Tour d'horizon des méthodes de l'ancien patron des RG, dont les notes secrètes alimentaient l'Elysée comme l'Intérieur.

Alors que tout le monde s'acharne aujourd'hui sur Yves Bertrand, l'ancien patron des RG faisait (presque) l'unanimité à l'époque de sa splendeur. Comment travaillait-il ? Dans quel but ? Avec qui ? Retour sur les méthodes des « grandes oreilles » de l'Etat, sur lesquelles flotte un parfum de « cabinet noir », au service de Jacques Chirac.
Le résumé historique des RG, consultable sur le site du ministère de l'Intérieur, vaut son pesant d'or :
« Les Renseignements généraux sont apparus sous la Troisième République, en 1911. Ils remplissent aujourd'hui encore une fonction régalienne d'information de l'Etat et du Gouvernement reconnue par tous les régimes qui se sont succédé en France depuis la fin du XVIIIe siècle. »
Informer l'Etat et le gouvernement. Cette lapalissade -tous semblent l'avoir oublié- est au cœur de la mission des Renseignements généraux. Leur raison d'être. Difficile d'imaginer que le serviteur de l'Etat qui dirigea le travail de 3850 fonctionnaires (dont 700 à la préfecture de police de Paris, sorte d'Etat dans l'Etat) pendant douze ans soit un margoulin de la pire espèce. Un « fonctionnaire nuisible », pour reprendre l'expression de Lionel Jospin, que les fameuses notes blanches auraient transformé en maître chanteur de la République.
Les carnets noirs : simples brouillons ou journal intime de la Ve République ?
Après que le ministère de l'Intérieur de Michèle Alliot-Marie lui ait refusé mercredi une protection juridique, il a expliqué à Rue89 cette manie de tenir à jour des carnets de note. Il commence l'exercice en 1979, en s'occupant du personnel de la maison RG.
Arrivé à la tête des « grandes oreilles », il prend l'habitude de rendre compte, tous les jours, auprès de son ministre de tutelle. Plus rarement à l'Elysée. Ses carnets indiquent pourtant, en 2000 et 2001, au moins trente rendez-vous avec « DV », Dominique de Villepin.
Daniel Vaillant est le seul des huit ministres servis qu'il n'ait pas régulièrement rencontré. A la question de savoir pourquoi tenir de tels carnets, Yves Bertrand a une réponse logique et cynique dans l'Express, qui en dit long sur les mœurs de la Ve :
« Les ragots, il vaut mieux les vérifier. Cela peut avoir une influence sur la vie politique et le fonctionnement de l'Etat. Imaginez le cas de la constitution d'un gouvernement : n'est-il pas bon de savoir qu'une personnalité pressentie pour un ministère présente des défaillances ou des faiblesses sur le plan privé ? »
Problème : le contenu des carnets ne s'arrête pas à indiquer que Cécilia Sarkozy est « fétarde » ou que tel ou tel ministre est cocaïnomane. Il rapporte aussi des accusations beaucoup plus graves, comme la remise de « 150 000 francs en liquide » à Nicolas Sarkozy, dans son cabinet d'avocat.
Une équipe d'enquêteurs triés sur le volet
Combien étaient-ils ? Cinq ? Dix, grand maximum ? Unique certitude : aucun ne se connaissait, ils ont découvert leur existence réciproque par la presse. Dès son arrivée à la tête de la direction centrale en 1992, Yves Bertrand recrute une équipe d'enquêteurs dévoués, pour des missions spéciales. Car si le réseau départemental et régional des RG est un fin maillage du territoire, certaines histoires sont à manier avec précaution. Or, les patrons politiques du directeur des RG ont parfois des demandes… particulières, comme le confirme l'un de ces enquêteurs :
« Les politiques sont très demandeurs d'infos exclusives, les RG ont été créés pour ça. Yves Bertrand avait une double façon de fonctionner : d'un côté, il s'appuyait sur le réseau départemental des RG ; de l'autre, pour un impératif de discrétion lié à certaines enquêtes, il faisait appel à d'autres personnes. Je ne connais pas les autres, mais on n'était pas 46 000. »
Leur point commun est d'être des as du renseignement, dans un ou plusieurs domaines. Brigitte Henri, jeune commissaire principal des RG, est spécialisée dans le financier. Dès 1992, Bertrand en fait sa chargée de mission, intégrée à son cabinet, pour décortiquer l'écheveau du financement occulte du RPR. Cela débouchera sur les « affaires » du RPR, emplois fictifs, BTP, financement de campagne…
Hubert Marty-Vrayance, recruté en 2001, a un profil atypique : ex-IEP Paris, sorti major de sa promo de l'école des commissaires, il intègre tout de suite les RG, avant de rejoindre le SCTIP au Gabon, puis le Secrétariat général de la défense nationale (SGDN). Il sera l'homme des coups tordus. Hors cabinet.
