Le ministère veut renforcer la surveillance de ses fonctionnaires trop critiques. Témoignages de réfractaires à la base élèves.

Xavier Darcos, déjà très décrié pour ses saillies sur les couches à la maternelle et ses 11 900 suppressions de postes, ne pouvait pas mieux s'y prendre pour crisper davantage les enseignants : depuis quelques jours circule sur le Net un document officiel de huit pages intitulé « Cahier des clauses particulières - Objet : veille de l'opinion ».
Ce document, qui relève d'un appel d'offre, émane de la délégation à la Communication du ministère de l'Education nationale et date du 15 octobre, soit il y a trois semaines :
« Article 1 : Les présents marchés portent sur la veille de l'opinion dans les domaines de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche. (…)
Article 4 : Chaque marché est conclu du 1er janvier 2009 jusqu'au 31 décembre 2009. »
C'est un peu plus loin que la volonté des ministères concernés apparait le plus explicitement (« description des prestations ») :
« Le dispositif de veille vise, en particulier sur Internet, à :
- identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles, émergents)
- identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l'opinion
- repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte, et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau
- décrypter les sources des débats et leur mode de propagation
- anticiper les risques de contagion et de crise.
En clair : le ministère de l'Education nationale va débourser 100 000 euros par an, et celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, 120 000 euros, pour surveiller l'opinion dans la Toile.
Suit une liste des espaces à surveiller de plus près, blogs et sites participatifs notamment, auxquels s'ajoutent, selon les termes de l'appel d'offre, médias traditionnels, dépêches d'agences, baromètres et enquêtes annuelles.
Non, ce n'est pas un canular : sur le site du Journal officiel, on retrouve bien cet appel d'offre pour le marché public de la veille de l'opinion parmi les personnels de l'Education nationale.

Aussi spectaculaire soit-elle, cette volonté d'identifier les leaders de la contestation n'est pas nouvelle. C'est en tous cas ce dont témoignait samedi une vingtaine de directeurs d'école réfractaires, réunis à Paris pour une journée de travail sur le fichier base-élèves.
Dans le Lot, quarante réfractaires à la base élève en avril, quatre aujourd'hui
Au total, cette toute première journée de coordination nationale, qui réunissait une vingtaine de collectifs départementaux, a rassemblé 75 personnes, dont de nombreux parents d'élèves. Leur but : faire le point sur “le fichage des enfants”, notamment depuis le nouveau décret qui est venu modifier le contenu du fichier le 1er novembre dernier.
Mais aussi soutenir les directeurs d'écoles récalcitrants. Car le ministère met la pression sur ces derniers résistants au fichier, parfois quatre ans après le lancement de la base-élèves dans leur zone. Ils le disent d'ailleurs eux-mêmes, à l'instar de Jean :
“Entre une entrée en vigueur morcellée et le discours moderniste qui allait avec, le ministère a réussi à émietter la contestation. Le milieu enseignant a fini par entrer dedans honteusement. Dans le Lot, nous étions quarante directeurs d'école réfractaires en avril, dix en juillet, et seulement quatre aujourd'hui. Il était temps de monter au front nationalement alors que certains renonçaient parce qu'ils se sentaient lâchés.”
Jean, à trois ans de la retraite, enseigne depuis trente-trois ans et gagne 2600 euros net. Directeur depuis plus de vingt ans, il travaille dans de “très petites écoles” et est aujourd'hui à la tête d'une classe unique :
“Dans les petites écoles, on suit les enfants pendant cinq ans, on a une relation beaucoup moins administrative au terrain. Or la Base-élèves et le fichage des élèves, c'est la mise à mort d'un encadrement que le ministère juge trop humaniste. J'en fais une question de principe et accepter de ficher mes élèves, ce serait comme un reniement à la fin de ma carrière.”
