a debattre 08/11/2008 à 11h12

Le roman où vivre sans pub est impossible

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Dans la société que dépeint Luc Laurentin, la publicité est indispensable à nos vies et à l’économie. Son roman met en scène des personnages catastrophés par une grève de la pub, à commencer par Nicolas Sarkozy.


Jaquette de ’No pub’ (DR).

Son titre, « No Pub », est un clin d’œil évident à l’essai de Naomi Klein, « No Logo ». Alors que la journaliste canadienne dénonçait l’emprise croissante des multinationales sur l’économie et la vie humaine, par le biais notamment de la publicité, le consultant et enseignant à Sciences Po Luc Laurentin (avec le journaliste d’entreprise Thierry Piérard) défend l’idée selon laquelle sans la pub, l’économie s’arrêterait de tourner, et la vie deviendrait grise.

Le livre est sous-titré « Le jour où la pub s’est arrêtée ». Ce matin-là, Nicolas Sarkozy, apprend que l’ensemble des acteurs de la publicité ont décidé de se mettre en grève illimitée. Dans son bureau de l’Elysée, face à son écran plasma qui lui renvoie une mire anachronique, le Président est atterré. « Il se sent trahi. La com, il en a fait l’un des fondements de sa présidence. »

Sarkozy organise un « Grenelle de la pub »

Contrarié que ses conseillers n’aient pas senti venir cette « trahison », il convoque au Palais deux jeunes femmes en phase avec la réalité du secteur et qui, avec un étudiant de Sciences Po en stage à la présidence, l’aident à « décoder les rouages de ces professions que sont les métiers de la communication, qu’il sait complexes, chargés d’un passé lourd de frustrations et de rancœurs liées à une succession de législations pénalisantes, mais qui pèsent lourd dans l’économie ».

Bienvenue dans un monde sans pub


Les premiers touchés par la disparition de la pub sont les médias. Les radios n’émettent plus que de la musique d’ascenseur, les télés ne vendent plus de temps de cerveau humain disponible. Laurent Joffrin annonce que Libération passe au format bi-hebdomadaire, et prévient même de l’éventualité d’un « feuillet unique imprimé sur papier recyclé ». Les médias étrangers s’empressent de combler le vide en proposant, via Internet, des contenus en français. Les people sont obligés de payer leurs téléphones portables, les vitrines des boutiques se dégarnissent, les rayonnages de supermarchés se vident, l’immobilier est en crise, les théâtres et cinémas baissent le rideau, les Vélib’ sont en panne, les constructeurs auto tirent la langue, les trains restent à quai, les sites d’emploi voient leurs offres se tarir, la formation professionnelle supprime ses programmes... De ricochet en ricochet, « les statistiques de l’ANPE augmentent dangereusement ».

Voilà la thèse centrale du livre de Luc Laurentin : montrer à quel point la pub est étranglée par ses annonceurs -eux-mêmes fébriles dans un marché globalisé- et les centrales d’achat d’espace publicitaire. Notamment en raison de la loi Sapin de 1993, qui a légitimement mis fin aux marges arrières coutumières dans le secteur, mais a aussi affaibli les agences face à leurs clients en supprimant le taux de 15% qu’elles touchaient sur l’achat d’espace publicitaire. Auparavant, le système était bon, mais « ce sont les abus de la profession elle-même qui l’ont condamné », écrit Laurentin.

En discutant avec les trois jeunes professionnels, Sarkozy apprendra que le secteur de la communication pèse « 400 000 emplois directs ou indirects » et « presque 33 milliards d’euros » en France. Ce pan de l’économie se fige du jour au lendemain en raison de la grève de tous les « pubards », du patron d’agence au salarié de base, « dans des métiers où la moyenne des salaires est parmi les plus basses et les statuts de stagiaires non rémunérés sont monnaie courante ». En passant par les free-lance, « une population largement ignorée par les médias, par le gouvernement et par tous les organismes de statistiques qui prétendent prendre le pouls de la vie économique ».

