Eolas : la colère des magistrats s'exprime chez un avocat
A l'occasion de la journée d'action des juges, le blogueur accueille leurs récriminations contre Rachida Dati.

Pour l'occasion - la journée d'action du 23 octobre, marquée par des manifestations contre Rachida Dati -, Maître Eolas, avocat-blogueur, a transformé son blog en « journal des magistrats en colère ».
Ils sont déjà 61 à témoigner de leur ras-le-bol vis-à-vis de leur ministre de tutelle sur ce bureau des plaintes virtuel. « C'est l'extraordinaire maladresse confinant à l'incompétence de l'actuelle Garde des sceaux qui a conduit à ce projet un peu fou. Qu'elle en soit remerciée », ironise l'avocat. Florilège.
Truffe, juge d'instance, évoque la suppression des tribunaux de proximité, décidée en 2007 :
« Comment feront ces gens surendettés qui viennent aux audiences de rétablissement personnel, expliquer pourquoi ils ne parviennent plus à joindre les deux bouts et qui, la plupart du temps, sont soit venus à pied, soit par les transports en commun. Par manque de personnel, ils n'ont pas eu la chance de rencontrer quelqu'un à la Commission de la Banque de France qui a statué “sur pièces” et pour la première fois, ils rencontrent un juge auquel ils vont pouvoir expliquer leur situation, poser leurs questions et comprendre à quelle sauce ils vont être mangés… Ce temps sera bientôt révolu. »
Petrella, magistrate, rappelle de son côté des conditions de travail difficiles, souvent ignorées du grand public :
« J'ai exercé au Parquet pendant dix ans. (…) J'ai fait des permanences 24h/24, une semaine de rang, week-end compris, sans un jour de récupération, mais au contraire reprendre le lendemain où je restituais ma permanence avec une audience correctionnelle qui finissait à 22 ou 23 heures. »
Ils sont tous presque unanimes pour évoquer le manque de moyens alloués au personnel de la Justice : certains experts psychiatriques ne sont « plus payés depuis le 15 septembre car la caisse des frais de justice est vide. Il faudra attendre janvier ».
Une magistrate explique :
« Je me bats, comme je peux, avec les moyens que je n'ai pas. Je devrais faire face à la réforme des tutelles, sans les moyens en personnel pour le faire. Et si j'échoue, on recherchera ma responsabilité. »
Alma, juge d'instruction n'est guère optimiste pour l'avenir :
« Je parie que l'année prochaine, vu le rattrapage à faire et l'absence de revalorisation, les caisses seront vides fin juillet. »
Sans parler du manque de considération de leur travail, comme en témoigne Sharl Dalauz, assistant de justice :
« Je pense que le mythe du fonctionnaire plus occupé à compter ses heures de travail qu'à les accomplir n'est pas applicable aux magistrats. »
Le blog de Maître Eolas permet de cristalliser frustrations et attentes déçues du personnel pénitentiaire. Un surveillant évoque le sort réservé aux détenus en détention provisoire :
« Ce ne sont pas des anges s'ils sont ici, mais en maison d'arrêt, il y a aussi des prévenus supposés innocents jusqu'à preuve du contraire. Des prévenus attendent leurs jugements parfois deux ans, pour s'entendre confirmer leur innocence. Qu'ont-ils subi en attendant ? »
Il s'interroge sur sa capacité à remplir son rôle :
« De même, j'ai le devoir de restituer à la société ces détenus dans un bon état. C'est-à-dire que je dois veiller à ce qu'ils aient accès aux soins, à l'éducation, à l'emploi, à leurs familles, à leurs avocats. Ce sont les droits fondamentaux des détenus. Bref, tout ce qu'il faut pour aider à leur réinsertion sans récidive. Je sais, je suis un idéaliste. Comment est-ce possible dans de telles conditions ? »
D'autant que la Cour européenne des droits de l'Homme vient de condamner la France pour ses manquements à assurer le droit à la vie d'un détenu. Le surveillant poursuit :
« Faute de places, les mélanges de détenus, prévenus et condamnés, jeunes ou vieux, délinquants et criminels, transforment les prisons en viviers de la délinquance et de la criminalité. C'est cela aussi, la surpopulation carcérale. »
La loi sur les peines planchers de la ministre de la Justice, promesse de campagne du Président, a elle aussi été très contestée. Un juge d'instruction donne le ton :
« Asseyez-vous sur les bancs d'une audience correctionnelle, de préférence en comparutions immédiates, vous vous prendrez en pleine figure toute la violence des évolutions récentes. »
Un autre s'interroge :
« Comment rendre la violence de ces dispositions, qui réduisent quasiment les juges à l'impuissance ? Qui aboutissent à ne faire aucun cas de la gravité de l'infraction, tout en feignant hypocritement de préserver le principe d'individualisation de la peine ? »
Et de poursuivre avec cet exemple :
« La première application à laquelle j'ai dû prendre part concernait un homme, condamné par le passé pour trafic d'héroïne, et qui avait été interpelé en possession d'une dizaine de grammes de résine cannabis. Ancien héroïnomane, il expliquait avoir mis un terme à sa consommation de drogues dures mais pas à celle de cannabis, dont il ne pouvait se passer. (…). Ce sont donc quatre années dans toute leur rigueur qui sont tombées. J'aurais voulu ne jamais retourner dans la salle pour annoncer la décision. »
Alex, juge de tribunal correctionnel, lance un appel à témoins :
« S'il y a parmi les téléspectateurs de TF1 ou les commentateurs du Figaro.fr quelqu'un qui est capable de prédire l'avenir de chaque délinquant, je lui offre mon salaire, mes gants et mon maillot à simarre. Sinon, je n'exige qu'un peu de respect. »
Rachida Dati, elle, ne s'est pas rendu au congrès annuel de l'USM, le syndicat majoritaire, pour dialoguer avec les magistrats, les 10 et 11 octobre derniers. Elle a préféré y envoyer son secrétaire général, Gilbert Azibert, prétextant un emploi du temps chargé.
