Entretien

José Kagabo : Péan, un procès pour l'honneur de la France

José Kagabo est historien à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales. Spécialiste des rapports entre la France et le Rwanda, il décrypte pour Rue89 l'implicite enjeu politique qui s'est joué lors du procès de Pierre Péan.

Souâd Behaddad : Quel est l'enjeu de ce procès ?

José Kagabo : « Il y a, selon moi, un enjeu intellectuel et un enjeu politique dans ce procès mais qui, sous-jacent, n'apparaissent donc pas dans les attendus, qu'il agisse de la partie civile (SOS Racisme et Ibuka) ou de la défense (Pierre Péan). Il s'agit du rapport de la France à l'histoire du génocide au Rwanda.

Du point de vue intellectuel, Péan s'inscrit clairement dans un registre révisionniste. Il nous dit, en résumé : “Voilà, vous n'avez rien compris à ce qui s'est passé, tout ce qu'on vous a raconté, ce ne sont que des mensonges et moi Péan, du haut de ma réputation et, en plus, avec des témoignages de Rwandais, je viens vous démontrer que toute l'histoire est à revoir.”

Du point de vue politique, l'aspect indicible de ce procès est celui de l'avenir d'une certaine conception française des rapports à l'Afrique. Je ne sais si c'est délibéré ou inconscient mais en inversant l'histoire du génocide des Tutsi au Rwanda et donc du rôle de la France, il s'agit évidemment de relooker ce qu'on appelle pompeusement “l'honneur du rayonnement de la France”.

Or, à terme, le débat public sur le Rwanda sera une invite à ce que cette histoire ne soit tout simplement pas réécrite en France comme certains ténors de la pensée France-Afrique le voudraient. Selon moi, cet enjeu est essentiel.

Quinze ans après le génocide des Tutsi, avez-vous imaginé possible qu'un tel procès puisse se tenir ?

A dire vrai, non. Car ce procès est aussi une manière en France de parler du génocide au Rwanda et un tel sujet dans un prétoire français, ce n'est pas banal ! … Je pense que Pierre Péan n'a pas mesuré une telle possibilité en écrivant ce livre.

Ce qui est très intéressant -parce que significatif-, c'est l'alignement des témoins appelés à la barre par Péan dont certains sont les acteurs de cette politique française impliquée dans le génocide (ndrl. Hubert Védrine, ex-secrétaire général de l'Elysée sous Mitterrand et Bernard Debré, ex-ministre (RPR) de la Coopération en 1994). On voit bien qu'il y a là une cohésion qui ne se dit pas comme telle bien entendu mais dont la configuration est assez claire.

C'est-à-dire ?

Il y a une question intéressante à poser, mais sans doute dans un autre lieu que celui d'un tribunal : celle de savoir comment Pierre Péan a pu accéder aux archives qu'il déploie à la défense de l'action de la France au Rwanda. Ce sont des archives personnelles de François Mitterrand. Or sachant que Hubert Védrine est le gardien du temple de l'institut François Mitterrand, a-t-il joué un rôle ou pas ? Cela interroge aussi, du point de vue intellectuel, sur l'usage des archives, de façon générale puisque que le même fonds d'archives recèle de documents qui vont à l'encontre de la thèse de Péan.

Avez-vous le sentiment que les Français se sont sensibilisés à la question du génocide au Rwanda, au fil du temps ?

Absolument. Je pense qu'il y a un décalage, énorme, très évident entre la société civile française qui s'intéresse aux affaires africaines et à l'histoire des responsabilités française dans le génocide au Rwanda et les représentants de l'Etat français. Encore qu'il faille nuancer quand on parle de représentants de l'Etat : il y a, c'est sûr, une aile soudée autour de la mémoire de François Mitterrand, et qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour écarter ce qui relèverait d'une responsabilité française, contre toute évidence.