Nicolas Sarkozy finira par organiser un « Grenelle de la pub » qui permettra à la machine de se relancer. Entre-temps, les longues semaines de grève, successivement racontées à travers la subjectivité du Président, de patrons d’agences, de PDG d’annonceurs, de Martin Bouygues, de jeunes professionnels, de Vincent Bolloré ou d’un couple de citoyens « lambda », permettent à l’auteur de brosser un large panorama du secteur. Mais là où un romancier aurait surtout fait vivre son décor et ses personnages, Luc Laurentin privilégie les analyses livrées par ces derniers.

Avec les blogs, les consommateurs ont désormais un contre-pouvoir

Les agences se plaignent :

« On a l’impression que si les annonceurs se rendent compte qu’il y a eu un travail de création, ils n’en reconnaissent pas la valeur ajoutée. Alors que c’est bien celle-ci qui va leur créer de la richesse. [...] Ils ne veulent tout simplement pas rémunérer l’idée. »

Les entreprises, elles, réalisent mal les transformations en cours dans un « grand public de plus en plus divers et insaisissable ». Désormais, le public a son mot à dire :

« [Il a] un droit de réponse, et surtout de critique, que l’entreprise est dans l’incapacité totale de gérer. Résultat, un bon blog peut descendre en flammes une mauvaise publicité ou, mieux, un mauvais produit, même si la publicité est bonne. Et cela ne pardonne pas. Les consommateurs possèdent désormais une redoutable arme de contre-pouvoir. »

En conséquence, l’« impérialisme historique des grandes marques n’a plus court. Elles doivent désormais démontrer en quoi elles sont supérieures ». Ce que savent faire les publicitaires.

Ces derniers, « des saltimbanques qu’on presse comme des citrons », en ont donc marre et font la grève. Peu à peu, toute l’économie est touchée (lire l’encadré).

Sans pub, Paris redevient le « Paris occupé »

La vie quotidienne aussi. A travers Pierre, le citoyen lambda, Laurentin n’oublie pas le changement d’environnement que la fin de la pub occasionne :

« Le seul point positif qu’il avait noté depuis le début de la grève était la réduction de la quantité de papier jetés à terre ou débordant des corbeilles suspendues. »

Pour le reste, Pierre est plutôt morose : le métro est transformé en « paradis des anti-pub », « à croire que la RATP avait “délooké” toutes ses stations en vue d’une reconstitution en vraie grandeur des années noires du Paris occupé ». Les anti-pub, friands de « No Logo », en prennent pour leur grade quand l’auteur laisse parler des publicitaires.

Luc Laurentin va jusqu’à vanter l’apport esthétique de la pub : « La disparition de l’affichage de rue avait suffi à affadir les couleurs des villes, comme si les teintes les plus vives s’étaient effacées d’une palette d’habitude si bigarrée qu’on ne la remarquait même plus ». Du coup, les citadins, qui n’ont plus de radio ou de journaux pour se distraire dans leurs trajets quotidiens, font grise mine.

A la télé, « on se serait cru revenu au temps de la défunte ORTF »

Hors des grandes villes, « à présent qu’avaient disparu les milliers d’affiches de tous formats qui annonçaient invariablement les agglomérations, on se rendait compte combien la campagne avait été mitée et les entrées de villes polluées de manière exagérée par la multitude de panneaux. »

A la télé, si la suppression de la pub est plus confortable pour le télespectateur, « n’était la couleur, on se serait cru revenu au temps de la défunte ORTF ».

Cette époque où la réclame n’avait pas encore envahi la vie quotidienne, Laurentin ne la pleure pas, loin s’en faut. Son livre, qui décrit avec brio les rouages de la communication commerciale et pourquoi sa disparition ralentirait l’économie, échoue à montrer en quoi elle serait irremplaçable. Ce cri d’amour pour la pub ne convertira pas les « anti ».

No Pub, le jour où la pub s’est arrêtée de Luc Laurentin (avec Thierry Piérard) - éditions Eyrolles - 190p. - 18€.

