Decryptage 31/10/2008 à 18h03

Sarkozy : les banques sous tutelle... médiatique

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Il est toujours populaire de rappeler les banquiers à la morale, surtout après leur avoir accordé des milliards. Nicolas Sarkozy a fait mine de sortir les gants de boxe ce jeudi face aux banques pour protéger les petites entreprises menacées de ne pas avoir accès au crédit. En réalité, ce marquage à la culotte s’apparente surtout à de la gesticulation politique.

Autour du nouveau médiateur du crédit, l’expert-comptable René Ricol, le président de la République a réuni préfets et trésoriers payeurs généraux (les fonctionnaires en charge des finances publiques au niveau des départements) et invoqué un « pacte moral ». En clair, en l’échange des 320 milliards d’euros débloqués en leur faveur d’ici la fin de l’année 2009 (dont seulement 5 milliards auraient d’ores et déjà été accordés à sept établissements), les banques doivent relancer le crédit. En faveur des entreprises du moins, car la question des ménages n’a pas été évoquée pour l’instant.

Des annonces « improvisées »

Aux banquiers, Nicolas Sarkozy a demandé de « vérifier que chacun de (leurs) collaborateurs dans la dernière des agences respecte » ce « pacte moral », estimant que ce n’était « pas encore le cas ». Au médiateur national René Ricol il a demandé de « s’adresser aux médias pour dénoncer les banques qui ne joueraient pas le jeu“(...) ‘Trop de risques hier. Trop de prudence aujourd’hui. Les deux cas sont coupables’, a lancé le chef de l’Etat.

Mais pour Serge Maître, président de l’association française des usagers de banques (Afub), tout cela a l’air ‘très improvisé’ :

‘L’Etat a sauvé les canaux de distribution de crédit, mais il est impuissant à contrôler la distribution de crédit elle-même, alors ne pouvant pas se contenter du ’tout va bien’ des banques, il tente de contrôler.’

Un contrôle qui, s’il devait prendre de l’ampleur, deviendrait vite ingérable pour l’administration, et risquerait de ne pas aller assez vite au regard des difficultés rencontrées par les petites entreprises. L’Afub a reçu en septembre autant de plaintes d’entreprises confrontées à des difficultés d’accès au crédit que pendant les six premiers mois de l’année. C’est dire si pour certaines la situation est urgente.

Contacté, le cabinet du ministre du Budget Eric Woerth nous assure que l’administration, par le biais des Trésoriers payeurs généraux et des préfets, assurera un ‘suivi personnalisé des réponses apportées par les banques aux entreprises’. Est-ce bien raisonnable ? Serge Maître espère un effet de masse :

‘Si mille personnes qui ont du mal à accéder au crédit saisissent l’autorité préfectorale d’un coup, ça peut faire bouger le système, seule la mobilisation sera utile.’

Sur France Info, René Ricol a promis ‘dès ce lundi matin des outils : un correspondant dans chaque département, un site Internet, une équipe permanente à disposition…’ et il jure qu’‘il n’y a pas une seule entreprise ayant un problème de financement qui sera laissée sans personne pour l’aider à trouver une solution’.

Les banquiers restent maîtres chez eux

On se rappelle la création d’un droit opposable au logement, qui a ouvert la possibilité d’un recours à chaque citoyen qui se verrait refuser illégitimement un logement social, et on se demande si l’Etat n’est pas en train de mettre en place un ‘droit opposable au crédit’.

‘Heureusement que non, ce serait grave’, répond Emmanuel Masset-Denêvre, économiste à l’Institut national de la consommation, représentant les associations de consommateurs, qui relativise :

‘Ce n’est pas le métier de l’Etat de faire de l’octroi de crédit et ça ne va pas le devenir. On est dans la symbolique volontariste.’

Si certains banquiers présents à la réunion de jeudi à l’Elysée ont pu redouter un instant d’être mis sous tutelle, en fait ‘les banques restent libres d’accorder des crédits ou pas’, rappelle l’économiste de l’INC. D’ailleurs, il suffit d’interroger les banquiers pour vérifier qu’ils ne sont pas trop inquiets. Le directeur général des Banques populaires de Paris, Jean Criton, juge ‘logique’ que l’Etat demande une contrepartie à son aide aux banques. Ce dernier précise :

‘On nous demande +4% de crédit en 2009 par rapport à 2008, c’est un engagement auquel je souscris. En rythme annuel, nos crédits augmentaient de 9% jusque là’

.

Quant à imaginer que chaque agence bancaire sera contrôlée, pour lui, ce n’est que de ‘la médiatisation’.

Au parti socialiste, Stéphane Le Foll juge qu’il aurait fallu s’y prendre autrement pour contrôler réellement les banques : que ‘l’Etat soit présent dans les conseils d’administration des banques’ et ‘que dès le retour à la normal, l’Etat se voit verser des dividendes de manière prioritaire’.

L’Etat n’a pas choisi cette méthode-là. Du coup, il brandit un discours menaçant et met en place une armada administrative dont la lourdeur soulève quelques doutes.

