Monsieur le ministre,
Votre récente équipée à Vichy est édifiante à plus d'un titre. Elle nous renvoie à une histoire que de trop nombreux Français s'efforcent d'oublier, voire de nier.
En réunissant à Vichy les 27 ministres de l'Intégration de l'Union européenne, le 3 novembre, vous n'avez fait que raviver les plaies d'un passé douloureux –en fait, celui de la France de Vichy, dite Etat français. Lequel s'est avéré violemment xénophobe et raciste. Alors, monsieur le ministre, la meilleure façon d'éradiquer ce passé, c'est de ne pas l'oublier. Pourtant, vous n'avez pas craint de déclarer récemment :
« On n'en peut plus de cette histoire du passé. On ne peut pas condamner une ville parce qu'il y a 60 ans il y a eu Pétain. Maintenant, ça suffit ! »
Revenons pourtant à ce passé qui ne passe pas. Dès l'obtention des pleins pouvoirs par un vote très majoritaire des deux Chambres, réunies en congrès le 10 juillet 1940 à Vichy, Philippe Pétain et ses ministres allaient s'efforcer de transformer la France, jadis terre d'asile, en un pays infréquentable, au nom d'une pseudo-identité nationale.
Dès le 15 juillet, c'est une loi relative à la procédure de déchéance de la qualité de Français. Le 17 juillet, les citoyens français nés de père étranger n'ont désormais plus le droit d'exercer un emploi dans l'administration. Le 22 juillet, c'est une loi portant sur la révision des naturalisations qui est promulguée. Il y a tout juste un mois que l'Armistice avec l'Allemagne nazie a été signé.
Le 27 juillet, c'est la création d'une Commission chargée de réviser les naturalisations effectuées après le 10 août 1927. Le 27 août 1940, la loi Marchandeau du 21 avril 1939 réprimant la diffamation raciale est abrogée. Le 27 septembre, une loi relative à la « situation des étrangers en surnombre dans l'économie française » est promulguée.
Rapidement, dès lors, en zone non occupée, plus de 40 000 travailleurs étrangers sont regroupés dans des camps de travail forcé, sous la surveillance des gendarmes.
Le 3 octobre, c'est la promulgation de la première loi de Vichy portant statut des Juifs de France, suivie, le 4 octobre, d'une loi complémentaire sur les ressortissants étrangers de « race juive ». Le 7 octobre, le gouvernement de Vichy abroge le décret Crémieux du 24 octobre 1870, qui attribuait la nationalité française aux juifs d'Algérie, lesquels sont désormais réduits au statut de l'indigénat. Ce premier trimestre d'activité du pouvoir installé à Vichy était bien rempli ! Le pire était à venir…
Monsieur Hortefeux, vous n'avez pas assez de mots pour protéger les habitants de Vichy du passé pétainiste de leur ville. En revanche, on ne vous a pas vraiment entendu réprouver le rôle des forces de l'ordre françaises dans la chasse aux communistes et aux gaullistes, de l'été 1940 à l'été 1944. Tout comme vous êtes resté silencieux sur la contribution active de cette police aux rafles qui voyaient les juifs comme victimes (et parmi eux 11 000 enfants, dont j'étais), faisant de la France de Vichy une complice active de l'Allemagne nazie.
Monsieur le ministre, vous permettrez à un fils d'immigré arrivé clandestinement en France en 1923 de vous faire ces quelques rappels à une Histoire que nul ne doit oublier, au risque de la revivre…




















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De Weatherboy
Comédien dans un système oligarchiq... | 15H03 | 11/11/2008 |
Merci pour le très intéressant rappel historique
« En revanche, on ne vous a pas vraiment entendu réprouver le rôle des forces de l'ordre françaises dans la chasse aux communistes et aux gaullistes, de l'été 1940 à l'été 1944. »
Ceci dit qu'on se rassure, ses petits amis travaillent également au fait que personne ne puisse plus le faire non plus :
« Archives : Vichy et la guerre d'Algérie bientôt inaccessibles ? »
Par Chloé Leprince | Rue89 | 17/04/2008 | 17H47
« Le texte sorti du Sénat il y a trois mois durcit l'accès aux archives nationales, notamment aux dossiers de l'administration et de la police. »
(Suite ici)
(PS : et c'est vrai que quand on lit quelques petits choses comme celle-ci (lien) ou celle- la(lien), il y a de quoi)
Une politique qui a au moins le mérite de la cohérence sur tous les Fronts…
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 15H16 | 11/11/2008 |
Et je ne résiste jamais au souhait de faire connaître ce texte à ceux qui ne l'aurait pas lu ou vu :
Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du C.N.R. de 1944
Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.
Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l'actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d'accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s'éteigne jamais :
Nous appelons d'abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l'anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques » , droit à la culture et à l'éducation pour tous, presse délivrée de l'argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc.
Comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l'intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c'est résister. Résister, c'est créer ».
Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey
De JJ Reboux outrageur de poulets
15H52 | 11/11/2008 |
Une suggestion à notre « gardien de l'Identité nationale » :
Si vraiment les habitants de Vichy en ont assez (ce qu'on peut comprendre) d'entendre le nom de leur ville associé au régime de Vichy, il existe une solution, pratique, symbolique, d'une portée citoyenne évidente, et qui redorerait à jamais le blason de la cité : CHANGER LE NOM de leur ville.
C'est tout à fait possible en France.
Les Côtes du Nord l'ont fait en devenant Côtes d'Armor, La Chapelle-Moche, dans l'Orne, en devenant La Chapelle d'Andaine.
De mick69
16H36 | 11/11/2008 |
<< - Vichy : récit de la violente évacuation du camping par la police
Le camping organisé à Vichy par le forum organisateur de la manif » a fait l'objet d'une évacuation violente durant la nuit du 3 novembre, après 1 h du matin. Au menu : saccage par la police des tentes et des affaires, tabassage et terrorisation de leurs occupants……>>
http://rebellyon.info/article5614.html
De skalpa
actif et militant ? | 17H34 | 11/11/2008 |
http://kprodukt.blogspot.com