L'écrivain Kléber Haedens aura un collège à son nom à la Garenne-Colombes dans les Hauts-de-Seine (92). Le conseil général, à majorité UMP, a voté pour ce choix de Philippe Juvin, maire UMP de la ville.
Verts, PS et PC se sont prononcé contre, en accord avec le MoDem qui a condamné la décision, qualifiant Haedens d'auteur de « la mouvance maurrassienne, nationaliste et royaliste ».
Kléber Haedens était-il un de ces affreux qui, comme Céline, ne mérite pas de voir son nom sur une plaque ? Il est d'abord un écrivain oublié.
A juste 30 ans, Kléber Haedens publie une érudite « Histoire de la littérature française », commandée par l'éditeur René Julliard. Le jeune critique littéraire publie son oeuvre majeure en 1943. En 1988, Le Quotidien de Paris salue sa réédition, préfacée par l'académicien Michel Déon :
« Kléber Haedens n'a exclu personne, même pas les vieux auteurs grincheux et ennuyeux, de la fête à laquelle il nous convie. Il réussit à faire revivre les morts en les revêtant du corps glorieux de leurs brillantes années. »
Philippe Juvin, maire de la Garennes-Colombes, en a fait son livre de chevet : « C'est une histoire subjective écrite par un anarchiste littéraire. Il avait des passions littéraires. »
Kléber Haedens : « bougrement, joyeusement » réactionnaire
L'un de ses projets pour le futur collège est de le faire figurer en bonne place dans le programme scolaire. Ce qui lui a valu les foudres du MoDem :
« Cet ouvrage met notamment en cause la pensée des philosophes des Lumières, qui ont inspiré la Révolution et les fondements de notre République. Philippe Juvin, qui décrit sur son blog cette “Histoire de la littérature française” comme “le premier des tous les livres”, souhaiterait d'ailleurs que cet ouvrage soit distribué à tous les enfants entrant en sixième pour “développer leur esprit critique” ! »
|
Une attaque qui agace le maire amoureux des lettres : « Mais sur le plan politique, il n'y a rien, il n'a jamais rien écrit de politique. » Et de défier ses adversaires de trouver un passage qui pose problème. « J'ai cherché, fait des enquêtes. Il n'y a rien. Ils n'ont jamais lu Kléber Headens. » (Ecouter le son)
Réac, Kléber Haedens ? « Bougrement. Et joyeusement. Réactionnaire de tempérament, d'instinct, par refus d'être dupe (…) Haedens, à l'image de Daudet [Léon, écrivain et polémiste d'extrême-droite, ndlr] s'impose comme un lyrique mais d'un lyrisme distinct du polémiste, plus en retrait, boudant au fracas politique », écrit Eric Vatré, spécialiste des figures maurrassiennes, dans le « Quotidien de Paris » en 1986.
Maurras, « l'amant de la beauté pleine et entière »
Maurrassien, Kléber Haedens ? Copain de Maurice Blanchot, de Drieu la Rochelle et d'autres écrivains de droite, il était proche de Charles Maurras, a collaboré à plusieurs publications d'extrême-droite, notamment à L'Action française où il tenait la rubrique culturelle. Kléber Haedens écrit du chef de file des nationalistes et monarchistes de l'époque :
« Maurras n'est pas seulement le défenseur de l'intelligence et de la raison, l'ennemi intrépide de la bêtise, il est aussi l'amant de la beauté pleine et entière. »
Philippe Juvin, sur la défensive,assure que pendant la guerre, Haedens a servi de « boîte aux lettres » à Pierre de Bénouville, écrivain, homme politique et résistant (ex de L'Action française). Ajoute qu'à la Libération, le chroniqueur littéraire, fou de rugby, jouait au tennis avec Jacques Chaban-Delmas :
« Vous imaginez Chaban-Delmas, général de la Libération, jouer au tennis avec un type qui aurait fait des choses horribles pendant la guerre ? Tout ça est décalé. »
Certes, Kléber Haedens avait de mauvaises fréquentations, mais jamais il ne s'était attiré de telles foudres de son vivant. Il a obtenu le prix Interallié pour « L'été finit sous les tilleuls » et le prix de l'Académie française pour « Adios ». Dans les années 80, un prix Kléber-Haedens avait été fondé par la fondation Mumm. Parmi les lauréats, Antoine Blondin.
