30/10/2008 à 14h59

Contre la « powerpointisation » des esprits

Laurent Mauriac | Cofondateur Rue89


Diapositive Powerpoint par Rue89.

« Tu as préparé tes bullets ? » « Tu viens avec ton Powerpoint ? » Un nouveau vocabulaire a envahi les entreprises. On imagine difficilement une présentation orale qui ne s’appuie sur « un Powerpoint », du nom d’un logiciel de la suite Microsoft Office. Pendant ces réunions où l’orateur fait défiler des « slides » (les diapositives), l’auditoire est souvent partagé entre l’envie d’écouter et celle de recopier fiévreusement le contenu projeté à l’écran.

Les Powerpoint ont envahi jusqu’aux Etats généraux de la presse organisés par l’Elysée, décrite comme « une réunion majoritairement masculine et cravatée devant des présentations powerpoint » par Pierre Haski qui participait à une première session. On relève au passage l’absence de majuscule, qui laisse penser que comme « frigidaire » ou « mobylette », ce logiciel pourrait devenir un nom commun et passer dans le langage courant.

Un Powerpoint est souvent composé de deux éléments :

  • des courbes (de préférence orientées vers le haut) ;
  • des énumérations sous forme de listes de points (« bullet points » ou plus simplement « bullets »). Par exemple, nos atouts, nos innovations, etc.

Les fondateurs de Rue89 ont eu à en produire eux aussi, pour présenter leur activité au moment de la création de la société, par exemple pour décrocher une place dans la pépinière d’entreprises où nous sommes hébergés depuis plus d’un an ou attirer l’intérêt d’investisseurs. Toute la question est de savoir si les habiles rédacteurs de Powerpoint sont passés maîtres dans l’art de la synthèse ou dans celui d’emberlificoter les esprits.

Dans un livre publié en 2003 et disponible gratuitement en ligne, « Devenez beau, riche et intelligent, avec PowerPoint, Excel et Word », l’entrepreneur Rafi Haladjian penche nettement pour la deuxième solution. Il écrit :

« PowerPoint est un outil magique. Il permet de donner l’illusion d’une parfaite maîtrise du monde. (...) Un monde confortable et rassurant où l’on peut énumérer les choses, les recenser, les faire entrer dans les “templates” (en français : masques) de la pensée. »

Microsoft voit d’ailleurs dans son outil un moyen de « créer rapidement des présentations percutantes et dynamiques ». Ce que ses critiques traduisent par « présentations déformant et simplifiant la réalité à outrance ». Rafi Haladjian lance cette alerte :

« Nous assistons à une vraie powerpointisation des esprits. »

A titre d’exemple, il pointe le rôle des Powerpoint (et de ses complices Word et Excel) dans la bulle Internet de 1999-2000 :

« PowerPoint était l’outil par excellence pour lyophiliser votre projet (...). Selon le ratio traditionnel de trois minutes par slide, la complexité du monde et du business devait pouvoir se décrire en quinze tableaux, écrits en grand. En quinze pages écrites en grand, toutes les histoires ressemblent à des livres pour enfant de trois ans. »

Certains refusent d’ailleurs cette tentation. Les deux créatrices du site Green Univers avaient peaufiné un Powerpoint de présentation. Leur interlocuteur, un partenaire américain, les a coupées : « J’ai horreur des Powerpoint » et leur a demandé d’éteindre leur ordinateur, se contentant de les écouter. « Alors je me suis dit que peut-être les PowerPoint, en fait, c’était déjà ringard… », témoigne l’une d’elles.

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  • DavorS
    DavorS
    Etudiant
    • Posté à 14h19 le 03/11/2008
    • Internaute 57435
      Etudiant

    Avant on utilisait de vieux rétroprojecteurs et des feuilles transparentes qu’on faisait sois même défilé…c’est un peu mieux powerpoint quand même…

  • brazz
    • Posté à 14h19 le 03/11/2008
    • Internaute 40271

    C’est la pensée unique appliquée à l’informatique…

  • Cadre modele
    Cadre modele
    Consultant RH
    • Posté à 14h45 le 03/11/2008
    • Internaute 13530
      Consultant RH

    Formateur, je travaille avec Power Point qui est utile pour une meilleure mémorisation.