Mais il faut aussi rappeler le grand décalage entre la position de Mitterand et de Alain Juppé et celle de Edouard Balladur et de son ministre de la défense de l » époque François Léotard. A propos de l'opération Turquoise, très clairement, Edouard Balladur s'opposait à ce qui s'apparentait, selon lui, à du néocolonialisme…

Lire aussi : Procès Péan : il n'est pas raciste de trouver les Tutsi menteurs

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De Compte supprimé 15

"LA RUE EST A VOUS"... | 07H34 | 10/11/2008 | Permalien

A toi l'honneur, TRebout, envoie-nous encore une de tes « incidentes » de derrière les fagots !

Portrait de Compte supprimé 15

à Compte supprimé 15 Portrait de Compte supprimé 15 De Compte supprimé 15

"LA RUE EST A VOUS"... | 08H22 | 10/11/2008 | Permalien

La dernière incidente de TRebout :

« L'accusation de dissimulation est, par sa nature même, irréfutable, puisque la réfuter peut très facilement être interprété comme l'une des manifestations de cette culture de la dissimulation. C'est très précisément sur ce type de mécanisme que repose la cohérence inaltérable d'un mensonge aussi stupide que Les Protocoles des Sages de Sion ou les fables sur le 11 septembre 2001. Cette accusation est une arme absolue, quand bien même elle ne repose sur rien : c'est le sens du témoignage d'Esther Mujawayo. »

thierry reboud 17H34 08/11/2008 dans « Procès Péan : il n'est pas raciste de trouver les Tutsi menteurs » Par Souâd Belhaddad | Journaliste | 08/11/2008 | 14H30

Portrait de homemade

à Compte supprimé 15 Portrait de Compte supprimé 15 De homemade

13H19 | 10/11/2008 | Permalien

Voyons les choses de manière positive : on commence à parler des responsabilités de l'état français au Rwanda, alors on pourra un jour parler dans la presse française « sérieuse », des responsabilités de l'administration Bush dans le 11 sept, sans que ce soit une « incidente ».

Portrait de adaunis

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Nul part....si adelyne me plaque...... | 15H41 | 10/11/2008 | Permalien

Vous, vous avez un problème avec Thierry Rebout, au point de « massacrer » son nom !

Votre « incidente » à vous, puisque vous voulez jouer avec la « sémantique », « machin 57(j'en déduis “mosellan”) », est de déduire qu'une proposition incluse dans une phrase de Thierry, aurait servie à glisser une pensée ou une définition « accessoire », selon vous !

Même si cela était, pourquoi, s'en prendre à l'esprit de répartie de Thierry.
Ayez le courage de le contacter par la « Rue », pour échanger, ou de faire du commentaire constructif, en ligne.
Point barre, pour ma part, comme « Brossard » !

Portrait de déluge

à Compte supprimé 15 Portrait de Compte supprimé 15 De déluge

menuisier | 14H22 | 10/11/2008 | Permalien

Ca vire à l'obsession dites moi.
Calmez vous mon vieux.

Je vais pas me lancer dans le signalement tout de suite, mais seriez pas un peu hors sujet, des fois, Accident 57889 ?

Portrait de Tinhinane

De Tinhinane

Médiatrice scientifique | 01H41 | 10/11/2008 | Permalien

Vous soulevez, entre autres questions de fond celle des archives et ce qu'en font certains gouvernants. La France, ses ténors politiques et ses intellectuels ne sont certes pas un bloc monolithique, mais nombreux sont ceux dont les générations futures françaises et africaines ne salueront pas la mémoire.

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 01H54 | 10/11/2008 | Permalien