Un mastodonte hédoniste, cultivé, provincial
Ses livres, romans et recueils d'articles ou de pensées, ont étés réedités après sa mort, et certains sont encore disponible à la vente. Son « Histoire de la littérature française », érudite et indocile, éreinte quelques monuments. De Victor Hugo, Kléber Haedens écrit :
« Son théâtre, construit sur l'indigente pensée qu'il est urgent de marier le grotesque et le terrible, le bouffon et le sublime, semble avoir été inventé par un spadassin de mélodrame en délire. On l'excuse en disant que les vers sont beaux. Ce n'est pas vrai. »
Plus loin, il célèbre Gérard de Nerval, Max Jacob, Corneille, Malraux, Théophile de Viau et témoigne ainsi de son grand amour de la lecture. Qu'il transmet merveilleusement au lecteur.
Ses portraits parus dans la presse ou dans la biographie qui lui a été consacrée par Etienne de Montety - directeur du Figaro littéraire - racontent un mastodonte hédoniste, cultivé, provincial, fou de rugby, d'écriture et de dîners avec ses copains.
Peut-on avoir été un mastodonte hédoniste, cultivé etc. et avoir été monarchiste et nationaliste ? Oui. Peut-on avoir été brillant et d'extrême-droite ? Oui. Et les écrivains Georges Bernanos, Maurice Blanchot et Maurice Barrès ont bien des établissements scolaires à leur noms.
► Rectifié le 23/10 à 13h03. Titre changé, pour tenter de mieux qualifier le positionnement politique de Kléber Haedens (cf. commentaires).





















156
(Pour réagir, connectez-vous)
De clive
11H28 | 23/10/2008 |
Un lieu public doit il porter obligatoirement le nom d'une personne ?
- rue de la Butte aux cailles - rue pente rapide - rue des cinq diamants - cité Vert-Bois…
C'est pas mieux ?
à clive
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 12H18 | 23/10/2008 |
Oui aux noms comiques :
Rue du Chat qui pelote
Rue Tartifume
Rue Roselyne Bachelot
à clive
De Pierrrrre
12H50 | 23/10/2008 |
»….Un lieu public doit il porter obligatoirement le nom d'une personne ?
- rue de la Butte aux cailles - rue pente rapide - rue des cinq diamants - cité Vert-Bois…
C'est pas mieux ? …. »
► Absolument d'accord.
Nombre de particuliers habitent dans des rues comportant des noms de personnes qu'elles exècrent :
Un réfugié des pays de l'Est dans une rue Lénine,
Un Pied Noir dans une avenue De Gaulle,
pourquoi pas un juif dans une rue Goebbels ?
Il s'agit d'une atteinte grave aux libertés individuelles,
comme une tâche qu'on oblige certains à porter à leur adresse personnelle.
Les noms des rues doivent être neutres,
faire référence à l'endroit où elles sont,
un nom de terroir,
voir le nom d'une personne historiquement rattachée à cet endroit…
mais on voit les municipalités les moins respectueuses du droit à la différence, imposer par noms de rue et d'établissements publics, leurs icones politiques.
(En général, municipalités de gauche, du Front National, et municipalités gaullistes.
Les autres préservant les rue de la Poste et les place de la Mairie
C'est un moyen de propagande par utilisation abusive de services publics.
Ce qui me choque le plus, c'est surtout que nous trouvons tous cela normal, ce qui est bien la preuve que nous sommes loin d'une conscience des agressions subies par nos libertés individuelles.
De flixp
11H28 | 23/10/2008 |
Ce que je trouve le plus odieux dans une grade partie des commentaires postés ici où généralement dans les déclarations publiques est cette volonté à vouloir faire parler les morts. S'en suit quelques exemples :
C'est à Toulon me semble t'il qu'une rue porte le nom d'un des assassins de Chateau Royal. Cela n'émeut pas grand monde, pourtant il a une rue.
C'est un jeune résistant communiste que l'on rappelle à nos bons souvenirs dans une attitude de profond nombrilisme
C'est un Céline dont on s'évertue à encenser les textes mais à rappeler son probable antisémitisme.
C'est un Bernanos qui préférerai rester dans l'oubli plutôt que d'être comparé à un Maurras
Dernièrement j'ai bien failli comprendre que Garcia Llorca n'avait rien de révolutionnaire et pire n'était même pas de gauche.