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  • kawouede
    • Posté à 22h23 le 08/11/2008
    • Internaute 27995

    Il existe des moyens de lutter contre l’emprise publicitaire, même au niveau politique
    Lien

  • compte-supprimé
    • Posté à 12h08 le 08/11/2008
    • Internaute 49364
      Haggard

    Un univers tellement cauchemardesque que ça me donne vraiment pas envie de le lire !
    Trop peur...

    Et puis 18€ avec du Sarkozy dedans...Non merci !

    • marsman
      marsman répond à compte-supprimé
      esprit critique
      • Posté à 10h57 le 09/11/2008
      • Internaute 51178
        esprit critique

      HaHa ! Oui, effectivement, merci pour cet article qui va me pousser à aller dans ma librairie préférée pour acheter « No Logo » de Naomi Klein.

      Un jour le peuple attaquera les entreprises d’affichage qui polluent les villes. C’est à la fois moche (pas les mêmes valeurs esthétiques que l’auteur) et tout simplement malsain.

      Quant aux produits eux même... hier j’ai pu apprécier la qualité vraiment médiocre d’un des derniers écrans plats géant. Je ne citerai pas la marque parce que les dalles sont toutes les mêmes. Le rendu d’un bon film était proche d’une mauvaise image de caméscope. J’étais triste pour mes amis qui avaient dépensé une fortune pour un appareil de « MERDE » et me suis dit qu’il y a encore 10 ans, la commercialisation d’un appareil de cette gamme présentant une qualité aussi médiocre aurait été tout simplement impossible. Non seulement la pub crée des faux besoins et rend les gens frustrés et malheureux, mais en plus elle participe à ce que nous achetions la dernière merde du marché...

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 12h59 le 08/11/2008
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Mais ce n’est pas un roman !

    Lien

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 13h00 le 08/11/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l’irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu’occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne.

    Guy Déborde . la Société du Spectrale

    • egide
      egide répond à Numerosix
      Littéral
      • Posté à 17h14 le 09/11/2008
      • Internaute 45067
        Littéral

      Si Guy Debord théorise l’irruption des ressorts libidinaux de la représentation imaginaire de la marchandise et de son intériorisation dans les mentalités, il n’a pas décelé ce qui permettait ce phénomène historique.

      En effet, une partie essentielle de l’imaginaire occidental s’est effondrée entre 1860 et 1960. Ce siècle de brutalités atroces et sans précédent a anéanti le fondement des idéologies politiques nationalistes ou utopiques et celles totalisatrices des religions du livre.

      Cette béance des imagos collectives et individuelles a laissé de la place pour d’autres images identificatoires et rassurantes.

      C’est comme si un Clausewitz de de l’économie avait déclaré :
      La paix, c’est la politique par le moyen de l’économie généralisée.
      Peut-être Von Hayek ? Mais c’est un autrichien pas un prussien.

  • mick69
    • Posté à 20h31 le 08/11/2008
    • Internaute 2907

    Sciences Po, Sciences Pipo

  • kawouede
    • Posté à 22h19 le 08/11/2008
    • Internaute 27995

    A propos de roman et de réduction de la publicité dans nos sociétés
    Lien

  • dulconte
    dulconte
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 22h23 le 08/11/2008
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    relire planète à Gogo de Frederik Pohl

  • amipb
    amipb
    Chef de projet à Barcelone
    • Posté à 22h24 le 08/11/2008
    • Internaute 28823
      Chef de projet à Barcelone

    Une fois le besoin créé, difficile de s’en défaire. Mais si la pub est réellement vitale à l’économie, cela veut dire que notre économie se base uniquement sur de l’affectif et des croyances, choses ô combien éphémères.
    Par ailleurs, il faudrait se poser la question du remplacement des panneaux publicitaires par des arbres, arbustes, fleurs, constructions/peintures/sculptures artistiques pour montrer que oui, finalement, un monde sans pub pourrait être bien plus beau et plus respectueux de ce qui fonde l’être humain : l’empathie et l’émerveillement.

