Hortefeux, Amara, Vichy, la Marseillaise. Des rapprochements lourds de sens pour la conférence européenne sur l'immigration qui vient de s'achever. Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale exprime son « ras le bol de cette histoire du passé » et souhaite débaptiser le « régime de Vichy » en « régime de Pétain ». Le désir de réécriture de l'histoire est décidément prégnant dans cette majorité. Il enverrait aux oubliettes l'épisode de la Collaboration, de Papon, du Vel » d'Hiv« ou de Beaune-la-Rolande, n'a sans doute guère de chance de se concrétiser. Pour l'instant.
Au sein d'une Europe qui se referme sur elle-même, où la xénophobie ne fait plus honte, Hortefeux s'est montré soucieux de sensibiliser les nouveaux immigrants, du moins ceux qui auront réussi à passer entre les mailles des filets administratifs et policiers, aux “valeurs de la France”. Et les valeurs de la France, à défaut de pouvoir les définir de façon concrète et positive, Hortefeux les trouve d'abord dans les symboles nationaux. Tout nouvel immigrant désireux de fouler le sol sacré de la patrie, devrait “apprendre les valeurs de la Marseillaise” (Libé, 04/11/2008). Une formule sans cesse ressassée par les adorateurs de la grande déesse nationale mais dont il faut bien convenir qu'elle ne signifie pas grand chose.
S'il est légitime de demander à des individus vivant en société de respecter les lois et les règles habituelles de bon voisinage ou de payer leurs impôts, on ne voit pas pourquoi il faudrait en plus exiger d'eux qu'ils se conforment à de bien hypothétiques “valeurs nationales”. L'identité nationale est sans doute la notion la plus confuse, la plus embrouillée qui soit, au point que, parmi ses défenseurs, personne n'a jamais été en mesure d'en donner une définition cohérente.
Pourquoi faudrait-il que tous les individus nés d'un côté de la frontière, qui n'est jamais qu'un pointillé sur une carte, vagabondant au gré des événements du passé, se sentent une identité commune et exclusive qui les distinguerait de leurs voisins de l'autre côté du pointillé ? C'est un mystère insondable -qui relève de la foi plus que de la raison- que cette croyance nationale qui conduit aux pires divagations comme les guerres nationales où l'on pousse des millions d'êtres humains à mourir pour rien, tout en leur faisant croire qu'on mourait “pour la patrie”.
L'identité nationale a-t-elle besoin de la Justice ?
Il faut d'ailleurs croire que l'identité nationale est un concept bien fragile pour que seule la menace judiciaire puisse la protéger de critiques pourtant légitimes en démocratie : le délit d'“outrage à symboles nationaux”, intégré en 2003 à la loi dite de “sécurité intérieure” ( ! ), passible de six mois d'emprisonnement et de 6500 euros d'amende, est une sorte d'extravagance pénale contraire aux Droits de l'homme et à la plus élémentaire des libertés d'expression.
En imposant par la force une croyance irrationnelle commune, mystique plus que politique, ce délit réactive le crime de blasphème du passé : sous l'Ancien Régime, on tranchait la langue du mécréant. La république qui, face à d'autres symboles, comme le voile sur la tête d'une jeune fille, affiche pourtant une laïcité intransigeante et exacerbée, semble ici, avec la dévotion aux symboles nationaux, avoir hérité de la religion sa plus mauvaise part : la morale officielle, la morale d'état.
Le rapprochement entre symboles nationaux et symboles religieux se retrouve jusque dans le langage abscons, brumeux dont ils usent : par exemple, on est consterné d'entendre dans les écoles de tout jeunes enfants s'époumoner sur “le sang impur qui abreuve les sillons” ou “l'étendard sanglant est levé”, paroles tout à la fois ridicules et vides de sens mais odieuses par leur brutalité.
Pendant longtemps, les chrétiens chantaient et priaient en latin dans les églises, sans rien y comprendre le plus souvent, avant que les autorités ecclésiastiques se rendent compte que la simple obéissance aux rituels ne faisait pas forcément de bons chrétiens. Les autorités laïques, elles, n'ont toujours pas pris conscience que la citoyenneté ne se ramenait pas à la dévotion aux symboles nationaux.