Merde ! laissez donc les morts tranquilles et occupez donc de vos vies.
De Tyb
(par ici, par là) | 11H40 | 23/10/2008 |
Y'a bien un stade Lénine à Malakoff…
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 11H46 | 23/10/2008 |
En effet, l'article amalgame dans une confusion totale droite et extrême droite. je ne crois pas qu'on se soit jamais formalisé qu'un établissement scolaire porte le nom de Paul Claudel ou François Mauriac ! Je trouve en revanche justifié de débattre du bien-fondé de cette sanctuarisation d'un obscur de droite extrême qui n'a pas laissé de traces marquantes dans la littérature…
De Zineb Dryef (auteur)
Rue89 | 11H53 | 23/10/2008 |
Bernanos était controversé. Il a flirté avec l'Action Française, comme beaucoup à l'époque. C'est ce qui est reproché aujourd'hui à Haedens.
Vous pouvez lire l'article de Philippe Lançon de Libération au sujet du « problème Bernanos » : http://www.liberation.fr/tribune/010188304-bernanos-et-les-bien-pensants
à Zineb Dryef
De flixp
12H09 | 23/10/2008 |
Ce n'est pas parce que Bernanos a flirté avec l'action française qu'il faille le comparer à Maurras. Comparons le comparable. Maurras n'a pas écrit cette oeuvre majeure qu'est « Les grands cimetières sous la lune ». Maurras n'a pas fait le revirement politique de Bernanos, ni Mea Culpa.
à flixp
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 12H16 | 23/10/2008 |
Très juste. Les gens qui naissent à droit et meurent à gauche sont suffisamment rares pour qu'on ne le salue pas.
Surtout s'ils ont le talent d'un Bernanos.
Au passage, je recommande le dézinguage du duo MH-BHL par Lançon dans Charlie (oui, je sais, Val…). Terminé par ce coup de pieds aux cultes de ces messieurs :
« …il faut s'appeler Molière pour pouvoir agrandir un homme en le réduisant à son vice le plus profond - ici, la vanité ».
à flixp
De Zineb Dryef
(auteur)
Rue89 | 12H17 | 23/10/2008 |
Mais où lisez vous une telle comparaison ? Je souligne juste que des établissements scolaires portent son nom alors même qu'il est aujourd'hui encore un personnage polémique. Pour être plus claire : certaines écoles portent des noms de personnages controversés. A titre personnel d'ailleurs, un collège Bernanos ne me pose aucun problème.
à Zineb Dryef
De flixp
12H31 | 23/10/2008 |
Pardon, je pensai que c'était un raccourci lié à la polémique récente concernant Bernanos dans l'article cité plus loin par vos soins.
à Zineb Dryef
De MartineB
conceptrice-rédactrice | 13H31 | 23/10/2008 |
Je comprend votre raisonnement. Ceci dit, Louis-Ferdinand Céline était un immense écrivain, et à ma connaissance, aucun établissement scolaire ne porte son nom, y compris à Courbevoie où il est né.
Avec Haedens, auteur nettement moins connu, on se trouve face à un problème un peu différent : pourquoi Philippe Juvin est-il allé chercher cet écrivain qui n'a aucun lien avec La Garenne-Colombes, et qui n'est guère connu ? Le choix me semble davantage être celui de l'homme politique que de l'homme de lettres. A travers son Histoire de La Littérature Française, Kleber Haedens a écrit un manifeste de la pensée nationaliste. Et lorsqu'on songe que Philippe Juvin souhaiterait que ce livre soit remis à tous les enfants garennois entrant en sixième, parce qu'il s'agit « d'un ouvrage écrit par un esprit libre et anticonformiste, plus apte à developper l'esprit critique que le Lagarde et Michard », on frémit.
à MartineB
De Panama
enseignant | 14H57 | 23/10/2008 |
« cet écrivain qui n'a aucun lien avec La Garenne-Colombes ». Pardon, mais justement il y a une fameuse marque de pneus qui s'appelle « Kléber-Colombes »…
En revanche, il me semble vraiment abusif de faire de l'Histoire de la littérature française de Kléber-Haedens un « manifeste de la pensée nationaliste » ! Soit vous ne l'avez pas ouverte, soit vous êtes persuadée qu'un écrivain réac est forcément un doctrinaire du nationalisme, ce qui est vraiment naïf.