Il est paradoxal qu'on nous parle de « registre révisionniste » alors qu'il y a absence de canon établi de « toute l'histoire » de ces horreurs pourtant factuelles. Un canon suppose un travail historiographique impartial. Or on est en présence d'un régime à Kigali qui veut entreprendre l'entière narration d'un épisode historique dans lequel son rôle n'est pas entièrement éclairci — je parle ici de l'acte déclencheur du génocide qui n'a pas encore trouvé de réponse satisfaisante à la question fondamentale suivante : « Qui a abattu l'avion d'Habyarimana ? ». Tant qu'on n'aura pas répondu clairement à cette question, cela reviendrait à parler des horreurs d'Auschwitz sans remonter aux directives d'Hitler et de son entourage sur la « solution de la question juive »… Qu'on mesure donc toute l'ampleur de l'impasse actuelle ! … Il y une autre impasse en aval : les horreurs du « contre-génocide » de plus d'un million de Hutu par les forces armées tutsi-rwandaises en République Démocratique du Congo dans la Province Orientale et dans la Province de l'Equateur. Ces horreurs sont elles-aussi factuelles. Et tant que le régime de Kigali ne jugera pas utile de mettre sur pied une commission d'enquête sur ce « contre-génocide », son outrage aux thèses des gens comme Pierre Péan continuera à être pris « cum grano salis » !

Portrait de Baurelyre

à Alex Engwete Portrait de Alex Engwete De Baurelyre

15H24 | 10/11/2008 | Permalien

« Il y une autre impasse en aval : les horreurs du “ contre-génocide ” de plus d'un million de Hutu par les forces armées tutsi-rwandaises en République Démocratique du Congo… »

En effet.

Et pour guider l'opinion publique vers l'impasse, il se trouve même un professeur d'agit-prop à l'EHESS, docile porte-voix de Kagamé dans l'Université française. Une benoite contribution de plus à l'opération de détournement de l'attention diligentée par Kigali, pour faciliter la tâche aux bouchers de Nkunda.

B.

Portrait de dianne0

à Baurelyre Portrait de Baurelyre De dianne0

rien | 15H56 | 10/11/2008 | Permalien

Ne parlons pas de l'opération de détournement qui consiste à éloigner les commentaires du sujet initial : le procès des écrits d'un journaliste qui a trouvé sa matière aux meilleures sources. Je te tiens, tu me tiens… etc…

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 02H30 | 10/11/2008 | Permalien

L'arrestation ce dimanche en Allemagne de Mme Rose Kabuye, chef de protocole de Kagame, sur un mandat du juge Jean-Louis Bruguière est sans doute l'ouverture du premier chapitre du grand livre sur la réponse à la question de savoir qui avait abattu ou fait abattre l'avion d'Habyarimana.
(http://www.france24.com/fr/20081109-chef-protocole-president-kagame-arre…)

Portrait de dianne0

à Alex Engwete Portrait de Alex Engwete De dianne0

rien | 15H58 | 10/11/2008 | Permalien

Ce qui n'a strictement rien à voir avec la plainte contre le bouquin de Péan. Mais qui permet d'occuper l'espace de commentaires en faisant de la fumée.

Portrait de Baurelyre

à dianne0 Portrait de dianne0 De Baurelyre

00H30 | 11/11/2008 | Permalien

Pourrait-on être plus au cœur du sujet du livre de Péan qu'en éclaircissant les conditions de la mort d'Habyarimana et la figure de ses commanditaires ?

Mais la fumée dont vous affectez de vous plaindre ne risque pas de vous piquer les yeux, vous y avez trop d'écailles.

B.

Portrait de leconcombrevert

à Baurelyre Portrait de Baurelyre De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 12H53 | 11/11/2008 | Permalien

Mais si Péan est en possession de preuves concrètes, je dis bien concrètes, qu'il les montre.

Or, si il en avait, il n'aurait certainement pas jugé utile de batir son argumentaire sur une demonstration aussi hazardeuse que celle de la prétendue preuve de la mentalité « fourbe » des Tutsi.

Et de toute façon, vous n'allez pas nous faire avaller que le génocide dont ont été victimes les Tutsi au Rwanda ait été commandité et perpetré par les Tutsi. Alors ?

Portrait de compte supprimé 22

à leconcombrevert Portrait de leconcombrevert De compte supprimé 22

Lecteur écriveur | 20H08 | 11/11/2008 | Permalien

« perpetré par les Tutsi.

LES Tustsi, non. Mais par les Tutsi du clan Kagamé, c'est là-dessus que Bruguière et pas que lui travaillent.

