Nonfiction.fr 29/10/2008 à 12h40

La très technocratique « Histoire de France » d'Alain Minc

Non fiction"
Guillaume Calafat | Nonfiction.fr

Alain Minc explique s'attendre à recevoir une « volée de bois vert » de la part des historiens, puisqu'il se permet de « braconner » sur leurs terres. L'auteur d'« Une histoire de France » prend donc bien soin de présenter son travail comme un « exercice intellectuel », mais l'exercice ne convainc guère.

Une certaine vision de l'histoire

L'histoire, pour Alain Minc, est essentiellement politique, et l'histoire de France, par conséquent, une succession de règnes monarchiques, impériaux ou républicains, l'auteur distribuant les bons points (Philippe-Auguste, Henri IV, Mendès France) et les bonnets d'âne (Clemenceau surtout). Ajoutons un personnage qui revient comme un modèle de clairvoyance politique : Bismarck.


L'auteur revendique l'utilisation de comparaisons entre différentes périodes, n'hésitant pas à faire le parallèle entre le roi Louis XI et François Mitterrand, présentés tous deux comme « machiavéliques ». Pour Minc, ces rapprochements, biaisés, aident le lecteur à comprendre. C'est ainsi surtout à travers le prisme de l'histoire des cinquante dernières années –l'histoire de la génération née peu après la guerre– que l'auteur propose d'analyser près de 2000 ans d'histoire nationale.

La question parlementaire

Alain Minc s'attache surtout à expliquer pourquoi la France n'est pas devenue la Grande-Bretagne, dotée d'une bourgeoisie marchande adaptée au libéralisme économique, et présentée comme un modèle d'équilibre politique : la révocation de l'édit de Nantes (1685), qui fait fuir la bourgeoisie protestante et la banqueroute de Law (1720) expliqueraient tour à tour une défiance envers le capitalisme ; et la France aurait « raté » sa Révolution.

Cette théorie est de plus en plus contestée par les historiens, qui s'efforcent de ne pas caricaturer la défiance française vis-à-vis du libéralisme et de ne pas analyser linéairement l'histoire de la Grande-Bretagne pour ne pas rayer d'un trait de plume toute la tradition travailliste anglaise.

Sur la faiblesse des parlements français, l'auteur ajoute que c'est la « domestication des élites » sous Louis XIV qui expliquerait l'absence d'une « culture parlementaire », voire qui aurait entraîné Vichy, c'est-à-dire « l'obéissance quasi pavlovienne de l'administration au Chef ».

C'est certainement cette « déférence » qui explique qu'on guillotine un roi en 1793… Il semble d'ailleurs plutôt paradoxal d'accuser la politique curiale de Louis XIV pour expliquer Vichy, et de brandir l'un des principaux artisans de la structure administrative du Reich comme exemple, sans se poser la question d'une forme « d'obéissance pavlovienne » des fonctionnaires nazis.

Les raccourcis nombreux de Minc fatiguent un peu le lecteur au bout de 100 pages. Deux ou trois, du type « Louis XI était mitterrandien », amusent, mais ne suffisent pas à faire un livre. Son histoire, faite de grands hommes exemplaires, de figures incomprises et de mauvais politiciens, contribue à toute une série de biais, et il manque à l'auteur la prise en compte de déterminations économiques et sociales, religieuses et culturelles, que l'histoire politique et événementielle, quand elle est de qualité, analyse nécessairement, et qu'une bonne vulgarisation aurait pu rendre passionnante.

La France de Minc

La pertinence du cadre national pour analyser l'histoire de France pose un problème évident quand on mesure le rôle des échanges, des transferts, des mouvements de population dans la constitution de la Nation et de l'Etat. C'est en effet une France très repliée sur son territoire que présente l'auteur. La France hors de France, ou bien la colonisation, sont deux aspects quasiment occultés, comme si la mondialisation commençait dans les années 1990, et comme si les conquêtes coloniales constituaient des épiphénomènes. Cela contribue à rendre son texte d'emblée un peu vieillot, voire anachronique.

Ce livre est donc surtout une histoire des personnes qui ont exercé le pouvoir en France, signe d'une conception très personnelle et technocratique de l'histoire et de la France, qui occulte la part des acteurs sociaux dans les évolutions historiques (des paysans de l'Ancien Régime au monde de l'entreprise aujourd'hui). C'est peut-être en cela que, pour un historien, cette histoire personnelle s'avère intéressante. Surtout pour celui qui, dans cinquante ans, fera l'histoire d'Alain Minc.