  • Jean-Bauno
    Jean-Bauno
    étudiant
    • Posté à 23h19 le 08/11/2008
    • Internaute 48445
      étudiant

    C’est quand même terrible que cette machine à manipuler nos cerveaux soit devenue un élément incontournable de notre environnement que nous regretterions autant, aparemment, que les arbres si elle venait à disparaitre de notre vue !
    Réduire sa prolifération en régulant son évolution dans notre environnement visuel serait une très bonne initiative avant que celle-ci nous envahisse totalement ! (ce qui est bien avancé ! !)

    Conseil pour les gens qui ne se rendent pas forcément compte de cette polution, lire le livre 99Francs ou voir le film du même nom, ça fait réfléchir !

    Malheureusement on ne pourra jamais se défaire de cette polution, espérons qu’elle ne nous mène pas à du grand n’importe quoi dans son évolution... !

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 00h05 le 09/11/2008
    • Internaute 45067
      Littéral

    Quelques uns des synonymes de publicité :

    réclame, renommée, retentissement, slogan,affichage, annonce, battage, boniment, bourrage, bruit, campagne, diffusion, matraquage, notoriété, propagande

    Tout un programme, en quelque sorte. La publicité est partout. Ce n’est pas le propre de l’information commerciale d’être intrusive.
    C’est le signe d’une marchandisation croissante des personnes mêmes.

    La publicité est en passe de devenir un composant essentiel de nos personnalités.

    Seule une éducation humaniste fondée sur la culture générale et le développement du sens critique, construit la personnalité sur la connaissance de soi, les savoirs et la sensibilité.

    On ne peut que réduire la pensée en se confiant exclusivement à la communication émotionnelle et aux fantasmagories pulsionnelles.

    L’autonomie et l’expertise qu’on exige de nous pour exister socialement et économiquement nous astreignent à des formations longues et très spécialisées pour maitriser les technologies en œuvre dans les entreprises.

    On nous épargne depuis 50 ans les humanités mal considérées parce que n’offrant pas, parait-il, des débouchés !

    L’unique liant qui nous reste pour collaborer efficacement c’est de sentir dans une communauté d’envies et d’affections semblables.

    Et la marchandise est devenue le signe de notre rang hiérarchique, de notre statut social.

    Notre histoire individuelle et sociale est constituée des stimuli provenant des supports médias qui déclenchent nos nostalgies pourvoyeuses de notre passé commun.

    Georges Orwell avait décrit cela dans un magnifique roman prémonitoire :
    Et vive l’Aspidistra ! ( en anglais Keep the aspidistra flying)
    Lien

    Le héros Gordon Comstock a pour passion, l’écriture.
    Renonçant à une carrière d’employé, il vit de petits boulots afin de se consacrer à son œuvre. Ses poèmes ne se vendent pas. Il est vite confronté à la misère.
    Sa rencontre avec une femme l’amènera à travailler pour une agence de publicité où il s’avère très doué pour rédiger des slogans commerciaux convaincants.
    Dilemme.

    L’histoire de ce personnage annonce quasiment la nôtre, à l’insu de notre plein gré.

  • Jackysback
    • Posté à 05h23 le 09/11/2008
    • Internaute 17807

    Ou comment faire de la Pub, pour un roman Pro-Publicité, qui semble d’après cet article se moquer a la fois des gens, de l’écologie et des anti-pub ?

    Mais quelle mouche à piqué cet auteur, comment peut-on dire que l’aggression visuelle des publicités va nous manquer ? Qui as envie de voir en se levant le matin une énième réclame pour un supermarché « moins cher », ou une fille nue dans une position évocatrice, donnant un exemple déplorable aux gamines qui regardent cette publicité en passant, voulant ressembler à cette femme « séduisante » afin de plaire aux autres gamins de l’école ?

    Qui n’as jamais savouré le bonheur d’être perdu dans la montagne, en mer, ou dans un des rares endroits ou ce fléau ne salit pas le champ visuel ?

    Je ne comprend vraiment pas... Même l’argumentation est biaisée, doit on se baser sur les « besoins » hypothétiques du citoyen lambda qui visionne TF1 ?