à Panama
De MartineB
conceptrice-rédactrice | 19H04 | 23/10/2008 |
Juste un extrait de « Une Histoire de La Littérature Française ». Ca concerne Maurice Marrès : « Barrès, en affirmant sa personnalité dans la trilogie du culte du moi, libérait les individus, sans toutefois les livrer à l'anarchie, car il leur révélait bientôt, avec le Roman de l'énergie nationale, le sens de la tradition, des ancêtres, de la terre natale enrichie par la présence des morts. Ainsi l'individu, après une exploration magnifique de son univers intérieur, trouvait-il son épanouissement logique dans la société nationale. A l'aube du XX° siècle, Barrès inventait le nationalisme qu'il éclairait de tous les prestiges de l'intelligence et du frémissement d'un incomparable langage ».
De pierre eau
animateur | 12H01 | 23/10/2008 |
Entendu sur France Culture à propos de Baudelaire : « La société et les médias ont un penchant naturel à gauche. Heureusement il y a la littérature pour compenser. »
Manifestement ce Haedens est un bien plus un littéraire qu'un politique, alors réactionnaire surement mais « de droite » ? c'est beaucoup dire.
Je vais tenter de m'expliquer en disant que la réaction pour un écrivain est bien plus une affaire de tempérament que de conviction ou d'idéologie. Ce qu'il y a de plus précieux dans les livres c'est souvent ce tempéraments de vieux bougre provincial, un peu misanthrope mais foutrement hédoniste et qui sert d'antidote au consensus fleur bleu dont nous assomme à longueur de journée les esprits mous et sans originalité.
Il faut être un brin réactionnaire pour écrire la citation que vous donnez sur le théâtre d'Hugo. Mais quel style ! j'aurais aimé l'avoir écris.
Quant au sujet de l'article (son nom donné à un collège) je remarquerais que :
1 de nombreux établissement portent le nom de personnalités colonialistes, antisémites ou ayant soutenu des systèmes totalitaires.
2 pour une fois que des élus UMP s'intéressent à la culture sans se référer aux pepoles amis du président…
3 J'ai au moins appris le nom d'un écrivain qui m'a l'air sympathique et dont j'essaierais de me procurer le livre.
De Zineb Dryef (auteur)
Rue89 | 12H03 | 23/10/2008 |
Droite, extrême-droite… pour quelqu'un qui a milité à l'Action Française dans sa jeunesse, qui a défendu Maurras etc. « extrême-droite » ça colle. Mais après Haedens a pris ses distances avec la politique pour se consacrer à la littérature uniquement. Alors faut-il le classer dans la case « extrême droite » ? Réactionnaire est sans doute le plus approprié. On modifie donc le titre. Merci pour votre vigilance.
à Zineb Dryef
De Kipple
Exilé | 12H21 | 23/10/2008 |
Je pense, que dans ce genre d'articles, il conviendrait de définir ce que vous entendez par réactionnaire, qui est avant tout une notion plurielle et complexe, et non une simple « étiquette ». La notion, lorsque replacée dans son contexte historique, perd beaucoup de son sens, et la légitimité de l'article prend un coup lorsque vous avez changé à juste titre son titre.
Beaucoup de grands hommes de la République ont fait des erreurs dans leur jeunesse (ex : militer à l'Action Française) cependant leur contribution n'en est pas amoindrie.
à Kipple
De Czar.
réac | 15H31 | 23/10/2008 |
« des erreurs de jeunesse (ex : militer à l'Action française) »
Bien plus grave que rédiger des odes aux assassinats du Guépéou comme Aragon ou d'avoir été un pur Stalinien comme Sartre ou Picasso.
L'Action française est la première à avoir montré le danger hitlérien pendant que les moutons briandistes bêlaient encore au mythe pacifiste, et la seule à avoir défendu les thèses du jeune colonel de Gaulle sur la création de divisions blindées pendant que la gôche hurlait au risque putschiste.
à Zineb Dryef
De MartineB
conceptrice-rédactrice | 12H35 | 23/10/2008 |
Hadens a pris des distances toutes relatives avec l'extrême droite !
Dans les années 60 on le retrouve au « Nouveau Candide », une publication financée par des fonds secrets pour défendre l'Algérie FRançaise, et il faisait partie de l'OAS.
