Sur le terrain

A la soupe populaire, « plus de familles et de salariés pauvres »

Chaque soir, il sont près de 600 à se presser pour la distribution de nourriture au Père-Lachaise. Reportage et diaporama sonore.



Vincent se glisse dans la file. Il a 36 ans. Comme beaucoup ici, ses vêtements sont propres, ses baskets siglées et il ne présente aucun signe extérieur de pauvreté. Salarié d'une grande entreprise, fiché à la Banque de France, il ne dispose plus de chéquier ni de carte bleue. Il vient boucler ses fins de mois ici. Pas très à l'aise, il ne veut pas en dire plus. Et puis, la situation n'est que « provisoire ».

Comme lui, une cinquantaine d'hommes attendent, serrés sur un trottoir du boulevard de Ménilmontant, dans le nord-est de Paris. La lumière faiblarde des réverbères les éclaire à peine. Plus loin, ce sont des femmes qui patientent. Des enfants remuants animent ces longues rangées silencieuses. Il est 19 heures. Dans une demi-heure, les camions de la mairie de Paris vont arriver.

Tous les soirs, devant le portail clos du cimetière du Père-Lachaise, le centre d'action sociale de la Ville de Paris (CASVP) distribue des sacs de nourriture et sert une soupe à plus de 600 anonymes. Une vieille tradition, quotidienne depuis dix ans.

Louisa se fiche de ce que pensent les passants : « Ils servent de la soupe à volonté. C'est chaud, c'est bon et j'ai très faim. » Trois ans que cette grande blonde de 28 ans traverse seize stations de métros, six fois par semaine, pour s'approvisionner ici :

« Je fais les courses au supermarché et comme ce n'est pas suffisant pour toute la famille, je mange la soupe et je prends un sac. De toute façon, ils n'en donnent qu'un par personne. »

Son mari travaille. Pas elle. Son diplôme de dentiste, obtenu à Grozny, n'est pas reconnu en France. Avec son mari et leurs deux enfants, ils sont partis de Tchétchénie il y a quatre ans. Depuis, la famille est logée « provisoirement » par une association, près de la porte de Clichy.

Une demande en augmentation de 15% depuis 2007

Il est 19h30. Louisa doit s'écarter, la foule est fendue par trois camions, conduits par des salariés de la mairie de Paris. Des barrières sont installées pour contenir la cohue. On se masse autour des véhicules de distribution. Les uns, pour la soupe et les bouteilles d'eau. Les autres, pour les sacs de nourriture.

Pour ces paquets, le CASVP a préféré séparer les hommes des femmes et des vieillards afin de limiter les débordements. Les bagarres sont fréquentes. « Je ne vais pas vous servir si vous ne vous calmez pas ! Calmez-vous ! Vous reculez ! »

Tous les soirs, la responsable de la distribution s'époumone ainsi. Tous les soirs, les camions sont pris d'assaut. Depuis 2007, les rangs sont considérablement grossis par davantage de sans-papiers (majoritaires). Et par les nouveaux pauvres : des retraités et des salariés. Une augmentation d'environ 15%.

L'aide alimentaire à Paris en chiffres


La ville de Paris finance à hauteur de 5,5 millions d'euros l'aide alimentaire. L'Etat prend en charge 2,5 millions d'euros. En 2001, cette aide s'élevait à 3 millions d'euros et en 2005, à 4,8 millions d'euros.

Les points de distribution financés par Paris sont « incalculables », selon la mairie, car les « Restos du Cœur sont financés par la Ville et ont une multitude de points de distribution ». Le plus important est celui du Père-Lachaise. Il y a sept restaurant sociaux dans la capitale et trois projets en cours.

« Nous sommes face à une précarisation inquiétante de la population parisienne depuis quelques années. Nous avons plus de femmes, de familles, de travailleurs pauvres. Nous ne faisons quasiment plus d'aide alimentaire d'urgence. Plutôt complémentaire », explique Olga Trostiansky, adjointe au maire de Paris chargée de la solidarité, de la famille et de la lutte contre l'exclusion.

Afin de répondre à ces nouveaux besoins, une étude a été lancée par la mairie pour repenser l'aide alimentaire dans la capitale.

Une file informelle : celle du troc d'aliments

C'est tous les soirs que Maria, accompagnée de Micky, son caniche blanc, joue des coudes pour récupérer son sac de nourriture. A l'intérieur, une conserve de sardine, une mousse aux légumes, un fruit, une demi-baguette de pain, un quart de lait et un yaourt. Parfois, il y a des gâteaux.

