(De San Rafael) Longtemps confiné à un public restreint de hippies vieillissants et de bobos amateurs de sensations fortes, le mouvement Bioneers (« la révolution au cœur de la nature ») a des raisons de croire en son avenir.

L'apocalypse financière mondiale ne réjouit pas uniquement les nostalgiques du communisme, les ennemis de l'Amérique et de sa décadence. Pour Kenny Ausubel et Nina Simons, pétillants quinquas fondateurs de Bioneers, le grand soir approche.
Comme une star de rock dans sa chambre d'hôtel
A San Rafael, Californie, berceau de la culture hippie, la conférence annuelle du mouvement surfe sur la vague du siècle propulsée par l'implosion annoncée du libéralisme. Kenny Ausubel, homme affable au regard doux rattrapé par sa jubilation, affirme ainsi :
« Pendant vingt ans, nous avons été marginalisés. Le marché devait tout solutionner. Devinez quoi ? Ça ne marche pas. Nous nous sommes comportés comme une star de rock dans sa chambre d'hôtel. Nous avons tout détruit. Il faut changer de paradigme. »
Bioneers veut « inspirer un changement de vie sur terre qui honore la richesse et la complexité de la vie, de chacun et des générations futures ». Le visage de Kenny s'assombrit :
« Nous avons 7 ans, au mieux 10. »
Une échéance au-delà de laquelle la concentration de dioxyde de carbone sera trop forte pour inverser la tendance au réchauffement climatique.
Kenny Ausubel, l'antigourou par excellence
Journaliste engagé, auteur, producteur, résidant à Santa Fe, il est marié depuis 30 ans à la femme avec laquelle il cultive son jardin, sa vision. Entrepreneur à succès, humble, blagueur, dans son jean élimé et ses chaussures qui ne ressemblent à rien, il a tout de l'antigourou. L'isolement du mouvement signerait sa mort.
Au contraire, Kenny Ausubel et Nina Simons sont à la recherche de liens. Ils prônent ouverture à l'autre, à l'inconnu, à l'interdisciplinarité. Pendant 3 jours, la biologie se mêle à l'anthropologie, les arts vivants à l'activisme social, le chamanisme à la chimie.
En 1989, la première conférence, à Santa Fe, rassemble 200 personnes. La question environnementale a du mal à percer, les acteurs sont isolés. Kenny et Nina visent la prise de conscience, s'intéressent aux innovations concrètes.
2 000 personnes à San Rafael
Organisation à but non lucratif aujourd'hui dotée de 4 millions de dollars (donations et revenus), mise dans la lumière par Leonardo Di Caprio dans le film « La 11e heure », Bioneers récolte les fruits de son travail de fourmi.
Cette année, 2 000 personnes sont venues à San Rafael, plus de 10 000 autres ont suivi les débats par satellites, dans 19 villes nord-américaines. Le levier de Bioneers, les individus ; sa référence obsessionnelle, la nature ; son mantra, l'éducation ; son liant, la compassion.
Évènements, édition, production audiovisuelle, programmes éducatifs : sous ses atours très flower power, Bioneers est une organisation puissante.
Gâteaux sans gluten, tatouages et poils sous les bras
La conférence annuelle se veut « 0 déchet ». Symboles d'une collectivité autosuffisante, des panneaux solaires éclairent la scène, des gâteaux sans gluten, des légumes à peine cuits font office de repas.
Piercing, tatouages, poils sous les bras et odeurs se découvrent au gré d'un sourire, du vent. Les parfums sont proscrits, les marques absentes, le plastique interdit : la conférence chasse toute forme de pollution.
Entre Woodstock et salon du développement durable, les mamans yogis allaitent, des collégiens se dévorent des yeux sur les bottes de foin, des participants s'échangent des graines, diversifient leur jardin.
La nocivité de l'American Way of Life
Sortis de leur bocal de formol, des hippies tapent des mains dans la tente des indigènes. Quelques investisseurs et entrepreneurs de la Silicon Valley, qui s'étale de l'autre cote du pont, regardent cette foule bigarrée, d'abord amusés puis convaincus. L'heure est grave. Les oies sauvages décollent en rigolant de ce monde inquiet et profondément joyeux.
Les séances plénières du matin sont ponctuées de standing ovation, les ateliers très animés. Berkeley est tout près, sa tradition contestataire imbibée de féminisme aussi. La nocivité de l'American Way of Life, et avec elle, de la domination américaine n'est pas un tabou.