La Marseillaise… et les rafles ?
D'une certaine façon, la fixation des politiques sur la Marseillaise, rattachée -comme on l'a vu à Vichy- à des préoccupations de contrôle des flux migratoires, renvoie à l'épisode récent du Stade de France et donne toute leur légitimité aux bordées de sifflets contre l'hymne national. Car si l'identité nationale se ramène à partager des “valeurs” communes, à travers leurs symboles, avec un ministre qui utilise la force, les rafles et les camps pour les promouvoir, leur contestation paraît alors fondée et même juste.
A Vichy, Fadela Amara était très présente aux côtés de Hortefeux. Ne dit-on pas qu'ils vont désormais “main dans la main” (France-Soir, 23/08/2008) ? Or, dans le concert assourdissant de condamnations qui ont suivi l'épisode du Stade de France, la secrétaire d'état à la Ville ne fut pas la moins virulente, la moins brutale, promettant -on s'en souvient- “sanctions et justice exemplaire” contre les auteurs des sifflets, menace assortie d'un inquiétant “pas de pitié pour ces gens-là” (Libération, 17/10/2008).
“Ces gens-là” ont dû apprécier à sa juste valeur comment un symbole national peut se tourner en outil de stigmatisation à l'encontre de toute une catégorie de population, stigmatisation d'autant plus mal venue quand elle est le fait de politiciens eux-mêmes issus de l'immigration, comme s'ils avaient des gages à donner par une indignation immodérée. Pour Amara et les mouvements antiracistes qui se sont lancés imprudemment dans la bataille, la Marseillaise serait ainsi comme une sorte de savonnette à immigrés.
Hortefeux, Amara, Vichy, la Marseillaise ou les apparentements terribles. En entretenant la confusion malhonnête entre les principes permettant de vivre ensemble et qui fondent la citoyenneté et la croyance mystique dans ce concept obsolète qu'est l'identité nationale, on ne se donne pas les moyens d'aborder avec confiance les questions migratoires, encore moins celles de la ville et des banlieues.





















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à Ouko
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 20H25 | 08/11/2008 |
Je sais qu'il fait un temps pourri, mais je suis obligé de décliner ton invitation à ta soirée vidéo.
Tu sais tes photos de famille , tes décorations achetées à la brocante et tes petits soldats de plomb rangés sur le buffet en formica, ce n'est pas ma tasse de thé à la menthe.
Je te souhaite une bonne soirée priapique à écouter tes chants patriotiques.
Personnellement, je sors, je vais à un concert de musique françaiiiiise !
Deux belles femmes , Loane (www.myspace.com/loane ) et ensuite Marie Modiano (www.myspace.com/mariemodiano ), avec lesquelles j'aurai plaisir de prendre un verre, loin de tes provocations de petit bras.
à Charles Mouloud
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 20H56 | 08/11/2008 |
Encore vivant, Charles ? Parce que Koko nous avait affirmé que tu étais pulvérisé, alors tu penses, vu la qualité de la source, nous étions inquiets !
à Charles Mouloud
De parti
punishment park | 22H17 | 08/11/2008 |
marie modiano…tu la bises (mais pas trop fort) de ma part…
à parti
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 12H37 | 09/11/2008 |
Salut lamorille,
Trop tard…
En tout cas , elle est plus sympa que le Ouko !
à Charles Mouloud
De jissé
Ingé retraité | 08H51 | 09/11/2008 |
Charles
Bonjour.
« La Marseillaise » c'est bien cette chanson de Gainsbourg interprêtée devant un public de parachutistes au garde-à-vous ?
Cordial bon dimanche.
Jissé
à jissé
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 14H49 | 09/11/2008 |
Toutafé, et si mes souvenirs sont bons, les « Wailers », les zicos de feu Bob Marley qui l'accompagnaient, ont eus un peu les j'tons devant les bipèdes à rangers.Ils n'ont pas joué, et Gainsbourg l'a fait a capella.