« Donner envie aux magistrats de s'exprimer ainsi, souligne Maître Eolas, ce qui va tant contre leur culture, restera sa plus grande réussite. Il y a des fleurs qui poussent dans les cimetières. »
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De Lairderien
21H57 | 23/10/2008 |
je viens de me plonger dans la lecture d'une bonne douzaine de témoignages de magistrat ou d'auxiliaire de justice, comme ce surveillant de prison.
Impossible de continuer…..
C'est Zola et kafka à la fois, c'est aussi clairement un appel au secours des magistrats pas pour eux mêmes, pas pour leurs salaires, leurs congés, mais pour la Justice et les moyens de la rendre.
C'est aussi une condamnation sans appel, à l'unanimité de leur ministre, un rejet massif de ses méthodes, ainsi que de l'inflation des lois toujours plus répressive, leurs laissant de moins en moins la possibilité de nuancer leurs jugements ! ! !
C'est clairement une révolte, dans une profession qui ne nous a pas habitué à un tel étalage de ses états d'âme.
Que de dégats en 18 mois de présidences de l'élu des 53% ! ! ! !
De cardo
22H14 | 23/10/2008 |
Les magistrats ne sont que des hommes mais je peux témoigner de la très grande honneteté de la grande majorité d'entre eux dans l'accomplissement de leurs missions.
Ce travail est excessivement difficile et exigeant et il mérite le respect.
Chaque citoyen devrait apporter la plus grande attention au sort de notre justice, car chacun un jour peut être concerné et sera alors bien heureux de rencontrer des magistrats intègres et indépendants du pouvoir en place.
Reflechissez bien à la conjonction de big brother (edwige et cie..) et d'une justice contrainte, il faudrat alors bien penser et le démontrer
Sarko en nommant Rachida, nous rend service, ses véritables intentions en deviennent évidentes avec cette gardienne des sots aussi peu nuancée.
De caro
délinquante avérée | 22H25 | 23/10/2008 |
ce qui est intéressant, c'est que les témoignages viennent de tous les métiers dépendant du ministère de la justice (le tout sans majuscule), de magistrats, de surveillants d'établissements pénitentiaires, de la PJJ etc
Ce qui serait encore plus intéressant, c'est que tout le monde tienne compte des problèmes des uns et des autres, que les magistrats, par ex, arrêtent d'incarcérer à tour de bras, quand ils savent que les cellules prévues pour 3 ou 4 personnes en contiennent déjà 7 ou 8. Il y a des peines de substitution pour les petites peines, elles sont de moins en moins appliquées. Pourquoi appliquer les peines les plus lourdes ? par peur d'être convoqué et se faire engueuler par la garde des sceaux, comme cela arrive ? Vous voulez l'indépendance de la Justice ? prenez-la, au moins dans la mesure de vos moyens, et vous en avez.
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 02H27 | 24/10/2008 |
Je ne suis pas sarkophile, mais quand je regarde point par point ce que fait Dati, j'ai l'impression d'une force novatrice en train de nettoyer les écuries d'Augias, pendant qu'un parterre de caricatures de Daumier jouent le rôle d'un choeur de pleureuses…. Si quelqu'un avait des critiques constructives à apporter toute cette contestation apparaîtrait plus crédible
Pierre JC Allard
http://nouvelle societe.org/702B.html
De bilqis
pr vivre heureux vivons caché | 07H31 | 24/10/2008 |
Au risque de passer pour une réac fascisante, ce que je ne suis absolument pas, je trouve que la « colère des magistrats » ressemble plus à un caprice d'enfant gâté.
je n'ai aucune affinité particulière avec Rachida. Elle m'indiffère plutôt.
mais j'ai été dans sa position, de nana avec poste à grosses responsabilités dans un monde de mecs.
A partir du moment où tu te bouges plus que tes collègues mâles, tu peux être sûre qu'il y en aura un qui essaiera de dévaloriser complètement ton travail et de te casser.
