Tribune 04/11/2008 à 10h58

Traité sur les armes : qu'Obama tienne sa promesse !




Le tableau de vote dans la salle de conférence des Nations unies (Benoît Muracciole).


L'information n'a pas fait une brève, alors qu'elle pourrait être la première occasion, pour Barack Obama, de tenir l'une de ses promesses de campagne. Vendredi dernier au siège de l'ONU à New-York, 149 pays se sont prononcés en faveur d'un Traité international sur le commerce des armes classiques. Deux ont voté contre : les Etats-Unis et le Zimbabwe.

Voir le document

(Fichier PDF)

Benoit Muracciole, représentant d'Amnesty international pour la campagne collective des ONG « Control arms », revient sur le sens de ce premier vote. Avec l'espoir que Barack Obama et Joe Biden, s'ils sont élus à la Maison-Blanche, mettent en œuvre les recommandations auxquelles ils adhéraient, le 12 janvier 2006, dans une lettre signée avec douze autres sénateurs américains. Lettre adressée à la Secrétaire d'Etat Condoleeza Rice (voir le document ci-contre). Voici le témoignage de Benoit Muracciole.

Vendredi, onze heures du matin, aux Nations unies à New York, je découvre, en direct, le vote sur la résolution L39 « qui demande la création d'un groupe de travail ouvert pour 2009 en direction d'un traité international sur le commerce des armes… » Je prends la photo sur le tableau de vote dans la salle de conférence 2 et je me frotte les yeux.

Incroyable les Etats-Unis aient voté comme le Zimbabwe contre une résolution qui représente le projet du XXIe siècle le plus ambitieux pour la protection des droits humains, du droit international humanitaire et du développement durable de millions de civils à travers le monde. Comment ont-ils osé ? Ce sont pourtant les obligations existantes des Etats, leurs engagements devant la Charte des Nations unies qu'il s'agissait de réaffirmer par ce vote.

Cela ressemble fort à un chant du cygne pour le Zimbabwe, qui peine à trouver un gouvernement conforme aux élections, et qui continue d'appuyer sur le mauvais bouton au détriment de sa population qui souffre de la violence des armes et/ou de la violence économique.

Quant aux Etats-Unis, c'est le sauve-qui-peut. Derrière M. Bush et M. Bolton, comme après le passage d'Attila, plus rien de pousse. Seule perdure la contradiction : prétendre sauver le Darfour et accepter que les armes continuent d'arriver en direction des massacreurs, violeurs et autres tueurs de bas étages en Somalie, au Myanmar, en Colombie ou en République démocratique du Congo. Eternel paradoxe que porte ce pays qui voudrait sauver le monde sans s'en donner les moyens. Il reste un espoir avec un Obama et un Biden qui parlent de l'urgence et de la nécessité du respect des principes défendus dans cette résolution L39 pour contrôler le commerce des armes.

Ce n'est pas un traité punitif, mais un traité préventif

Mais ce vote de la honte ne masquera pas le raz de marée du vote pour : 149 Etats l'ont fait, en connaissance d'une cause pour laquelle nous nous battons depuis des années, pour que le respect des droits de la personne dans toute sa conception soit enfin réalité.

Même si cette résolution n'était pas à la hauteur de nos espérances, nous, Amnesty International, Caritas France, le Réseau d'action international des armes légères, Oxfam… plus de mille ONG dans le monde représentant des millions de femmes, d'enfants et d'hommes qui vivent cette violence au quotidien, nous sommes heureux, soulagés du résultat. Cela fait un mois, pour certains d'entre nous, que nous arpentons les couloirs de l'ONU, que nous approchons les délégations pour faire et refaire de la pédagogie ou contrecarrer le discours des opposants.

Non ! Ce n'est pas un traité punitif avec des principes que les pays du Nord vont instrumentaliser contre les pays du Sud. Oui ! C'est un traité préventif, pour prévenir les violations des droits de l'homme, du droit international humanitaire et du développement économique, social et culturel.

Notamment dans le Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo. Nous alertons sur la situation dramatique de ce pays : plus de 3,5 millions de morts en quatre années, du jamais vu depuis la Deuxième Guerre mondiale. Et des armes qui continuent d'arriver par avions entiers. Des rapports d'Amnesty International alertent la communauté internationale de ces livraisons.

Voilà pourquoi ce vote est essentiel, historique et que nous espérons que d'ici décembre à l'Assemblée générale des Nations unies il grandira encore et que, peut être, avec les élections aux Etats-Unis et un peu de bon sens au Zimbabwe, nous n'aurons pas un vote contre l'avenir de l'humanité.

Voir aussi : Veillée d'armes, le blog de Benoît Muracciole.

Photo : le tableau de vote dans la salle de conférence des Nations unies (Benoît Muracciole).

