Slate 18/10/2008 à 12h20

Antidépresseurs : peut nuire à la santé des enfants

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Problème : nous sommes de plus en plus conscients des troubles émotionnels qui peuvent survenir chez les enfants et de plus en plus aptes à diagnostiquer et à traiter des pathologies comme des troubles de l'attention. Mais s'il est déjà difficile et cher de tester des nouveaux médicaments chez les adultes, c'est encore plus difficile de le faire pour des enfants.


(Audrey Cerdan/Rue89)

De nombreux traitements délivrés aux enfants sont en fait le résultat de détournements des indications thérapeutiques, spécifiquement prévues pour des adultes. Lorsque la FDA (responsable des autorisations de mise sur le marché aux Etats-Unis, ndlr) délivre une licence pour un nouveau médicament, elle liste les usages autorisés et les patients auxquels il est destiné, en fonction des populations sur lesquelles il a été testé (enfants atteints de streptocoque, femmes ayant un cancer du sein).

Si le laboratoire pharmaceutique fait état d'une application qui n'a pas été spécifiquement approuvée, il enfreint les règles de la FDA et peut être poursuivi. Mais une fois qu'un médicament a reçu l'approbation de la FDA, les médecins peuvent l'utiliser pour des applications ou des populations qui n'ont pas été prévues.

Une fois l'approbation de la FDA obtenue, les laboratoires ne s'inquiètent donc plus de réaliser des tests très chers qui leur permettraient d'obtenir une autorisation pour l'usage destiné aux enfants, puisqu'il reste possible pour les praticiens de détourner l'usage. Les pédiatres ne sont généralement pas à l'aise avec ces pratiques, mais ils considèrent que c'est un moindre mal quand ils doivent faire face à des pathologies pour lesquelles n'existent que des médicaments pour adultes.

La plupart des médicaments agisssent de la même manière chez l'adute ou chez l'enfant. Mais cette règle soufre d'exceptions. Que nous découvrons parfois trop tard. L'aspirine peut déclencher de dangereux symptômes du foi ou du cerveau chez l'enfant ou l'adolescent. La tetracycline, un antibiotique commun, peut fragiliser les dents d'enfants de moins de 8 ans.

La question devient particulièrement problématique lorsque l'on aborde la prescription de médicaments psychotropes pour les enfants, qui est de plus en plus commune.

Un article récent examinait le détournement de médicaments, particulièrement psychotropes, pour les enfants. Ces traitements sont aujourd'hui très communs parce que la demande est très forte et qu'il n'y a que peu d'alternatives.

En raison du manque de personnels psychiatriques formés au travail avec les enfants, pédiatres et infirmières récupèrent souvent le bébé. Malheureusement, peu d'entre eux ont le temps de se former à la psychothérapie pour traiter les problèmes psychologiques. Ils sont donc souvent forcés de se rabattre sur les médicaments, un mode de traitement qui leur est plus familier.

Les compagnies d'assurance préfèrent elles aussi les médicaments pour régler ces problèmes car ils reviennent moins cher qu'une psychothérapie. Elles se méfient de plus de traitements basés sur la parole et la pensée.

La plupart des drogues utilisées aujourd'hui pour combattre les troubles psychiques sont relativement récentes. Et donc nous ne savons pas encore tout de leurs effets à long terme sur les adultes et les enfants. Ces médicaments incluent les antidépresseurs comme le Prozac mais aussi des médicaments permettant de lutter contre des maladies mentales comme les psychoses.

Certains remèdes jusque-là utilisés pour traiter l'épilepsie se sont révélés efficaces dans le traitement des troubles de l'humeur, comme la bipolarité. On estime qu'un enfant sur vingt souffre d'un déficit d'attention. Et beaucoup d'entre eux sont soignés à l'aide de médicaments. Même le pipi au lit est parfois traité avec des médicaments. Or, beaucoup de ces traitements pourraient bien avoir des effets différents chez l'adulte et chez l'enfant.

Nous voyons de plus en plus d'enfants avec ce type de problèmes (probablement juste parce que parents et médecins en sont plus conscients), mais, dans la plupart des cas, nous en sommes réduits à les traiter grâce au détournement de médicaments.

Des questions ont été soulevées concernant les effets secondaires, mais les besoins semblent tels que nous dépassons ces objections, en espérant ne pas avoir de mauvaises surprises à l'arrivée.