Pression financière et menaces de fermetures de classes
Parce qu'il s'oppose, Jean y perd financièrement : pour faire taire la bronca contre le fichier base-élèves et ses scories (comme le numéro d'identifiant qui immatricule les enfants jusqu'à… 35 ans), la hiérarchie de l'Education nationale a décidé de sanctionner sur la fiche de paye.
Pour l'instant, le directeur d'école du Lot a eu deux retenues sur salaire, à raison d'un trentième du brut, soit environ 104 euros de moins à chaque fois. Une folie militante ?
“Avant cela, je n'avais jamais eu de conflit dur avec l'inspection d'académie, j'étais bien noté et j'avais acquis une certaine légitimité : on me fait venir à l'IUFM ! J'étais comme un dinosaure endormi, rangé des voitures en ce qui concerne le militantisme. Mais pour moi cette lutte-ci est encore plus fondamentale que toutes les autres, même celles pour les suppressions de postes.”
Mireille, elle, est à la retraite depuis l'été, mais a ferraillé contre la base-élèves pendant deux ans depuis le Vercors, où elle était directrice d'école. Elle raconte que, lors d'une réunion publique organisée dans un village par des parents, la hiérarchie académique lui a ordonné de se taire, en la menaçant de sanctions. Elle n'en a rien fait et a même déposé un recours devant le Conseil d'Etat, cosigné d'un parent d'élèves. L'audience devant le Conseil d'Etat aura lieu le 26 novembre.
“On immatricule des enfants de cinq ans pour les trente-cinq années suivantes ! ”
Mireille, contrairement aux autres, n'a jamais vu son salaire amputé mais raconte que certains directeurs d'école commencent à flancher. Ainsi, cette instit rennaise qui a renoncé à un poste de direction à force de pressions. Ou encore ce courrier de l'inspection d'académie du Lot, que Rue89 s'est procuré, qui menace les directeurs d'école de fermer des classes :
|
“Le premier constat des saisies des élèves fait apparaître une diminution de l'ordre de cinq cents élèves par rapport à l'an dernier. Je rappelle que le constat arrêté au niveau académique et national sur lequel s'appuiera le travail de préparation de rentrée, notamment pour les suppressions et créations d'emplois, est celui de la base élèves.”
Christophe, lui, promet de tenir bon. Directeur dans la Vienne, il avait pris contact avec Rue89 il y a plusieurs semaines mais hésitait à s'exprimer au grand jour (même s'il est syndiqué). Comme d'autres, il a subi des pressions. Par oral, on l'a menacé de sanctions de l'ordre d'une journée de salaire retenue par journée réfractaire. Sachant qu'il n'a pas flanché depuis la rentrée de septembre, la fronde commençait à peser cher : Christophe, six ans au compteur, gagne 1700 euros par mois.
Finalement,la pénalité sera la même que pour les autres : un trentième par lettre d'injonction. Sorti de l'anonymat, il espère mobiliser à nouveau :
“La base-élèves et le numéro d'immatriculation des enfants sont devenus des sujets tabous. Quand on en parle, on dirait que les collègues ne sont pas fiers, ils préfèrent regarder ailleurs.”
En écho, Jean, pour qui les menaces verbales se sont transformées en retenue d'un trentième par injonction écrite, s'interroge : “comment la profession a pu basculer là-dedans ? ”
En juin, Darcos a parlé à l'Assemblée de “fichier liberticide”. Depuis, ils disent qu'ils sont revenus en arrière en supprimant certains champs. Mais c'est un écran de fumée, car ce que nous avons fini par comprendre, c'est que c'est le numéro d'identifiant qui est le plus problématique. On immatricule des enfants de cinq ans pour les trente-cinq années suivantes ! »
Côté ministère, on espère faire taire la contestation en affirmant que des modifications ont bien été faites dans le fichier, après que le ministre avait reconnu certains écueils à l'ancienne mouture, le 13 juin dernier.
Photo : Nicolas Sarkozy en visite dans une école primaire de Distre en juin 2008 (Stephane Mahe/Reuters).
