Revue de blogs 16/11/2008 à 14h52

Noir Désir de retour : et la musique dans tout ça ?

François Krug | Journaliste Rue89

Le come-back de Bertrand Cantat, un an après sa libération, suscite des polémiques passionnées. Extrait des débats sur le Web.


Bertrand Cantat (noirdez.com)

Un an après la libération conditionnelle de Bertrand Cantat, le groupe met en ligne de nouvelles chansons. Faute morale, rédemption artistique ? Les médias et la blogosphère s’enflamment. Mais les jugements moraux éclipsent peut-être l’essentiel.

Noir Désir était officiellement « en sommeil » depuis la mort de Marie Trintignant, en 2003. Ayant purgé la moitié de sa peine, Bertrand Cantat vit depuis octobre 2007 en liberté conditionnelle. Et dans la plus grande discrétion, jusqu’à la mise en ligne de deux morceaux, téléchargeables sur le site du groupe.

Un retour qui se veut lui aussi discret. Le groupe se tait. Sur son site, il se contente de présenter en quelques lignes ses nouveaux titres, en concluant : « A part ça, Noir Désir est au travail... » Contactée par Rue89, sa maison de disques, Barclay, observe elle aussi un silence radio total. Le web, lui, se déchaîne.

A Rue89 aussi, d’ailleurs, les débats ont été animés. Un chanteur condamné pour une mort aussi horrible peut-il revenir sur le devant de la scène ? Mais après tout, chanter, c’est son métier : de quel droit l’en priver ? D’accord, mais cette soi-disant discrétion, ce ne serait pas une stratégie marketing ?

Jusqu’à ce qu’on écoute les chansons en question. Une reprise du « Temps des cerises » et une ballade elle aussi engagée, « Gagnants/Perdants », dénonçant le capitalisme et le couple « Nicolas et Pimprenelle ». Et là, les débats ont repris de plus belle : était-ce vraiment « Noir Déz », ou du mauvais Raphaël ou même Trust ?


Pour de nombreux blogueurs, la réponse aux interrogations morales et musicales est simple. Oui, Noir Désir a le droit -et, pour certains, le devoir- de revenir. Mais pas comme ça. Verdict sans appel de La Blogothèque :

« Le Cantat qui se changeait en roi, qui porté par le vent te demandait de le passer par-dessus bord, celui qui n’avait l’air de rien ? Pas vraiment là. A la place, un Cantat un brin niaiseux et pas très en verve. Trop littéral dans son indignation. Le Cantat que je connais a toujours eu le don d’aller plus loin que la formule, plus loin que le slogan. Il savait marier l’époque et l’intime, il savait dire des mots qui me prenaient par la tête et les tripes, par les épaules, dans une embrassade fraternelle en quelque sorte. Il n’y a pas grand-chose de ça dans ces gribouillis. »

Sur Fluctuat, Easywriter préfère s’adresser directement à Cantat :

« Tu sais Bertrand, on espère tous le retour d’une chanson politique dont on n’aura pas honte, le truc que vous avez toujours maîtrisé mieux que personne. (Je dis “tous”, on s’est compris, les plus de 30 ans de gauche qui écoutent du rock pour aller vite). (...) Putain Bertrand, revenez. Vraiment. »


Une seule chose est sûre : « Noir Déz » n’a pas perdu ses fans. Sur Refais le monde avant qu’il ne te refasse ! , le récit ému d’un concert en 1986 veut rappeler le Cantat d’avant le drame :

« Et puis, il est arrivé. J’oublierai jamais. Le premier riff de guitare nous a carrément scotchés. Même qu’on a lâché nos verres. On s’est regardé, Manu et moi, et on fait : “Waouh !” Alors il a chanté. Et tout le monde s’est tu. Tous, absolument tous, étions à la fois sous le charme, comme terrassés. Bouche bée. Totalement subjugués. »


Cantat n’est visiblement pas un condamné comme un autre. Ce qui explique la gêne de Lola à l’écoute de « Gagnants/Perdants » :

« La méthode n’en reste pas moins douteuse dans la mesure où ce retour tire sur la corde politique, et que c’est pas vraiment l’idéal de s’approprier le débat quand on s’appelle Cantat. Ce n’est pas parce que d’autres exactions sont commises dans le monde qu’il faut minimiser les siennes et faire comme si de rien n’était, surtout quand on est à l’épreuve en fait. »

Les inconditionnels, eux, ne cachent pas leur espoir : que ces deux morceaux annoncent un nouvel album et un retour sur scène. Et Un jour je serai prof s’insurge contre les critiques :

« Marie Trintignant ? Oui, c’est effectivement très triste. Aucune vie ne devrait s’arrêter si vite. Bertrand Cantat, un meurtrier ? Il l’a reconnu. Le punir jusqu’à la fin de sa vie (et par là même punir ses collègues du groupe) parce qu’il a causé un accident mortel pour lequel il éprouve de toute évidence suffisamment de remords pour ne plus jamais être le même homme ? Bah non ! Alors voilà, je le dis ! JE LE HURLE ! J’ESPERE QUE NOIR DEZ REFERA TRES VITE UNE TOURNEE ! »


Alors, faut-il tourner la page ? Oui, juge Pensées de ronde, sans cacher ses hésitations :

