A Vichy, Rue89 a rencontré Caro, internaute grenobloise connue des riverains qui participait au contre-sommet sur l'intégration. Son récit de la journée de manif, contrôles en rafale compris.
Arrivée à la gare routière de Grenoble, on ne voit que du bleu : les quais d'accès aux cars étaient barrés par un filtrage policier. Tous les voyageurs devaient passer un par un en présentant une pièce d'identité. C'était long, des gens, qui n'allaient pas à Vichy, ont même raté leur bus.
En arrivant devant notre car, surprise, pour monter, il fallait re-présenter une pièce d'identité et des flics prenaient les noms. Nous ne voulions pas, mais une jeune commissaire (blonde et mignonne, d'ailleurs) nous montre une réquisition du procureur. On s'y plie. J'étais sure que les flics n'avaient pas le droit de le faire, mais, n'étant pas juriste, je ne connaissais pas les articles de loi pour nous opposer au fichage. Les lyonnais avait un juriste avec eux et ont pu le refuser.
Quatre sans-papiers avaient pu monter dans le car avant le filtrage des flics et s'étaient assis au fond. Une fois que tout le monde était installé, plusieurs policiers sont montés pour re-contrôler et ont voulu les faire descendre. Mais quelques malabars de la CGT se sont opposés et finalement les flics sont redescendus.
A cinq kilomètres de Vichy, contrôle des soutes et cars bloqués
Vingt policiers pour un car de cinquante personnes. Sommes-nous considérés comme de dangereux terroristes ? Départ avec trente-cinq minutes de retard. A cinq kilomètres de Vichy, cette fois, ce sont les gendarmes qui font signe au chauffeur de se garer. Contrôle du car et des soutes : un quart d'heure.
En arrivant, nous apprenons que sur les vingt cars attendus, même pas la moitié a pu arriver. Les trains ont été bloqués bien avant la ville, si bien que les gens n'ont pu venir jusqu'à Vichy. Les voitures et les passagers étaient contrôlés. Bref, peu de monde, mais ce n'est pas étonnant.
Sur la manif elle-même : devant, les partis et syndicats avec drapeau, en tête, une banderole unitaire (sans logos) de soutien aux sans-papiers. Les Grenoblois étaient en fin de cortège, avec leur banderole et quelques panneaux humoristiques… On a vu à un moment de belles lueurs rouges. Arrêt, puis la rue se remplit de fumée âcre. Demi-tour, des gens tombent par terre, ne pouvant plus respirer, les collègues les remettent vite fait debout et les emmènent. Ça tousse, ça pleure dans tous les coins, le « serum phy » circule, ainsi que les bouteille d'eau (pas de Vichy).
Une grenade entre dans un appartement par la fenêtre
Incompréhension totale, la manif était autorisée. Les flics font des concours à qui tirera le plus loin dans la foule. Une grenade entre direct dans un appartement par une fenêtre ouverte. Les vieux de la vieille empêchent la panique en calmant les manifestants.
Essai de regroupement avec la tête du cortège qui était passée par une rue adjacente et décision de se rendre au meeting. Les flics continuent à canarder… C'était la partie « remise en forme », ou comment réapprendre à courir à des personnes âgées, à des personnes asthmatiques, à des parents avec enfants et parfois poussettes…
Meeting encerclé, évacuation anticipée
Au meeting : sur l'estrade, des représentants associatifs, politiques essayent de parler dans les cris « libérons nos camarades ». La sirène d'évacuation retentit à plusieurs reprises, personne ne bouge. Ceux qui entrent expliquent ce qu'il se passe dehors. La salle est encerclée. Les organisateurs vont négocier la sortie. Celle-ci a lieu, bien avant la fin prévue. Nous regagnons le car en passant devant une haie de robocops harnachés et les voitures des pompiers arrivant pour éteindre les incendies de poubelles.
Huit cents policiers pour empêcher la libre expression d'une manif autorisée ! C'est beau et démocratique, la France sous Sarkozy ! Tout ce que le gouvernement arrive à faire, c'est rendre l'opposition de plus en plus violente, il ne nous fera pas taire ! L'intégration, thème de cette réunion des vingt-sept ministres européens en charge de l'immigration, c'est d'abord intégrer les immigrés qui vivent déjà en France, qui y travaillent (80% des expulsés ont, ou plutôt avaient, un travail), ils sont déjà intégrés, pourquoi ne pas les autoriser à rester ?
Pourquoi privilégier l'immigration choisie au risque de dépeupler les pays émergents de leurs travailleurs ? Pourquoi continuer à refuser les demandes d'asile de ceux qui risquent gros en retournant dans leur pays d'origine ? J'aurais bien quelques réponses… mais elles ne sont pas « dans la ligne »…


























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De liberté_ en sursis
chercheuse de trèfles à quatre et ... | 09H32 | 05/11/2008 |
L'équipe légale du contre-sommet de Vichy sur la répression policière appelle à la solidarité
L'équipe légale pour le contre-sommet de Vichy appelle à ce qu'une solidarité en parole et en acte s'exprime en vue des procès à venir et à ce que soit mis en place des mobilisations publiques face à la répression.
Le 3 novembre, plus de 2000 manifestant-e-s se sont retrouvées dans les rues de Vichy pour protester contre les politiques de répressions des migrants. Il est rapidement apparu qu'une bonne partie d'entre eux souhaitaient ne pas se cantonner à un simple défilé et voulaient tenter de bloquer les rues et de perturber le sommet. Divers moyens ont été utilisés pour essayer d'atteindre la zone rouge et de dépasser les barrages policiers : cordes attachées aux grilles et tirées, projectiles, barricades. La réaction des policiers mobilisés massivement (plus d'un millier de CRS, gardes-mobiles, polices montée, Brigade-Anti-Criminalités) a été immédiate. Ils ont inondé les rues de gaz lacrymogène et ont refoulé petit à petit les manifestant-e-s jusqu'au meeting officiel à l'Espace Chambon dans Cusset. C'est là que des barricades ont été remises en place face aux tirs de flashballs de la police.
