Tribune 14/11/2008 à 14h52

G20 : les pays pauvres, à nouveau les dindons de la farce ?

Jean Merckaert | CCFD-Terre solidaire / dette2000.org


Les ministres des Finances et banquiers centraux du G20 à Sao Paulo le 8 novembre (Marcos Issa/Argosfoto/Reuters)

Depuis trente ans, les pays pauvres subissent de plein fouet les conséquences d'une course effrénée au profit qui a fait perdre la tête à la finance mondiale. A l'heure où le G20 convie les pays émergents, les plus pauvres ne sont même pas invités à discuter de la refonte du système financier international.

La chronique du drame est éclairante

  • Acte 1. l'endettement. Dans les années 70, à la recherche de débouchés pour leurs liquidités, les banquiers occidentaux endettent massivement les pays du Sud à des taux (flottants) défiant toute concurrence. Les Etats leur emboîtent le pas, en faisant crédit à des dictatures féroces comme aux Philippines, au Congo (ex-Zaïre) ou en Argentine, en échange de leur allégeance au bloc de l'Ouest.
  • Acte 2. La crise de la dette. En cause, au-delà des motifs géopolitiques : la remontée en flèche des taux d'intérêt, suite à une décision du Trésor américain et la dégringolade des revenus d'exportation avec la chute des prix agricoles.
  • Acte 3. L'ajustement structurel. A partir des années 80, les grands argentiers du G7 exigent des pays pauvres qu'ils sacrifient les dépenses de santé, d'éducation ou d'emploi pour rembourser la dette. Le FMI, désœuvré après la sortie du système de change fixe, est chargé d'imposer privatisations bradées, libéralisations commerciale et financière et retrait de l'Etat.

    Pour le plus grand profit des investisseurs étrangers. L'ouverture des marchés met en péril les cultures vivrières, source de revenus n°1 de la population rurale, et tue dans l'œuf les industries naissantes. Une minorité s'accapare les rentes minière et pétrolière. Les bénéfices colossaux réalisés au Sud fuient offshore.

Une réforme nécessaire depuis longtemps

Au total, les pays en développement consacrent encore chaque année 456 milliards de dollars à rembourser leur dette. La fraude fiscale leur coûte 300 à 500 milliards de dollars par an. En face, les quelque 100 milliards de dollars annuels d'aide au développement et les maigres allègements de dette consentis depuis dix ans (88 milliards de dollars) font office de caution à cette ponction massive des richesses du Sud.

Mille fois, nous avons demandé au G8 que la finance mondiale soit mieux régulée et mieux partagée. Mille fois, nous nous sommes heurtés à un mur. Voilà que la folie de la finance mondialisée menace nos bourses et nos emplois, et nos gouvernements s'empressent de convoquer, à huis clos, les vingt pays les plus puissants au chevet du capitalisme pour le préserver sans le remettre en question.

Bien sûr, tous les pays du Sud ne sont pas logés à la même enseigne. La Chine et l'Inde, qui ont su tirer profit de la mondialisation, sont devenues incontournables. La participation de l'Indonésie, le Brésil ou l'Afrique du Sud, victimes notables de la fuite des capitaux et qui portent encore les stigmates d'une dette largement illégitime, peut constituer un élément nouveau.

Mais les pays les plus pauvres, « ceux qui souffriront le plus de la crise [et] qui en sont les moins responsables », selon le mot du Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, attendront.

FMI : quand l'Europe récompense le fautif

Comme nous, l'objectif affiché de l'Union européenne, pour ce sommet qui s'ouvre à Washington, doit les laisser pantois. Comment l'UE peut-elle en effet vouloir confier, sans contrepartie, le rôle de gendarme financier de la planète à une institution, le FMI, qui a laissé exsangues les pays endettés, et oublié sa mission première, la stabilité financière internationale ?

Bien que basé dans la capitale des Etats-Unis, le FMI s'est avéré incapable d'anticiper la crise des subprimes -ni la faillite islandaise. Laissant prospérer des zones de non-droit, les paradis fiscaux, et mondialisant cette finance dérégulée, il a créé les conditions d'une crise globale. Ce n'est pas sa gestion calamiteuse des crises en Argentine, en Russie ni dans le Sud-est asiatique, au tournant du siècle, qui redorera son blason.

