Decryptage 28/10/2008 à 14h54

Emploi : Sarkozy fait du cher avec du vieux

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89



Nicolas Sarkozy à Rethel le 28 octobre 2008 (Philippe Wojazer/Reuters).


Pompier-Sarko est de retour. Après les discours de Toulon et d'Annecy consacrés à la crise financière, et alors que les plans sociaux se multiplient, le président de la République ne pouvait pas ne pas monter au créneau. Pour ses annonces en faveur de l'emploi, il a choisi Rethel, dans les Ardennes, au cœur de la « France qui souffre », celle-là même auprès de qui il avait rôdé, il y a deux ans, son fameux slogan de campagne « travailler plus pour gagner plus ».

Resteront de ce discours de Rethel le recyclage de mesures déjà engagées et le retour à un coûteux traitement social du chômage.

Retour du traitement social du chômage

On en annonçait 50 000 contrats, il y en aura le double. C'est l'outil classique de politique conjoncturelle, utilisé largement par la gauche, mais dont Sarkozy avait mis en cause l'efficacité durant sa campagne pour l'élection présidentielle. Surtout, ces 100 000 contrats s'ajouteront aux 230 000 déjà inscrits dans le projet de loi de finances 2009 et pourraient coûter 150 à 200 millions d'euros supplémentaires. François Fillon annonce déjà la nécessité de voter une loi de finances rectificative.

Le contrat de transition professionnelle (CTP), dispositif d'accompagnement réservé aux licenciés économiques, et déjà expérimenté sur sept sites, sera étendu aux bassins d'emplois « les plus touchés par les difficultés économiques ».

Ce CTP permet aux chômeurs, pendant un an maximum, de toucher 80% de leur salaire brut et de bénéficier en contrepartie d'un suivi personnalisé pour retrouver un emploi. Pour Etienne Wasmer, économiste du travail et prof à Sciences Po, cela « relève d'une logique fondamentalement mauvaise car il consiste à aider des gens dans des poches où il n'y a pas d'emploi, mieux vaudrait les aider à être mobiles et qualifiés, ce serait une vision de plus long terme ». Etienne Wasmer propose plutôt d'utiliser les fonds du CTP « pour payer la moitié ou les deux tiers de l'écart entre l'ancien salaire et le nouveau salaire des gens qui reprennent courageusement un emploi moins payé ».

Enfin, une mesure qui devrait faire grincer les syndicats : la possibilité, offerte aux petites et moyennes entreprises, de recruter des CDD sans restriction pendant une période limitée. Au motif qu'« un CDD en plus c'est un chômeur en moins ».

La fusion Assedics ANPE

Le « guichet unique de l'emploi » doit être opérationnel l'été prochain, a confirmé Nicolas Sarkozy, et non en janvier comme prévu initialement. C'est que, comme le fait remarquer un haut fonctionnaire de Bercy, cette fusion « est sans doute la plus grosse réforme de service public du quinquennat ». Ce haut fonctionnaire pronostique que « l'efficacité sur l'emploi de cette fusion risque de ne pas se voir avant plusieurs années ».

Malgré ces réserves, Nicolas Sarkozy s'appuie sur la promesse que dès septembre, « l'entretien unique sera généralisé » et que « toute entreprise ayant déposé une offre depuis plus d'un mois doit être contactée par un conseiller » pour espérer un service public de l'emploi plus efficace.

Les emplois de demain et la « levée des freins »

On avait dit que le Président annoncerait des mesures en faveur de la création d'emploi dans des secteurs en expansion comme les services à la personne, le numérique ou l'environnement.

Au lieu de cela, il a remis le paquet sur le travail du dimanche, pour lequel un projet de loi est prêt. « Il faut que les parlementaires s'en saisissent sans tabou », a insisté le Président, persuadé que nombre de Français sont prêts à travailler le dimanche « sur la base du volontariat » et afin d'être payés 50% de plus. Bref, le retour du « travailler plus pour gagner plus ».

Pour les services à la personne, il s'est contenté d'annoncer le versement anticipé du crédit d'impôt auquel on a droit, l'année suivante, lorsqu'on emploie quelqu'un à domicile. Idée saugrenue censée répondre dans le même temps à la crise de la presse (sur laquelle des Etats généraux se tiennent en ce moment) : la proposition d'un soutien pour le portage de la presse à domicile qui serait selon lui « un vrai plus pour les abonnés et un soutien précieux au secteur de la presse ».

A lire aussi : Les réactions des politiques et des partenaires sociaux.

Photo : Nicolas Sarkozy à Rethel le 28 octobre 2008 (Philippe Wojazer/Reuters).