Jusqu'à sa mort il est venu se recueillir chaque année sur la tombe de Charles Maurras !
à Zineb Dryef
De dem92
Cadre | 16H35 | 23/10/2008 |
MartineB l'a déjà dit : ce n'est pas que dans sa jeunesse !
Et surtout, au delà des étiquettes droite, réactionnaire, c'est avant tout un royaliste convaincu, adepte de Maurras et anti républicain.
Dans le cas qui nous occupe, il ne s'agit pas d'une rue ( que l'on peut fouler au pied ; -) ), mais d'un collège de la République affublé du nom d'un anti républicain constant.
De kelio
consultant | 12H15 | 23/10/2008 |
LOL !
Et une place ou un métro peuvent ils porter le nom du pire dictateur génocidaire du monde ? ? ? ? ? ? Staline, ça vous embête pas ? ? ?
Faut pas exagérer ! Un staline a objectivement était le meurtrier d'une partie de l'humanité ! et votre réactionnaire (c'est vous qui le dite ! ) a juste l'opinion partagé par plus de 50% des français !
Mais je vois que le stalinisme par la pensée unique n'a pas encore disparu ! Une seule pensée et tous pareils ! Ils sont beaux nos gaucho…
à kelio
De sigismund
12H32 | 23/10/2008 |
… il ne s'agit pas de la place Joseph Staline, il s'agit de la place de la bataille de Stalingrad… Colossale nuance…
De sigismund
12H20 | 23/10/2008 |
arg grillé sur le coup de la rue Paul Déroulède à Nice… Mais ce qui est encore plus dérangeant dans ce cas, c'est que même en se cantonnant au strict domaine littéraire, il s'agit d'une faute de gout impardonnable… Paul Déroulède était NUL, absolument nul, il est le pire exemple du nationaliste sur de lui et de son talent, typiquement belle-époque… Il a une place de choix dans le dictionnaire de la betise, de Guy Bechtel et Jean-Claude Carriere.
Un choix tel que celui-ci n'est forcement pas neutre… La politique est plus arbitraire que le bon gout…
à sigismund
De sefero49
Soldat mugissant | 15H23 | 23/10/2008 |
@ sigismund :
« arg grillé sur le coup de la rue Paul Déroulède à Nice »
Désolé…
Mais ça me fait plaisir de ne pas être le seul à l'avoir remarqué…En général, ceux à qui j'en parle me répondent « Ha, bon ! ! »
Ça prouve au moins que Déroulède n'a pas laissé un grand souvenir dans la littérature française.
De MartineB
conceptrice-rédactrice | 12H23 | 23/10/2008 |
Bonjour,
Merci pour votre article qui pose une vraie question : peut-on donner à un collège public le nom de quelqu'un qui, sa vie durant, a contribué à diffuser la pensée nationaliste maurassienne, profondément antirépublicaine et antidémocrate ?
Vous citez dans votre article le sort que Kleber Haedens réserve à Hugo. Il faudrait aussi parler de la condescendance avec laquelle il traite Voltaire (un conservateur à la plume brillante et aux idées superficielles), ou l'Esprit des Lois de Montesquieu (« un ouvrage intelligent que les découvertes des années suivantes déclassent »). Sans parler de Rousseau (« L'Emile et le Contrat Social sont les drapeaux fanés des Nouvelles Anarchies »).
A l'opposé Haedens exalte Rivarol, Maurice Barrès, Léon Daudet, et fait preuve d'une quasi tendresse envers les écrivains collaborationnistes inquiétés à La Libération. Une seule citation à ce sujet, à propos de Drieu La Rochelle « à l'hiver 1940, il s'engagea dans la politique de collaboration avec l'Allemagne. Lorsqu'il réalisa l'étendue de son erreur, il eut la délicatesse de ne pas se renier ». La délicatesse en question consiste à s'être suicidé pour ne avoir à affronter des juges « dont il imaginait sans peine la bêtise et la cruaté ».
Voici résumée l'oeuvre de Kleder Haedens : ceux qui croient en la démocratie, la séparation des pouvoirs sont des sots ou des naïfs. Les véritables génies, eux, ont compris que le salut réside dans la révolution nationale de Maurras. Ce n'est pas pour rien que Haedens a collaboré à une publication de propagande Vichyste, Compagnons, destinée à « promouvoir l'esprit et la révolution nationale de Philippe Pétain ».