Portrait de Victor NGIRABATWARE

à leconcombrevert Portrait de leconcombrevert De Victor NGIRABATWARE

12H16 | 12/11/2008 | Permalien

Lisez le livre de Péan, les preuves concrétes y sont !

Et c'est bien pour cela qu'on attaque quatre pages de cet ouvrage pour faire oublier les 500 autres !

Le tribunal ne s'y est pas trompé et n'a pas permis cette opération de camouflage !

Portrait de dianne0

à princesse dauphin Portrait de princesse dauphin De dianne0

rien | 15H51 | 10/11/2008 | Permalien

On comprend mieux en visionnant ce document à quel point ils se tiennent tous par les c…cravates. Pauvre SOS racisme, pauvres étudiants touchés au coeur par le devoir de fraternité. Pauvre justice. Pauvre France. Et pauvres crétins qui tombent dans le panneau en récitant leur bréviaire confraternel.

Portrait de princesse dauphin

De princesse dauphin

punk | 11H48 | 10/11/2008 | Permalien

Entre criminels de guerre et génocidaires choisissez votre camp !
Les USA soutiennent les criminels de guerre, la France soutient les génocidaires (en France on a pas de pétrole mais on sait se distinguer au dessus de la mêlée).
Les africains périssent quoiqu'il arrive, l'occident fait des affaires, vend des armes et empoche les minerais. Youpi elle est pas belle la vie ! On est vraiment trop fort nous les amérifrançais. Surtout ne reprochons pas à nos gouvernements respectifs leur superbe politique. Restons patriotique. Chacun pour soi et on partage le butin. « on » enfin je veux dire les multinationnales et leurs quelques gros actionnaires car nous nous sommes les dindons de la farce.

Portrait de dianne0

De dianne0

rien | 15H33 | 10/11/2008 | Permalien

Après deux kilomètres de trollitude, ils sont aux taquets les bougres.

« José Kagabo..décrypte pour Rue89 l'implicite enjeu politique qui s'est joué lors du procès de Pierre Péan. »

Un peu d'espoir apporté par ce propos face à un océan de fourberie. Le choeur touchant des divers organes de presse qui relatent les conclusions du procès en les assortissant de titres triomphateurs (« La Liberté vs/ le Côté obscur de la Force », beau sujet pour un dessus de cheminée en bronze) finissait par faire douter qu'il reste encore un esprit libre en France.

On peut traîner impunément SOS-racisme et ses représentants dans la boue, rendez-vous dans dix ans. Quand l'histoire aura enfin pu faire son petit travail obstiné de ratiboisage des impostures.

« On voit bien qu'il y a là une cohésion qui ne se dit pas comme telle bien entendu mais dont la configuration est assez claire. “ dit José Kagabo.

Patience, patience. Tous ces gens ne sont pas immortels et on fera un jour le vrai procès des écrits du journaliste copain.

Portrait de jmagne

De jmagne

18H19 | 10/11/2008 | Permalien

La jurisprudence Péan (info # 011011/8)
Par Serge Farnel
Lundi 10 novembre [11 : 33 : 00 UTC]

© Metula News Agency

Pierre Péan, ainsi que son éditeur Claude Durand, ont été relaxés vendredi dernier par la 17ème chambre correctionnelle de Paris, devant laquelle ils étaient poursuivis par SOS Racisme pour diffamation raciale et provocation à la discrimination raciale. Cette plainte avait fait suite à la publication de l'ouvrage Noires fureurs, blancs menteurs. SOS Racisme a déclaré avoir fait appel de ce jugement, dont il est rendu-compte ci-après.

Le jugement aborde la référence que Pierre Péan fait, dans son ouvrage, aux écrits de Paul Dresse. Selon ce dernier, la « duplicité » des Tutsis est « ce qui fait de cette race l'une des plus menteuses sous le soleil ».

Les juges consignent que Péan a donné « la parole à des Européens ayant vécu au Rwanda durant l'époque coloniale ». Des Européens qui, selon le jugement rendu, « ont observé “ cette formation au mensonge ” ». Les magistrats font remarquer que l'auteur jugé prend la précaution de mettre le lecteur en garde, en écrivant qu'il s'agit du « langage colonial de l'époque ».

