Enquête 30/10/2008 à 16h03

L'environnement pour faire face à la crise : l'UE divisée

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Fleurs à énergie solaire au siège du Conseil européen de Bruxelles, février 2008 (Yves Herman/Reuters).


Face à la crise, les pays européens hésitent : doivent-ils ralentir les programmes en faveur de l’environnement ou au contraire les accélérer ? L’objectif de la présidence française de l’Union européenne d’arriver à un accord avant fin décembre sur la plan Climat Energie se heurte à des résistances farouches de la part de nations comme l’Italie et surtout la Pologne. L’Union s’est fixé trois grands objectifs pour 2020 : une réduction de 20% de ses émissions de gaz à effet de serre, une part de 20% d’énergies renouvelables dans sa consommation d’énergie et 20% d’économies d’énergie. Pour y parvenir, chaque pays doit réduire considérablement ses émissions de CO2, et c’est là que le bât blesse.

La mesure la plus controversée est la proposition de mettre aux enchères chaque tonne de CO2 émise par l’industrie lourde dès 2013 et de consacrer les fonds à la transition vers une énergie propre. La Pologne, dont la production d’électricité dépend à 90% de l’exploitation très polluante du charbon, trouve ce plan trop coûteux pour son économie. D’autres pays d’Europe centrale estiment également qu’en période de crise, l’environnement n’est peut-être plus la priorité et que ces mesures risquent d’affaiblir leurs entreprises.

La France pas isolée

Mais parallèlement à ces résistances, plusieurs gouvernements voient, au contraire, dans l’environnement une opportunité pour sortir de la crise économique, au premier rang desquels la France. Ainsi, Nicolas Sarkozy a récemment souligné :

« Il faut sortir du dilemme croissance-protection de l’environnement et démontrer que la croissance propre est une possibilité de rebond de la croissance. »

Le projet de loi issu du Grenelle de l’environnement et surtout la loi de Finances pour 2009 prévoient des mesures qui vont soutenir des secteurs comme le bâtiment, par exemple les prêts à taux zéro pour les travaux d’amélioration de la performance énergétique des logements anciens. Et le gouvernement réfléchit à d’autres mesures pour accélérer la « croissance verte », et notamment le déploiement des énergies renouvelables, alors que l’objectif est déjà d’atteindre 23% de production d’origine renouvelable en 2020 contre moins de 10% aujourd’hui.

La Grande-Bretagne est sur la même longueur d’onde : Peter Mandelson, le nouveau secrétaire d’Etat au Commerce et aux Entreprises, a estimé, dans son premier discours, que le business lié à l’environnement était un élément clé pour aider le pays à traverser la crise actuelle. Il veut profiter des opportunités liées au développement d’une économie faiblement carbonée dans le monde entier et soutenir les investissements dans toutes les éco-industries en Grande-Bretagne, comme les énergies renouvelables (l’éolien est en plein développement dans le pays, notamment l’offshore) ou les véhicules électriques.

Alors que le chômage augmente outre-Manche, le gouvernement compte bien favoriser l’emploi dans ces nouveaux secteurs : il met en place un fonds dédié de 98 millions de livres sterling (122 millions d’euros) pour monter des formations sur mesure adaptées à ces nouveaux secteurs « verts ». Ce qui doit permettre, selon lui, à la fois de compenser les pertes d’emplois d’autres secteurs et d’éviter un recrutement à l’étranger dans les prochaines années, faute des compétences suffisantes dans le pays.

Autre exemple, l’Allemagne, qui, prépare un catalogue de mesures ciblées destinées à soutenir les entreprises et l’emploi. L’environnement sera l’un des leviers : Berlin réfléchit à une extension de son programme de crédits bonifiés destinés aux ménages qui rénovent leur logement pour en diminuer la consommation énergétique. Parmi les autres pistes explorées, une prime pour les ménages les plus modestes qui achèteraient des réfrigérateurs économes en énergie ou encore des mesures fiscales pour l’acquisition de voitures moins polluantes.

Même en Suisse, l’idée fait son chemin. Le syndicat Travail.Suisse vient de demander la mise en place d’un grand programme national de rénovation énergétique des bâtiments pour endiguer la probable récession. Cela permettrait, selon ses estimations, de créer 16 000 emplois directs, et plus de 5 000 indirects. Et il demande aussi un effort de promotion de l’énergie solaire.

Des milliers d’emplois à la clé

Ces orientations interviennent alors qu’au niveau international, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) vient de lancer un appel pour un « green new deal », capable, selon ses promoteurs, de générer des millions d’emplois et en même temps de combattre le réchauffement climatique avec une gestion plus sensée des ressources de la planète. Pour le PNUE, les investissements dans les technologies propres et les « infrastructures naturelles » seront le principal moteur d’une croissance réelle.

Une étude de Greenpeace International, présentée en début de semaine à Berlin, montre également qu’investir dans les énergies renouvelables serait rentable au moment où la récession menace. Des investissements massifs dans les énergies renouvelables permettraient, selon l’ONG, de faire émerger une industrie au chiffre d’affaires annuel de 360 milliards de dollars en 2030, susceptible de fournir la moitié de l’électricité mondiale et d’économiser des centaines de milliards de dollars en dépenses en pétrole. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait tout de même investir 14 700 milliards de dollars d’ici à 2030.

