Le prix Goncourt a été attribué à Atiq Rahimi, un Afghan, et la France entière va probablement s'esbaudir de cette non discrimination, de cette preuve qu'elle est capable d'intégrer, et de quelle façon, ceux qui y mettent du leur. D'autant plus que le Renaudot revient à un Noir.
Encore mieux que l'Amérique ! Mais il est une chose que personne ne paraît relever. La dernière fois que le prix Goncourt a été attribué à une femme c'était en 1998 (Paule Constant pour « Confidence pour confidence »), et, si j'ai bien compté, neuf femmes ont vu un de leur ouvrage récompensé… depuis 1903.
Le plus étonnant est que personne ne relève cette indifférence vis-à-vis de la littérature écrite par des femmes. Les écrivaines pâtissent du même plafond de verre que les cadres ou les femmes politiques. Difficile, très difficile pour elles d'accéder aux sommets.
Pour être remarquée, une femme doit se montrer vraiment exceptionnelle : il lui faut, par exemple, avoir sauvé la France ou être prix Nobel pour figurer dans les livres d'histoire.
Dans les manuels scolaires, Jeanne d'Arc, Marie Curie… et c'est tout
Le récent rapport élaboré par Michèle Reiser sur la place des femmes dans les médias note en effet que les jeunes filles n'ont quasiment pas de modèles féminins auxquels s'identifier. Les enseignants de primaires sont invités à présenter 23 personnages historiques, parmi lesquels seulement 2 femmes : Jeanne d'Arc et Marie Curie (les ministres passent, mais ces deux femmes sont toujours les seules mises en avant). Malheureusement pour les autres, les prix Nobel féminins sont rares, et il n'est plus si facile de se faire brûler en place publique.
Même invisibilité des femmes dans la presse quotidienne : lorsque Le Monde publie des portraits, ils concernent huit hommes plus ou moins connus (Paolo Conte, Gérard Collomb, Eric Woerth, Hans Dichand, Declan Ganley, Ed Harris) et une femme qui, elle, est déjà une célébrité : Eva Joly. (J'ai pris dix numéros, du 23 octobre au 1er novembre, mais qu'on ne m'accuse pas de partialité, j'ai fait la même étude sur tout le mois de novembre, et le résultat est le même.)
Que doivent donc faire les écrivaines pour être considérées et reconnues ? Le processus de sélection est vraisemblablement le même que dans les autres domaines. Il commence au départ avec la lecture des manuscrits, et se poursuit ensuite avec le choix des critiques littéraires. Essentiel, bien sûr, le positionnement des maisons d'édition, qui mettent en avant tel ou tel de leur poulain.
« Un livre qui défend la cause féminine » écrit par un homme
Le fait par ailleurs que ce livre (sur lequel je n'ai aucun avis, puisque je ne l'ai pas lu) soit écrit du point de vue d'une femme devrait interroger. Aucune femme n'écrirait donc avec talent sur ce qu'elle vit ? En réalité les jurées en ont semblé émerveillées.
François Chandernagor a avoué avoir cru dans un premier temps, que c'était l'œuvre d'une femme, avant d'être « sidérée en septembre en apprenant que le livre avait été écrit par un homme », et Edmonde Charles-Roux s'est déclarée particulièrement touchée par ce soliloque d'une Afghane désemparée : « C'est un livre qui défend la cause féminine. »
Si les Goncourt s'intéressent à la cause des femmes, plutôt que de se donner bonne conscience en allant chercher ailleurs des justifications, qu'ils fassent ce qui est en leur pouvoir : récompenser des écrivaines pendant les dix prochaines années.
J'entends déjà le tollé ! Ce serait pourtant équitable.
► Le plafond de verre, le blog d'Olympe

























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De Numerosix 14499
Prisonnier dans le village global | 15H35 | 12/11/2008 |
Et le jury féminin du prix Fémina qui a encore donné son prix à des hommes poilus ! Ha , les traitresses !
A se taper la tete contre le plafond de verre , tiens !
De guerzit
Incomprenant majeur | 15H57 | 12/11/2008 |
On s'en tape du Goncourt cependant, et qu'il soit refilé à un homme, une femme ou un hippopotame, peu me chaut.
Ce qui me surprend vraiment et ne cesse de m'attérer c'est de voir que les médias ne mettent en avant que des féministes archaiques quand il s'agit de parler de l'égalité homme-femme, et des propos mille fois lu et relu, à la virgule prêt. J'ai l'impression à chaque fois de lire le témoignage d'une petite fille qui aimerait voir ce que ca fait d'avoir un zizi.
De Maybeelle
inside | 16H46 | 12/11/2008 |
» Peut-être aussi faut-il considérer que la conception d'un livre est pour l'homme une forme de conception et d'enfantement de substitution dont le besoin se ferait évidemment moins ressentir chez celle qui peut être mère… »
HA non Alain Provist, ne nous sortez pas cet essentialisme stupide qui voudrait qu'une femme se sent exister et réalise sa vie quand elle est mère, cad qu'elle est conditionnée par sa biologie et que donc les hommes se couleraient sur ce modèle là.
Trop facile.Si c'était vraiment le cas, que les hommes se coulent sur un modèle de femmes par jalousie créatrice, ça se saurait.
Quand on est discriminé-e (les blacks des US vous le diront mieux que moi) on est censé-e faire œuvre, si d'aventure on en acquiert la possibilité, du côté de sa minorité : les écrivains blacks disent bien qu'actuellement encore s'ils tentent d'écrire sur tout (cad sur autre chose que sur ou à partir de, leur condition d'homme noir) ils ne sont ni lus ni reconnu.
De même pour les femmes : elles en sont encore à l'auto censure, sans doute,cad à écrire sur et à partir de ce qui les « fait » femmes (culturellement parlant, s'entend), et la grille de lecture des jurys ou des maisons d'édition en reste à ce postulat (qui atteint hommes et femmes, puisque c'est tout un système social, et qui doit être remis en cause) que le masculin est universel et le féminin spécifique.