Addendum lundi 10 novembre, à 23h36 : Le ministère de l'Education nationale, lors d'un entretien postérieur à la publication de cet article, a tenu à préciser qu'il s'agissait en fait d'une surveillance qui remonte à 2006, mais qui a simplement mué, notamment cette année, vers une veille accrue sur le Net, évolution du militantisme oblige. L'équipe de Xavier Darcos précise par ailleurs que « tous les grands ministères ont un budget alloué à la veille de l'opinion ».



















340
(Pour réagir, connectez-vous)
à bloozmarch
De mechante langue
00H25 | 10/11/2008 |
« Cela me rappelle les textes magnifiques, et, hélas ! ô combien prémonitoires de Bertolt Brecht dans “ Grand” peur et misère du Troisième Reich » »
Le vieux Bertold s'y connaissait en matiére de « surveiller et punir »
Il fut l'un des madarins d'un regime politique qui a mis en place surement l'un des plus efficace systéme de surveillance de la population avec la Stasi
De beluga
Perdue en Sarkoland | 18H37 | 09/11/2008 |
Bouh il est pas content le Nico… remarquez, il a raison, la démocratie c'est pourri : les gens font que se plaindre et ils ont même le droit de donner leur avis ! voyez-vous ça !
à beluga
De jjhb
cosmonaute | 19H02 | 09/11/2008 |
Nostalgique de la monarchie paresseuse des rois fainéants, pauvre petit Nicolas, comme je te comprends : )
à jjhb
De jissé
Ingé retraité | 20H38 | 09/11/2008 |
Bonsoir le cosmonaute.
Il faut en effet savoir prendre de la hauteur ..
Heureusement c'est une classe de « petits' !
Et encore, une photo prise en “contre-plongée” ..
Mieux vaudrait en rire.
Jissé
De compte désactivé 2
18H45 | 09/11/2008 |
Qu'on puisse s'indigner que le gouvernement légitime d'un pays demande à ses enseignants, grassement payés par le contribuable et gratifiés de 4 mois de vacances par an, de faire preuve d'autorité, voilà qui montre le degré de déliquescence dans lequel est tombé notre pays ! Nous pateaugeons lamentablement dans la MERDE ! ! !
à compte désactivé 2
De Alabama
18H56 | 09/11/2008 |
Mais pourquoi tant de rancoeur et de bile déversées sur les enseignants ?
4 mois de vacances par an et un salaire calculé sur 10 mois de travail et divisé par 12 de manière à percevoir une rémunération tous les mois.
Bon sang, mais que ne fissiez vous ce beau métier qui vous fait baver d'envie !
à compte désactivé 2
De jabier
consultant dans les Landes | 18H58 | 09/11/2008 |
Ou là là ! Gaétan, tu emploies des vilains mots, en majuscules, ton confesseur vas te punir ! Vilain vas !
à compte désactivé 2
De Au sud de nul part
Situation | 19H17 | 09/11/2008 |
Alerte : Un nouveau Barbapapi vient d'être repéré sur Rue 89. Ce barbapapi semble plus jeune que ses autres congénères. Pourtant, c'est bien un Barbapapi qui s'exprime. Il se nomme Gaétan : il emploie les expressions-types d'un barbapapi : un « enseignant » est « grassement payés par le contribuable et (est) gratifés de 4 mois de vacances par an ». Ceci est un propos basique pour un barbapi : il suggère fort subtilement que les instituteurs et les professeurs (et plus largement l'ensemble des fonctionnaires) ne sont que des feignasses qui vivent en exploitant via l'Etat les vrais travailleurs du pays, et qu'ils gandouillent plutôt que de faire leur boulot.