Les menus, répétitifs, lassent ceux qui sont là tous les jours. Alors, un « trafic » parallèle a été initié. « Pas d'échange ! Je vous ai dit pas d'échange ! C'est pas croyable… » La responsable de la distribution déboule parmi une dizaine de personnes, occupées à faire du troc d'aliments. Malgré l'interdiction -le CASVP a découvert un trafic de produits périmés-, les échanges continuent.

Après les tensions et les cris, les bavardages chaleureux

Pour varier ses repas, Maria préfère alterner cette distribution et celle des Restos du Cœurs, sur la place de la République. A trente-trois ans, elle ne rêve que de vivre en Espagne. « Mon pays », dit-elle alors qu'elle n'y a jamais vécu. Parisienne de naissance, elle est propriétaire de son 13m2 à quelques rues du cimetière.

Maria en a assez, elle veut vendre son appartement, rejoindre ses parents repartis de l'autre côté des Pyrénées et retrouver un travail. Elle a longtemps fait le ménage dans des entreprises, mais une mauvaise chute en 2002 l'a immobilisée. Elle vit avec une allocation invalidité de 700 euros par mois et verse une petite somme à ses enfants.

Ils vivent en banlieue avec son mari, elle ne sait pas très bien à quel endroit. Les mauvais jours, le sac du CASVP constitue son unique repas. Moulée dans une veste en cuir noir, elle met les mains sur ses hanches : « C'est pas grave, j'ai grossi. »

Maria rejoint une autre habituée, assise par terre, un gros sac Lidl à ses pieds. Aux tensions et cris succèdent maintenant les bavardages chaleureux. Après avoir récupéré sa nourriture ou son bol de soupe, certains préfèrent s'isoler dans des impasses avoisinantes ou se joindre aux groupes massés sur les trottoirs.

Vers 21 heures, l'agitation retombe, les trottoirs se vident et les agents municipaux sortent les sacs-poubelles. Indispensables, « pour ne pas heurter les riverains. »

Diaporama sonore : Audrey Cerdan.

78 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Citoyen réinformateur ..... | 12H16 | 01/11/2008 | Permalien

éponse au PMB

comment peut on être aussi fainéant pour trouver à redire pour retaper le mot de passe ? ? ? ! ! ! !

c'est si fatiguant que ça ? ? ?

et dire que ça a le droit de vote ……

cqfd.

Portrait de compte supprimé 22

à Ouko Portrait de Ouko De compte supprimé 22

Lecteur écriveur | 12H38 | 01/11/2008 | Permalien

Je reviens un peu car quand même, je ne peux pas rater ça :

Ouko :

éponse au PMB
comment peut on être aussi fainéant pour trouver à redire pour retaper le mot de passe ? ? ? ! ! ! !
c'est si fatiguant que ça ? ? ?
et dire que ça a le droit de vote ……
cqfd.

Moi :

- Il manque un R à « réponse », des majuscules au début de toutes les phrases et un trait d'union à « peut-être ».
- Vous utilisez deux fois « pour » à trois mots d'intervalle.
- Ici, « fatiguant » est employé à tort, vous devez employer l'adjectif « fatigant ».
- Les points de suspension doivent être trois et non six.

Vous qui prétendez défendre la France et la loi, commencez donc par respecter sa langue et ses lois.

Vous serez moins ridicule.

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Citoyen réinformateur ..... | 14H15 | 01/11/2008 | Permalien

Réponse au PMB

Merci de votre remarque car c'est une remarque pertinente et citoyenne …
c'est vrai que je devrais me relire plusieurs fois , mais l'écran me fait mal aux yeux…
pas vous ? ? ? ! !

si je ne respecte pas la ponctuation, je respecte les lois …
ne pas tout mélanger..

Merci de tout coeur de vos remarques ..
Vous savez, nous les gens de la campagne , nous ne sommes pas des écrivains ni des poètes …
Mais ça n'excuse pas les manques en ponctuation ….

A plus ..
OUKO .

Portrait de mat-la-menace

à Ouko Portrait de Ouko De mat-la-menace

commercial | 19H48 | 02/11/2008 | Permalien

Moi j'ai le droit de vote mais je ne l'utilise pas…trop de remords et culpabilité après. Surtout que ça change rien pour personne.

Portrait de enildem

De enildem

Chercheur | 11H27 | 01/11/2008 | Permalien

C'est intolérable de voir cela. Alors que le président perfide va endetter les citoyens et les générations suivantes pour sauver les banksters avec des milliards d'euros. On attend encore mais il est a mon sens temps de se révolter, car la situation est révoltante. On ne fait pas de révolte le ventre vide. Et la situation économique affame les moins fortunés. 700 euros ne valent déjà plus rien, l'inflation engloutie le pouvoir d'achat, on peut attendre les augmentations. La politique de Sarkouille remet du grain à moudre, réinjecte un peu d'anesthésiant mais quand la douleur reviendra peut être qu'il sera trop tard pour soigner la plaie et qu'il faudra amputer. A ce moment ce bourreau de Sarko n'aura plus qu'a donner à la France le dernier coup d'épée.

