Decryptage

Les sifflets contre les hymnes nationaux ne datent pas d'hier

« Cette polémique est malsaine, elle cache autre chose. Tous les prétextes semblent bons pour taper sur les Arabes et les Noirs. » Spirou, riverain de Rue89, s'indigne dans les commentaires sous notre article consacré aux réactions politiques après la Marseillaise sifflée lors du match France-Tunisie de mardi dernier. (Voir la vidéo)



Un commentaire qui rejoint une autre indignation, celle de Michel Platini, vendredi dans Le Monde. L'actuel président de l'UEFA dénonce des réactions politiques « absurdes » :

« Il y a trente ans, quand je jouais avec l'équipe de France, la Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l'époque, les politiques ne s'intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. (…) Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique ,car cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n'a rien à voir avec le sport.

Je ne vois pas dans les sifflets qu'on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement des manifestations contre un adversaire d'un soir, en l'occurrence l'équipe de France, que l'on veut battre. »

L'hymne français sifflé, on l'a effectivement observé à plusieurs reprises ces dernières années, et pas seulement lors des « matchs contre l'Algérie, contre le Maroc, contre la Tunisie au Stade de France », comme le dénonçait le secrétaire d'Etat aux Sports, Bernard Laporte.

On se souvient toutefois des sifflets qui avaient couverts la Marseillaise, au début du match amical entre la France et l'Algérie, le 6 octobre 2001 au Stade de France. Le même match qui a dû être ensuite interrompu, quand les spectateurs ont envahi la pelouse. (Voir la vidéo)



Mais pas besoin de jouer contre d'autres pays pour voir l'hymne français sifflé. Cela a été également le cas lors de la finale de la Coupe de France entre Bastia et Lorient, le 11 mai 2002, toujours au Stade de France. A l'époque, Jacques Chirac, fraîchement réélu, avait fait éclater sa colère et avait quitté la tribune. (Voir la vidéo)



Trois ans plus tard, c'est cette fois en Israël que la Marseillaise a été sifflée. L'équipe de France de football y jouait un match de qualification pour la Coupe du Monde 2006. L'hymne français est conspué, tout comme le gardien de but tricolore Fabien Barthez, qui avait déclaré quelques jours avant la rencontre ne pas être « du tout confiant » à l'idée de se rendre en Israël. (Voir la vidéo)



Rebelote le 8 septembre 2007. Au Stade de San Siro, à Milan, les supporteurs italiens sifflent la Marseillaise avant la rencontre de qualification pour l'Euro 2008. Dans la mémoire des « tifosi » : l'altercation entre Zidane et Materazzi en finale de la Coupe du Monde 2006. (Voir la vidéo)



Enfin, le match amical France-Maroc, le 16 novembre 2007 au Stade de France, a aussi été le théâtre de manifestations d'hostilité à l'égard d'abord de l'hymne français, puis de joueurs tricolores tout au long de la rencontre. (Voir la vidéo)



Sepp Blatter, président de la FIFA, s'était lui ému en 2005 des sifflets des deux hymnes nationaux qui avaient précédé la rencontre qualificative pour le Mondial 2006 entre la Suisse et la Turquie. Jusqu'à se demander « s'il y a un sens à jouer les hymnes nationaux ». Avant de se raviser quelques jours plus tard :

« On doit maintenir l'hymne national. J'ai seulement dit qu'il fallait s'interroger, mais il faut garder les hymnes. Ce qu'il faut, c'est éduquer les gens pour qu'ils les respectent. »

Stigmatisation à la limite du racisme, simple manifestation de supporteurs ou manque d'éducation, l'analyse de ces sifflets et des réactions qu'ils engendrent est diverse. Aller au-delà de la polémique et réfléchir au malaise que pourraient traduire ces sifflets, c'est justement ce que souhaite Dodeline92, autre riveraine de Rue89 :

« Je suis agacée par les propos que j'entends depuis mercredi soir. Pour replacer les choses dans leur contexte, je suis française, née en France, d'origine tunisienne et malienne. Je n'ai jamais rencontré de problèmes “identitaires” même si je sens bien que pour certaines personnes je ne suis pas vraiment ou pas du tout française.