Le FMI est malade. Malade du dogme néolibéral auquel ont été formés 99% de ses économistes. Malade de la suspicion que suscite son pedigree dans la plupart des pays du Sud. Malade aussi de la mainmise en son sein des pays du G8, que le FMI a renoncé à contrôler, en particulier les Etats-Unis qui disposent d'un droit de veto à son conseil d'administration.

Direction Doha

Aussi louable soit-elle, l'ambition européenne d'une reprise en main multilatérale de la finance mondiale restera vaine si le chantier est confié à une telle institution. A moins d'un traitement de choc. La crise actuelle ne trouvera d'issue durable que si la nouvelle régulation internationale est à la fois plus efficace, au service d'une répartition plus juste des richesses, et plus légitime, en associant étroitement les pays pauvres.

Bien plus que le G20, le sommet des Nations unies sur le financement du développement, qui se tient à Doha (Qatar) à la fin du mois, est l'occasion rêvée d'entreprendre ce chantier exigeant.

Photo : Les ministres des Finances et banquiers centraux du G20 à Sao Paulo le 8 novembre (Marcos Issa/Argosfoto/Reuters) »

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  • YoshiL7
    • Posté à 15h16 le 14/11/2008

    Quand on voit que ces mêmes pays dits les plus riches ou je ne sais quoi ne font pas participer les plus pauvres, les plus exclus, les plus tout ce que l'on veut aux décisions même de leurs propres pays, de leurs propres politiques, ils ne vont quant même pas inviter les pays les plus pauvres à participer à leur petite sauterie pour décider d'un nouveau monde... Par contre, ils doivent bien avoir lancé des invitations aux plus grand décideurs, aux plus grandes fortunes du monde pour réfléchir avec eux...

    • nada
      nada répond à YoshiL7
      • Posté à 18h52 le 15/11/2008

      Ces gens là ne savent rien de la misrère et du ventre creux ! ces gens là décident. Sur la table des négociations, un monceau de nourriture, des litres d'eau, et des esclaves peu rémunérés pour les servir ! Chouette, c'est le 5ème monde !

  • zphilou
    • Posté à 15h33 le 14/11/2008

    « G20 : les pays pauvres, à nouveau les dindons de la farce ? »....

    1) Bien entendu, étant donné que pour les pays nantis, c'est adneiquement codé en dur.......... ! ! ! !

    2) Tant que la gouvernance mondiale ne se partagera qu'entre Etats-Uniens ou Européens (FMI, OMC,...etc)....quelle place pour les pays en voie de développement dont les cours du cacao, café, hévéa,etc ne se décident qu'au sein des places financières occidentales.. ? ?

    3) Tant que les grandes nations s'évertueront dans des contrats « bilatéraux » avec les « rois nègres » de service en leur garantissant la paupière lourde sur la corruption ambiante, le népotisme et leur faciliteront « quelques liquidités » pour eux et leurs proches.. ? ? ?

    4) Toutefois, il est intéressant , économiquement parlant, d'observer le fronçage de sourcil de la Chine et de l'Inde, pays émergents s'il en est, à propos des préambules des uns (USA) et des autres (Le Super-Sarko planétaire) à l'aube du G20.... ! ! !

    5) De toutes façons, il est clair que les jeux sont faits, qu'il y aura de belles photos, que les attermoiements diplomatiques seront de mise, et que ce ènième sommet ne débouchera que sur d'autres sommets à venir..... ! ! !

    6) Et dans le même temps, les 2/3 des aides financières de pays sahéliens tels le Sénégal ou le Niger ne parviendront que de leurs ressortissants émigrés finançant des projets « au pays » grâce à leur sens de l'effort national........ ! ! ! !

    7) B. Hortefeux mettra toute sa puissance de feu au service des charters plutôt que la partie « Co-développement » de son ministère..

    8) Rama Yade...continuera de surfer les plateaux médias pour fourguer son bouquin en attendant de se candider aux prochaines européennes.... ! ! !

    9)...etc...etc.....

    Salutations.....dubitatives.... ! ! !