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  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 19h50 le 31/10/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Une « armada administrative » ? Comme vous y allez ! Le « médiateur » fera de la pub et agitera le chiffon rouge de temps en temps, s’il en a les moyens, et qu’est-ce que ça changera ? Pour le reste, je ne vois pas comment les banques feront autre chose que privilégier leurs meilleures entreprises clientes pour l’octroi de crédits. Vis-à-vis des consommateurs, elles feront ce qu’elles voudront. Tout le battage médiatique de Sarko est de la poudre aux yeux, comme d’habitude...

    Il me paraît mathématiquement impossible pour l’administration de collecter toutes les données possibles sur les divers octrois de crédits (chaque jour ? chaque semaine ? chaque mois ?)... Elle croûlerait en effet sous la charge.

  • Cinsault
    Cinsault
    Graine de rosé
    • Posté à 20h05 le 31/10/2008
    • Internaute 24720
      Graine de rosé

    C’est quand même sidérant que le président en est réduit à faire appel à l’opinion publique pour que les banques fassent un bon usage des fonds qui sont mis à leur disposition.
    Surtout que l’opinion publique... déjà qu’elle n’a aucune influence sur la politique de Sarkozy... alors sur les banquiers ...

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 22h46 le 31/10/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Les banques, malgré tous les effets d’annonce, sont à court de liquidités et ne prêtent plus qu’aux entreprises ayant « des perspectives de développement » - ce qui reste très subjectif !
    Le Président Sarkozy, par ses discours, peut tenter de rétablir la confiance, faire croire qu’il peut influer sur le cours des choses. Chacun sait qu’il ne peut absolument rien contre cette crise économique, tout juste espérer se refaire une « santé politique » à l’aune des prochaines rencontres internationales.
    Il risque là aussi d’être déçu.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h49 le 31/10/2008
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Le p’tit ventilateur est en marche pour nous dire que si les banques ne prêtent pas d’argent, elles vont entendre parler du pays.
    1) s’il veut être efficace, il faut que l’état prenne une participation significative dans le capital des pricipales banques, le reste étant du pipeau
    2) Le plan concocter par Sarko pour donner de l’oxygène aux particuliers est parfaitement incongru dans la mesure ou il ne repose que sur une structure ultra légère (un médiateur R. Ricol se reposant sur les prêfets)
    Mais Sarko sait que les grands ventilateurs donneront toute leur puissance médiatique pour gonfler son projet. Les F. Lefèvre, E. Zémour et autres zelés professionnels des médias sauront nous mouliner à longueur de journée des ritournelles pour nous persuader que sans Sarko c’est le vide sidérale

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 12h36 le 01/11/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    il s’y est pris comme un pied, les anglais eux on nationalisé, et peuvent donc avoir un levier dans les banques.
    Là c’est faire confiance...et ne pas agir. Sauf à faire monter la suspicion encore contre les banquiers, et créer encore une ambiance malsaine.
    On sort d’une crise par la confiance, et non la suspicion, la méfiance...
    Mais bon cela lui donne encore le rôle de gendarme, de ministre de l’intérieur, de robin des bois, quelque part.

  • Pepe de Bienvenida
    • Posté à 06h58 le 02/11/2008
    • Internaute 56748
      perplexe

    Dans la Chine des Tang, les juges (comme le juge Ti) étaient entièrement responsables de leurs jugements. En cas d’erreur judiciaire ils étaient condamnés à subir la sentence qu’ils avaient prononcée. Notre Président Matamore va je suppose, faire de même ? I have a dream, qu’il mette sa tête dans la balance...

  • millesime
    millesime
    retraité
    • Posté à 15h42 le 02/11/2008
    • Internaute 26299
      retraité

    La seule justification au plan de refinancement des banques, c’est leur nationalisation ! l’argument utilisé par Susan George membre du conseil scientifique d’Attac France, est imparable :
    puisque les banques sont « trop grandes pour faire faillite » elles sont aussi trop grandes pour faire partie du secteur privé !
    il n’est pas possible, en effet, de laisser aux mains du secteur privé, dont le seul objectif est la recherche du profit maximum, une arme aussi dangereuse pour l’ensemble de l’économie.

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  • Boysbeer
    Boysbeer
    sur Mars
    • Posté à 00h24 le 03/11/2008
    • Internaute 55428
      sur Mars

    Les responsables de la crise et du système qui le permet veulent sauver les restes de la décadence... du moins en apparence

    Il faut arréter de créer à tout va de la monnaie, mais par contre il faut la répartir entre les vrais créateurs de richesse qui sont entrepreneur, état et citoyen.

    La on donne des milliards au monde financier et on dit « s’il vous plait, soyez zentil »

    On donnerai ces milliards aux citoyens, il les dépenseraient et ferait renaitre la croissance.. et donc la bourse (car les financiers investissent plus volontier dans un pays en croissance)

    Peut être aussi interdire la spéculation, ça remettrait aussi l’économie vers une croissance stable et durable sans avoir peur de yoyo de valeur (pétrole nourriture etc)

    Mais pour cela, il faudrait profondemment changer les règles de la finance. On a que des paroles et aucun acte.

    il faut pour cela... changer le traité de Maastricht, abroger l’article 104 qui rend les état totalement impuissant.

    Il est extrêmiste de vouloir continuer à sauver un système qui se casse la gueule et raisonnable de le changer... Est ce que les politiques auront une attitude extrêmiste ou raisonnable ?

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