Les juges ont remarqué le « caractère archaïque du vocabulaire employé ». Dans leur jugement, ils présentent Dresse comme le fait Péan : un « ancien agent territorial » ; ce faisant, la Cour décide de faire l'impasse sur ce dont la Partie civile l'avait publiquement informé : Dresse était un sympathisant nazi, membre du parti fasciste belge.

Le « choix de citer » les propos de Paul Dresse « ne saurait », pour la Cour, « caractériser le délit reproché, s'agissant pour l'auteur », qui se situerait clairement sur un registre anthropologique, « de souligner la supposée permanence d'un particularisme culturel. ».

Extrapolation pour le moins étonnante et dangereuse de la part du tribunal ! Usant de la jurisprudence Péan qu'il vient de consacrer, on peut aujourd'hui citer Goebbels aux fins de défendre le droit d'évoquer certains « particularismes culturels » des Juifs, pour peu que l'on prenne soin de présenter le nazi comme un communicateur, dont le langage serait aujourd'hui archaïque.

La défense s'était, au cours des trois jours d'audiences, appuyée sur le fait que Péan, pour défendre sa thèse relative à la « culture du mensonge » chez les Tutsis, se référait implicitement au concept rwandais désigné sous le vocable d » « Ubwenge ».

Le jugement établit cependant qu'il est « loisible à Pierre Péan de se référer à ce trait culturel, même s'il doit être noté qu'à aucun moment de son ouvrage, celui-ci ne cite expressis verbis ce terme d » « Ubwenge » ».

Le jugement précise que « de nombreux témoins ont souligné d'ailleurs le caractère sommaire et équivoque de sa traduction par l'expression “ culture du mensonge ”, laquelle ne rend pas compte de la richesse du concept ». La Cour omet, ce faisant, de mentionner ceux des témoins qui ont souligné le caractère totalement impropre de la traduction de l » « Ubwenge » par « culture du mensonge ».

Ainsi en est-il du point de vue exprimé par le Rwandais François-Xavier Ngarambe, anciennement président de l'association des rescapés du génocide, que les juges ont entendu désigner l'Ubwenge comme l'expression de « l'intelligence et de la sagesse ».

Ngarambe avait précisé lors du débat que cela « n'a rien à voir avec la fourberie », mais que l'Ubwenge caractérisait, au contraire, que « le Rwandais idéal est juste et dit la vérité. Dans les proverbes anciens », avait ajouté Ngarambe, « on dit que la vérité est plus que l'antithèse du mensonge, elle chasse le mensonge, traverse le feu ; la vérité est au dessus de tous les intérêts ». Ce témoin avait conclu que « le Rwandais est prêt à tout perdre plutôt que de mentir ».

Après l'arrêt de vendredi, on peut désormais écrire impunément des Tutsis qu'ils sont culturellement menteurs, sans pour autant avoir à s'encombrer de l'explication de l'Ubwenge. En cas de mise en cause, on s'appuiera sans hésiter sur la nouvelle jurisprudence.

Le lecteur appréciera en imaginant toutes les insultes à caractère raciale que cette jurisprudence permet dorénavant de légaliser, dès lors que sont autorisées les traductions personnelles de concepts culturels étrangers, auxquels il n'est même plus nécessaire de se référer explicitement.

Le texte du jugement cite Péan : « Depuis 1959, chaque tentative de reconquête lancée par les Inyenzi [les rebelles Tutsis] a déclenché des massacres de Tutsis restés à l'intérieur… ».

Aux fins d'éviter les équivoques, le tribunal a pris la précaution d'ajouter la mention française « rebelles tutsis » à Inyenzi, qu'elle considère être son équivalent en kinyarwanda.

Mais « rebelles tutsis » rend-il bien compte de la richesse du concept exprimé en kinyarwanda par « Inyenzi » ?

Non pas ! Inyenzi, en rwandais, signifie « cafard », le vocable précis dont les génocidaires ont qualifié les Tutsis afin de les déshumaniser pour mieux les tuer.