    Enfin, bref, j’ai déjà assez contribué à cette polémique... je vais aller « rendre » mon petit déjeuner devant le panneau géant du coin de la rue...

    Un citoyen qui en as marre qu’on se foute de nos gueules...

    • amipb
      amipb répond à Jackysback
      Chef de projet à Barcelone
      • Posté à 09h13 le 09/11/2008
      • Internaute 28823
        Chef de projet à Barcelone

      J’approuve totalement, la violence et le dédain de la valeur humaine sont le dénominateur commun des publicités, souvent à portée de regard de nos enfants.
      Je suis contre la censure, mais quand un gamin ou une gamine voit la pub du dernier Mesrine ou Lavazza, qu’est-ce que cela fait rentrer dans son esprit ? Et comment ce livre peut-il passer outre les 99% d’existence de l’humanité sans publicité ?

  • Coragyps Atratus
    Coragyps Atratus
    Dans l'attente du moment propice
    • Posté à 08h13 le 09/11/2008
    • Internaute 37338
      Dans l'attente du moment propice

    Jadis, il y a une centaine d’année, la publicité n’existait pas (c’était la réclame qui n’avait rien à voir avec la pub).
    Ce qui est fou, c’est que nos ancêtres ont survécu à l’absence de publicité.
    Comment ont ils fait ? Comment on-t’il pu survivre sans publicité ? Qu’est ce que l’humanité a dû être triste durant des millénaires sans pub ! ! !

    Et surtout, la grande question est de savoir comment nos ancêtres ont fait pour se passer d’une sommité aussi pertinente que l’auteur de ce livre (Laurentin) ?

    Après les pyramides d’Egypte, le secret de la vie sans pub de nos ancètres ! ! ! !
    .

    • egide
      egide répond à Coragyps Atratus
      Littéral
      • Posté à 10h21 le 09/11/2008
      • Internaute 45067
        Littéral

      Si nos ancêtres vivaient sans publicité, ils ne pouvaient absolument pas se passer de croire en la magie et se livraient compulsivement à des rituels superstitieux.
      Ces fantasmagories les habitaient si profondément qu’elles constituaient une partie de leur être même.
      Toutes proportions gardées, et justes par analogie, la publicité a remplacé partiellement ces pratiques conjuratoires et votives.
      Le passé n’est pas si doré qu’on ne le croit. Seulement les statues et les icônes sont richement parées.

      • marsman
        marsman répond à egide
        esprit critique
        • Posté à 10h41 le 09/11/2008
        • Internaute 51178
          esprit critique

        mouais, quand on voit le nombre de personnes qui se ruent sur l’horoscope, on se dit que le besoin de « sacré » humain dont vous parlez n’est pas rassasié par la seule Publicité. C’est un peu un raccourci.
        Je pense même que le fait d’aller « faire les magasins », et la consommation dans son ensemble, est bien plus emblématique sur ce point.

         
        • egide
          egide répond à marsman
          Littéral
          • Posté à 12h31 le 09/11/2008
          • Internaute 45067
            Littéral

          Sacré et superstition ce n’est pas équivalent.
          Je n’ai pas écrit que la publicité se substituait complètement à la magie.
          D’autres moyens remplacent peu à peu les rituels votifs. Des procédures scientistes et des techniques de manipulations mentales suppléent les anciennes pratiques de sorcellerie.

          Nous avons, du moins pour un moment encore, la liberté d’exercer une critique pour nous protéger de cette information commerciale.

          Par contre, notre nostalgie est déjà associée à des produits audiovisuels qui ne sont que de la publicité sous sa forme la plus aboutie et la moins décelable. Nous commençons de les confondre d’ailleurs avec des objets culturels.

          Au train où va l’industrie de la communication bientôt nous risquons de ne plus distinguer une limite entre marchandise et culture.

          Néanmoins l’échange commercial ne peut se passer de l’information qui renseigne sur les produits et les services qu’il propose.