    • Les Chats
      Les Chats répond à zphilou
      • Posté à 08h07 le 15/11/2008

      Le G20 ou comment ne pas aller trop loin.

      on y parlera des paradis fiscaux. Obama qui est contre n'y sera pas, c'est donc déjà biaisé comme le dit Eva Joly

      Eva Joly invitée ce matin 15 novembre sur France-Inter, .... un délice à écouter et réécouter
      Le sept neuf par Stéphane Paoli et Sandra Freeman
      le samedi de 7h à 9h
      samedi 15 novembre 2008
      Eva Joly, retraitée de la magistrature française.

      Nommée en 1990 juge d'instruction au pôle financier au Palais de Justice de Paris, elle instruit des affaires connues, comme celle de Bernard Tapie, puis hérite du dossier Bidermann, qui conduit via Elf-Gabon à l'affaire Elf, qu'elle instruit avec Laurence Vichnievsky.

      Elle est aujourd'hui conseillère spéciale du gouvernement Norvégien, et se bat, par des enquêtes menées avec la Banque Mondiale, contre la corruption internationale.

      Lien

      Le courage de cette femme devrait être salué chaque année.

      * Rue89, « Prévisualiser » ne marche toujours pas sur Eco89

      • zphilou
        zphilou répond à Les Chats
        • Posté à 10h24 le 15/11/2008

        +1)...Ai écouté la même ce matin...

        Eva Joly.. ? ? ? Une femme remarquable.... ! ! ! !

        Précise dans ses propos émaillés d'exemples contemporains (excellente analyse sur l'incidence des paradis fiscaux sur les pays pauvres (cf Congo par ex.) qui ne voient jamais la juste couleur des milliards de $ de leurs richesses pillées......etc....

        A podcaster et à garder sous le coude.

        Cordiales Salutations.....

  • robindesfoix
    • Posté à 15h51 le 14/11/2008

    houais,ben le Français n a pas ce problème vu qu'il sait aujourd'hui qu'il est soit le dindon ,ou la farce ou peut être les deux ,n'est ce pas mon capitaine ! ! ! !
    ce noël pas de dinde a table ,on va quand même pas se bouffer entre nous,non ?

    • pablico
      pablico répond à robindesfoix
      Sudoku et Nord de face
      • Posté à 17h43 le 14/11/2008
      • Internaute
        Sudoku et Nord de face

      de toute façon, dans notre histoire humaine, c'est toujours les pauvres, les plus faibles qui ont été, sont et seront les dindons de la farce..
      Cela n'a jamais changé, et malheureusement, tout porte à croire que cela n'est pas prêt de changer........

  • Humain
    • Posté à 17h29 le 14/11/2008
    • Internaute

    Titre ?
    « G20 : les pays pauvres, à nouveau les dindons de la farce ? »….

    Je propose :
    « Les pays pauvres, de nouveau les dindons de la farce »….

    Au G20 assisteront Barroso, réprésentant l'union Européenne, et Sarkozy pour représenter le conseil de l'Union ! !
    (Propos de Barroso du 14 novembre)

    En les fait on représente donc « l'Union Européenne », mais pas l'Europe de Maastrich trop petite.

    Pourquoi, parce que dans les faits l'Europe est dirigée par deux entités, l'une sous l'égide de la commission Européenne, et l'autre, hors zone Euro par l'Angleterre.
    Le FMI est représenté par Strauss Kahn, (aux ordres ! )

    Quand aux autres pays, qui en parle ?

    Le rôle de ce G20 est-il de tenter de contrer la sauvagerie spéculative et l'anarchie commerciale qui règne dans le monde.

    Et dans trois mois on se revoit avec Strauss Kahn notre patron du FMI qui a laissé une belle pagaille dans les banlieues dont il était l'élu de gauche.
    Il aura en face de lui Obama, jeune sénateur devenu Président, dont les industries de la région dont il était l'elu sont en train de se dissoudre !

    Disons que DSK et Obama sont donc fait pour s'entendre... Avec les Anglais et Barroso ?
    Peut - être... Mais qui payera ?

