aient terrifier quiconque.
* La police et l'État. Là soyons déçu… Ils ont, quand même les moyens de nous fabriquer un vrai, un crédible, un authentique Terrorisme endogène.. Et là, que du petit, du médiocre : quelques chevriers,un manuel de gardé à vue, une pince, un indicateur de chemin de fer.. un sociologue, une comédienne ( suisse, quand même ! )et sont convoqués en complicité Deleuze, Debord, Heidegger, Bakounine, Pannekoek et le Tamud…
M'enfin, quand cela va se dégonfler !
De David Servenay
Rue89 | 14H53 | 18/11/2008 |
Petit bémol à votre démonstration, Quadruppani.
Vous dites :
« Première observation : à l'heure actuelle, le dossier de l'accusation contre les personnes interpellées ne tient pas debout. Pas l'ombre d'un aveu ou d'une preuve matérielle. Juste des rapports de police sur des comportements jugés suspects. »
Lors de la filature effectuée par la police, sur le couple Coupat dans la nuit de samedi, les enquêteurs voient les deux jeunes gens jeter un objet dans une poubelle, non loin de la ligne TGV. Ils reviendront d'ailleurs vérifier cette poubelle.
Que trouvent les enquêteurs après ce dernier passage ?
Une lampe frontale et un horaire de passage des trains. Certes, cela ne fait pas une « preuve » au sens juridique du terme, mais c'est -au minimum- un indice qui ne plaide pas en leur faveur.
Enfin, si les juges ont eu l'indépendance d'esprit de relâcher la moitié de la « cellule », pourquoi ont-ils estimé nécessaire d'incarcérer l'autre moitié ?
Sur le reste -la construction politique, le message du gouvernement…etc- on a déjà vu pire, vous le rappelez bien. Mais n'écartez pas les éléments qui ne cadrent pas avec votre analyse, elle n'en sera que plus convaincante.