Pour Annie Leonard, réalisatrice du documentaire sur la consommation téléchargé plus de 1,5 million de fois sur Youtube « The Story of stuff » :
« Notre culture est notre produit d'exportation le plus toxique. » (voir la vidéo)
David Orr, activiste environnemental qui publie ces jours « The 100 days action plan of the next US President » assène :
« Notre programme énergétique est le plus grand échec politique de tous les temps. »
Redéfinir la prospérité
Christine Loh, chinoise de Hong Kong, madone au corps de puma de la Bourse hong kongaise, conseillère auprès du G8 sur les questions climatiques, balance à une audience obsédée par le changement climatique et la mort d'un certain impérialisme :
« Le développement économique de la Chine n'est pas négociable. Il faut que les Etats-Unis et la Chine discutent seul à seul de leur désir d'hégémonie sur le monde. Et redéfinir ensemble ce que le mot développement ou plutôt “prospérité” veut dire. »
Erica Fernandez, 1,50 mètre de colère, raconte comment elle a fait capoter un projet de pipeline dans sa communauté de travailleurs mexicains dans le sud de la Californie. Elle a 18 ans.
« Le plan Paulson est une arnaque »
Naomi Klein, acclamée comme une rock star, secoue les dreadlocks des backpackers assoupis sur leur fauteuil :
« Le capitalisme du désastre n'a jamais été aussi puissant. Le plan Paulson est une arnaque : il socialise les pertes, privatise les gains. Vous pensiez être soudainement propriétaires des banques. La même nuit, votre gouvernement est devenu un hedge fund ! »
Barack Obama est sur toutes les lèvres, Naomi Klein met en garde :
« Avec le chèque en blanc à Wall Street, les républicains viennent de rendre impossible l'application de son programme. »
Un chamane clôt la conférence, chasse le mauvais présage. Et Kenny Ausubel de rappeler :
« Les espèces qui survivront ne sont pas les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux au changement. »
Passer au changement systémique
Bioneers dénonce une vision hyper masculine du monde, celle de la terre brûlée. De la performance et de la conquête à tout prix. Les indigènes sont les professeurs du futur, la féminité une valeur d'avenir, l'émotion notre meilleure alliée.
Nina Simons, cofondatrice de l'organisation au regard bleu caressant, confie :
« Il y a une forme positive de colère, d'indignation, c'est celle qui rend vivant. »
Le Titanic sombre, il n'y a pas assez de canots. Combien de tsunamis, de faillites, de marées noires faudra-t-il pour convaincre tout le monde ? Il faut passer de ces quelques poignées d'histoires matinées d'indignation et de l'envie de vivre au changement systémique.
Cette crise est une opportunité, celle de réinventer notre façon de vivre. L'imagination est aujourd'hui plus importante que la connaissance. Les bioneers veulent y croire. On reste en Amérique. « Do or die. »
Photo : lors de la conférence annuelle de Bioneers à San Rafael en Californie (Jennifer Esperenza).




















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De worldlight
21H41 | 26/10/2008 |
très bon article. vous auriez pu et du mettre le lien de la vidéo sous titrée en FRANCAIS, car elle existe, et c'est quand même vraiment plus facile !
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6 & 7 :
voilou ! ! !
à worldlight
De kawouede
13H00 | 27/10/2008 |
Merci pour les vidéos !
En attendant, on peut aussi manger autrement (pour sa santé et pour sa planète)
http://www.verts-paris11.org/spip.php ? article110
à worldlight
De cat_du_beausset
dans la santé | 09H00 | 28/10/2008 |
je n'ai pas tout regardé
elle n'en fait pas un peu trop la dame ? ?
De hood
Cordiste | 15H46 | 25/10/2008 |
trés interessant : )
De lesuperdidou
Saltimbanque | 18H52 | 25/10/2008 |
C'est pas des drogués ?
De janinnico
babeubibobu... | 19H06 | 25/10/2008 |
Ou alors avec des drogues bio, sans fumee et produits de synthese ! Blague a part, ca sentirait presque bon ce mouvement… A surveiller au niveau de la recupe et des potentiels derapages religieux ! Allez un peu d » optimisme ! Tres bon article.
De Irfan
19H31 | 25/10/2008 |
L'article est assez mal écrit, ne donne que des bribes d'informations pêle-mêle. C'est cependant assez intéressant, mais franchement traité par-dessous la jambe.
à Irfan
De Arnaud Aubron
Rue89 | 16H44 | 26/10/2008 |
Ça fait toujours plaisir… Merci tout de même pour le « cependant assez intéressant » ; -)
De éternellerebelle
enragée ! | 21H14 | 25/10/2008 |
Quand tout s'effondre,il reste l'utopie ,on constate tous les jours ,les conséquences des politiques réalistes de nos gouvernants.
La recherche frénétique du profit par une minorité,et le tiers de la planéte meurt de faim dans un monde saccagé.
Ces utopistes expérimentent d'autres façons, de vivre,
vivre autrement va devenir une necessité c'est cela la réalité ,il serait temps d'en prendre conscience
Les » Peuples Premiers » comme le disent les Canadiens respectaient LA TERRE,eux !