Erreur de traduction de la part des juges ? Lorsqu'un tribunal rend un jugement relaxant un auteur qui insulte une ethnie entière, on ne sait plus bien ce qu'il y a lieu de penser des limites qu'il s'est fixé. Est-il toutefois admissible qu'un tribunal parisien confonde, dans sa sentence, les Tutsis et les cafards ? Replacée dans son contexte, qui a fait, il vaut mieux ne pas l'oublier, un million de morts, cette erreur ne trahit-elle pas par un lapsus calami un a priori inquiétant au détriment des Tutsis ?

On peut légitimement le craindre, en remarquant que, dans le but évident de démontrer fallacieusement que Péan ne généralise pas ses propos à l'ensemble des Tutsis, les juges ont également pris le plus grand soin de n'extraire de la série de phrases incriminées par les plaignants que celles qui n'en visent que des sous-groupes.

La Cour perd ainsi du même coup son âme et sa fonction en statuant que « ne sont à ce titre évoqués que “ les associations de Tutsis hors du Rwanda ” ainsi que les “ rebelles tutsis ”, avant de conclure “ qu'il en résulte que cette dernière série de propos ne vise pas les Tutsis dans leur ensemble ”.

Or seule la “ dernière série de propos ” extraite par la Cour ne vise pas les Tutsis dans leur ensemble.

Philologiquement, n'en déplaise à cette Cour, il suffit que Péan proclamât, ne serait-ce qu'une seule fois, que tous les Tutsis sont des menteurs, pour qu'écrire par ailleurs, autant de fois qu'il lui plût, que seule une partie d'entre eux le sont, ne parvienne à réduire la portée de sa stigmatisation à caractère incontestablement raciste.

Le tribunal a fait appel à une méthode de démonstration supplémentaire autant qu'inédite pour prétendre que Péan n'aurait pas généralisé son insulte à l'ensemble des Tutsis. Sans, visiblement, réaliser l'aberration et la dangerosité judiciaire de cet attendu, les juges ont relevé que Péan n'avait pas réservé sa stigmatisation ethnique aux seuls Tutsis.

Ainsi raisonne la juridiction parisienne, sans s'inquiéter que Péan n'apparaisse dès lors plus raciste encore que la plainte à son encontre ne le lui reprochait. Le jugement précise ainsi que “ si l'auteur attribue principalement aux Tutsis ce particularisme culturel, il le prête également aux Hutus et, plus généralement, aux Rwandais ”.

En relevant par ailleurs, dans son jugement, que Péan attribue la systématisation du recours au mensonge “ aux Tutsis ” et non à des Tutsis, la Cour reconnaît de jure la “ racialisation ” des propos infâmants de l'auteur.

Au tour du fond maintenant : le fait que ces stigmatisations ne visent pas que les Tutsis mais tous les Rwandais, ne saurait, d'aucune façon, minimiser la généralisation faite aux Tutsis. Elle l'aggrave au contraire, en l'étendant à l'ensemble des Rwandais, tout en différenciant les Rwandais du reste du genre humain.

L'extrait précis, de la plume de Péan, est “ tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus ”.

A 180 degrés des conclusions du tribunal, la philologie exige de déduire du texte de l'écrivain, non seulement que la race des Tutsis est menteuse, mais aussi celle des Hutus et que, de plus, les Tutsis sont contagieux !

Toujours à l'appui de la thèse selon laquelle Péan ne ferait pas de généralisation à l'ensemble des Tutsis, le jugement reprend la formule de l'auteur selon laquelle “ cette culture du mensonge s'est particulièrement développée dans la diaspora tutsie ”.

Ecrire des Tutsis qu'ils sont particulièrement menteurs en diaspora, c'est toutefois sous-entendre qu'ils le sont moins au Rwanda, donc, qu'ils le sont quand même au Rwanda. La Cour confirme ainsi, sans s'en rendre compte et pour la troisième fois dans son délibéré, la généralisation des propos de Péan à l'ensemble des Tutsis.