Une histoire de France d'Alain Minc, (ed. Grasset, 2008, 483pp.).

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Non fiction
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  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 13h14 le 29/10/2008
    • Internaute
      Retraite invalidité

    Ca ne vaut pas l'Histoire de France vue par San Antonio... !

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  • olympe blogueuse
    • Posté à 13h28 le 29/10/2008

    « Ce livre est donc surtout une histoire des personnes qui ont exercé le pouvoir en France »

    et je parie qu'il ne parle que de personnes qui sont des hommes ?

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  • pierrejcallard
    pierrejcallard
    http://www.nouvellesociete.org
    • Posté à 15h09 le 29/10/2008
    • Internaute
      http://www.nouvellesociete.org

    Minc aura le Nobel pour avoir dit que le capitalisme est l'État naturel de la société.

    Vrai, mais l'humanisme est justement un effort pour échapper à l'état naturel des choses. La civilisation, c'est ce qui résulte de nos tentatives pour établir des singularités locales comme la justice, la solidarité et la compassion, MALGRÉ l'état naturel du cosmos.

    L'ayant dit, c'est bien assez pour une seule vie, n'est-ce pas ? Une histoire de France... c'était peut-être trop.

    Pierre JC Allard

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  • adaunis
    • Posté à 15h16 le 29/10/2008

    Dès le commencement, Guillaume Calafat prend ses distances, en nous parlant de ce Alain Minc.
    « L'auteur d'“Une histoire de France” prend donc bien soin de présenter son travail comme un “exercice intellectuel”, mais l'exercice ne convainc guère. »

    Puis, parce que lui s'est « fadé » la lecture de ce « comique », (dans la lignée des BHL et....), il argumente :
    « auteur distribuant les bons points (Philippe-Auguste, Henri IV, Mendès France) et les bonnets d'âne (Clemenceau surtout). Ajoutons un personnage qui revient comme un modèle de clairvoyance politique : Bismarck. »
    A Vix en Vendée, (Clemenceau), ils vont être content d'apprendre l'histoire de l'enfant du pays et du défenseur de la patrie narrée de telle manière !

    N'hésitant pas à faire le parallèle entre le roi Louis XI et François Mitterrand, présentés tous deux comme « machiavéliques ».
    C'est un poncif à se tordre de rire, venant d'un pseudo « intello » !

    Aucune étude sérieuse, (je sais on a pas le temps en un commentaire) ne résisterait à cette affabulation.

    Le « gag » de l'histoire, est que « l'hurluberlu » a du s'entourer d'une « pléiade » de « nègres » pour pondre ce salmigondis de « merdre » !
    « C'est ainsi surtout à travers le prisme de l'histoire des cinquante dernières années –l'histoire de la génération née peu après la guerre– que l'auteur propose d'analyser près de 2000 ans d'histoire nationale. »

    Cela n'apparait pas suffisant pour juger et accabler ce personnage incongru, cette fatuité à raccourcir l'histoire aux cinquante dernières années ?
    Guillaume Calafat (auteur de cet article), analyse fort bien l'outrecuidance de cet « infatué » :
    « c'est la “domestication des élites” sous Louis XIV qui expliquerait l'absence d'une “culture parlementaire”, voire qui aurait entrainé Vichy, c'est-à-dire “l'obéissance quasi pavlovienne de l'administration au Chef”. »

    C'est à mourir de rire !

    De Louis XIV, on passe allègrement à Vichy ; tout est possible, le simple et son contraire, la preuve d'une forme de « révisionnisme » qui est de mode.
    Dire tout et son contraire, passer sur les plateaux télé, et paraitre intelligent !
    Une grosse masturbation de l'esprit, peut entrainer des « troubles » indéfectibles !
    L'auteur a du mérite.
    « Les raccourcis nombreux de Minc fatiguent un peu le lecteur au bout de 100 pages. »

    Vous pensez sérieusement qu'on va se taper dix lignes de Minc ?

    Lequel Minc, l'ancien fossoyeur du « Monde », le membre de je ne sais combien de conseils d'administration, (et je ne dis pas ceux qui ont coulés corps et biens), le Minc ami et conseiller du mari de la chanteuse ?
    L'auteur nous dit pour terminer :
    « Surtout pour celui qui, dans cinquante ans, fera l'histoire d'Alain Minc », « c'est peut-être en cela que, pour un historien, cette histoire personnelle s'avère intéressante » !
    Alors là, je ne le suis pas.
    Ce n'est pas sérieux.
    Vous vous en souviendrez vous ?