Classieux !
De Bardamu
difficile | 15H41 | 08/11/2008 |
Rien de nouveau sous le soleil, toujours le même négationnisme, le même inexistentialisme : l'identité française ça n'existe pas, il y a juste un tas informe de gens qui se sont retrouvés comme ça sur un territoire au bout de l'Europe, un beau matin…
C'est lassant.
Vous écrivez : « L'identité nationale est sans doute la notion la plus confuse, la plus embrouillée qui soit, au point que, parmi ses défenseurs, personne n'a jamais été en mesure d'en donner une définition cohérente. »
La belle affaire ! Si je remplace « identité nationale » dans votre phrase pas « culture », par « justice », par « bonheur », par « amour », j'obtiens le même résultat : impossible d'avoir une définition claire de ces concepts. Parce qu'il s'agit de concepts et pas d'objets mathématiques !
Faut-il pour autant s'interdire de parler de culture, de justice, de bonheur ou d'amour ?
Non. de la même façon, il est possible de parler d'identité nationale, d'accorder qu'il y a un peuple français qui a une profondeur historique, un certain art de vivre ensemble, une littérature, une gastronomie,etc., sans pour autant emboucher le clairon de Déroulède…
à Bardamu
De parti
punishment park | 16H52 | 08/11/2008 |
t'es d'un lassant bardatruc…tu nous expliques l'inexistentialisme…tu l'as piquée où cette notion ?
à Bardamu
De asozial
aus Berlin | 14H50 | 09/11/2008 |
certe, mais « culture », « justice », « amour », « bonheur » m'inspirent, me parlent, me touchent, je peux en envisager les bénéfices pour moi et pour les autres, en revanche « identité nationale » n'a aucune signification, je n'y vois que le fondement d'une exclusion de l'autre. et je ne vois donc pas pourquoi quelqu'un aurait le droit de m'imposer cela, à moi ou mes enfants.
l'histoire nous apprend que tes les pouvoirs ayant mis en avant le patriotisme ou l'identité nationale y ont trouvé les germes du totalitarisme, dont les victimes n'ont pas été que les non-nationaux, loin s'en faut.
que certains n'aient rien de plus intéressant dans la vie à faire que d'être fiers d'être ce qu'ils sont parce qu'ils le sont, tant pis pour eux et qu'ils se le garde pour eux - moi je suis adepte du tango argentin, je n'ai pas spécialement envie que mettre dans des camps ceux qui préfèrent la bourrée auvergnate.
à asozial
De Bardamu
difficile | 22H15 | 09/11/2008 |
C'est évidemment tout le contraire.
L'identité nationale permet à des gens d'origines disparates de se concevoir comme ayant un destin commun. Voilà à quoi ça sert. C'est tout simplement une condition du lien social dans un Etat-Nation.
Evidemment être citoyen du monde serait mieux, mais voilà, le cosmopolitisme reste un voeu pieux.
De plus, remarquons l'absurdité qu'il y a à reprocher aux Français de ne pas assez considérer les « issus de » comme des Français « comme les autres », et ensuite s'empresser de démontrer que la France n'existe pas, et que les Français sont une pure vue de l'esprit !
Du côté immigré, pourquoi avoir envie de faire partie d'un ensemble dont la bienpensance nous martèle à l'envi qu'il n'est qu'un ensemble vide ?
Le résultat de ce déni d'identité est que les immigrés préfèrent se retourner vers leurs identités d'origine, qui, elles, restent évidemment très fortes.
Et c'est ainsi qu'on fabrique du communautarisme.
à Bardamu
De asozial
aus Berlin | 23H48 | 11/11/2008 |
étant moi-même immigré (mais comme je suis blanc on dit expatrié, n'est-ce pas), et d'une famille en partie issue de l'immigration, je peux te dire que je me contrefous de mon « identité nationale » passée, actuelle et future et de celle de ceux qui m'entourent… le concept même m'échappe.
mon destin commun comme tu le dis - formule intéressante - est forcément avec tout le monde, où mettre la frontière excluant ceux qui n'en seraient pas ?