Ce barbapapi affirme aussi (comme tous les barbapapi) que son pays est entré dans une phrase de décadence, voire de dégénérescence : « voilà qui montre le degré de déliquescence dans lequel est tombé notre pays ! Nous pateaugeons lamentablement dans la MERDE ! ! ! »
Si la situation du pays est si délicieusement comparée avec une marche délicate dans des excréments (Notez les majuscules…), c'est selon le barbapapi pour mieux alerter l'opinion publique de la responsabilité évidente et sans commentaire que portent les fonctionnaires de l'éducation nationale qui refusent tous expressement de faire preuve d'autorité et d'obéir sans discuter.
Le barabapapi, en effet, considère les fonctionnaires comme ses propres subalternes et juge que ces derniers doivent lui obéir au doigt et à l'oeil : certains barbapapis ont même demandé que des caméras soient installées dans les classes afin qu'ils puissent surveiller les professeurs et qu'ils puissent les punir par l'intermédiaire de leurs télécommandes en leur envoyant des décharges électriques en cas de faux pas.
Le projet est à l'étude et réjouit les patriotes barbapapis.
Comité d'obervation du phénomène barbapapien
à compte désactivé 2
De hogan
actif | 20H03 | 09/11/2008 |
Vous voulez dire dans VOTRE merde ?
à compte désactivé 2
De Chipek
04H06 | 10/11/2008 |
« grassement payés »
je m'en étrangle encore de rire………….. merci gaëtan ! ! ! ! ! ! !
ça m'a rappelé que lorsque j'étais en métropole, instit, j'étais non imposable et je touchais même l'allocation de rentrée ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
Vous êtes vraiment un joyeux drille, vous savez mettre l'ambiance !
De delalo
citoyen outragé | 18H47 | 09/11/2008 |
non, non nous ne sommes pas dans une dictature…on nous l'avait promis (hein, nico), c'est donc tout bonnement impossible….les français ont encore trop de droits et pas assez faim pour se rebeller. mais j'ai comme l'impression que ces deux facteurs sont en train de converger de manière rapide, trés trés rapide. darcos doute de l'équité de ses réformes au point de vouloir flicer les profs ? ses réformes renvoit à cette phrase de Pierre Rabhi : « on se demande souvent, à juste titre,quelle planéte allons nous laisser à nos enfants. Mais jamais quels enfants nous laisserons à la planéte ».
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 18H49 | 09/11/2008 |
Je ne fais pas partie de ceux qui croient que la galère sarkozienne vogue vers la dictature. N'empêche que cette compulsion qui porte l'époque (plus que Sarkozy, qui n'en est que le symptôme) à surveiller tout et n'importe quoi me semble très révélatrice du désir d'une société qui, paradoxalement, n'a vraiment rien pour rassurer.
Ce qui me frappe le plus, c'est le nombre extrêmement faible des enseignants qui ont refusé de se soumettre. Bravo et merci à eux, mais où sont passés les autres ? Il n'y a rien qui les choque, ces autres ?
C'est ainsi que, de proche en proche, nous consentons à des mécanismes sociaux dont n'oseraient même pas rêver les dictateurs pour de vrai. (Quand j'écris nous, je désigne évidemment l'identité collective dont nous sommes partie.) Si nous ne sommes pas encore au fichage de la dissidence, rien n'indique que nous ne l'accepterons pas un jour : il suffit de voir comment les Etasuniens ont gobé le Patriot Act.
La dictature, ce n'est pas Sarkozy. C'est nous.
à thierry reboud
De caro
délinquante avérée | 19H02 | 09/11/2008 |
bonjour Thierry,
Au départ, beaucoup d'instits ont refusé base-élèves, notamment quand il fallait inscrire la nationalité, la langue parlée à la maison etc. Mais les pression hiérarchiques ont été et sont énormes. Tous les instits ne peuvent se passer d'une partie du salaire quand on a une famille.
A Grenoble, chaque fois qu'était organisée une session de formation au logiciel, un maximum de parents bloquait l'inspection Académique. Il y a eu des bagarres, des rendez-vous donnés aux directeurs ailleurs au dernier moment, des rapports sur les récalcitrants. Les parents d'élèves ont beaucoup soutenu.