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h23 le 14/11/2008
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Je voudrais pas dire, mais sur la photo, les fringues roses au milieu des costards sombres, ça flashe. Et qui se fait remarquer ? : D

    Et sinon, bin ouais, comme d'hab, rien ne change.
    Le pire, c'est qu'on pourrait inverser la situation entre les riches et les pauvres, cela ne changerait rien, sauf que je serais peut être un immigré français au Congo qui fuient la guerre civile entre nord et sud de la Loire : D

    • Humain
      Humain répond à Keldan
      • Posté à 15h20 le 15/11/2008
      • Internaute

      Angéla est bien seule parli ces complets vestons !

  • Les Chats
    • Posté à 17h51 le 14/11/2008

    Renaud Van Ruymbeke et Bernard Bertossa dénoncent « l'hypocrisie » de la France
    Renaud Van Ruymbeke : « On nage en pleine hypocrisie ! Il n'y a eu aucune volonté politique d'éradiquer sérieusement les paradis fiscaux »
    Lien

  • compte supprimé17
    • Posté à 23h01 le 14/11/2008

    Combien de femmes sur la photo ?
    Hors sujet je sais donc je sors .................

    • Les Chats
      • Posté à 08h13 le 15/11/2008

      Non ce n'est pas hors sujet Keo et vous avez raison.
      Le manque de femmes au G20 est révélateur des sociétés, la politique c'est l'affaire des hommes, c'est leur terrain de jeux et l'entretien assuré de leurs intérêts financiers et de pouvoir.

  • YoshiL7
    • Posté à 13h08 le 15/11/2008

    Et si les vrais dindons de la farce n'étaient pas seulement les pays pauvres non inviter à discuter de tout cela, mais également et simplement nous tous à l'avenir ?

  • dommarco
    • Posté à 13h19 le 15/11/2008

    j'espèren que ces salauds de pauvres ne vont pas avoir l'idée saugrenue d'immiger pour manger nos restes et qu'ils resteront diges dans leur misère, même s'il nont rien a voir dans l'origine de la crise.

  • dommarco
    • Posté à 13h21 le 15/11/2008

    de toute manière une dinde farcie ça se mange non !

  • Humain
    • Posté à 15h24 le 15/11/2008
    • Internaute

    Les pôvres ne sont pas invités à cause de la crise des subprimes.

    Les pauvres ont montré pendant cette crise qu'ils ne sont pas capables de payer quand on le leur demande ! !

    Le problème des pauvres, est qu'ils n'ont pas d'argent !

    Le G20 va surement résoudre cela !

    Par exemple en taxant les pauvres !

  • Humain
    • Posté à 16h16 le 15/11/2008
    • Internaute

    Dans la liste suivante : un jeu ! Chercher les pays d'Afrique !

    (A part l'Afrique du sud, bien sur)

    Réunion du G20 à Washington :

    -USA (G.W. Bush) :
    -M Barroso réprésentant de l'Union Européenne,
    - Le Président du conseil de l'union l'Union européenne Nicolas Sarkozy (représentant également la France)
    -La chancelière allemande Angela Merkel,
    -Le premier ministre britannique Gordon Brown,
    -L'italien Silvio Berlusconi.

    L'Espagnol José Luis Zapatero
    Le premier ministre néerlandais (M Jan Peter Balkenende-absent)
    Ces deux derniers sont non membres du G20.

    Le président de la Banque mondiale Robert Zoellick,
    Strauss Kahn président du FMI,
    le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

    Russie (M Dmitri Medvedev),
    canada (Stephen Harper),
    japon (M Taro Aso)- membres du G8

    Afrique du Sud (M Kgalema Motlanthe),
    Arabie saoudite (Roi : Abdallah),
    Argentine (M Cristina Kirchner),
    Australie (M Kevin Rudd),
    Brésil (M Luiz Inacio Lula da Silva),
    Chine (M Hu Jintao),
    Corée du Sud (M Lee Myung-Bak),
    Inde (M Manmohan Singh),
    Indonésie (M Susilo Bambang Yudhoyono),
    Mexique (M Felipe Calderon),
    Turquie (M Tayyip Erdogan)...

    Vous avez dit Afrique ?
    Mais dans cette réunion un continent entier n'est pas présent !