Alain Minc explique s'attendre à recevoir une « volée de bois vert » de la part des historiens, puisqu'il se permet de « braconner » sur leurs terres. L'auteur d'« Une histoire de France » prend donc bien soin de présenter son travail comme un « exercice intellectuel », mais l'exercice ne convainc guère.
Une certaine vision de l'histoire
L'histoire, pour Alain Minc, est essentiellement politique, et l'histoire de France, par conséquent, une succession de règnes monarchiques, impériaux ou républicains, l'auteur distribuant les bons points (Philippe-Auguste, Henri IV, Mendès France) et les bonnets d'âne (Clemenceau surtout). Ajoutons un personnage qui revient comme un modèle de clairvoyance politique : Bismarck.
L'auteur revendique l'utilisation de comparaisons entre différentes périodes, n'hésitant pas à faire le parallèle entre le roi Louis XI et François Mitterrand, présentés tous deux comme « machiavéliques ». Pour Minc, ces rapprochements, biaisés, aident le lecteur à comprendre. C'est ainsi surtout à travers le prisme de l'histoire des cinquante dernières années –l'histoire de la génération née peu après la guerre– que l'auteur propose d'analyser près de 2000 ans d'histoire nationale.
La question parlementaire
Alain Minc s'attache surtout à expliquer pourquoi la France n'est pas devenue la Grande-Bretagne, dotée d'une bourgeoisie marchande adaptée au libéralisme économique, et présentée comme un modèle d'équilibre politique : la révocation de l'édit de Nantes (1685), qui fait fuir la bourgeoisie protestante et la banqueroute de Law (1720) expliqueraient tour à tour une défiance envers le capitalisme ; et la France aurait « raté » sa Révolution.
Cette théorie est de plus en plus contestée par les historiens, qui s'efforcent de ne pas caricaturer la défiance française vis-à-vis du libéralisme et de ne pas analyser linéairement l'histoire de la Grande-Bretagne pour ne pas rayer d'un trait de plume toute la tradition travailliste anglaise.
Sur la faiblesse des parlements français, l'auteur ajoute que c'est la « domestication des élites » sous Louis XIV qui expliquerait l'absence d'une « culture parlementaire », voire qui aurait entraîné Vichy, c'est-à-dire « l'obéissance quasi pavlovienne de l'administration au Chef ».
C'est certainement cette « déférence » qui explique qu'on guillotine un roi en 1793… Il semble d'ailleurs plutôt paradoxal d'accuser la politique curiale de Louis XIV pour expliquer Vichy, et de brandir l'un des principaux artisans de la structure administrative du Reich comme exemple, sans se poser la question d'une forme « d'obéissance pavlovienne » des fonctionnaires nazis.
Les raccourcis nombreux de Minc fatiguent un peu le lecteur au bout de 100 pages. Deux ou trois, du type « Louis XI était mitterrandien », amusent, mais ne suffisent pas à faire un livre. Son histoire, faite de grands hommes exemplaires, de figures incomprises et de mauvais politiciens, contribue à toute une série de biais, et il manque à l'auteur la prise en compte de déterminations économiques et sociales, religieuses et culturelles, que l'histoire politique et événementielle, quand elle est de qualité, analyse nécessairement, et qu'une bonne vulgarisation aurait pu rendre passionnante.
La France de Minc
La pertinence du cadre national pour analyser l'histoire de France pose un problème évident quand on mesure le rôle des échanges, des transferts, des mouvements de population dans la constitution de la Nation et de l'Etat. C'est en effet une France très repliée sur son territoire que présente l'auteur. La France hors de France, ou bien la colonisation, sont deux aspects quasiment occultés, comme si la mondialisation commençait dans les années 1990, et comme si les conquêtes coloniales constituaient des épiphénomènes. Cela contribue à rendre son texte d'emblée un peu vieillot, voire anachronique.
Ce livre est donc surtout une histoire des personnes qui ont exercé le pouvoir en France, signe d'une conception très personnelle et technocratique de l'histoire et de la France, qui occulte la part des acteurs sociaux dans les évolutions historiques (des paysans de l'Ancien Régime au monde de l'entreprise aujourd'hui). C'est peut-être en cela que, pour un historien, cette histoire personnelle s'avère intéressante. Surtout pour celui qui, dans cinquante ans, fera l'histoire d'Alain Minc.
► Une histoire de France d'Alain Minc, (ed. Grasset, 2008, 483pp.).




