De éternellerebelle
enragée ! | 16H37 | 08/11/2008 |
14 18 ,Verdun ,un charnier immonde,des centaines de milliers de jeunes morts ,une propagande intensive
Jaurés assassiné alors que pacifiste il essayait de fédérer les travailleurs allemands et français contre la tragédie annoncée
et ils allaient à la mort la fleur au fusil,et quand les fraternisations ,mutineries ont débuté,ce fût le peleton
d'execution ! ,
et pour le malheur de la France des généraux survivants,dont Pétain chef de la collaboration,qui remit cela en juillet1940,adoubé par une droite déjà fasciste,et des socialistes (170 parlementaires sur 700 votants vaincus sans combat
La seule guerre qu'il aurait fallu faire ,c'est celle
pour sauver la répubique d'Espagne,
et peut'étre empécher hitler et les nazis de vitrifier des millions d'humains,mais Blum en fût empéché par une droite,qui n'ayant pas digéré le front populaire,à préféré le fascisme
A présent la France ,3 éme vendeur d'armes ,fait la guerre par procuration,armant tous les dictateurs d'Afrique et d'ailleurs,
La vente d'armes est un bon job,et c'est l'essentiel.
le reste,les civils affamés,fuyant les massacres et la misére,ce sont dans le jargon des militaires : des dommages collatéraux ! l'Europe avec à sa téte Sarkosy
se barricade .
Alors ,la marseillaise ,,méme en réggaie à la Gainsbourg
bof bof ….
Trop de morts,trop de marchands d'armes ,trop de mensonges
à éternellerebelle
De Ouko
Citoyen réinformateur ..... | 17H39 | 08/11/2008 |
réponse à l'éternelle …
La guerre de 14 18 a été fort utile , pour récupérer nos territoires perdus…
Mais ce sont les hommes qui font la guerre …
Cette guerre est un exemple formidable de courage pour notre jeunesse bien tendre , polluée par les idées méprisables et suicidaires de cette gauche décadente altermondialiste…..
Notre jeunesse se doit d'être avant tout nationaliste et patriotique , par respect pour nos anciens ..
Tout ceci n'est pas discutable .
point barre.
cqfd
à Ouko
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 20H06 | 08/11/2008 |
Notre jeunesse se doit d'être avant tout nationaliste et patriotique , par respect pour nos anciens ..
Tout ceci n'est pas discutable .
point barre.
cqfd
Effectivement, ce « cqfd » s'imposait une fois de plus. La prochaine fois, mes petits amis, nous étudierons le sens du verbe « démontrer », mais pour l'heure, nous ne voulons que souligner le caractère incomplet de l'affirmation La guerre de 14 18 a été fort utile , pour récupérer nos territoires perdus…, à laquelle il manque, pour le moins, « et pour préparer celle de 39-45 ».
à compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
De Mon-Al
roturière :-) | 20H15 | 08/11/2008 |
Nom pas déjà pris|néant : ne nous sommes-nous pas déjà rencontrés ?
à Mon-Al
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 20H20 | 08/11/2008 |
Rencontrées, Mon-Al, mais si : : -)).
à compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
De jissé
Ingé retraité | 09H32 | 09/11/2008 |
Bonjour Nom pas.
Pour faire plaisir au « patriote », c'était pas tjrs des « blancs-de-blancs » en premières lignes ..
Fort cordialement.
Jissé
à jissé
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 10H41 | 09/11/2008 |
Merci Jissé. Un peu dur le matin - note que le soir, ç'aurait été pareil - mais il fallait, semble-t-il, et il est à craindre qu'il faudra encore à l'avenir, que cela soit rappelé.
à jissé
De Mon-Al
roturière :-) | 11H28 | 09/11/2008 |
Merci Jissé, c'est dur .. Je fais suite le lien à mon fils pour qu'il montre çà au sien … afin que nul n'oublie …
à jissé
De mechante langue
12H16 | 09/11/2008 |
C'est censé montrer quoi ?