Mandaté pour travailler sur la mort de Pierre Bérégovoy, parce qu'il a dirigé les RG de la Nièvre, il est convaincu d'avoir travaillé dans un but éminemment politique. Objectif : fournir des missiles anti-Jospin et anti-Pasqua dans la course présidentielle. Précision : Hubert Marty-Vrayance a été révoqué de la police, non pas pour ces enquêtes sulfureuses, mais pour une banale affaire de « tricoche ». (Voir la vidéo)
Qui a lu les notes d'Yves Bertrand ? Le ministre de l'Intérieur et ses correspondants de l'Elysée
Ce troisième homme de Bertrand, qui souhaite rester anonyme, est un vieux routier de la PJ. Enquêteur hors pair, chasseur de « beaux mecs » (grands voyous), il est l'un des créateurs de la BRI, brigade de recherche et d'intervention. Il a aussi travaillé pour tous les services de renseignement (DST, DGSE et RG) français. Il a monté des dossiers à la demande. Aujourd'hui retraité de la police, il livre une clef importante pour comprendre la méthode Bertrand, dont il est resté proche :
« Lorsqu'il me demandait quelque chose, je ne pouvais pas connaître les destinataires finaux, ni l'usage qui en serait fait. C'est pareil dans tous les services : celui qui collecte n'est pas celui qui exploite. »
Yves Bertrand connaissait-il lui-même l'usage qui serait fait de ces dossiers ? En tout cas, il ne pouvait ignorer la destination finale des notes, puisqu'il les remettait, outre au ministre de l'Intérieur, à ses correspondants du « château ». Car, si l'expression « cabinet noir » s'applique, elle pourrait surtout concerner des hommes proches de Jacques Chirac : Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Elysée et Philippe Massoni, conseiller pour les affaires de sécurité intérieure. Un vrai secret de polichinelle, selon Hubert Marty-Vrayance. (Voir la vidéo)
Pour autant, fallait-il examiner tous les sujets glauques recensés dans les fameux carnets ? Mœurs, petites manies, amitiés compromettantes ? L'ex-enquêteur anonyme livre sa réponse :
« Je suis toujours resté dans un cadre institutionnel. Je n'aurais pas fait d'enquête sur les mœurs sexuelles d'untel ou untel, mais en revanche, chercher à savoir si un élu trempe dans quelque chose de louche, ça oui. »
Le dernier mot revient-il au principal intéressé ? Yves Bertrand a livré dans un entretien à l'Express une vérité inhérente aux activités de basse police :
« Dans ce scandale, j'ai le sentiment d'avoir été le messager des mauvaises nouvelles, celui qu'il faut tuer après les avoir entendues. »
Photo : Jacques Chirac et Lionel Jospin au sommet européen de Barcelone en mars 2002 (Philippe Wojazer/Reuters).

























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De I. G.
Y | 14H26 | 29/10/2008 |
J'ai l'impression que l'on ne se plaint pas de la bonne chose… Qu'un état centralisé ait besoin de savoir si les gens qu'il emploie dans ses plus hautes fonctions sont honnêtes ou mêlés à des affaires louches, ça me paraît la moindre des choses.
Ce qui m'ennuie, c'est que ces renseignements une fois collectés n'ont pas été suivis d'effet immédiat. Le ministre cocaïnomane a-t-il été viré ou au moins envoyé en cure de désintox ? (non, bien sûr que non, et il a même pris du gallon).