  • 10909 visites
  • 29 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Ermite
    Ermite
    Consultant IT
    • Posté à 11h24 le 04/11/2008
    • Internaute
      Consultant IT

    Il ne faudrait tout de même pas non plus prendre Mr. Obama pour un faiseur de miracles.
    Certes, on peut s'attendre à, ou au moins espérer, un infléchissement de la politique, tant intérieure qu'extérieure, des États-Unis s'il est élu.
    Mais, aussi bien pour le meilleur que pour le pire, ce pays est (heureusement ! ) une démocratie, pas une dictature personnelle de son président.
    Ce qui implique, notamment, une « lutte » constante entre des groupes divers aux intérêts très différents.
    Et, que le prochain président des USA soit Mr. Obama ou Mr. McCain, il va falloir qu'il fasse avec ou contre, selon justement les intérêts que chacun des deux défend en priorité. D'où souvent des concessions à faire et des compromis à accepter.
    Toute élection est un début, pas une fin.

    J'aurais d'ailleurs aimé qu'on parle un peu plus dans les médias des « autres » élections qui vont avoir lieu en même temps que celle du président américain : le renouvellement du tiers du Sénat et de la totalité de la Chambre des Représentants.
    L'élection (probable ? ) d'Obama est un élément fondamental mais la composition des deux assemblées est également cruciale pour savoir jusqu'à quel point le changement pourra s'envisager dans les USA post-W.
    Et la question n'est pas seulement ici « combien de démocrates et combien de républicains ? » mais quels sont les convictions de chacun d'entre eux exactement.

  • Weatherboy
    Weatherboy
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 14h02 le 04/11/2008
    • Internaute
      v2=notes articles en moins...

    J'ai un regard quelque peu sceptique sur tout cet optimisme, qui me semble démesuré, concernant cette élection américaine. Même dans le cas de l'élection de M. Obama, il ne sera pas ni le premier démocrate à accéder à la présidence américaine, ni le premier noir américain à accéder à un poste de responsabilité. De ces deux points de vue (et concernant ce dernier de Condoleeza Rice à Rama Yade en passant par Colin Powell), preuve a été faite que la plus grande chose que cela démontre est que cela ne change rien.

    Un article de Rue89 avait rappelé que le marché des armes c'est un marché de 865 milliards d'euros Lien, le PIB de plusieurs nations du Tiers-Monde réunies. Quid du poids de ce commerce dans certaines économies ? Quid des industries d'armements qui s'en nourrissent ? Les changera t-on elles ? Lors d'une réunion au MEDEF, un des invités eu cette phrase emprunte d'un de ces rares éclairs d'honnêteté : « Si en une seule nuit vous retirez la bouteille à un alcoolique, vous le tuez »Lien.

    Et puis, surtout je vois que dans l'article vous mentionnez le cas de pays africains. Pour le peu que j'en sais, même s'il est vrai qu'au niveau mondial les Etats-Unis sont depuis de nombreuses années les fournisseurs d'armements des régions en voies de développement et de zones de conflits (c'est eux-même qui le disent Lien), il me semble que concernant l'Afrique ce sont la France et la Chine qui en soient les premiers fournisseurs. Or je vois sur l'image (il faut zoomer : ) que la France a bien voté « pour », la Chine s'étant « abstenue » ? (question au passage, est-ce bien la signification du orange, tout comme la Russie, Israël ou l'Inde). Et l'on sait bien que de sa réception de N'Guesso au sénat français à son soutien de Déby au Tchad, ici, il n'y a pas la moindre volonté de changement de la politique francafricaine, sans quoi cette petite lumière verte serait déjà un revirement. Les 33 chars arraisonnés par les pirates somaliens (un grand merci à eux sans qui personne n'aurait entendu parlé de cette cargaison) sont bien originaire de pays comme la Russie, et toute l'Europe comme la Chine d'y envoyer de quoi protéger ce genre de livraison. Alors voilà de quoi alimenter mon scepticisme sur la portée de cette résolution, même dans le cas où elle serait appliqué.
    P.S. : Ceci n'étant bien évidemment pas du tout une critique envers votre action, car ce sont quand même bien grâce à ce genre d'article qu'une prise de conscience sur ce sujet peut naître et progresser.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h56 le 04/11/2008
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    S'il a deux doigts de talent diplomatique, il doit signer ce truc. D'un coté, ça le fait bien voir dans le monde, et ça améliore la côte des EU dans le monde. De l'autre, ça ne coûte rien...
    « création d'un groupe de travail », « régulation du commerce des armes »... Bref, du vent ! Il suffit juste de rédiger après ça un truc pas du tout contraignant ni vu ni connu, et voilà, une bonne action de com et aucun problème pour l'industrie militaire.

    La preuve que ça n'empêche pas de vendre des canons ? La Chine et la Russie n'ont pas voté contre, et pourtant s'il y en a bien deux qui vendent à tour de bras, et qui ne sont pas trop concernés par leur image auprès du reste du monde...

    Je vendais des canons dans les rues de la terre
    Mais mon commerce a trop marché
    J'ai fait faire des affaires à tous les fabricants d'cimetières
    Mais moi maint'nant je me retrouve à pied
    Tous mes bons clients
    Sont morts en chantant
    Et seul dans la vie
    Je vais sans soucis
    Aux coins des vieilles rues, le cœur content, le pied léger
    Je danse la carmagnole, y a plus personne sur le pavé
    Canons en solde !

    © Boris Vian, Le Petit Commerce