« Je n’ai jamais eu envie de prendre parti dans cette histoire, jamais eu envie de défendre Cantat. J’étais plutôt prompte à hurler lorsqu’on m’expliquait que le pauvre, l’amour, la passion, l’égarement d’un moment, etc. (...) Mais maintenant, “il” est sorti de prison. Et son métier, c’est chanter. (...) Finalement, il est question ici de réinsertion. Bien sûr, celle-ci est médiatique et people. Mais le fond du problème, n’est-ce pas celui-ci ? Est-il possible, après la prison, de reprendre sa vie la tête haute ou l’ancien criminel doit-il faire profil bas même après avoir purgé sa peine ? »


« Tête haute » ou « profil bas » ? En tout cas, il faut redonner une chance à Cantat, estime La Femme de Georges. Qui raconte sa propre expérience -« des coups de latte, un baiser“- pour expliquer son opinion :

‘Et si j’étais morte ? Du haut de mon petit nuage paradisiaque, je n’aurais certainement pas supporté que cette société, la mienne, continue à porter un jugement lapidaire et définitif sur cet homme, mon homme que j’aimais à la folie, même après qu’il ait payé (mais quel est le ’bon&’ prix à payer ? Dix ans, vingt ans, quarante ans, 2 millions, 20 millions, 2 euros ?) sa ’dette’ aux hommes de bonne volonté. Alors, je propose humblement que nous foutions la paix (pourquoi j’en parle d’ailleurs ?) une bonne fois pour toutes à Bertrand Cantat, à Noir Désir, à l’âme de Marie.’

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  • dulconte
    dulconte
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 19h06 le 15/11/2008
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    Fan de toujours de Noir Désir, j’ai écouté avec plaisir et émotion ses deux nouveaux morceaux. Par contre, je crois que je ne pourrai plus allez les voir en concert. Leurs concerts(la grosses dizaines que j’ai vu) ont pourtant toujours été des moments magiques. Aujourd’hui une mort a effacé beaucoup de cette magie.

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 19h13 le 15/11/2008
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Quitte à mettre de la musique, autant que ce soit un des morceaux en question, non ?

    Lien

  • Al-Ice
    Al-Ice
    -_-'
    • Posté à 19h20 le 15/11/2008
    • Internaute 54790
      -_-'

    Deux choses omises par cet article :

    - Bertrtand Cantat n’a pas le droit de s’exprimer dans ses textes sur son crime et je pense par extension tout ce qui peut y faire référence, donc ses états d’âmes de ces derniers temps...

    - La prison, ça change un individu. Ce qu’il peut dire ou exprimer aussi donc.

  • A déménagé le 8-10
    • Posté à 19h38 le 15/11/2008
    • Internaute 1001
      nc

    Je n’ai jamais été un fan de Noirdez. Uniquement parce que la rencontre ne s’est pas faite. Bon, allez, peut-être aussi parce que « les chanteurzengagés », j’ai donné dans les seventies et que j’en suis revenu. Faut plus me parler du fox-terrier, j’ai vu de près et j’ai comprenu. Et puis, si, j’ai dans l’oreille leur version de « Ces gens-là ». Pas crédible. Trop gros pour eux, Brel.

    Alors, ne plus chanter ? Pas simple. C’est leur vie, c’est sa vie. Mais l’eau ne repasse jamais sous le même pont. La magie d’avant qu’évoquent certains fans est peut-être morte elle aussi à Vilnius.

    Cantat a payé pour sa folie. Je suis de ceux qui pensent que justice a été bien faite. Mais revenir en voulant être le Cantat d’avant, sublime donneur de leçon sociale ? Ou revenir en étant vraiment un Cantat d’après et en le montrant dans son art ? Ce n’est pas moi qui ai la réponse, bien sûr…

    J’ajoute que, tout en croyant qu’il faut soutenir la cause de femmes battues, je n’ai jamais adhéré à la lutte de vengeance de Nadine Trintignant, emmuré vivante dans sa douleur et surtout dans sa haine. J’espère, pour elle et surtout pour les enfants de Marie, prisonniers de son combat, qu’elle a évolué. Qu’elle commence à comprendre que « la haine est un venin qui pourrit son porteur autant que sa cible ».

  • caramel2012
    • Posté à 19h39 le 15/11/2008
    • Internaute 29413

    l’Histoire, l’homme ou l’artiste,
    les claviers s’animent de jugements

    Comment juger un homme, qui paie(ra) pour toujours ce que chacun s’engage à ignorer ?

    l’homme, l’humain, est de base bestiale primitive, la réflexion est venu aiguiser nos cerveau et par ailleurs à abouti à cette phrase l’erreur est humaine

    De grands, très grands personnages ce pavanent régulièrement devant les télé du monde, et prennent des décisions concernant des millions d’hommes

    Pas de commentaire de la part de la maison de disque ou de l’entourage du groupe, mais tant mieux

    GAGNANTS/PERDANTS sonne comme une bouffée d’espoir de beaux gros mots concernant ce monde que nous fabriquons pour enrichir l’histoire de bassesses et de beauté

    Pourquoi le phrasé ne retient-il pas l’intention,
    mais surenchérit-il la polémique de petitesses dites par de petites gens qui ce flippent d’écouter de voir et de comprendre que le monde est un tableau représentant une fausse pièce de théâtre et parfois malgré toutes l’élasticité du cerveau, le rôle est mal taillé et pas jouable, c’est l’histoire du DESTIN

    Pas de pub, pas de buzz, un groupe, connu et reconnu
    Certains diront que le mots n’est pas à la hauteur du personnage
    Mais c’est LUI qui les posent encore avec un petit enrayement de voix qui manquait à beaucoup ...

    Merci de ce cadeau