        1 autres commentaires
    • Sanuk
      Sanuk répond à Coragyps Atratus
      Designer
      • Posté à 12h39 le 09/11/2008
      • Internaute 55474
        Designer

      Il y a une centaine d’année, il n’y avait pas de pub car l’industrie etait encore balbutiante. On allait a l’epicerie au coin de la rue remplir son pot de farine, son pot de lait, etc.
      La reclame puis la pub sont apparues quand les marques industrielles se sont developpees. Sans concurence, pas besoin de pub.

      Si les consommateurs achetaient toujours le produit le moins marketté, le moins cher, ils feraient reculer la pub.
      Mais est-il possible de ne pas etre manipulé par la pub et de ne pas se soumettre a la tentation ?

      Le minimum que l’on puisse faire est d’aller a la coop bio acheter ses cereales dans des grands sacs. A ceux qui pensent que c’est un trip de bobos, je dirais que ca ne coute pas plus cher a la sortie puisqu’on n’est pas tente par acheter tout un tas de ’saloperie’ et qu’en plus, c’est meilleur a la sante.

      C’est a chacun de nous de faire les bons choix.

  • Miju
    Miju
    Photovoltaïcien
    • Posté à 10h53 le 09/11/2008
    • Internaute 28455
      Photovoltaïcien

    « Sarkozy apprendra que le secteur de la communication pèse...“presque 33 milliards d’euros” en France ».

    Traduction : les français fournissent chacun indirectement environ 500 euros chaque année pour la publicité et donc tout ce qui va avec (enlaidissement du paysage, entretien de la société de consommation...)

  • asozial
    asozial
    Bobo reprazent - aus Berlin.
    • Posté à 12h13 le 09/11/2008
    • Internaute 2273
      Bobo reprazent - aus Berlin.

    mais notre société ne peut pas se passer de [publicité | amiante | PCB | OGM | pétrole | cocaïne | tabac | religion | ...]* (* choisir le terme adéquat) puisque bien que nocif pour la majorité de la population, cela permet à une minorité de prospérer aux dépends du reste et de maintenir son contrôle !

    c’est affreux, sans affiches publicitaires, on verrait les panneaux hideux qui polluent nos paysages (plus ou moins, si je ne mettais pas cette eau de cologne bon marché, on sentirait que je ne me suis pas lavé depuis trois semaines !)

    sans publicité, la télévison serait morne et ennuyeuse - comme si elle ne l’était pas déjà, pour les quelques abrutis (au sens littéral) qui la regardent encore - et libé serait réduit à une page - mais c’est déjà plus ou moins son contenu réel une fois débarassé des fioritures inutiles.

    allez, un peu de pub de service public (et vous n’êtes pas obligé de cliquer sur ce lien) > Lien

  • Chou marin
    Chou marin
    sal'bête plein'd'poils
    • Posté à 13h43 le 12/11/2008
    • Internaute 12261
      sal'bête plein'd'poils

    C’est intéressant - l’article et certains commentaires. j’aime moins les commentaires qui proposent des nouvelles sociétés etc. Tout casser pour imposer un nouveau système est une erreur souvent répétée par la race humaine, même avec les meilleures intentions cela revient à de la dictature.
    Selon ce bouquin réaliste je comprends que l’on ne pourrait donc pas se passer des pubs. Pourtant on ne les supporte plus dans leur aggressive et omniprésente prolifération.
    L’idéal serait peut-être de réussir à la limiter dans nos villes, qu’elle ne soit permise qu’en centre commercial et dans les médias ?
    Ainsi ceux qui ne veulent pas de pub (comme moi, j’ai pas de télé depuis 16 ans) pourraient enfin vivre sans. Il suffirait donc de ne pas suivre les médias TV et radio.

    Enfin, il est scientifiquement prouvé que la plupart des pubs sont anxiogènes - à quand une legislation adéquate ?

    • Docteur Panel
      Docteur Panel répond à Chou marin
      Sondologue
      • Posté à 13h36 le 14/11/2008
      • Internaute 43290
        Sondologue

      Pour réagir à ce que vous dites, Chou marin : Ce secteur ressemble beaucoup au seul que je connais, les sondages. J’ai le sentiment que c’est moins d’une limitation quantitative a postériori, que d’une « retenue à la source » (« retenue » au sens du contraire de « incontinence ») qu’il a besoin pour se rendre à nouveau supportable.