Peu importe le talent réel ou supposé de Kleber Haedens. Peu importe son attitude pendant la guerre. Philippe Juvin nous dit qu'il a contribué à l'effort de résistance de Pierre de Bénouville. Possible et même probable. De Bénouville appartenait à la même mouvance nationaliste et royaliste (il fut proche des cagoulards avant-guerre, nous dit Wikipedia). Ils s'étaient connus à l'Action FRançaise. Ca crée des liens.
Le problème avec Haedens, c'est que l'on retombe toujours dans ces milieux là. Les mouvements nationalistes et royalistes (Front National compris) se sont élevés en masse contre l'initiative du MoDem Garennois qui voulait mettre des bâtons dans les roues à l'« effort de mémoire » souhaité par Philippe Juvin. Pensez ! Il fallait bien qu'ils se mobilisent pour sauver ce Kleber Haedens dont ils recommandent la lecture formatrice à leurs futures élites… (Une Histoire de La Littérature Française fait partie des livres recommandés pour l'université d'été des jeunes royalistes ! ).
J'ajouterai une dernière information à votre article. En effet le MoDem Garennois continue à se mobiliser contre le nom de Kleber Haedens pour le second collège de sa ville. Une pétition est en ligne sur leur site www.la-garenne-democrate.fr. Courez vite la signer, si vous êtes de ceux qui pensent, comme moi, que les valeurs républicaines ne sont pas seulement mises en danger lorsque des gosses de banlieue sifflent la Marseillaise dans les stades…
à MartineB
De pierre eau
animateur | 12H39 | 23/10/2008 |
Merci pour vos précisions. Je regrette un peu d'avoir qualifier plus haut Haedens de sympathique. Je me demande si je dois revenir sur mon jugement ou si « par délicatesse » je ne vais pas aller me suicider.
Je maintiens pourtant que sa phrase, non pas sur Hugo mais sur son théâtre, fait plaisir à lire.
à pierre eau
De MartineB
conceptrice-rédactrice | 13H06 | 23/10/2008 |
Pas de problème. Haedens a une belle plume, comme d'autres écrivains de cette mouvance. Le problème c'est quand on commence à voir au service de quoi elle est mise !
à MartineB
De mechante langue
14H34 | 23/10/2008 |
« Le problème c'est quand on commence à voir au service de quoi elle est mise ! »
Au service de quoi ?
à MartineB
De mechante langue
14H15 | 23/10/2008 |
Bof le Modem essaie d'exister médiatiquement , cest tout . Il utilise tous les pretextes meme ceux sans interet pour faire parler de lui . C'est un peu comme l'histoire de la laicité avec un modem qui reproche a Sarko de recevoir le pape (alors que Bayrou la reçu officiellement a Lourdes), mais qui lui a demandé quelques jours plus tot de recevoir officiellement le Dalai Lama
http://www.rue89.com/2008/09/12/le-pape-la-laicite-et-francois-bayrou-li…
à MartineB
De Panama
enseignant | 16H02 | 23/10/2008 |
Je retire le commentaire plus haut où je me demandais si vous aviez vraiment lu cette Histoire de la littérature française : manifestement c'est le cas, et je vous prie de m'excuser.
Ce qui rend cette histoire un peu pitoyable, c'est que Kléber-Haedens est vraiment un auteur mineur, qui plaît à une certaine droite (celle qui lit des livres — ce n'est pas forcément la pire…) en raison de son histoire personnelle beaucoup plus qu'à cause de son œuvre proprement dite, qui peut déplaire aux uns ou aux autres, mais qui ne mérite pas la censure.
Cela dit, je trouve que vous y allez un peu fort. On dirait que la république est en danger parce qu'un collège va peut-être recevoir le nom d'un écrivain de droite. Mais franchement, le nom d'un collège n'est pas un programme politique. Les gosses se foutront de Kléber-Haedens comme ils se foutent d'Elisa Lemonnier, d'Henri Sellier ou de Jean-Marie Guyot (pour prendre au hasard quelques noms de collèges publics voisins).
Il faut arrêter d'être obsédé par la « conscientisation » politique des enfants, à coup de « mémoire », de « souvenir » et autres guy-môqueries. Qu'on leur donne le goût du savoir, l'envie de lire et de découvrir, et ils seront libres et heureux.