Plus tard dans la nuit, des policiers sont venus au camping attribué aux manifestant-e-s. La quinzaine de personnes qui y dormaient en ont été expulsés par surprise à coup de pied dans la tête à travers les tentes, puis suivis dans les rues de la ville. Mardi matin plusieurs groupes de personnes ont été arrêtés, simplement parce qu'elles se rendaient à la gare ou marchaient dans les rues.
En tout et pour tout, une quarantaine d'interpellations ont été effectuées à notre connaissance par les forces de police. Certaines sont arrivées lors de course-poursuites et de nombreuses autres à l'occasion de fouilles sur des manifestant-e-s, lorsque ceux-ci détenaient par exemple des masques en carton pour se protéger des gaz lacrymogènes. Plus d'une vingtaine de personnes ont été relâchées assez rapidement après des contrôles d'identité renforcés. Une quinzaine d'autres ont vu leur Garde à Vue prolongée de 24 heures. Le parquet n'a pas décidé s'ils passeront en comparution immédiate, si leur procès sera reporté ou s'ils seront mis en examen ultérieurement. Nous ne connaissons pas encore les conditions d'arrestation exactes de toutes les personnes arrêtées. Les éventuels chefs d'inculpations n'ont pas encore été rendus publics. Pourtant, les témoignages concordent pour dire qu'une dizaine des personnes encore retenues ont été prises au hasard par la BAC. Les policiers en civil couraient en effet après une partie du cortège se rendant à l'Espace Chambon et ont arrêté ceux qui étaient le plus à la traîne, en les gazant et matraquant au sol. Pourtant, même en l'absence de faits avérés, répréhensible par la justice du côté des manifestant-e-s, il est tout à fait possible que le parquet cherche à les inculper lourdement.
L'équipe légale pour le contre-sommet de Vichy s'est constituée pour soutenir les manifestant-e-s face à la répression policière et organiser une solidarité collective vis à vis de tou-te-s les inculpé-e-s. Elle a aussi pour objectif de donner une autre version des faits que la vision policière qui filtre à travers la presse et s'étalera dans les tribunaux.
Nous rappelons à ce titre que des tactiques de blocage et de perturbation sont reprises massivement depuis plus de dix ans internationalement à l'occasion des grands sommets (G8, Banque Mondiale, FMI, sommets européens…). Elles ont été très présentes ces dernières années en France lors de manifestations d'étudiant-e-s, de lycéen-ne-s, de salariés et de soutiens aux sans-papiers. Rappelons aussi qu'en ces temps sarkozistes, la répression de la contestation sociale est de plus en plus dure aussi bien dans la rue que dans les tribunaux..
Si il est vrai que les tactiques de perturbation du sommet ont fait hier débat au sein des manifestant-e-s, il était clair aussi qu'une large partie d'entre eux sont restés aux côtés de ceux qui voulaient pénétrer dans la zone rouge et qu'ils comprenaient très bien leurs objectifs. Dans les rues couvertes de fumées, on retrouvait aussi bien des groupes non-encartés, que des syndicalistes et militant-e-s de diverses organisations, participants au blocage ou observant à minima avec une certaine bienveillance et ne pas laisser cours à la répression policière.
Alors que la solidarité est plus que jamais de mise, on regrette que certains des porte-paroles des collectifs qui appelaient par ailleurs avec tous les mots les plus indignés à s'insurger contre « le sommet de la honte », semblent prêts à condamner les centaines de personnes venus dans la dynamique de perturber concrètement ce sommet, et qui ont pour beaucoup participé activement à la mobilisation. En tentant de les faire passer pour de « mystérieux casseurs » sortis de nulle part, isolés et irréfléchis, ils rejoignent et cautionnent le discours policier.
En cherchant à dénier un sens à des actions politiques par ailleurs amplement argumentées dans certains des appels à la mobilisation, les voies officielles relayées par les médias tentent d'invisibiliser et de neutraliser les démarches qui sortent du cadre acceptable pour Hortefeux et consorts. Elles se portent ainsi garantes d'un processus de criminalisation des mouvements sociaux et participent directement à la légitimation d'éventuelles condamnations.
L'équipe légale pour le contre-sommet de Vichy appelle à ce qu'une solidarité en parole et en acte s'exprime en vue des procès à venir et à ce que soit mis en place des mobilisations publiques face à la répression.
Nous continuerons à recueillir des témoignages sur la manifestation et les arrestations et à assurer un relais dans les temps à venir. Un soutien financier est à prévoir en cas de procès.
Il est important qu'un maximum de personnes puisse se rendre aux comparutions immédiates au tribunal de Cusset (4, rue Gambetta) ce mercredi 5 novembre à 14h pour soutenir toutes les personnes arrêtées lors du contre-sommet de Vichy.
L'équipe légale recherche en urgence des garanties de représentations (certificats d'études, de travail et de domicile, promesses d'embauches etc…) de la part des proches des personnes inculpées. Les garanties doivent être faxées le plus rapidement possible à maître Borie : 04 73 36 37 65.
Contact téléphone pour plus d'informations : 06 43 78 77 98 Contact courriel : vichy2008 (Arobase) riseup.net
Pour envoyer des témoignages écrits et des soutiens financiers : Caisse de Solidarité c/o La Luttine 91, rue Montesquieu 69007 Lyon
http://quotidiensanspapiers.free.fr/w/spip.php ? article1642