Quelques renseignements sur le site CIRBE :
Le collectif contre Base Elèves 38
http://baseeleves38.wordpress.com/
Maintenant, il faudrait un réveil général, et pas seulement contre le fichage généralisé de la population !
à caro
De mechante langue
00H28 | 10/11/2008 |
« Au départ, beaucoup d'instits ont refusé base-élèves, notamment quand il fallait inscrire la nationalité, la langue parlée à la maison etc. »
Mais ou était le probléme ?
« A Grenoble, chaque fois qu'était organisée une session de formation au logiciel, un maximum de parents bloquait l'inspection Académique »
Toujours entrain d'exagerer Caro .
à mechante langue
De caro
délinquante avérée | 00H48 | 10/11/2008 |
pour votre info, chère mauvaise langue, une page entière avec photos !
http://baseeleves38.wordpress.com/blocages-de-formation-be/
à caro
De mechante langue
01H24 | 10/11/2008 |
35 personnes maximum, prof ,etudiants( ? ) et parents d'élèves compris . C'est rien . Vous n'avez meme pas fait le plein de militants encartés
à thierry reboud
De Le Yéti
yetiblog.org | 21H34 | 09/11/2008 |
Cher Thierry,
Pas tout à fait d'accord avec toi sur ce coup-là. Je me garderai bien de chiffrer le pourcentage des « résistants » aux consignes ministérielles pétainistes. Mais travaillant de très près avec le corps enseignant (sic), je peux te dire que celui-ci est sacrément fortiche en matière de résistance passive. Comme j'ai très souvent pu le constater par le passé, dans sa classe, l'enseignant est roi, c'est-à-dire qu'il adapte largement les programmes et les instructions à sa sauce. C'est ainsi que je ne connais aucun instit » qui ait encore dispensé la moindre leçon de « morale » depuis la rentrée scolaire.
Par ailleurs, pourrais-tu nous dire ce qui te laisse croire que « la galère sarkozienne [ne] vogue [pas] vers la dictature » ? Alors que dans les faits, tout laisse à penser le contraire (surveillance policière accrue, fichage renforcé, mise sous l'éteignoir de ce qui reste de liberté de la presse, centres de rétention, éducation régressive…)
Enfin, je comprends bien ce que tu veux dire par « la dictature, c'est nous », mais là encore, je ne te suis pas trop. Nous (la majorité) sommes sans doute les benêts complaisants qui lui permettent aux dictatateurs d'accéder au pouvoir, parfois même les complices honteux de leur avènement. Mais il y a tout de même une différence entre les complices et les coupables. Diluer les responsabilité des premiers en la diluant avec celle des seconds est un peu fâcheux. Le peuple allemand portait-il EXACTEMENT la même responsabilité que les Hitler, Göring, Goebbels… ?
Bien à toi (ne vois pas là quelconque remise en cause, juste questionnement)
à Le Yéti
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 01H00 | 10/11/2008 |
(Dis-moi, je ne me trompe pas : tu en as rajouté, non ? )
Quand je parle de la galère sarkozienne, je veux dire qu'il n'existe (selon moi) aucun projet dictatorial dans les cartons de Sarkozy. Simplement, suivant le bon vieil axiome qui veut que tout pouvoir va au bout de lui-même, je suis convaincu que, bien plus qu'une hypothétique volonté malfaisante, c'est notre complaisance qui, pas à pas, peut nous amener à quelque chose de terrifiant.
Pour ce qui concerne les mesures mises en place : elles ne sont pas liberticides pour le moment, elles pourraient le devenir si nous laissons faire encore et encore. Justement, l'exemple de la mise sous l'éteignoir de la liberté de la presse que tu cites me paraît emblématique : ce sont les organes de presse eux-mêmes qui, très souvent, se mettent sous l'éteignoir.