Photo : fleurs à énergie solaire au siège du Conseil européen de Bruxelles, février 2008 (Yves Herman/Reuters).

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  • kawouede
    • Posté à 16h34 le 30/10/2008
    • Internaute 27995

    Le problème de Sarkozy (et de l’écologie de droite en général) est de croire qu’il n’y a pas contradiction entre ce qu’ils appellent « croissance » et l’environnement (ou plutôt l’écologie : l’ensemble des équilibres sociaux et environnementaux).

    De fait, il faut redéfinir la richesse et, pour certains domaines, pratiquer une décroissance sélective...

    Cela dit, sur l’énergie, les Suisses ont raison - Lipietz le rappelle ces jours-ci sur son blog - un vaste plan de sobriété énergétique créerait des emplois non délocalisables, bref un gisement de prospérité en attente d’exploitation.

    Mais encore une fois, pour tirer tout le profit d’une révolution écologique, il faut revoir notre définition de la richesse.

  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 17h43 le 30/10/2008
    • Internaute 24237
      prof. en province

    Moi je suis persuadé que l’environnement est la clé principale de la crise actuelle, à défaut, de la suivante qui arrivera rapidement si finalement, on s’en tient aux solutions orthodoxes dans la continuité du système actuel !

    Une redéfinition de ce que l’on considère « richesse » est nécessaire et doit être prise en compte dans l’évaluation des PIB !
    Après tout, en terme d’économie, on fait référence à la « loi de l’offre de la demande », la « demande environnementale » est considérable, donc.....« l’offre » doit être adaptée !

    Il faudrait aussi savoir, si la dette en terme financier est affaire plus préoccupante que le déficit écologique abyssal qui se creuse chaque seconde !

    En parallèle, il faut revoir la « gestion sociale » !

    Quand je pense que la crise actuelle vient de l’immobilier au USA, alors que tant de gens, comme en Europe, y vivent dans des conditions indignes d’une grande puissance.
    La dernière idée des néolibéraux, a été de faire levier sur cette misère pour faire tourner artificiellement une économie et créer des produits financiers, en espérant que tous les gens qu’ils ont jetés à l’eau sauraient nager ou apprendraient rapidement en jouant sur l’instinct de survie......mais la catastrophe arriva !

    C’est ce modèle que l’on voudrait généraliser, on court à l’apocalypse !

    A moins que les grands de ce monde ne pensent qu’il est trop tard pour apporter des solutions à tous les problèmes de pollution et à l’épuisement des énergies et nous entraînent tous vers un suicide collectif ?

  • Croa
    • Posté à 21h21 le 30/10/2008
    • Internaute 34517

    Dès le départ les objectifs sont d’un ridicule achevé, très loin des enjeux ! Franchement planifier pour 2020 ( !) un objectif qu’il faudrait atteindre AU PLUS VITE est non seulement irresponsable mais complètement en dehors des réalités ! (Pour atteindre ces modestes objectifs il suffira de laisser la nature faire, c’est à dire laisser les gisements s’épuiser et laisser les effets destructeurs tenir leur rôle naturellement modérateur.)

    Ce qui transparait derrière ces mesures est la récupération de l’écologie au profit du système dominant, à savoir un certain capitalisme au profit d’un régime parfaitement dictatorial et ploutocratique. Les paroles de N. Sarkozi trahissent parfaitement cette fumisterie. Il y pose la protection de l’environnement en servante de la « croissance » comme tout autres choses de ce bas monde devrait l’être pour lui et ses amis
    .
    Ce qui m’étonne c’est de voir Greenpeace collaborer à ça !

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 03h36 le 31/10/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    « Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait tout de même investir 14 700 milliards de dollars d’ici à 2030. »

    Bon article et conclusion assez fine qui pose quand même la question des sommes à investir.
    Du point de vue capitaliste, l’écologie, la sauvegarde de l’environnement, ne valent rien, ou pas grand chose. Car la promesse, au bout du compte, est la durabilité et la gratuité. Or, pour que le profit perdure il faut un renouvelement continuel des biens constituant ainsi une perspective d’accroissement desdits profits. Si l’on a bien réussi à commercialiser l’eau, cela risque d’être plus compliqué pour le soleil et le vent. Certes dans un premier temps l’équipement « écologique » pourrait fournir de l’emploi. A condition que l’argent pour investir en grand soit là. Et la maintenance ainsi que le renouvellement des équipements pourraient procurer du travail. Mais c’est insuffisant pour créer un marché vraiment porteur, comparable à ce qu’a pu être, par exemple, l’automobile.
    Est-ce à dire que cela ne se fera pas ?
    Dans le cadre de la contraction économique qui va s’affirmer de plus en plus, une minorité bénéficiera logiquements des bienfaits de cette économie « écologique », comme l’ont déjà compris les propriétaires de yachts qui font désormais construire leurs bateaux avec des matériaux non polluants ou recyclables. Le label « green » est recherché » ; il suffir d’y mettre les moyens.
    L’Allemagne a d’ores et déjà une sacrée avance sur la Pologne en matière d’écologie et de qualité de vie.