à mechante langue
De Mon-Al
roturière :-) | 12H22 | 09/11/2008 |
.
.
Chacun de normalement constitué aura compris le sens de cette vidéo … et votre réponse montre que vous n'êtes pas grand chose de bien intéressant … je n'en mets pas plus - gare à la censure - mais les qualificatifs qui pourraient vous être attribués ne manquent pas.
à mechante langue
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 13H16 | 09/11/2008 |
« L'utilité » de la guerre de 14. Suivez donc un peu.
à Ouko
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 11H32 | 09/11/2008 |
Dans le domaine de la c..ie cynique, Ouko est rendu au fond de la piscine, et il creuse. Guerre utile ? Aux profiteurs, oui. Quant au courage des poilus, indéniable, ils furent bien les seuls à en avoir. Pas comme tous les planqués de l'arrière que plus va-t-en guerre qu'eux à la Déroulède et à la Ouko, yavait pas.
« Le Onze Novembre. Avec les écoliers rassemblés sous le monument aux morts, écharpe à ras ton nez rougi, touillant du bout de la galoche le gravier gris du cimetière, dans le silence des regards baissés, tu entendais sans bien comprendre le clairon corner lentement la lugubre sonnerie “ Aux Morts ”. Ce monument couvert de noms en colonnes, sagement gravés au sang (et pourquoi parlait-il d'enfants morts, il y avait là comme une antinomie ; tu l'aurais peut-être comprise si tu avais su qu'avant de mourir, ils criaient parfois maman). Ce monument ceint de quatre obscènes obus liés par d'énormes chaînes marronnasses, montrant une mère muette les yeux dans les mains, tête penchée sur le cadavre de son petit soldat de bois mort couché raide en sa capote de pioupiou. Ce monument entouré d'hommes au regard fixe pour ne pas être perdu, jeunes alors, qui vieilliraient à la même place, un peu ridicules d'encore cacher leurs larmes derrière une moustache tremblante face à des gens dont l'indifférence polie croîtrait avec le temps, allant jusqu'à les supposer responsables d'une guerre qu'ils avaient faite malgré eux. Ils portaient des médailles forgées du métal qui avait tué leurs frères de la boue. Ils portaient des drapeaux dont le rouge rappelait leurs pantalons garance, qui fournirent si belles cibles aux balles ennemies et si bon argent aux filatures de l'arrière. Ils portaient l'auréole d'une gloire tressée par des pouvoirs soulagés de ne pas devoir rendre aux morts des comptes de l'ignominie qui avait brisé leur jeunesse, brisé celle de leurs amours statufiées en éternelles veuves de guerre, brisé la vieillesse de leurs parents soudain orphelins, brisé l'enfance de leurs petits condamnés à grandir sans la force d'un père.
Tu les voyais agrippant des drapeaux, coiffés de calots que l'âge ferait glisser de traviole, le bras confisqué par un obus, le visage haché par un éclat de mitraille, la jambe égarée quelque part dans un champ pourri des Ardennes, dans ces forêts dont les arbres de maintenant ont pour sève le sang des morts de jadis, dans ces pays de cauchemar ouverts à tous vents d'invasion et crevés d'âge en âge par des hordes accourues de l'Est. Mais si le corps se tenait là devant toi, droit comme un if, ou appuyé sur un pilon, ou pire voituré par un proche, l'âme courait toujours cette terre de déraison, Côte de l'Homme Mort ou Chemin des Dames - beau nom pour le plaisir - et l'horreur qu'ils y trouvèrent.