Je me méfie donc énormément de ces revendications. Certaines sont probablement légitimes mais on ne peut pas se voiler la face : la justice va mal, je fais partie du tiers de français qui n'a pas confiance en son système.
Indépendance de la justice ? A outreau, la justice était indépendante ou suivait les directives des médias/peuple ?
De pouet-pouet
09H04 | 24/10/2008 |
Certes, Dati est insupportable, à l'image de tout le gouvernement de lavettes et de pieds-plats qui n'est après tout qu'une espèce de cours portant la parole et le pré-mâché vers le parlement-chambre d'enregistrement puisque seul le fait du prince a maintenant droit de cité dans cette république bananière. C'est ainsi que Sarkouille décide de renvoyer Petrella en Italie en rompant le deal que ses prédécesseurs avaient respecté, ce qui est scandaleux, puis revient sur sa décision et la dame-patronesse, la Maintenon, va porter la bonne parole au chevet de la malade. Il est vrai que quand on mène la vie qu'il mène, on n'a guère le temps de réfléchir et que le roi et sa dame font et défont à leur guise. Peu de réactions là dessus.
Malgré cela, j'ai du mal à plaindre une magistrature qui a si bien servi la soupe, étouffé, et dénié la justice sous d'autres règnes. On ne l'a pas beaucoup entendue se plaindre alors. Chirac l'attend toujours avec impatience chez Hariri. Ce qui la fait réagir maintenant, c'est la Question auxquels certains de ses augustes membres ont été soumis sur ordre de la Torquemada en attente d'hoir. Il y a depuis longtemps à redire sur le fonctionnement de la justice française comme sur bien d'autres choses, main on regardait ailleurs… Il n'y a que l'attaque personnelle qui fasse réagir ; apparemment. Il y a longtemps que l'idéalisme n'est plus de mise. Le carriérisme et le cul au chaud l'ont remplacé.
La magistrature devrait au contraire adorer un prince qui consent à attaquer en justice les manants qui le brocardent : il peut d'un trait de plume, étant seul monarque maître à bord de cette pétaudière, mettre fin à son existence même… Que les clercs ne l'oublient pas !
De Gina Grimont
10H12 | 24/10/2008 |
@pierreect…
Et bien, Monsieur nouvelle société, on se lâche ? Elle vous va, la politique de Dati, qui en supprimant des tribunaux et non des moindres, les prudhommes et les tribunaux d'instance, ceux des modestes, de pas riches qu'ont des problèmes de sous justement, de patrons qui les virent, de proprios qui les expulsent, allez zou, pas besoin, elle a dit Mme Dior ! ! Elle convoque un magistrat en pleine nuit, le fait interroger parce qu'un adolescent s'est suicidé ! Et oui, monsieur nouvelle société, les peines plancher sont fait pour punir et punir et punir et encore punir et toujours punir des petits cons de 18 ans qu'avec des moyen éducatifs on pourrait rendre intelligents. Je sais, j'ai été une petite conne dans ma première jeunesse, délinquante à 3 balles , frime et cie, j'ai croisé des gens, oui des gens tout simplement pas des pitbulls, pas des aboyeurs, qui ont agi à mon encontre…
Elle vous va l'arrogance de Dati, dont le budget réception a été augmenté de 200.000 euros quand la France créve la dalle ! ! ! Au cas où, dans votre bulle, vous ne l'auriez pas remarqué, on rejoue Germinal en ce moment …..
De Etre Persienne
Méditation | 16H00 | 24/10/2008 |
Aucune sympathie pour Dati. Elle fait le job qu'on lui a demandé de faire et pour lequel elle occupe la place qui est la sienne. C'est un fusible. Si en face il n'y a personne, elle en profite.
Simplement le souci de replacer le débat. Les magistrats seront respectés quand ils seront aussi défendus par leur hiérarchie. La base est en ce moment instrumentalisée parce que deux trois pontifes ont été ébranlés dans leur orgueil.
« Le bal des faux culs » continue.
Les magistrats sont effectivement pas assez nombreux et n'ont pas de moyens. Tout le monde le sait depuis bien plus de vingt ans (rapport Terré sur les professions judiciaires - documentation française).
Il aura fallu que des hauts magistrats soient mis en cause pour que le mécontentement de la base puisse s'exprimer.
Si ces vénérables « rouges » avaient eu un peu plus à coeur de gérer correctement leurs juridictions, relayer les manques et les attentes, demander les moyens pour améliorer la qualité des services, plutôt que de se confondre en obséquiosités chaque fois qu'ils montent à Paris, la justice n'en serait pas là.
L'interdiction des copier coller rendra peut être la justice un peu plus sérieuse. Ce qui s'est passé à la cour d'appel de Paris est général.
Les manques d'effectifs sont aussi à apprécier au regard du refus systématique des avocats à déjudiciariser le divorce qui représente plus de 60% des dossiers enregistrés dans les tribunaux.
Va-t-on bientôt que dati est aussi responsable d'Outreau ? Et André Kaas ? Et Marcel Machin ? et … ? ? ? ? ?