L'edito

Obama sera-t-il l'accoucheur d'un nouveau monde post-américain ?

Ne boudons pas notre plaisir, les bonnes nouvelles sont assez rares en ce moment. Nous, c'est-à-dire la quasi-totalité du reste du monde qui redoutait de ne pas être suivie dans sa passion pour Barack Obama par les électeurs américains à l'heure du choix.

Pour une fois, donc, les Américains sont en phase avec le reste du monde. Ou plutôt l'inverse puisque c'est quand même eux qui ont voté…

Barack Obama a séduit par sa jeunesse, son charisme, son parcours personnel et son métissage. Il a su inspirer et donner espoir à un moment de crise et de rupture. Il a incarné l'avenir quand son concurrent septuagénaire avait un parfum de XXe siècle un peu rance. Il a ringardisé des bataillons de politiciens qui sonnent faux, et porté de manière positive la question du dépassement de la question raciale aux Etats-Unis et partout ailleurs.

Le candidat démocrate aura réussi le tour de force de réunir sur sa personnalité une majorité d'Américains, mais aussi, incontestablement, une majorité plus grande encore de citoyens du reste du monde, qui a « voté » moralement pour lui.

C'est peu dire que le nouveau président-élu a suscité une attente énorme. Pour les Américains, la priorité est l'état de leur économie, qui fut le sujet numéro un de la campagne électorale. Mais dans le reste du monde, il est aussi attendu sur la rupture promise avec l'ère Bush, sans doute l'une des plus désastreuses de l'histoire américaine.

Sauf à être déçu, il ne faudra pas s'attendre à des changements brutaux, pas de retrait immédiat d'Irak, et encore moins d'Afghanistan, les deux fronts sur lesquels l'armée américaine est embourbée durablement.

Mais un président des Etats-Unis qui mettrait fin à l'unilatéralisme messianique du clan Bush, au manichéisme et à l'arrogance, au mensonge et à la paranoïa, qui prendrait le monde tel qu'il est pour renconstruire une gouvernance en crise, serait une heureuse nouvelle. Pour le monde entier.

Un tel programme minimum ferait de Barack Obama l'accoucheur d'un monde « post-américain », selon la formule de l'analyste Fareed Zakaria. Au soir de l'élection, on peut encore espérer, ou rêver.

Pierre Haski

11 commentaires sélectionnés

Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud

Bras gauche de la Vénus de Millau | 06H40 | 05/11/2008 | Permalien

Good morning America !

Portrait de daniel

De daniel

07H50 | 05/11/2008 | Permalien

Bravo aux Américains, qui prouvent une fois de plus qu'ils sont une grande démocratie. Ils tournent sans regret la page Bush (encore qu'il parait qu'il y en a un autre présidentiable).
C'est une vraie leçon au monde entier, même si il ne faut pas s'attendre à des changements brutaux, comme il l'a dit dans son discours, c'est le rêve Américian tel qu'on l'imagine au cinéma.

Il est clair que la gouvernance va être différente les décisions ne seront pas présentées avec des mensonges et Obama assure qu'il écoutera tout le monde. Ca va faire du bien au monde : arrêter les délocalisations, encourager les économies vertes : j'attend cela avec impatientce et un brin de septicisme.

Une pensée également pour l'Afrique qui doit être fière malgré tout ce qui se passe en ce même moment. Cet élection est je pense un immense message d'espoir pour tout le continent.

Portrait de Jonas2

De Jonas2

Les mouches ne me trouveront pas as... | 08H17 | 05/11/2008 | Permalien

J'ai mon anti-américanisme primaire qui est en train de fondre comme neige au soleil.

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 08H25 | 05/11/2008 | Permalien

Et pourtant si, les Etasuniens sont enfin en phase avec le reste du monde : ils ont enfin vomi Bush !

D'une certaine manière, l'aspect racial de cette victoire d'Obama en dit surtout long sur nous : que la victoire d'un Noir constitue à ce point un événement (et sans aucun doute, c'en est effectivement un ! ) rend surtout manifestes nos propres limites. De ce point de vue, Obama est peut-être avant tout le réceptacle de nos fantasmes. Mais néanmoins c'est vrai, c'est une victoire pour tous ceux qui ont lutté et qui luttent encore contre le racisme, et il faudrait être stupide pour ne pas s'en réjouir.