C'est plus de l'ordre de la conviction qu'autre chose, mais j'ai tendance à penser que oui, le peuple allemand portait la même responsabilité que les Hitler, Göring, Goebbels : je pense toujours à la rapidité (relative) avec laquelle le programme d'assassinat des malades mentaux a été stoppé dès que le refus s'est manifesté.
Quand Sabrina se demande si elle n'a pas refusé pour rien parce que son poste a été immédiatement occupé par quelqu'un qui ne s'est pas posé tant de questions, elle raconte exactement cela.
(Même si ta question avait été une remise en cause de mes opinions, je ne m'en serais pas formalisé : c'est comme ça que le débat avance, non ? Amicalement.)
à thierry reboud
De Emma T
TBBT addict. | 01H31 | 10/11/2008 |
Et d'un point de vue quasi « domestique », j'ajouterais qu'il y a deux ersatz de concepts qui penvent nous entraîner tranquillement droit dedans :
Le « Ce n'est pas si grave que ça… »
Et le « Tout ça, ça se vaut… »
Le premier nous empêche, et bien souvent par paresse, d'envisager les effets pervers et dégâts collatéraux des dérégulations ou au contraire des hyper-régulations.
Le second nous fait quasiment flotter dans les lieux sans maître d'une indifférence confortable.
Je pense qu'il n'y en effet aucun plan ultra-autoritaire de ce gouvernement, et même qu'il a en son sein des gens qui ont tout à fait à coeur de préserver la démocratie mais que premièrement il n'avait pas envisagé de telles « résistances“* dans ses propres rangs et que surtout, il a le travers principal de la droite : il sait définitivement et unilatéralement ce qui est ‘bon pour nous’.
Ce dont je suis loin d'être persuadée.
*ou ‘réactions’, tout dépend du point de vue.
à thierry reboud
De Le Yéti
yetiblog.org | 07H32 | 10/11/2008 |
@ Thierry Reboud
« C'est notre complaisance qui, pas à pas… »
Là, bien d'accord. D'ailleurs je suis en train de préparer un billet sur l'excellent nouveau livre d'Emmanuel Todd, Après la démocratie (Gallimard).
On y lit ceci en préambule :
« Si Sarkozy existe en tant que phénomène social et historique, malgré sa vacuité, sa violence et sa vulgarité, nous devons admettre que l'homme n'est pas parvenu à atteindre le sommet de l'État malgré ses déficiences intellectuelles et morales, mais grâce à elles. »
Tout un triste poème, non ?
(Oui, j'en avais rajouté — j'ai l'esprit assez lent parfois ; -). Et j'étais bien embêté de voir que le tien avait répondu si vite à ma première partie.)
à thierry reboud
De jjhb
cosmonaute | 19H09 | 09/11/2008 |
C'est à tout le monde de manifester. Il faut arrêter le corporatisme primaire et se regrouper ensemble, tous ensemble, partout, une journée donnée, à une heure GMT, sur toute la planète.
Je serai de celles et ceux qui seront le 15 décembre place de la bourse à Paris, à 15 heures, qu'il vente, qu'il neige, qu'il tremblement-de-terre.
C'est un samedi. Beaucoup de travailleurs ne travaillent pas ce jour-là. Beaucoup d'entre eux élèvent une progéniture qu'ils chérissent par dessus tout.
C'est le jour et la date idéale. Une conjonction inattendue, une mixité sociale dans la rue, le peuple dans la rue, dans sa globalité, même les panels de n'importe quel institut de sondage sont loin derrière dans les choux-fleurs, bref…
Moi j'y serai : )
à thierry reboud
De sabrina
instit qui y croit! | 19H16 | 09/11/2008 |
Je me suis retrouvée directrice pour mon premier poste… J'ai résisté en refusant de remplir la Base-élève… J'ai perdu mon poste et je me retrouve maintenant à faire des compléments de temps partiels pour encore quelques années.
Mais au moins, j'ai résisté !