  • jemabe
    • Posté à 15h22 le 29/10/2008

    J'ai un probleme : je suis libraire...
    Son livre, je le mets à côté de ceux de Thierry Meyssan, au milieu des livres de blagues de soirées potaches, parmi les livres d'art (performances d'artistes décalés), ou alors dans le rayon science fiction ? ? ?

  • Lucygure
    Lucygure
    Libre penseur
    • Posté à 15h46 le 29/10/2008
    • Internaute
      Libre penseur

    Le livre de Minc tombe au plus mauvais moment. Au moment où l'histoire et les historiens subissent des attaques sans précédents et rarement vues dans un pays se voulant démocratique.

    Xavier Darcos, ministre auguste, voudrait faire éditer les contenus d'histoire par les parlementaires. Ce serait moins important « pour des enseignements de disciplines qui ont un caractère scientifique et répétitif plus marqué. » mais l'histoire n'étant pas vraiment une science, faisons-en un bel outil politique. Et effectivement, le livre de Minc vient très opportunément pour le ministre, transformer l'histoire en une vaste blague dont l'écriture et l'analyse serait à la portée de n'importe quel pseudo intellectuel. « L'histoire n'appartient pas aux historiens » était déjà le thème du Célèbre Arnaud Klarsfeld dans son rapport à l'UMP de 2006. A l'époque le débat portait sur la loi sur les aspects positifs de la colonisation.

    Le problème de tout ces gens faiseurs de la nation est précisément qu'ils ne sont pas des historiens mais voudraient se permettre de contrôler politiquement ce qui est une science. Pour cela, ils sont obligés d'affaiblir le statut scientifique de l'histoire et cela est plus qu'une simple insulte au travail de tous les historiens, c'est un crime. Ils tentent de mélanger mémoire et histoire, de les amalgamer, de les confondre et finalement, de les contrôler. Les politiques et les parlementaires cherchent à s'arroger un pouvoir sur la mémoire de la nation. Ce pouvoir existe déjà et en réalité, ils en sont déjà dépositaire. Par le drapeau, l'hymne, les commémorations, les jours fériés, les hommages, les symboles : tout cela c'est la mémoire de la nation.
    L'histoire est une science, ce n'est pas la mémoire. On ne se souvient pas, on lis des livres, on fouille des archives, on élabore des méthodologies de recherches, on produit des thèses que personne ne lira afin de prouver des hypothèses auxquelles personne n'aura pensé. Mais nous ne jugeons jamais. L'histoire appartient aux historiens car un scientifique ne peut pas juger son objet et l'histoire est notre science. Que les politiques jugent, c'est leur métier. Qu'ils jugent la colonisation positive ou négative, qu'ils jugent Hitler, Vichy, Clémenceau, Bismark, Staline, César et Gengis Khan. Cela est la mémoire. Mais ce n'est pas l'Histoire et elle doit rester aux historiens car ils sont les seuls à la respecter, à la vénérer assez pour pouvoir la penser, la réfléchir, l'analyser, la comprendre.
    Les politiques jugent l'histoire car il la pense figée ; ils pensent que l'histoire est passée, comment pourrait-il en être autrement puisque ce n'est pas une science et que la science, par définition, progresse. Ils ne comprennent pas que chaque seconde, un site archéologique nouvellement découvert viendra bouleverser toutes le théories, que l'ouverture d'un fond d'archive offre à l'étude des sujets que personne n'avait encore imaginé, que la pensée historique ne cesse d'évoluer et que tous les jours des débats font rage entre historiens selon les théories et les découvertes qu'ils font. Il n'y a pas une histoire, il y en a des millers et si nous sommes heureux d'acceuillir dans nos rangs d'autres scientifiques (sociologues, économistes, mathématiciens, biologistes, littéraires) venus nous aider à faire progresser notre science, Alain Minc, Arnaud Klarsfeld, Nicolas Sarkozy ou Xavier Darcos n'en font définitivement pas parti. Il n'y a pas une histoire, il y en a des milliers selon qu'on adopte tel point de vue, qu'on fouille tel fond d'archive, qu'on ai lu tel auteur ou qu'on ait choisi de mettre en lumière telle perspective. Et pour cette raison, nul pouvoir ne pourra contrôler l'histoire a moins de mettre un commissaire politique dans chaque collège, lycée, univeristé, bibliothèque, centre de documentation ou fond d'archive et de commencer dès maintenant, la liste des autodafés.