Conclusion : les auteurs de l'article estiment que nous devrions, lorsque nous détournons ces médicaments, suivre et surveiller de près les enfants qui prennent ces traitements, pour en évaluer la sécurité et l'efficacité. Pour certains de ces médicaments, cela implique de faire des tests en laboratoire pour rechercher les effets secondaires.

Enfin, nous devrions nous intéresser à des signes plus indirects d'efficacité : les performances scolaires du patient s'améliorent-elles ? Développe-t-il ses relations sociales ? Est-ce que l'enfant continue à prendre son traitement ? (La non-adhérence au traitement est souvent un signe qu'il n'est pas efficace).

Ce genre de suivi pourrait nous permettre de déterminer si un traitement est sûr et efficace, y compris pour des médicaments détournés de leur usage. Le type de tests appliqués à la chimiothérapie pour les enfants serait évidemment préférable. Mais nous en sommes loin.




Photo : Audrey Cerdan/Rue89

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  • jexiste
    • Posté à 14h01 le 18/10/2008

    Très bon article. Rue89 en progrès sur ce sujet qui rejoint l'ensemble des commentaires disparus d'Existe ici :

    Lien

    En effet, ces commentaires portaient tout à la fois sur les laboratoires pharmaceutiques, les essais cliniques, les aspects les moins médiatisés de l'affaire Arche de Zoé, les psychotropes et leurs effets pervers, dont le risque suicidaire n'est pas le moindre.

    Voici deux liens pointant vers de plus amples informations sur les antidépresseurs :

    Lien

    Lien

    Il faut souligner que les Etats-Unis ayant décidé en 2004 d'interdire la prescription de sérotoninergiques (Prozac, Deroxat, etc...) aux adolescents américains, ces médicaments bénéficient désormais d'une autorisation de délivrance pour les enfants français dès l'âge de huit ans :

    Lien

    Voir aussi ce témoignage, très intéressant :

    Lien

  • expat
    • Posté à 19h22 le 18/10/2008

    Cet article presente les choses de facon extremement moderees. En fait les pediatres sont fortement encourages a prescrire des medicaments hors indication.

    Il est temps de reconnaitre que l'industrie pharmaceutique n'existe pas pour le bien de l'humanite, c'est simplement un producteur de biens de consommation.

    Un autre probleme devrait lentement devenir evident, le pouvoir de decision est dans les mains des departments de marketing qui n'ont aucunes connaissances medicales et qui subissent les meme pressions que le reste d'entre nous :

    vendre, vendre, vendre, vendre.....

    pour ceux qui lisent l'anglais

    Lien(doctor)

  • fran82
    fran82
    enseignante spécialisée
    • Posté à 23h07 le 18/10/2008
    • Expert
      enseignante spécialisée

    Enseignante spécialisée chargée du suivi de la scolarisation d'« élèves en situation de handicap », je suis de plus en plus souvent amenée à m'occuper d'élèves de plus en plus jeunes présentant des troubles de plus en plus sévères de l'attention et de la concentration ... Or, désormais, la plupart d'entre eux sont sous traitement médicamenteux :
    - effectivement, les suivis psychothérapeutiques ne sont plus trop à la mode : trop longs, trop contraignants, trop « impliquants » ...
    - le manque de structures de soins, notamment dans le département où j'exerce (Tarn et Garonne) incite à une prise en charge médicamenteuse dont l'effet quasi immédiat a, semble t-il, le « mérite » d'apaiser l'élève mais aussi l'établissement scolaire ...
    - la demande des parents, très forte et complètement en symbiose avec le fonctionnement actuel de notre société qui veut des résultats externalisés à une problémaatique familiale et surtout des effets immédiats et visibles correspondant à « un diagnostic - une pathologie - un traitement médical » ...
    Il y a dérive : le tout médical et paramédical prime et occupe tous les champs de la prise en charge des élèves en difficulté et / ou handicapés ... Il y a urgence à replacer les élèves et leurs parents dans une prise en charge pluridisciplinaire (médicale et paramédicale certes, mais aussi psychologique, pédagogique ...) qui, elle seule, peut faire avancer nos enfants ...

  • systemdyne
    • Posté à 22h19 le 19/10/2008

    Si vous connaissez des victimes d'effets indésirables de tranquilisants, vous pouvez conseiller le site de l'AAAVAM :

    Lien

    « L'Association d'Aide Aux Victimes des Accidents des Médicaments (A.A.A.V.A.M) a été fondée en 1992, suite au nombre de suicides de plus en plus élevés en France, imputables à des tranquillisants et à des somnifères... »