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à Lucygure
De Dan51
19H02 | 29/10/2008 |
Vouloir manipuler l'Histoire a toujours été la caractéristique des dictatures, dans toute l'Histoire.
Chercher des « héros », les fabriquer, a été une pratique « banale » sous le IIIème Reich, dans la Russie soviétique, en Chine, elle l'est aujourd'hui en Corée du Nord…
Xavier Darcos veut que l'Etat fixe ce qui doit être retenu de l'Histoire et ce qu'il convient d'oublier ou de ne pas mentionner.
Tristes temps dans un pays qui se renferme de plus en plus sur lui-même…
Unique dans une Europe démocratique… Les pays qui nous entourent sont éberlués, à longueur d'articles de presse…
A cela s'ajoute la main-mise sur les medias au travers des « Etats Généraux » de la presse qui ont exclu tous ceux qui ne plaisent pas…
à Dan51
De Czar.
réac | 20H47 | 29/10/2008 |
Et tu connais quoi de la Corée du Nord, champion ?
A preuve du contraire c'est encore « l'Etat », que ton petit cerveau binaire confond avec le « gouvernement » qui décide jusqu'à ce matin des grandes pistes d'étude à travers unorganisme dénommé « commission nationale des programmes » et dont les membres sont nommés par le ministre.
La question n'est pas de savoir si c'est au gouvernement d'ECRIRE l'Histoire, mais de décider LES THEMES traités.
à Dan51
De Arnaud Aubron
Rue89 | 14H00 | 31/10/2008 |
« des “ Etats Généraux ” de la presse qui ont exclu tous ceux qui ne plaisent pas… »
Euh, pas tous en fait : nous on a été invité. Et je pense que personne ne prétendra qu'on est en odeur de sainteté à l'Elysée…
à Lucygure
De fatalyst
00H44 | 30/10/2008 |
J'ai vraiment apprécier votre « post » ; lucygure. Il me rappelle un tableau sublime de Martin (John) Sadak cherchant les eaux de l'oubli….
à Lucygure
De Erbeddie
10H11 | 30/10/2008 |
@à Lucygure. Magnifique et analytique colère ! ! Un régal ! Je vous demande la permission de noter votre pseudo sur mon répertoire entre artmonika et pénélope.
Le pére Eddie.
à Erbeddie
De Lucygure
Libre penseur | 14H12 | 30/10/2008 |
@Erbeddie et Fatalyst
merci beaucoup pour vos commentaire qui me font chaud au coeur.
Vous avez évidemment toutes les permissions du monde pour ajouter mon pseudo à votre répertoire, googler, diffuser etc, mon plus grand plaisir étant d'être lu et apprécié.
je prend toujours un peu de temps pour écrire ce genre de texte et je me demande à chaque fois si ça vaut le coup mais votre commentaire m'incite à continuer.
Merci beaucoup pour celà
De Albert Fulor
15H59 | 29/10/2008 |
A une époque où nous construisons l'Europe, est-il nécessaire de se consacrer à la promotion des particularismes locaux et autres chauvinismes ?
De Spirou
16H16 | 29/10/2008 |
Pour le libraire qui ne sait pas quoi faire du chef d'oeuvre de MINC, il peut l'offrir en supplément du dernier manuscrit commis par BHL/Houellebecq qui doit lui-même être offert et livré à domicile pour tout achat d'un timbre poste tarif local. Et si ce libraire à vraiment le coeur sur la main, il peut même les offrir aux SDF parissiens qui trouveront là de quoi entretenir leurs feux durant cet hiver qui s'annonce des plus rudes pour eux.
Ce genre de livre ne vaut même pas le prix du papier sur lequel il est écrit surtout en ces temps de crise écologique. Un livre imprimé, c'est du CO2 en moins et ces comiques commençent sérieusement à nous pomper l'air avec leurs livres commerciaux qu'ils nous sortent une fois par an pour se rappeller à nos bons souvenirs.
La question « qui lit encore MINC » trouve facilement réponse dans un pays ou des millions de personnes regardent la Star'ac ou TF1. Ces auteurs sont des impostures mais malheureusement, ces Tartuffes ont de beaux jours devant eux car la tendance n'est sûrement pas à l'amélioration dans ce pays. Un pays qui à comme référence littéraire MINC, BHL OU Houellebecq est un pays décadent.