    Pourquoi donc les parlementaires, le plus soumis aux lobbies d'influence, ceux qui sont déjà dépositaire du pouvoir de la nation, ceux qui produisent des lois mémorielles qui criminalisent notre science, les plus apte à juger et les moins aptes à comprendre, pourquoi ceux-là cherchent-ils un pouvoir sur l'histoire ?
    La réponse est simple : ils cherchent un bouc émissaire. Un responsable à leur échec. Ils sont responsables de la mémoire de la nation, du respect qu'on lui doit car il est nécessaire à l'existence même de la République. La marseillaise est sifflée. Le jour férié du 11 novembre devait être supprimé car l'Etat n'avait pas assez dans ses caisses pour s'occuper décemment de ses citoyens les plus âgés. Un lobby a réussis, pendant quelque mois à produire une loi sur les aspects positifs de la colonisation. L'antisémitisme progresse, les nostalgiques de Vichy, de l'Algérie française, des communautaristes ethniques qui utilisent l'histoire coloniale pour asseoir leur pouvoir et inscrire subtilement la haine raciste dans l'esprit de jeunes mal intégrés. Alors l'histoire est là, belle et pure, elle sera donc responsable des maux que ces politiques irresponsables ne savent pas guérir. A défaut de résoudre le problème des banlieues, l'antisémitisme, la violence communautaire et l'intégration des fils d'immigrés, on réécrira l'histoire.

    Cette tendance est l'aveu même de l'échec des politiques. De leur incapacité, de leur frustration de ne pouvoir rentrer dans l'histoire. Ils voudraient qu'on se souvienne, que leur nom soit inscrit en grand mais évidemment, cela implique de faire de grandes choses. Cela implique de grands hommes mais les grands hommes sont rares. Et les grandes choses si difficile à faire. Alors à défaut, on essaye de manipuler l'histoire. Christiane Taubira n'a pas réussis à inscrire son nom en grand dans l'histoire de la lutte contre l'esclavage, alors elle a fait passer une loi mémorielle qui oblige les historiens à considérer l'esclavage comme un génocide. Nicolas Sarkozy ne sera jamais le grand homme qui a lutté contre la barbarie alors il fera lire la lettre de Guy Moquet et proposera, idée stupide, de confier la mémoire des enfants morts à la jeunesse du pays. Xavier Darcos n'aura jamais rien fait d'autre que des coupes budgétaires alors il voudra réécrire les programmes pour les lycéens. Il sera trop paresseux pour lui-même, et avec l'aide du plus gros ministère de la république, élaborer des programmes constructifs alors, par paresse et incompétence, il en confiera dans la plus hypocrite des démagogie, la charge au parlement. Et combien d'autres… Villepin, pitoyable caricature du modèle, réécrira l'histoire de Fouché. Minc, à défaut d'être quelqu'un, réécrira l'histoire des grands chefs. Ce petit lobby qui n'a pas su garder l'Algérie française fera passer une loi sur les aspects positifs de la colonisation. Klarsfeld, Arnaud, à défaut de pouvoir être aussi grand et historique que Klarsfeld, Serge, produira des rapports pour l'UMP concluant que l'histoire ne devrait pas être laissé aux historiens. Tous ces gens trop petits, trop peureux et trop lâches, préféreront réécrire l'histoire plutôt que de la faire. Et chacune de ces attaques est un aveu d'impuissance. Elle ne prouve que leur incompétence mais elle est criminelle. Car réécrire l'histoire, la biaiser, la falsifier, l'orienter, la violer, l'emprisonner dans des lois mémorielles, tout cela est un crime contre la mémoire et la recherche de la vérité. Et si les historiens ne jugent pas l'Histoire, l'Histoire, elle, saura condamner ces criminels de la plus sévère des peine que leurs égos devront porter : l'oubli.

  • TARPON
    • Posté à 19h19 le 29/10/2008

    On raconte que Minc aurait donné à Sarkozy le stylo qu'il a utilisé pour cet ouvrage.

  • Marie-Anne B
    Marie-Anne B
    Sardone
    • Posté à 20h20 le 29/10/2008
    • Internaute
      Sardone

    Cela fait longtemps que Minc n'est plus crédible, depuis qu'il a reconnu lui-même faire écrire ses livres par des normaliens, « brillants comme on sait l'être rue d'Ulm » et surtout depuis sa condamnation pour « plagiat servile ».

    A ce sujet, on peut lire :
    - Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, éditions Raisons d'agir, 2005 (1997), p.119-120.
    - Les attendus du jugement, sur le site de PLPL : Lien
    - Ou encore, un dialogue hilarant entre Alain Minc et Michel Polac sur le site d'Acrimed : Lien