La Cour retient que Péan s'est appuyé, aux fins de bâtir sa thèse, sur une remise en cause de “ l'opposition, selon lui simplificatrice, entre victimes, les Tutsis, et bourreaux, les Hutus ”. Le fait d'adjoindre au génocide perpétré au détriment des Tutsis un autre génocide, imaginaire, celui-là, qu'auraient commis les Tutsis à l'encontre des Hutus, permet à Péan d'induire chez le lecteur l'assimilation de ce que le jugement qualifie de “ drame rwandais ” à une lutte tribale.

Par ailleurs, on cherche en vain la logique par laquelle la thèse du double génocide impliquerait, de quelque façon, que l'ethnie tutsie s'appuyât systématiquement sur le mensonge.

Le jugement précise que Péan pratique ses “ développements sur ‘ la culture du mensonge et de la dissimulation ’ de telle manière que ‘ la formulation qu'il emploie peut légitimement heurter ceux qu'il vise ’. Or n'ont de légitimité à être heurtés que ceux qui sont injustement accusés. La Cour reconnaît donc ici que ceux que Péan vise sont injustement dénigrés.

La Cour considère que ‘ les passages poursuivis doivent être appréciés au regard (…) de la thèse avancée par Pierre Péan, qui entend, en substance, démontrer que le génocide de 1994 ne fut qu'un épisode dans une guerre civile et régionale ignorée ’ ”.

Noyer le génocide d'un million de Tutsis dans tous les affrontements qui secouèrent, dans l'Histoire, la région des Grands Lacs, aussi bien que dans les guerres du Congo, participe de la même démarche intellectuelle que celle employée par Le Pen, lorsqu'il tenta d'immerger le génocide de 6 millions de Juifs, au titre de péripétie, dans la Deuxième Guerre Mondiale. Les deux attitudes ayant pour objectif de minimiser la culpabilité des assassins et la centralité, voire la gravité des génocides.

Portrait de leconcombrevert

à jmagne Portrait de jmagne De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 00H36 | 11/11/2008 | Permalien

De plus en plus incroyable. Comment un journaliste sérieux peut-il livrer un travail pareil !

Bonne chance devant la Cour d'Appel !

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 23H09 | 10/11/2008 | Permalien

Il est grand temps que la France se débarrasse des lois antédiluviennes qui musèlent le droit fondamental à la liberté d'expression. Je suis noir et j'habite les USA, mais le jour où je ne verrai plus ici des néonazis ou des membres du Ku Klux Klan s'exprimer librement, je me verrai moi-aussi absolument menacé dans mon droit fondamental à la liberté d'expression. Il y a une organisation américaine progressiste de juristes appelée « American Civil Liberty Union » (ACLU), souvent diabolisée par la droite pour sa campagne permanente contre la peine capitale, mais qui défend vigoureusement l'extrême-droite quand celle-ci est menacée dans son droit à la libre expression… Par contre, « SOS-Racisme » joue plutôt le double rôle de croque-mitaine et d'épouvantail, un fascisme qui ne dit pas son nom !

Portrait de leconcombrevert

à Alex Engwete Portrait de Alex Engwete De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 00H38 | 11/11/2008 | Permalien

« un fascisme qui ne dit pas son nom » - tout en finesse : -(

Portrait de Victor NGIRABATWARE

De Victor NGIRABATWARE

12H11 | 12/11/2008 | Permalien

José KAGABO est un des signataires du rapport Mucyo qui, rédigé sur ordre de la présidence rwandaise, avait pour but avoué de mettre en accusation la France et les français dans le génocide de 94.

Ce rapport de commande est truffé de faux documents (page 295) et de faux témoignages.

Et Kagabo , après s'être déshonoré en rédigeant ce tissu de mensonges, ose encore prendre la parole !

Et il se trouve des journalistes pour lui ouvrir les pages de la presse, en oubliant de prèciser , bien sûr , que Kagabo devra répondre prochainement de ses mensonges devant le Tribunal de Paris puisque les officiers français qu'il s'est permis d'accuser - faux documents à l'appui - ont porté plainte avec constitution de partie civile.