Mais est-ce de leur faute si dans ce désert littéraire, un tronc d'arbre vieillot et à l'agonie passe pour une oasis ? Il faut s'y résigner, il n'y aura plus jamais de Rousseau, d'Hugo, De Stendhal ou de Zola.
à Spirou
De Ermite
Consultant IT | 16H27 | 29/10/2008 |
Ne tombons pas dans la réactionite aigüe…
L'omniprésence médiatique Minco-BHLo-Houellebecquienne ne doit pas laisser conclure que « de toutes façons c'était mieux avant » et que « Y'en aura plus des comme ci ou des comme ça ».
La situation semble bien sombre mais ne désespérons pas ! ! !
au pire, il suffit d'éteindre la TV (ou de s'en débarasser comme moi)… ; -)
De petit-gredin
16H30 | 29/10/2008 |
Pas lu, mais appréhender l'histoire à partir des dirigeants politiques, c'est très primaire comme démarche. Si Minc est aussi bon en histoire qu'il est bon en économie, c'est sans doute nul de chez nul.
à petit-gredin
De blams
| 17H47 | 29/10/2008 |
Se sont quand meme les dirigeants politiques qui font en grande partie l'histoire.
Rarement les paysans du coin…..
à blams
De Mr_Quiconque
19H20 | 29/10/2008 |
C'est tout à fait vrai, rarement un paysan ira chercher la merde à tout un pays voisin du moment qu'on lui fout la paix par contre à l'origine des guerres les plus sanglantes il y a toujours des dirigeants montant les peuples contre les autres, toujours.
De AC-89
16H51 | 29/10/2008 |
Cet opuscule ne lui sert que de prétexte à se pavaner sur les plateaux télé, ne lui accordons pas plus d'importance qu'il ne mérite.
Je suis bien plus inquiet des projets de Darcos qui veut faire rédiger l'Histoire de France par les parlementaires.
De flixp
17H16 | 29/10/2008 |
Ben si je fais la même chose en écrivant mon histoire de France. Je risque fort que personne ne me lise car personne ne me connait et je ne passe pas dans les médias.
Mais je ne vois pas en quoi son bouquin serait plus intéressant que le mien à partir du moment où il n'apporte rien au décryptage de l'histoire si ce ne sont des avis à la mords moi le nœud.
On peu positiver : Alain Minc ne sera pas recopié, plagié ni cité dans aucune thèse d'étudiant en histoire ! ! !
De D_Collin
17H28 | 29/10/2008 |
Tous ces faux intellectuels, pilleurs, photocopieurs, seulement aptes à brasser avec beaucoup de vent les idées à la mode, comme des bateleurs qu'ils sont (avec Minc, mettez Attali, BHL, et quelques autres), peuvent publier à jets continus leurs petites crottes, ils peuvent étaler avec beaucoup de prétention leur propre indigence intellectuelle, ils trouveront toujours des éditeurs, et surtout des relais complaisants dans les médias. Ils connaissent tous parfaitement le vieux truc publicitaire « qu'on dise du bien, qu'on dise du mal, l'essentiel, c'est qu'on parle de moi ». Je crois que c'est Jacques Borel le créateur d'une infâme chaîne de restaurants d'autoroute qui avait fait sienne cette devise. La comparaison des gugusses susnommés avec la bouffe de Borel s'impose presque naturellement -- enfin il faut avoir l'âge d'avoir connu Borel pour cela, mais on devrait trouver les équivalents plus contemporains.
De brazz
17H40 | 29/10/2008 |
Je rève d'un monde où le français est enseigné par Houellebecq, l'histoire par Minc, la philosophie par BHL, l'économie par Lagarde, le droit par Dati, le…
Ouf ! ça fait parfois du bien de se réveiller dans un monde même imparfait !
De 29242
| 18H36 | 29/10/2008 |
« Surtout pour celui qui, dans cinquante ans, fera l'histoire d'Alain Minc. »
Alain Minc peine déjà à intéresser ses contemporains alors on peut sérieusement douter que dans 50 ans quelqu'un perde son temps écrire un livre sur lui.
De setori
retraité | 18H39 | 29/10/2008 |
Je n'arrive vraiment pas à comprendre pourquoi tant de gens ,plus ou moins -plutôt plus- hauts placés sont entichés par cette nullité d'Alain MINC qui a tout foiré dans ce qu'il a entrepris.Cet histrion au carnet d'adresse sans doute plus rempli que le mien a le chic pour se faire mousser et le plus fort c'est que ça marche.Une requête pour NICOLAS ,qu'il le nomme ministre du temps libre comme jadis dans la mitterrandie ,que l'on rigole un peu par les temps qui courent c'est plutôt rare…..