Sur le plan strictement politique, nous sommes un peu plus dans le brouillard. Pas de rupture : et pourquoi pas une rupture ? La défaite de Bush sera accomplie quand les deux Patriot Acts seront abolis pour revenir à un état de droit plus conforme aux critères ordinaires, quand les détenus de Guantanamo seront livrés à la justice ordinaire : voilà deux points sur lesquels une rupture me paraît non seulement souhaitable, mais surtout assez facile à réaliser… et qui en diraient long sur le visage qu'Obama souhaite aux Etats-Unis.

Autre inflexion attendue, que fera Obama sur la question du Moyen-Orient ? Pour le coup, sur cette question, il ne s'agit pas d'espérer une quelconque rupture, mais une inflexion sensible par rapport au laisser-faire de Bush serait évidemment bien venue, surtout si Israël élit effectivement Netannyahou.

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 08H31 | 05/11/2008 | Permalien

Étant donné le président sortant,

on ne peut que comprendre (et apprécier ? ) la liesse quasi-mondiale de cette victoire

mais pour autant, il ne faut pas s'attendre à une révolution, enfin, on verra bien….

http://kprodukt.blogspot.com

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 08H43 | 05/11/2008 | Permalien

Barack Obama est le premier homme de couleur à devenir Président des Etats-Unis. Rien que cela est historique. Il est jeune, il incarne le changement, cela rassure sur le voeu des Etats-Unis de se projeter dans l'avenir plutôt que de s'enfermer dans le passé que symbolisait Mc Cain.
Maintenant, rappelons-nous qu'Obama doit d'abord sa victoire à une volonté et une ténacité qui sont précisément ce qui plaisent aux Américains, qui aiment tant les success stories. Il a raconté l'histoire d'un petit Noir qui, à force de courage et de travail, est devenu Président de la première puissance du monde (pour l'instant). Il se voulait symbolique : si je l'ai pu, vous le pouvez, nous le pouvons tous. « Yes we can » a été le tube du printemps, de l'été et de l'automne ; en politique comme en variété, il faut toujours un refrain qui marche. En fait, Obama a joué du phénomène d'identification, par lequel des gens modestes, à travers lui, ont voté pour leurs espoirs d'ascension sociale. Autant dire qu'ils ont voté pour eux. Barack Obama a gagné parce qu'il connaît la politique et sait en user. « Yes we can » voulait dire « Yes I can ». Avec le respect qu'on lui doit, sa victoire est celle d'un storyteller de plus.
Il a rassemblé, c'est tout à son honneur, au sein de son propre pays et au-delà. Il suscite des phénomènes divers d'identification : parce qu'il est d'origine africaine, parce qu'il est, quand-même, issu en partie de la race blanche, parce qu'il a été en partie éduqué dans le monde musulman, parce qu'il est de culture et de mentalité occidentales. Bref, Obama ratisse large.
C'est peut-être là le problème. Obama a rassemblé sur son nom des tendances très diverses. A-t-il été élu parce que des gens divers se reconnaissaient en lui, ou parce qu'ils espéraient le voir dépasser, transcender ces diversités ? Poser la question est déjà une manière d'y répondre. Tout le monde aime Obama, mais chacun a son Obama.
Obama a beaucoup promis. Il est l'objet, dans son pays et dans le reste du monde, d'une attente gigantesque qui implique une pression au-delà de l'échelle humaine. Plus encore depuis cette crise, pour laquelle le monde le charge d'être ce que fut Roosevelt après 1929. Il incarne beaucoup de promesses, y compris celles qu'il n'a pas faites. Pourra-t-il tenir ?