Siffler la Marseillaise est inacceptable (le débat sur le changement de ses paroles sera pour une autre fois). Je pense que ces sifflets doivent pourtant susciter une réflexion pour essayer de comprendre leur source sans pour autant les excuser. »

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 12H39 | 20/10/2008 | Permalien

Il me semble que c'est donner bien peu de valeur à un hymne que de s'offusquer des sifflets qui l'accueillent. Il me semble que c'est accorder bien peu de valeur à son drapeau que de considérer qu'il puisse être « souillé » quand on le brûle. S'ils peuvent être aussi facilement atteints, c'est qu'ils sont bien faibles.

Portrait de regi88

De regi88

[vide] | 13H46 | 20/10/2008 | Permalien

Et que penser de ça :

Il y a bien un hymne national joué ! (Turquie-Suisse, match de barrage retour pour la CM2006).
Le « sifflage » d'hymne national n'est pas un problème français mais bien mondial. La crétinerie n'a pas de frontière.

Portrait de obiwan

De obiwan

consultant | 14H00 | 20/10/2008 | Permalien

j'ai eu la chance dans ma jeunesse t'entendre mon hyme nationnal comme sportif avant le début de la compétition et peu de fois pour avoir gagné et je peux vous dire qu'il est difficile de garder son sang froid. Pourquoi parce que c'était la récompense de milliers d'heures d'entrainements dans le plaisir mais aussi dans la souffrance. J'ai aussi été siffler pour me destabiliser car il y avait des spectateurs qui encouragaient mon adersaire c'est le sport. Rien n'a changé dans le sport, si ce n'est que le foot est devenu une tribune politique, cela permet aux journalistes de vendre du papier et aux hommes politiques d'entetenir des polémiques. Même si je faisait un sport amateur, essayez de penser aux joueurs lorsqu'on les traitent de singes ou lorsque l'on siffle leur hymne nationnal. j'ai joué contre des sportifs de nationnalité et de couleurs différentes.Durant le match il était mon énemie aprés le match il était mon ami. Les valeurs du sport sont universelles et elles sont galvodés.Un sportif ne permettra jamais de tel débordements car il respecte son adversaire et par le même son pays quelqu'il soit.De plus avait vous vu au tennis, au judo ou en athletisme ce genre d'action ? .On ne peut pardonner ou donner aucune excuses à ces comportements délictueux. Donner des excuses quelque soit le mal être de ceux qui l'exprime ne fera qu'augmenter les débordements, il en sera de même en arrétant les matchs ou tout autres mesures démagogiques émisent par nos dirigeants politiques. Rendons au sport sa place et les stades aux supportaires qui viennent voir du sport et éliminons les hooliganes.

Portrait de marcdesronces

De marcdesronces

idéaliste sceptique | 14H50 | 20/10/2008 | Permalien

Il y a longtemps que je ne fréquente plus les stades de Foot. Mais je me rappelle du France Bulgarie qui fut fatal à la France quand à sa participation au mondial italien. L'hymne bulgare fut tellement sifflé qu'il en était totalement inaudible. Je me souviens pas que les commentateurs d'après match en aient fait état et encore moins s'en soient indignés.

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 15H21 | 20/10/2008 | Permalien

A la lecture de l'article, il est clair que les sifflets du public sont motivés par des considérations politiques (ou identitaires, ce qui est égal) et que la classe dirigeante en fait de même.

Malheureusement, le sport, lui, est pris en otage. Pis ! Il devient juste le prétexte pour affirmer médiatiquement, tant par le public qui siffle que par les dirigeants, un espace de communication.

Après tout, de la même manière que la vie citoyenne se passait au Forum durant la Rome antique, il n'y a actuellement pas d'autre endroit que les stades où les peuples d'aujourd'hui (la plèbe) puissent se réunir et manifester ses identités, ses choix et ses orientations politiques.

De fait, le stade est moins l'occasion pour les gens d'y voir du beau spectacle sportif que pour y affirmer une identité ou une opinion. Le sport devient ainsi un otage, sinon un enjeu identitaire, économique et politique.

Les peuples l'utilisant ainsi, les politiques y répondent de par le même média. Faut-il s'en étonner ? Je ne le pense pas.
Mais faut-il le regretter ? Au regard des valeurs du sport, je le crains fort.

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 15H28 | 20/10/2008 | Permalien

La semaine dernière lors d'un match Lyon- ? ? les spectateurs ont chanté La Marsellaise à tue-tête et personne n'a commenté cet « incident », il n'y a que France-Info qui l'a fait remarquer.
Peut-être bien que ces chants ou sifflets ont exactement le même sens, le défoulement.

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