Un jour tu vis une carte postale : le petit Pierre à genoux dans son blanc lit-cage, chemise aux plis sages, yeux clairs pointés au ciel, priant Dieu que Papa soldat revienne. (Celui-ci, en surimpression de la bercelonnette, la moustache bien lissée, lisait attendri une lettre de la mère sur fond de verdure mirlitonnante - alors qu'il pataugeait dans l'indescriptible). Bon sang, ce n'était pas à Lui de l'exaucer, mais à Guillaume, à Joffre, à Nivelle, à tous les autres, à toutes les badernes, à toutes les bedaines galonnées qui auraient été trop lourdes pour jaillir des tranchées, trop raides pour courir sous les rafales, trop délicates pour dormir sur la merde des feuillées ! Oh, rendre les pères, ils le firent. Dans un cercueil. Quand on le put.
Tu t'étonnais de ce voisin dont le seul aliment était du lait : l'ypérite ne t'aurait rien dit. Son régime dura dix ans. Tu ne vis pas cette voisine, apprenant la disparition de l'aimé, glisser avec son sourire l'avis de décès sous une pile de draps, que l'un et l'autre n'en ressortent jamais (d'ailleurs, l'avait-elle vraiment reçu). Ni celui-là, arrêtant le travail un certain jour de l'année, non pour le repos mais par incapacité d'affronter autrement qu'à l'écart l'anniversaire de son innommable à lui, ainsi le chat s'isole quand il va mal. Le seul à te faire rire fut la forte tête qui, attendant vainement un ruban mérité, jurait de le refiler à son chien. Le jour enfin venu, il n'eut pas cette audace, s'en voulut, et cessa de plaisanter. Tu ne compris que bien plus tard le silence des hommes du village ou de la famille dès qu'on évoquait La Guerre, dont tu n'avais eu d'échos qu'assourdis : murés dans la douleur, déchirés entre le désir de chasser encore les ombres revenant chaque nuit et la peur de perdre à nouveau leurs voisins de souffrance, taraudés par l'idée que nul ne pouvait comprendre, et qu'au fond, tout le monde s'en foutait. Tu ne les entendras jamais parler des mutins de 1917, ni eux ni personne, d'ailleurs, qui le sut. Ceux-là, morts pour tous, morts pour rien. Pour rien ? Non, pour l'honneur des ganaches. Toute cette armée en gris sale dont tu ne découvris que bien plus tard l'immensité, tous ces hommes si nombreux et si seuls, la Grande Muette en avait fait des infirmes. Et surtout, des muets. »
Tu as de la chance que les morts ne reviennent pas, Ouko. Sinon, nos anciens, ils te choperaient et te feraient monter devant eux à l'assaut des baïonnettes d'en face.
De sinclair
17H20 | 08/11/2008 |
Merci a l'auteur pour cet article auquel rien n'est a ajouter.
Dommage que tant de troll interviennent pour y déverser leur haine de l'autre.
De athénaïs
18H48 | 08/11/2008 |
Lisez vous sinehebdo ?
Faites le car ainsi vous pouriez découvrir par exemple qu'amara a créé une nouvelle association qui s'appelle « ni pute »
….c'est très drôle j'adore sine
De compte supprimé14
19H14 | 08/11/2008 |
@rue89
Vous aviez déjà subi une attaque de trolls il y a quelques mois. Vous ne pouvez rien faire cette fois ?
à compte supprimé14
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 20H09 | 08/11/2008 |
Mais ça fait des lecteurs en plus…
Et puis, laissez nous nos trolls, que voulez-vous, à force on s'attache à ces petits insectes là… c'est comme les cafards ou les araignées…
Je peux pas dire les rats, parce que les rats sont des animaux intelligents, eux…
à eelisa
De parti
punishment park | 21H21 | 08/11/2008 |
moi j'aime bien les araignées…quant aux autres oukon-langue de pâté pas frais…ce ne sont que des serpillères…sinces en charentais…de ceux qui se prennent pour la grenouille qui se voulait…et puis boom…
à parti
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 22H28 | 08/11/2008 |
salut lamorille ! moi aussi j'aime bien les araignées ! mais pas trop les grenouilles ! bises à plus !
à eelisa
De parti
punishment park | 01H03 | 09/11/2008 |
'soir eelisa…demain je me fais et des huîtres et des cuisses de grenouilles…
mille doux rêves…