Portrait de l écrevisse

De l écrevisse

09H00 | 05/11/2008 | Permalien

Holà, on se calme !
Il est quand même étrange de voir autant de gents s'extasier devant l'élection d'Obama, les même qui n'en rate pas une pour cracher sur Sarko.
Politiquement ces deux personnes son du même bord, ce sont deux libéraux pur et dur !
C'est vrais qu'être un libéral au états-unis c'est progressiste mais çà reste libéral, les idées des liberaux Americains sont cuasi les même que celle de l'UMP, d'ailleurs (et ce n'est pas entonnant) l'UMP et Sarko soutiennent Obama !
Ne croyez pas Palin : Obama n'est pas un socialiste, et si il ne s'était pas (comme le dis très bien Nader)vendu au grandes entreprises, il ne serait sans doute jamais arrivé la ou il est aujourd'hui.
L'élection d'hier prouve une fois de plus que l'Amérique est une ploutocratie, il y a de forte chance que si le budget de campagne d'Obama n'avait pas été aussi colossale, il n'aurait pas été élu ou du moins pas aussi facilement.
C'est souvent celui qui paye le plus qui est élu au États-Unis, bref celui qui plait le plus aux entreprises qui finances la campagne… donc JAMAIS un homme de gauche !
Et enfin il serait quand même temps qu'on arrête d'admirer le « rêve » américain, « rêve » qui aurais soit disant permis a Obama d'arriver la ou il est aujourd'hui, je lis les commentaires et remarque que beaucoup d'entre vous espérent une telle mobilité sociale en Europe et en France et bien j'aimerais vous rappeler que selon un rapport de l'OCDE (ce ne sont pas des trotskystes rassurez vous)la mobilité sociale est encore moins grande aux Etats-Unis qu'en Europe. Quand un père se situe dans le groupe des 20% d'Américains les plus pauvres, il y a 40% de chances que son fils n'arrive pas à faire mieux. Au Danemark et au Royaume-Uni, les proportions respectives sont de 25% et de moins de 30% .
Voila bien a vous tous.

Portrait de Jana

De Jana

bretonne en Normandie | 09H11 | 05/11/2008 | Permalien

« Ne boudons pas notre plaisir » effectivement Pierre.

Même si dans cette campagne des problèmes importants, pour les USA, et pour le monde ont été à peine effleurés..

Yes ! we can ! ici aussi, qu'y a t-il de possible ?

J'ai trouvé John McCain « élégant » en disant qu'il avait de l'admiration pour celui qui avait su susciter de l'espoir…

Portrait de Tinhinane

De Tinhinane

Médiatrice scientifique | 09H39 | 05/11/2008 | Permalien

Je ne laisserai rien gâcher ma journée d'aujourd'hui. Une bouffée d'espoir avec un homme et un peuple qui dit NOUS POUVONS.

Portrait de quetzal2012

De quetzal2012

enseignant précaire | 11H28 | 05/11/2008 | Permalien

Au risque de jouer les troubles-fêtes, je pense que l'on a échappé au pire mais qu'il n'y a rien à espérer de cette élection, je ne me contenterai pas de cette victoire…

Le virage est décisif et attendons de voir ce qu'il en sera de la politique impérialiste des USA, Obama représente ce que les économistes de mauvaise foi appellent depuis le début de la crise « la nécessaire moralisation du capitalisme », Tant que l'on ne sortira pas de cette sacro-sainte loi du marché, il n'y a vraiment aucune raison de se réjouir.

Tant que le pillage organisé du continent africain, de l'Amérique Latine persistera, je ne me risquerai à aucune illusion, je connais trop bien l'Histoire des USA…
Aucune décision claire sur la peine de mort, aucune sur le port d'arme ou sur l'IVG… il fallait bien plaire au plus grand nombre !
Il est élu président des intérêts nationaux, et ces intérêts, nous ne les connaissons que trop bien !

http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com

Portrait de Kamikanaze

De Kamikanaze

Bombe virtuelle | 12H20 | 05/11/2008 | Permalien

Déjà les pessimistes étendent leurs ailes… Moi, j'en suis encore aux mots de Martin Luther King : « j'ai fait un rêve ! » ; à ce poète il y a peu disparu, celui de la négritude Aimé Césaire…

C'est un grand jour quand on connaît l'histoire des US : c'est l'info importante du jour !

En plus, cet homme est brillant, sa femme est brillante !

Bien sûr, il devra faire des compromis : mais ne nous gâchons pas déjà le plaisir : observons une trêve et jouissons-en, ne serait-ce qu'un seul jour…

C'est quand même une belle victoire sur le jugement d'un autre homme en fonction de sa couleur de peau (il faut être particulier niais, n'est-ce pas ? ), en fonction d'autres critères aussi tout aussi sulfureux : richesse, quartier, famille, etc.

Que les Etats Unis aient réussi ce « tour de force » devrait tous nous inciter aux plus grands espoirs, même les plus fous !

Et si on arrivait à juguler la crise, et s'il y avait moins de pauvres, et de personnes en difficulté, etc… ce vers quoi toutes nos énergies devraient tendre.

BRAVO, MONSIEUR OBAMA, ET TOUS MES VOEUX DE REUSSITE !

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