Les « affaires » révélées par le Canard plusieurs années après les faits étaient sans doute connues de ce genre de service bien plus tôt, sans semble-t-il que les responsables n'aient été inquiétés tant qu'ils étaient aux commandes.
L'information, oui, mais pour en faire quoi ? Pour s'assurer de la moralité des dirigeants ou pour les faire chanter quand le vent tourne ?
De fraistival
Journaliste spécialisé | 15H43 | 29/10/2008 |
Des cabinets noirs, il y en a partout en France. Les préfectures, les RG, les conseils de l'ordre (médecins et avocats en particulier), certains syndicats. Tout ce beau monde travaille en bonne intelligence pour casser, dénigrer, dénoncer. A Montpellier, un dentiste qui arnaquait la sécu (peu d'ailleurs par rapport à certains médecins) vient de faire tomber un procureur adjoint pour sortir de taule. Un cas isolé ! !
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 15H58 | 29/10/2008 |
« Après que le ministère de l'Intérieur de Michèle Alliot-Marie lui ait refusé mercredi une protection juridique, »
« “ Les politiques sont très demandeurs d'infos exclusives, les RG ont été créés pour ça.”
On sait depuis longtemps que la France n'est pas protectrice, même pas pour ceux qui l'on servi.
Par contre c'est plus honorable de protéger une maison vide celle de Clavier bien sûr.
Donc les RG ont été créés pour alimenter les ragots ?
De gauche ou de droite la France c'est la STASI !
Mais vous n'en n'avez pas marre de cette France bananière dont beaucoup des plus riches ne paient pas d'impôts grâce aux niches fiscales, alors que vos salaires et vos retraites ne vont pas bouger d'un poil et que le taux du livret A va baisser ?
Vous n'en avez pas assez de cette France flicarde jusque dans votre ordinateur ? De la rue qui ne nous appartient même plus sans la moindre autorisation de la préfecture ? Du mépris qu'on nous envoie directement à la figure dans tous les domaines ?
Vous vous rendez-compte que vous n'êtes même plus acteur de votre vie ?
On veut vous faire croire que vous êtes libre, mais vous ne l'êtes plus, à tout moment vous risquez d'être poursuivi par ceux qui font les lois mais qui ne se les appliquent pas.
La France devient de plus en plus sclérosée et les français aussi, la preuve combien la ferme et combien de révoltés dans la masse ?
Il vient de se passer quelque chose de grave mais finalement on ne le dirait pas.
La France vous écoute, elle vous surveille, elle vous opprime, ne dormez pas tranquillement.
J'en ai plus que marre de voir ce pays devenir vieux et en miettes, c'est étouffant.
Les médias, arrêtez de prendre des gants !
Pour aimer les hommes il faut détester fortement tout ce qui les opprime -
Jean-Paul Sartre.
De organe_dhonneur
16H08 | 29/10/2008 |
Je n'arrive toujours pas à distinguer qui est la marionnette de qui dans cette affaire. Il ne m'étonnerait pas voir surgir des petites bizarreries dans les semaines ou mois qui viennent.
Manifestement, Sarkozy a lâché Bertrand via Alliot-Marie. Lâché ou envoyé à la charge ? Contre des têtes du PS ? Contre les chiraquiens ? Encore une arme anti-Villepin ? Bertrand a raison sur un point : il n'a pas choisi de publier ces notes, c'est une fuite du cabinet du procureur.
Ça pourrait être un rééquilibrage interne dans le cadre de l'affrontement RG/DST mais la publication dans l'express suggère quelque chose de plus gros.
Si ma mémoire est bonne, l'Express a été parmi les plus gros pourfendeurs de Villepin au moment de Clearstream. On pourrait penser que quelqu'un a envie de botter de nouveau dans les chiraquiens avec l'appui de la gauche indignée. Tout en affaiblissant la parole d'un type très renseigné qui doit en savoir un rayon sur sarkozy, notamment concernant ses faiblesses sur une substance blanche qui circule par les narines.