      En somme, un retour, par de nouveaux moyens, à la vocation primitive de la publicité : informer subjectivement les gens. C’est à dire, donner un espace à ceux qui ont quelque chose à proposer, pour qu’ils puisse dire ce qu’il font de leur propre point de vue, et le mettre en valeur au sens propre : donner au public visé les moyens d’identifier la valeur que peut représenter un service qu’on se propose de lui rendre.

      C’est ce que font ici-même, sur Rue89, beaucoup de gens qui font de la pub pour leur blog, et qui se considèrent comme anti-pub. Donc le problème c’est pas la publicité, c’est la sincérité du message.

      Je trouve que c’est une impasse de vouloir la supprimer, car qui nous informerait sur ce qui existe et sur ce que ça vaut ? - l’état ? quelques organismes dûment assermentés (et noyautés, comme beaucoup d’organismes censés se préoccuper du bien public) ? Je n’ai pas du tout envie de leur confier la sélection de tous les produits que j’achète ou services axquels j’ai recours. Si c’était ça, on serait tous abonnés au téléphone chez l’ami Bouygues, sur la chaleureuse recommandation de notre pdt Sarkozy !

      Les organismes régulateurs devraient penser les choses sous cet angle-là, et imaginer les solutions pour faire coîncider l’intérêt public et la liberté d’informer sujectivement, plutôt que de laisser faire une prolifération anarchique - presque cancéreuse - de la pub, pour finir par une ablation brutale dans laquelle le remède est pire que le mal... On arrive même, à la télé en janvier prochain, à faire les 2 à la fois : prolifération sur les chaînes privées, ablation sur France Télévisions !

       

       

  • LilaB
    LilaB
    chef de projet
    • Posté à 16h28 le 12/11/2008
    • Internaute 58513
      chef de projet

    J’ai découvert la sortie de ce livre sur le Blog du Jour sans Pub : Lien

    N’ayant pas lu le livre, j’ai émis des réserves lors de mes commentaires.
    Néanmoins, un doute subsiste, l’espace de parole du consommateur semble infime.

    Alors oui, on évoque leur contre pouvoir vià des blogs (à l’aube du 3.0, ce n’est pas une révélation !).
    Et pour les médias dits classiques : TV, radio, presse, cinema ?
    La réponse des 2 auteurs à la dépollution semble être apportée, par l’évocation de ++ de créativité…
    Je trouve que cette piste du pouvoir financier de la publicité assez maladroite, pour 2 raisons :
    1- Il tend le bâton pour nous faire battre.
    2- ce livre ne s’adresse pas au grand public, mais aux pontes de la pub qui font leur petite cuisine.

    Enfin quoi qu’il en soit, cet ouvrage, quand bien même s’appuie sur des études et des recherches, n’en reste pas moins qu’une fiction, et je privilège l’action, en m’engageant : Lien

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h49 le 13/11/2008
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Planète à gogos, de Frederik Pohl et Cyril Kornbluth.
    Ca c’est un vrai roman sur le sujet.

  • Luc Laurentin
    Luc Laurentin
    Publicitaire
    • Posté à 11h08 le 14/11/2008
    • Internaute 58709
      Publicitaire

    Puisque mon nom se trouve sur la couverture du livre, je me permets d’intervenir ici. Non pas pour tenter de convaincre les intervenants de Rue 89 ou galvaniser quiconque, mais pour vous inviter, quelle que soit votre opinion sur la publicité (voire sur la communication en général), à venir en débattre sur nopubnoblog.fr. Parce que, après tout, le but véritable de « No Pub » est bien là : échanger des points de vue sur une question bien plus vaste qu’il n’y paraît, et qui nous concerne tous, professionnels ou consommateurs, quoi qu’on en pense – et même si on n’en pense rien… À bientôt j’espère.