Portrait de Ouko

De Ouko

Citoyen réinformateur ..... | 11H27 | 02/11/2008 | Permalien

Nouvelle citoyenne récente…

Charles Milhaud, contraint le 19 octobre à la démission de son poste de président des Caisses d'épargne après une perte en trading de 751 millions d'euros, va conserver dans le groupe le poste du président du conseil de surveillance de sa filiale Oceor. /Photo prise le 14 octobre 2008/REUTERS/Philippe Wojazer

http://www.lepoint.fr/actualites-economie/l-ex-president-des-caisses-d-e…

encore un qui a évité la précarité ……

La france où tout est possible ….
Nous remercions l'UMP et le gouvernement pour ses mesures contre la précarité des seignors et autres petits retraités …
On s'en souviendra pour les prochaines élections européennes, soyez en sûrs…
nous voilà rassurés…

la france ( avec un petit f ) où tout est possible …

OUKO

Portrait de PIT LE CHIEN

De PIT LE CHIEN

21H02 | 01/11/2008 | Permalien

En 2007, canal St-Martin, pendant le mouvement Don Quichotte, ils venaient de partout pour profiter des pauvres distributions de pain, de sardines, de cakes, de tout et de n'importe quoi, apportés par les bénévoles et destinés, en principe, aux mal-logés dans les tentes…
On devait les « gronder » pour qu'ils n'emportent pas toute la boite de « vache qui rit » mais en laissent pour d'autres…c'était le bordel. On n'était pas professionnels…
Heureusement, le soir, il y avait la soupe, la chorba.

RIEN N'A CHANGE. (Si, c'est de pire en pire).

Portrait de hedona

De hedona

retraitée | 23H54 | 01/11/2008 | Permalien

Dans les années 50, il y avait pas mal de « soupes populaires ». Nous sommes en 2008, et on en revient à cela. Parce que nous ne sommes pas dans un état démocratique, puisque le nombre de riches se raréfie et le nombre de pauvres augmente.

« L'état démocratique doit s'appliquer à servir le plus grand nombre » (Périclès).
Sarko n'a jamais du le lire. Il doit préférer lire les économistes ultra-libéraux américains.

« Marianne » titrait en 2006 : « Les nouveaux prolétaires » - sous-titre : Oui, il y a de moins en moins d'ouvriers. Mais des millions de salariés sont moins bien payés et traités qu'il y a 50 ans.
En fait, on appauvrit la classe moyenne.
Notre système économique est de créer une oligarchie des grands patrons qui s'enrichissent de plus en plus et de maintenir le citoyen moyen un peu au-dessus de la grande pauvreté.

Je terminerai sur une autre citation, cette fois de Coluche : « Un bon gouvernement doit laisser assez de richesse au peuple pour qu'il puisse supporter sa misère ».

Même cela, Sarko ne l'a pas compris non plus.

Portrait de RETRO

De RETRO

artiste guitariste/chanteur/travell... | 09H26 | 02/11/2008 | Permalien

MERCI DE METTRE LES plus sombres dans la lumiere,mais savez vous que dans la campagne c pire,pas d'aide,pas de liens sociaux,isolés,alcolo,se meurent,dans la chaleur puante de leur crasse,c comme ça ,y a pas de pauvre en campagne ?
y a pas d'aide tu ve dire !

Portrait de agaceur

De agaceur

19H40 | 02/11/2008 | Permalien

pas de boulot ! Parisiennes dans le 5ème, les caissières de mon quartiers sont des étrangères qui parlent mal le Français. Les nounous sont africaines autour des écoles, les femmes de ménage aussi… j'ai fait appel à une entreprise pour refaire mon appart en sept… pas un seul ouvrier français, ils viennent tous des pays de l'Est sauf le peintre qui a débarqué d'Algérie en décembre dernier, lui parle correctement notre langue et me dit qu'il ne connaît pas le chômage et bossent le WE au noir !
Les chômeurs né français préfèrent aller à la soupe pop c'est tendance ces temps-ci !