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  • YoshiL7
    • Posté à 15h44 le 28/10/2008

    Si il n'y a pas de boulot, pas d'intérim... et vu que l'interim s'écroule,et comme souvent l'interim est privilégié avant le CDD... on ne fera certainement pas plus d'embauche en CDD...

    Faire du CTP à tout va... encore faudra-t-il etre concerné... licencié économique + bassin d'emploi très touché... si la première condition va etre facile, la seconde sera plus au bon vouloir de qui décidera de la chose... mais encore faudra-t-il qu'on puisse financer des formations, un encadrement etc... pour arriver à ce qu'un salarié puisse se reconvertir... sans lui imposer une reconversion dans un secteur précis qui ne l'intéresse pas plus parce qu'on décide pour lui... ou qui n'est pas plus porteur que ce que l'on veut nous faire croire... De plus, il semblait que le budget 2009 prévoyait une forte baisse des budgets pour le travail...

    Emploi de demain... c'est surtout l'emploi d'aujourd'hui qui inquiète les gens...

    Faire un CTP pour un emploi de demain quand il n'y a personne pour vous former ou vous recruter dans votre bassin d'emploi... ca ne servira qu'à vous exclure un temps des stats du chomage... et peut-etre que d'ici un an, la crise passée, vous serez recaser avec un peu de chance... et on vous oubliera...

    Le portage de la presse... job d'avenir donc ? quelques heures par semaine, levé à 4h du mat pour trois sous... dimanche inclus... et peut-etre même en CDD ou en contrat aidé pour couronner le tout... l'avenir radieux et prospère donc ?

    Le contrat aidé... malheureusement, nombreux sont ceux qui n'ont jamais réussi à s'en sortir de ces contrats... qui finalement ne les ont jamais menés vers un emploi stable et durable... mais qui les ont bien gardés dans la précarité...

    « Pour les services à la personne, il s'est contenté d'annoncer le versement anticipé du crédit d'impôt auquel on a droit »... a t il osé dire que son gouvernement proposait d'augmenter le plafond de cette niche fiscale pour les plus riches ? de 12000 à 12400 euros/an voire 15000 si la demande est acceptée...

    Pour le travail le dimanche, c'était du 100% il y a peu, on en est plus qu'à 50%...et comme cela ne sera pas inscrit dans le droit du travail, ce sera donc 0% de plus sur le terrain... et le volontariat, il n'y a que celui qui n'y est pas confronté qui peut croire qu'on peut encore etre volontaire dans une entreprise...

    Bref, on a l'impression qu'il fallait faire un discours pour dire d'en faire un. On nous propose donc un programme : travailler toujours plus dans la précarité, toujours plus longtemps et toujours moins payés...

    Et, on sait qui va payer pour qui finalement... il n'y a pas eu de milliards de mis en place la... et en attendant, on apprend que plus de 7000 foyers les plus riches de France ne payent pas d'impots sur le revenu...

  • Rineva
    • Posté à 15h45 le 28/10/2008

    Je ne comprends pas, pourquoi ce président ne fait pas ses « annonces » depuis son bureau pour gagner du temps et de l'argent ? Vu le coût de ses voyages (avions, hélicoptères, voitures, accompagnants mutliples, gardes, policiers et leurs motos, etc), à un déplacement tous les deux jours, ça fait chère la facture ! ! ! ! sans compter la facture du CO2.
    C'est juste pour faire en effet de manche, rien de plus, mais ça fini par coûter cher aux contribuables.

    Autre chose : à propos du travail le dimanche, cela fait maintenant au moins 5 ou 6 fois qu'il nous fais le fameux coup des deux troittoirs de des Champs Elysée - l'un ouvert le dimanche, côté soleil et l'autre fermé, et aussi des Français qui vont faire leurs courses en Bélgique. Il est pathétique !

  • kawouede
    • Posté à 16h48 le 28/10/2008

    Merci pour cette analyse. Dommage que les secteurs de l'environnement et de l'économie sociale et solidaire restent les parents pauvres de la politique de ce gouvernement.

  • NicolasB
    • Posté à 17h11 le 28/10/2008

    La majorité des commentaires des internautes, au sujet de cet article, sont bien négatifs à l'égard de Monsieur Sarkozy. En effet, on ne salue ni son courage ni son envie de sortir la France - et l'Europe - de la crise. De gauche ou de droite, je pense qu'on peut se mettre tous d'accord sur ce point : M. Sarkozy fait de son mieux pour éviter la récession. Certes il a défendu les sub-primes, avant la crise financière, il a admiré le modèle américain, et a failli le mettre en place en France. Des conneries, il en a fait ! Et De l'audace en trop, il en a eu !

