Enquete

Accusé de génocide, il fabriquait des faux papiers à Mayotte

La photo de Pashcal Simbikangwa diffusée par Interpol (DR)

Sa fiche Interpol est laconique : Simbikangwa, Pascal, environ 49 ans, né à Karago (Rwanda), parle français et kinyarwanda. Recherché pour « crimes contre l'humanité, génocide, crime organisé ». Mandat issu par Kigali.

Laconique, mais lourde de sens. En la découvrant, les gendarmes de Mayotte ont compris qu'ils avaient entre les mains un gros poisson. Il a été placé sous écrou extraditionnel.

Apparemment, Safari Sedinawara était arrivé en 2005 sur l'île française de Mayotte, après plusieurs années de séjour aux Comores et un passage à Bruxelles. Une fausse identité qui aura permis à cette homme en chaise roulante de passer inaperçu.

Pour vivre, l'ancien capitaine des Renseignements généraux rwandais avait mis au point une juteuse filière de fabrication de faux papiers. Grâce à un équipement informatique perfectionné, il proposait fausse carte d'identité, faux passeport et aussi fausse carte professionnelle de gendarmes.

A raison de 100 euros pièce en moyenne, il aurait écoulé quelques 3 000 documents. Un commerce juteux, mais risqué : il encourt dix ans de prison.

Un homme clef du système de renseignement rwandais

Presque une broutille au regard de son passé et des accusations dont il fait l'objet depuis quatorze ans. Pour Kigali, Pascal Simbikangwa est l'un des derniers membres militaires de l'Akazu, (littéralement « la petite maison », groupe des extrémistes du régime génocidaire) encore en liberté.

Son pedigree en fait sans doute l'un des hommes clés du dispositif génocidaire bâti par le régime Habyarimana. Hutu du Nord, de Giseyni, il est apparenté à Agathe Habyarimana, puisqu'il est le beau-frère du colonel Elie Sagatwa, lui-même frère de la première Dame rwandaise. A ce titre, il est donc rattaché directement à la présidence de la République.

Ses fonctions ? Comme pour tous les membres de ce groupe, elles se dédoublent. Officiellement, le capitaine Simbikangwa était le chef du Service central de renseignement (SCR), un organe de contrôle essentiel dans le système des triples cercles du pouvoir :

  • celui de la pyramide administrative (commune, secteur, préfecture)
  • celui du MRNDD, le parti unique au pouvoir, qui s'ouvrira ensuite au multipartisme
  • celui de la gendarmerie et de la police communale

Le SCR est l'institution qui, à la tête de l'Etat, centralise, recoupe et analyse la production des autres organes de contrôle de la société. A ce titre, le « tortionnaire » comme il est surnommé, a la haute main sur le fichier de renseignement de la population.

Fichier qui servira à établir la liste des « ennemis intérieurs » à éliminer. Il s'occupe aussi de vérifier la propagande de la haine contre les Tutsis, véhiculée par Kangura et Umurava magazine, deux périodiques du pouvoir.

Un très proche de la famille Habyarimana, organisateur des réunions de l'Akazu

L'autre fonction que le capitaine Simbikangwa paraît avoir occupée, est celle d'hôte des réunions de l'Akazu. C'est en tout cas la précision livrée par Janvier Afrika (ancien indicateur du SCR) dans sa confession, certes controversée, mais qui s'est révélée juste sur bien des points :

« Des réunions régulières ont eu lieu dans la maison du capitaine Pascal Simbikangwa. fonctionnaire à la présidence rwandaise et beau-frère du colonel Elie Sagatwa, lui-même secrétaire particulier et beau-frère du chef de l'Etat. »

Ce lieu était alors surnommé « la Synagogue », il aurait accueilli les conciliabules de l'Akazu. Ce rôle crucial attribué à l'officier est confirmé par l'analyse de Christophe M'fizi, l'homme qui dénonça en 1992 le Réseau zéro, cette frange dure des militaires prête à employer des moyens extrêmes pour battre ses adversaires.

Pascal Simbikangwa aura l'occasion de s'expliquer sur ce rôle et les accusations portées contre lui au Rwanda. En particulier celle d'avoir été l'organisateur en chef de l'action des milices interahamwe sur Kigali. Milices qui, au printemps 1994, ont tué des dizaines de milliers de personnes dans la capitale.

La demande d'extradition qui le vise sera examinée le 10 novembre. Le représentant du parquet, le procureur Marc Brisset-Foucault a indiqué qu'il soutiendrait cette demande.

Photo : La photo de Pashcal Simbikangwa diffusée par Interpol (DR)

3 commentaires sélectionnés

Portrait de FabiendeMénilmontant

De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 20H59 | 01/11/2008 | Permalien

Mais s'il est recherché pour « crimes contre l'humanité » (entre autres) pourquoi est-il recherché par Kigali et non par La Haye ? Et que risque-t-il ? La mort ?

Portrait de David Servenay

De David Servenay (auteur)

Rue89 | 22H44 | 01/11/2008 | Permalien

La peine de mort a été abolie en juillet 2007 au Rwanda. Cet homme risque donc la prison à vie.

Le TPIR ne prend plus de « clients », car sa phase instruction-enquête est désormais terminée.

Les génocidaires présumés encore en fuite -s'ils sont arrêtés- sont jugés soit par le Rwanda, soit par la justice du pays où ils sont interpellés, celle-ci étant alors en général compétente. C'est une sorte de compétence universelle limitée.

C'est Kigali qui a lancé un mandat d'arrêt contre cet officier, c'est donc là-bas qu'il sera jugé pour les actes qu'on le soupçonne d'avoir commis.

Portrait de Network 23

De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 15H48 | 02/11/2008 | Permalien

La compétence universelle subsidiaire exige en effet soit de juger la personne arrêtée, soit de l'extrader afin qu'elle soit jugée (selon la maxime aut dedere, aut judicare )

Ce principe du droit international a été utilisé par Baltazar Garzon lors de la demande d'extradition contre Pinochet, arrêté à Londres.

http://www.ridi.org/adi/199812a4.html

Et surtout un très bon historique de ce principe dans cette décision du juge Guillaume de la Cour internationale de justice :

http://www.ulb.ac.be/droit/cdi/fichiers/oiguillaume.pdf

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code