De Tita
oiseau | 18H57 | 29/10/2008 |
C'est quand même beau d'oser s'auto-proclamer compétent en histoire et de rédiger un livre historique pour affirmer son opinion sur les grands hommes.
Soit c'est un génie, soit il possède l'égo jumeau du squatter élyséen.
En plus, il provoque en disant qu'il braconne sur les terres des historiens, et nous, on s'empresse d'en parler. Pub gratuite ? Je ne sais pas. Je sais juste que je n'ai pas du tout l'intention d'acheter « son livre ».
De Mr_Quiconque
19H07 | 29/10/2008 |
> L'auteur d'« Une histoire de France » prend donc bien soin de présenter son travail comme un « exercice intellectuel »
Je n'ai pas lu le livre de Minc mais je suis presque certain qu'il est très loin du passionnant exercice intellectuel d'Howard Zinn avec son livre « Une histoire populaire des Etats-Unis ».
Plutôt que de nous présenter son bouquin-exercice-intellectuel (promo marketing), Mr Minc pourrait-il à l'avenir s'abstenir en nous épargnant ses livres, cela serait un très bon exercice de modestie. D'avance merci.
De TARPON
19H19 | 29/10/2008 |
On raconte que Minc aurait donné à Sarkozy le stylo qu'il a utilisé pour cet ouvrage.
à TARPON
De Mr_Quiconque
19H37 | 29/10/2008 |
On dirait que Sarko adore les stylos et vu le peu que ça lui sert, son gout pour les gros stylos qui brillent doit surement être freudien :
http://video.google.fr/videoplay ? docid=-595267707711769752&ei
De Marie-Anne B
Sardone | 20H20 | 29/10/2008 |
Cela fait longtemps que Minc n'est plus crédible, depuis qu'il a reconnu lui-même faire écrire ses livres par des normaliens, « brillants comme on sait l'être rue d'Ulm » et surtout depuis sa condamnation pour « plagiat servile ».
A ce sujet, on peut lire :
- Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, éditions Raisons d'agir, 2005 (1997), p.119-120.
- Les attendus du jugement, sur le site de PLPL : http://www.homme-moderne.org/plpl/n8/p6-7.html
- Ou encore, un dialogue hilarant entre Alain Minc et Michel Polac sur le site d'Acrimed : http://www.acrimed.org/article2551.html
De jean breton
républicain laïque | 20H28 | 29/10/2008 |
Minc voit l'histoire par le trou de la serrure de son appartement chic comme l'économie par la fente de son cochon-tirelire.
De Sebby
mouche du coche | 21H28 | 29/10/2008 |
Je me souviens que « le crépuscule des petits Dieux » était un des livres les plus puants qu'il m'ait été donné de lire.
Alors pour l'histoire de France…
De nemo3637
Déchoukeur | 22H03 | 29/10/2008 |
Trissottin, en perte de vitesse, ira bien sûr rejoindre les autres BHL dans les poubelles de la petite histoire.
De France Fabay
créatrice d'entreprise | 23H40 | 29/10/2008 |
J'ai presque honte de hurler avec les loups, tellement voilà Minc et son bouquin éreintés sur ce site, mais le pire n'en a pas encore été cité : c'est le « …inutile d'y ajouter le délit d'amitié » (amitié pour sarkozy s'entend), par lequel Minc clôt le livre.
Je ne suis pas sûre que dans toute l'histoire de la France on puisse trouver un auteur qui ait déjà explosé le flagornomètre à ce point.
De Citoyenne_lambda
00H07 | 30/10/2008 |
Alain Minc…. exercice intellectuel…
Ah que c'est bon de rire un peu !
De Armelle_Marseille
citoyenne à Marseille et ailleurs | 00H12 | 30/10/2008 |
Ah parce que vous pensez qu'un historien aura envie d'écrire l'histoire d'Alain Minc ? : -((
celle d'un petit tout petit pseudo intellectuel suffisant, qui se prend pour ce qu'il n'est pas .
A Jemabe, libraire, qui se demande où mettre le livre de ce navrant personnage, je dirais dans un tout petit endroit …
Dire qu'on abat des forêts pour ça ! ! !
De jabier 31087
consultant dans les Landes | 09H25 | 30/10/2008 |
La lecture de tous les posts est impossible ce matin !