    Les mesures proposées (ce que j'appelle des « mesures de dernière minute ») par notre président peuvent être caractérisées en deux mots : interventionnistes et socialistes. Libération, par ailleurs, parlait d'un certain mécontentement des sympathisants UMP... Logique, leur président vire à gauche (temporairement, certes) ! Alors, pourquoi ce mécontentement de la grande majorité des internautes ? Après tout, la grande majorité des lecteurs de Rue89 soutiennent l'idéologie socialiste. Où est donc le problème ? Si notre Président propose des mesures « de gauche », je ne vois vraiment ce qu'il y a à critiquer.

    En revanche, il est vrai que M. Sarkozy semble toujours faire sa campagne présidentielle. Promesses sur promesses, on commence à s'y perdre et à ne plus le croire. Mais, je suis fidèle à ce qui a été dit : les Français sont invités à faire le bilan de la politique de notre président à la fin de son mandat. Je serai au rendez-vous. Mais, déjà, qu'il nous sorte de cette crise financière au plus vite !

  • PANCH
    PANCH répond à NicolasB
    Cadre
    • Posté à 17h56 le 28/10/2008
    • Internaute
      Cadre

    Bonjour Monsieur,

    je tenais à vous informer que :

    -la généralisation du travail dominicale (annoncée ce midi)
    -la déréglementation des contrats CDD (annoncée ce midi)
    -la création d'emploi ultra-précaire à l'américaine (distributeur à domicile, rangeur de caddy et autre) (annoncée ce midi)

    ne font clairement pas partie des mesures de gauche et font la part belle aux grands industriels (et non aux PME ou aux citoyens).

    Ajoutez à cela :
    -la déréglementation du code du travail
    -l'augmentation incontrôlée des prix
    -la réforme des droits des demandeurs d'emploi
    -la suppression de 200 000 emplois aidés (pour en recréer 100 000 20 mois plus tard)
    -la suppression de postes dans l'enseignement, la recherche, l'innovation, le savoir
    -la diminution de la couverture sanitaire, juridique et sociale sur l'ensemble du territoire
    -le bouclier fiscal

    qui ne sont pas non plus des mesures de gauche et ne peuvent qu'accroitre les disparité entre les territoires et les différentes classes de la société.

    Vous obtenez une politique du « pillage de la France » pour Bolloré, Arnaud, Ricard, Dassault, Lagardère et les siens.

    Il doit se forcer pour tirer la tête le Sarko et contrairement à ce que disent certains ce soir pour lui ça va être la fête :

    « Ca y est j'y suis ! Bienvenue au US.
    0 % de chomeurs, 100% de travailleurs pauvres, épargnant lambda, malades (physiquement et psychologiquement), sans logement, sans formation, sans temps de loisirs »

    « Nickel on va encore bien se sucrer... ils ont même plus la force ni le temps de dire quoi que ce soit... »

    Allez on continue les réformes, on lache pas le rythme ! ! !

  • warf
    • Posté à 18h11 le 28/10/2008

    Ah ...Enfin un article normal et aparament, non-négocié.
    Je remercie beaucoup Sophie, qui nous livre là, un article sur Sarkozy Nicolas et des promesses...
    Ce matin, je disais que « rue » était devenu bon-enfant, mais avec ça, je suis de nouveau debout (dur pour un handicapé)... Moi qui, comme vous, ai connu Nicolas pendant sa campagne, à droite, puis au centre, puis, entre les 2 tours, à l'extrême-droite, je le retrouve à gauche toute, avec des propositions de gauche. C'est gentil tout plein, de tendre quelques mie-miettes aux pauvres sans emplois qui désespèrent... J'aurais quand même préféré un plan vraiment audacieux, de quelques centaines de milliard d'€uros, par exemple, pour relancer l'emploi, la formation, la santé et l'éducation sans oublier la recherche...
    Que l'on soit de droite où de gauche, nous voilà tous a bouffer au même ratelier et celui là, nous à quand même couté 1700 milliards...
    Je me demande ce que l'on aurai pu faire avec une telle somme pour sauver le peuple Africain qui se meurt du S.I.D.A faute de moyens pour se traiter. Quelqu'un peut-il faire le calcul, évidement, au cours du traitement en Afrique, car bizzarement, en France il faut compter environ entre 15 et 17000€ par an, voire plus. Bizzare, le cours des médicaments, les cours de la bourse. C'est quand que la bulle des laboratoires va éclater...