Malheureusement les civilisés les ont décimés…..
Merci pour cet artlcle
à éternellerebelle
De Czar.
réac | 14H28 | 26/10/2008 |
Les peuples premiers mourraient à 30 ans, sans notre vilaine science et en communion avec Mère Nature.
Alors fais comme eux, petite retraitée : suicide-toi.
à Czar.
De Fenrir
Ingénieur en informatique | 19H07 | 26/10/2008 |
Il manque ta source indiquant qu'ils avaient tous un rite de passage dans l'autre-monde impliquant de se suicider le jour de leurs 30 ans.
Blague à part, on peut aussi discuter de savoir s'il est mieux de vivre 50 ans en ayant eu le temps et les moyens de faire de sa vie celle que l'on a voulu, ou quelque chose d'approchant, ou bien de vivre 90 ans à ne pouvoir aller que dans la seule direction que le système nous a permis de prendre (comparatif volontairement imparfait, il y a de la place pour des situation intermédiaires bien sûr). Certes, il faut toujours avoir des rêves, des buts, des objectifs, sans quoi on est pour ainsi dire fini, mais on ne devrait pas être forcés de les laisser totalement de côté pour suivre ceux d'un autre.
Et puis si la science n'est pas mauvaise en soit, ça dépend aussi ce que les gens en font.
à Czar.
De penny25
Chargé d'études | 11H19 | 27/10/2008 |
Le progrès pour la médecine est à part. On sait bien qu'il y a une relation forte entre le développement industriel et l'amélioration des soins.
Mais on peut continuer à progresser en faisant attention à ce qu'on rejette dans nos usines et s'orienter vers des innovations uniquement dans un but médical…
En plus, le fait que l'on ai une espérance de vie de plus de 30 ans est surtout du à des innovations simples comme le savon et l'hygiène (corporelle, gestion des détritus et de l'assainissement), une eau potable, une nutrition suffisante, un logement et l'absence de guerre…c'est pas de conduire une Porsche Cayenne…
On ne peut pas évaluer le nombre de cancer et autres problèmes de santé provoqués par nos innovations (qui essaye des les soigner…)même si c'est primordiale de guerrir ces maladies qui ont toujours existé et donc d'orienter les recherches « Chimico-physico-médicales » uniquement dans ce but. Si c'est possible…
De Eric citoyen
"Casse ta tv" c'est ta seule chance... | 12H23 | 26/10/2008 |
On dit et on répète que la planète est en danger … c'est un très grossière erreur … (la planète en a vu d'autres, de l'astéroïde à l'éruption géante elle est toujours là.)
Non, la planète n'est pas en danger, c'est l'homme qui est en danger, « nous courrons à notre perte »
Et à très court terme en plus !
Allons nous , nous sauver ?
Bésitos
Eric
http://monmulhouse.canalblog.com/
De vol19
awash | 19H29 | 26/10/2008 |
Absolument remarquable cette série vidéo. Il faudrait une version doublée.
Dommage que nous n'ayons pu faire l'équivalent. En tout cas,pour le constater dans des espaces différents, il y a actuellement une autre Amérique qui bouge vraiment avec de véritables capacités de coopérer ensemble et de communiquer…ce qui est si difficile chez nous hélas.
Enfin, une info vraiment utile !
De GuilhemC
ビッグブラザー | 14H07 | 27/10/2008 |
Bonjour et merci à Rue89 et ses contributeurs pour ce que vous faîtes chaque jour avec beaucoup d'intelligence positive, créative et bonne.
Deux petites phrases courtes, deux citations :
« Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis »
André Gide.
« L'amour n'a ni rationalité, ni religion. »
Phrase prononcée par une proche de soeur Emmanuelle en hommage à son engagement, son courage, et son insoumission.
Emmanuelle, où que tu sois, t'étais vraiment sévèrement burnée, une vraie soeur-pirate !
Allez Sayonara !
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 18H31 | 27/10/2008 |
Pour sauver les bébés phoques, il faut puer et être barbu ? Et manger des légumes crus ?
Heu… bof… moi aussi j'ai lu Wells, je sais ce qu'ils leurs arrivent aux Eloïs : D
Et puis entendre parler de shaman, ça me fait tiquer. Ils sont bien gentils avec leur vision romantique de l'Indien proche de la Nature, mais faudrait pas oublier que cela n'était pas le lot de toutes les tribus. Certaines étaient plus bourrines que les conquistadors eux-mêmes, ils existaient des types qui foutaient le feu à la prairie pour que les bisons fuient et se jettent dans les ravins.
Et puis on fait mieux pour convaincre qu'un type qui raconte qu'il voient des coyote fantôme quand il est défoncé… pardon, en train de communier.
Enfin, si ça les amuse, et si avec ça ils arrivent à convaincre du monde, tant mieux. La fin justifie les moyens.