Décryptage 21/10/2008 à 17h38

Banques : un sauvetage qui ne dit pas son nom

François Krug | Journaliste Rue89

Les banques françaises assurent qu'elles n'ont pas besoin de se renflouer. Pourtant, elles viennent d'accepter de bon cœur une aide d'urgence de 10,5 milliards d'euros. Officiellement, cette recapitalisation n'est pas destinée à les sauver, mais à relancer l'économie réelle.

Le gouvernement va renforcer les fonds propres des banques, mais sans en devenir actionnaire. Il interviendra au moyen de dettes « subordonnées » : les banques lui verseront 8% d'intérêt par an, mais ne le rembourseront qu'après avoir réglé leurs autres créanciers. Un endettement de long terme donc, pas si éloigné d'un apport en capital. Et Bercy précise d'ores et déjà que l'opération pourra être renouvelée en 2009.

Calculée proportionnellement à l'activité des banques, l'enveloppe se répartit ainsi :

Crédit Agricole : 3 milliards
BNP Paribas : 2,55 milliards
Société Générale : 1,7 milliard
Crédit Mutuel : 1,2 milliard
Caisse d'Epargne : 1,1 milliard
Banque Populaire : 950 millions

La semaine dernière, le Crédit Agricole était pourtant catégorique : il n'avait « pas besoin de lever du capital », puisqu'il était en pleine santé et qu'il avait déjà augmenté son capital de 5,9 milliards d'euros pendant l'été. La banque n'a pas répondu aux demandes d'interview de Rue89.

Deuxième bénéficiaire du dispositif, BNP Paribas passe pour la banque française ayant le mieux résisté à la crise. Celle-ci lui a même permis de faire de bonnes affaires, comme le rachat d'une partie de la banque belgo-luxembourgeoise Fortis, pour 14,5 milliards d'euros. Pourquoi, alors, accepter une aide de l'Etat ? Pour la bonne cause, répond une porte-parole :

« Il s'agit de financer l'économie réelle, accorder des crédits supplémentaires aux PME. Pour cela, nous avons besoin de fonds propres supplémentaires. Sur le marché interbancaire, actuellement, les choses sont un peu bloquées pour se refinancer. »

L'objectif affiché du dispositif est effectivement de relancer l'économie réelle. En échange de son apport d'argent frais, l'Etat impose à chacune des banques d'augmenter de 3 ou 4% le montant de ses crédits aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités locales.

Paradoxe, donc : nos banques seraient en très bonne santé, mais elles ne peuvent pas remplir une de leurs missions essentielles sans l'aide du gouvernement. Celui-ci leur impose d'ailleurs une seconde contrepartie : l'adoption de règles éthiques dans la rémunération de leurs patrons.

En position de force, l'Etat tente donc d'imposer à la fois aux banques des objectifs financiers et des règles de fonctionnement interne. Comme un actionnaire à part entière.

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  • Jaycib
    • Posté à 18h02 le 21/10/2008

    « En échange de son apport d'argent frais, l'Etat impose à chacune des banques d'augmenter de 3 ou 4% le montant de ses crédits aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités locales. »

    C'est bien peu, semble-t-il, en tout cas trop peu pour faire une grande différence dans la situation de pénurie de crédit actuelle.

    Etant donné que l'Etat se fera rembourser (quand ? ) les obligations subordonnées des banques (au taux mirobolant présumé de 8% ! ), il est évident que les liquidités apportées par l'Etat bénéficieront beaucoup moins aux particuliers, entreprises et collectivités locales qu'aux clients des banques ayant contribué à « toxiciser » le marché (dont de grosses entreprises possédant encore des actifs pourris, voire des fonds spéculatifs) ! On sera donc repartis pour un tour. A quand le prochain « apport d'argent frais » ?

    Quant à l'Etat quasi-actionnaire, j'ai bien peur qu'il se comporte en quasi-actionnaire fainéant – autrement, pourquoi ne pas opter pour la solution d'une recapitalisation avec présence de l'Etat au CA ? Au moins, le gouvernement britannique a tenté de se donner les moyens de sa politique par des prises de participation au capital. En France, me semble-t-il, on est plus près d'un don effectif aux banques. En tout cas, c'est ce que la solution des obligations « subordonnées » laisse entrevoir...

  • daryo
    daryo
    Juriste
    • Posté à 21h13 le 21/10/2008
    • Expert
      Juriste

    Il est clair que les banques françaises n'ont pas souffert de la crise de la même manière que les banques anglaises ou américaines.

    Tout simplement parce que les banques françaises sont prioritairement des banques de dépôt. Ce qui fait leur faiblesse à l'international, mais leur force en cas de crise.

    Je reste convaincu que le bilan des banques est globalement positif, et que l'état, en faisant cette opération de com » a fait une injection forcée de capitaux pour contraindre les banques a continuer les prêts auprès des collectivités locales et des PME, qu'elles aillent bien ou mal d'ailleurs.

    Il ne faudrait pas qu'à la récession s'ajoute un refus de la part des banques d'accorder des prêts, même déraisonnés, a nos petites entreprises françaises, ou à nos collectivités territoriales dont les comptes sont au plus mal.