    L’un des effets pervers de Power Point dans son utilisation et qu’il peut transformer le formateur en lecteur de diaporama.
    Ainsi, la seule animation dans la salle est l’animation des diapos.

    Bon nombre de mes confrères se sont transformés en animateur de Power Point. Ils ne font que lire le texte des diapo, voir le texte des commentaires.
    Il est vrai que toutes les informations nécessaires aux connaissances et aux comportements seront délivrées quelque soit la qualité du formateur et de fait, cela présente des avantages pour un grand nombre d’organismes de formation qui emploie comédiens et autres amateurs et qui pensent qu’un diaporama de 150 pages est un signe de qualité.

    Simplement, notre métier consiste non pas à faire lire mais à faire faire.

    Le Power Point n’est utile que pour appuyer un discours, une méthode.

    Cet effet pervers se retrouve également chez les managers et les commerciaux qui lisent le diaporama si joliment crée mais qui est tellement inefficace pour atteindre les objectifs d’une réunion ou d’une présentation.

    Maitriser Power Point ne signifie pas maîtriser la prise de parole en public, l’animation de réunion ou de formation.

  • Dufduf
    Dufduf
    (savoyard tete de lard)
    • Posté à 12h56 le 17/12/2008
    • Internaute 62173
      (savoyard tete de lard)

    Je travaille dans la Pub et le ppt c’est notre meilleur ami. Tout l’art réside dans la capacité à ne pas transféré l’intéret de ses propos dans le support, mais à bien l’utiliser comme un relais. Je voulais témoigner d’une expérience peut commune. Lors d’un conférence dans laquelle nous avions invité Yahoo et Google, ce dernier à créer la surprise au moment de prendre la parole, il a commencé ainsi :
    « Chez Google ont a commencé la “déslidification” c’est pourquoi je ne vous ai pas améné de powerpoint pour ma présentation ». Effet d’annonce, excès d’assurance, ou manque de temps, peut importe l’intervention fut brillante et l’auditoire très captif. Décidément le géant américain n’en finira pas de nous suprendre.

  • Pouetounet
    • Posté à 09h13 le 31/12/2008
    • Internaute 30055

    Dans l’entreprise où je travaille j’ai imposé des règles simples, en tant que responsable de l’image de marque vis à vis de Powerpoint.
    1- Un slide contient un titre, une phrase écrite en français (sujet, verbe, complément) et qui ne représente qu’une seule idée.
    2- Pas de « bullets »
    3- Une illustration (photo) ou un schéma simple avec légende et données lisibles
    4- Les animations ne sont autorisées que pour les schémas.

    En parallèle je leur ai fait une démo de logiciels de mindmaping (Xmind ou Mindmanager) et de moins en moins de personnes utilisent Powerpoint. Une présentation mindmap a toujours un succès fou, l’orateur ne lit rien du tout et dévoile au fur et à mesure un cheminement logique qui peut être remis en question par l’auditoire s’il ne l’est pas. J’ai même assisté à une conférence sur ce mode, succès total.

    Je conseille également pour les fans de Powerpoint et autres, la lecture D’Edward Tuffte et de Stefen Few, notamment « beautiful evidence ». Un nouveau monde vous attend. Ho et aussi « Death by powerpoint » qui est dispo gratuitement sur la toile.

  • ankou
    • Posté à 09h48 le 14/01/2009
    • Internaute 32743

    Au-delà de Powerpoint, il y une Microsoftisation de la pensée dans le bureau. Et plus largement, on doit craindre la puissance des applications informatiques (Internet explorer et apparentés, Google et consorts ...
    ) à formater ( !) les modes pensées et d’apporche du monde.

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