à sabrina
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 19H27 | 09/11/2008 |
(Excusez-moi si je fais un bloc, c'est vraiment juste pour la commodité.)
Merci Sabrina, et je vous le dis sans la moindre arrière-pensée : j'aimerais être sûr qu'à votre place j'en aurais fait autant. A part vous souhaiter du courage (dont vous ne manquez manifestement pas), je ne sais pas quoi ajouter.
Tu as raison, Yéti, mais ce qui me met hors de moi, c'est précisément à quel point l'écrasante majorité de nos concitoyens consent à cela, et laisse quelqu'un comme Sabrina sauver l'honneur toute seule. Je me suis sans doute exprimé un peu hâtivement quand j'ai utilisé nous, je ne pensais évidemment pas à tel ou tel.
C'est bien pour ça qu'on ne peut (avec les choix qui sont les nôtres) que soutenir l'initiative indiquée par JJHB. Effectivement, comme tu dis Caro, il serait tout de même plus que temps que nous nous décidions à faire masse et à gueuler quelque chose comme basta ya. Il est urgent d'avoir de l'imagination.
à thierry reboud
De sabrina
instit qui y croit! | 19H36 | 09/11/2008 |
Merci,
Mes vies professionnelle et personnelle en ont pâti… J'ai du changer d'école à ma fille qui était inscrite dans mon école, vu que je devais rester dans cette école, j'ai du subir le harcèlement de mon inspecteur : ses menaces de retenues sur salaire (salaire pas énorme quand on est en première année d'enseignement) et ses visites surprises avec insultes,j'ai perdu un poste dans une école que j'adorais.
Le pire, c'est que finalement, j'ai sans doute fait ça pour rien, car on m'a remplacé par quelqu'un de moins regardant sur l'intégrité des enfants et qui s'est empressée de répondre aux exigences de l'administration.
Mais quand j'arrive dans ma classe le matin, je peux regarder mes élèves sans rougir, en me disant que je ne suis pas celle qui dénoncera les comportements déviants dès la maternelle comme cela nous est prescrit, et que je ne les condamne pas d'office avec une case « parents chômeurs de longue durée » ou « ethnie »… cases retirées depuis il me semble.
à sabrina
De caro
délinquante avérée | 20H12 | 09/11/2008 |
Bravo, Sabrina, vous êtes une pure ; )
Bon courage
à caro
De sabrina
instit qui y croit! | 22H51 | 09/11/2008 |
pour mon entourage, je suis passée pour une idiote intégriste… Je me suis même demandé si ça n'était effectivement pas le cas : /
J'en suis à 4 ans d'ancienneté et j'espère ne jamais être blasée et ne jamais me résigner.
Il y a de nombreux directeurs qui résistent… mais on ne fait pas leur promo aux infos de TF1… l'année dernière les directeurs de Loire atlantique (il me semble) ont reçu un prix d'honneur pour avoir refusé de remplir la base.
Il existe bien une pétition : http://petition.bigbrotherawards.eu.org/Signez-la-petition-pour-le-retra…
à sabrina
De parti
punishment park | 23H52 | 09/11/2008 |
chère sabrina…à tous les niveaux on tente de museler…de la maternelle au lycée (cf les nouveaux programmes et le bac pro 3 ans)…je n'ai pour l'instant que quelques réflexions orales sur mon insubordination à filer droit…et un avancement au point mort (ter vs corail vs tgv)…
bon courage…
à sabrina
De mechante langue
23H54 | 09/11/2008 |
« pour mon entourage, je suis passée pour une idiote intégriste… Je me suis même demandé si ça n'était effectivement pas le cas : / »
Un instant de lucidité !
Au fait si vous avez un probléme avec le statut de fonctionnaire , vous pouvez demissioner .
à mechante langue
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 23H57 | 09/11/2008 |
à mechante langue
De parti
punishment park | 00H49 | 10/11/2008 |
ml ml ml…lucidité est un mot bien compliqué…tu l'as trouvé sur wikipedia ? …