Portrait de mat-la-menace

De mat-la-menace

commercial | 19H40 | 02/11/2008 | Permalien

Notre gouvernement est plus occupé à appliquer diverses taxes sur les produits polluants(fourchettes de pique-nique et autres) qu'à aider les plus démunis, dont le nombre risque de croître ces prochaines années.
Les humanistes philosophes jet setteurs politiques que sont nos dirigeants n'ont jamais atteint un tel niveau de connerie.
Le Grenelle et le sort de la Terre passent devant les SDF, et ça c'est l'humanité.
Chercher à promouvoir l'ADSL sans même savoir que pour vivre il faut manger, ça c'est la philosophie.
Voyager, discuter avec ses homologues, prendre de photos et laisser au passage des milliards d'aide humanitaire, ça c'est la jet set.
Se fendre la gueule à l'assemblée, ça c'est la politique !
Le programme est chargé, alors les pauvres, on s'en fout.

Portrait de agaceur

De agaceur

19H44 | 02/11/2008 | Permalien

La ville de Paris finance à hauteur de 5,5 millions d'euros l'aide alimentaire. L'Etat prend en charge 2,5 millions d'euros. En 2001, cette aide s'élevait à 3 millions d'euros et en 2005, à 4,8 millions d'euros.

POur le contribuable la soupe est de plus en plus salé, il faut rajouter les coûts de la CMU, l'AME, la CSG, la SRDS, la RDS et toutes les autres taxes innombrables : une bonne centaine au total qui touchent ceux qui ont la malchance de se lever tôt le matin cat ils devront continuer à se lever tôt pour se faire racketter chaque mois jusqu'à 70 ans !
pov » france… courage fuyons !

Portrait de michel 13

à agaceur Portrait de agaceur De michel 13

| 20H47 | 02/11/2008 | Permalien

agaceur, il ne suffit pas de dire « fuyons » mais il faut le faire, fuis ailleurs et vite !

Portrait de michel 13

De michel 13

| 20H53 | 02/11/2008 | Permalien

On vit une époque formidable et Zineb nous en parle avec ses mots, ses images. Ce qu'il nous montre n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de la misère que chacun de nous côtoie au quotidien. La pauvreté va continuer, se développer, briser des vies. Le libéralisme qui tue est là, dans nos rues. Nos politiques ont mieux à faire que de s'occuper des pauvres.

Portrait de MeuMeu

De MeuMeu

mère de famille nombreuse hyperacti... | 08H42 | 03/11/2008 | Permalien

Honteux l » état dans lequel nous plonge ce gouvernement !
Dire que notre « dirigeant » se permet de faire une moyenne de 900 km/jour de jolis voyages à nos frais + hotels & restau chics…
Lamentable, quand on pense qu » avec les outils d » aujourd » hui, lui et ces ministres pourraient faire leurs petites réunions inter-pays au moyen de visio-conférences……………..
Quelle insjustice totale ! ! !

Portrait de Pouffpouff

De Pouffpouff

En activité | 13H02 | 03/11/2008 | Permalien

« les rangs sont considérablement grossis par davantage de sans-papiers (majoritaires). »

Ce n'est ni à l'Etat ni à la Ville de Paris de payer mais aux associations (clin d'oeil à RESF) de payer puis au Roi du Maroc au Chef d'Etat pétrolier Bouteflicka etc. de prendre en charge sa diaspora.
Quoique Delanoë est le maire socialiste qui soutient le plus les sans-papiers.

Ah oui ne dites pas « appel d'air » cela agace les présidents de la LDH et de France Terre d'Asile.

Mais je suis d'accord ce sont des êtres humains même…dans leur pays.

Portrait de cochise_fr

De cochise_fr

10H19 | 04/11/2008 | Permalien

Bonjour,

Bien triste article en vérité, et toujours pas de solution durable alors que tous les gouvernements connaissent le problème depuis longtemps et l'ignore joyeusement en saupoudrant par ci par là quelques subsides pour éviter la révolte.

Comme il a été signalé, de multiples points de distribution sont répartis, mais :

Qu'attend on pour ouvrir les cantines scolaires tous les soirs à la population, quitte à y mettre des cuisiniers volontaires des associations….. au moins il y aurait un cadre un peu plus chaleureux, une table, des chaises, un peu de repos pour les organismes fatigués…. au lieu de laisser les gens dans la rue et de leur remettre des denrées alimentaires comme on jette du grain aux volailles.

Et si on devait pour cela baisser les salaires des hauts dignitaires de la république de quelques euros, ce ne serait pas une catastrophe.

Portrait de Zineb Dryef

à cochise_fr Portrait de cochise_fr De Zineb Dryef (auteur)

Rue89 | 17H59 | 04/11/2008 | Permalien

Bonjour,

Justement, la ville de Paris a lancé une étude et pense développer les restaurants sociaux plus chaleureux et mieux adaptés à la demande croissante. Conclusions en avril. (cf. encadré)

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