Témoignage 17/10/2008 à 12h35

Manque de pédagogie en zone d'éducation prioritaire


Un collège classé ZEP dans un département rural. Une partie des élèves arrive par le ramassage scolaire. Quelques-uns sont déposés dès 7h30, alors que le collège n'ouvre ses portes qu'à 7h45.

N.B. Il a été spécifié aux parents par le Conseil général qui gère le ramassage que, durant ce quart d'heure, ni lui ni le collège n'assument la responsabilité des enfants et que celle-ci revient donc aux parents.

Récemment un groupe de six enfants (dont quatre arrivent par ramassage) attendait comme chaque jour l'ouverture du collège. Deux d'entre eux avaient apporté une bouteille de plastique à moitié remplie, l'une d'un liquide verdâtre, l'autre jaunâtre. Ils proposent au groupe d'y goûter. Chacun en avale une lampée.

Entrée dans l'établissement à 8 heures moins le quart. Deux des six, restés devant le collège car, commençant à 9h00, ils n'avaient pas l'autorisation de rentrer, sont interpellés par la CPE et immédiatement envoyés à la vie scolaire pour un interrogatoire. La CPE avait vu le groupe devant le collège en train de boire dans les bouteilles, mais la plupart de dos.

Les quatre autres élèves sont alors repérés. En cours, ils sont, les uns après les autres, appelés dans le bureau de la vie scolaire. Ils reconnaissent avoir goûté du liquide jugé « dégueulasse ». Ces bouteilles contenaient : du curaçao et du whisky mélangés à de l'eau pour l'une et du pastis mélangé à du jus de fruit pour l'autre.

Le collège, bien évidemment, ne détient pas d'alcootest, mais les six « drogués » sont envoyés en punition dans la cour. Par 6-7 degrés, ils resteront assis sur un banc durant 3 heures (ou plus) en attendant l'arrivée des parents convoqués par téléphone. L'un des six coupables, dont la mère n'était pas joignable attendra toute la journée.

Emilie*, l'une des six « inculpés » est une excellente élève. En troisième aujourd'hui, elle a, depuis la sixième, toujours obtenu les « félicitations ». Sa mère, au retour du marché vers 11h00 trouve un message téléphonique perturbant dans son laconisme : « Il faudrait venir chercher Emilie. »

La CPE aussitôt jointe par téléphone croit devoir préciser : « Emilie a bu. » Dans le bureau de la vie scolaire où se trouvait Mr. le Principal, Emilie avait admis un geste « stupide ». Le Principal avait insisté sur la dangerosité de l'acte, justifiant ainsi la « privation » d'une journée de cours et avait demandé à Emilie de dénoncer d'autres camarades potentiellement impliqués. Ce qu'elle n'a pas fait.

L'affaire aurait pu en rester là. Mais, le mardi suivant, les parents d'Emilie, médusés et furieux, reçoivent un avertissement qui, est-il précisé, sera inscrit dans le dossier scolaire.

L'avertissement est bourré d'à peu près : le geste incriminé aurait eu lieu à 8h00 (donc à l'intérieur du collège). Or à cette heure les enfants étaient en cours. Et à l'heure véritable du « délit » (c'est-à-dire 8 heures moins vingt), les responsables légaux ne sont pas les autorités du collège mais les parents eux-mêmes, comme précisé plus haut !

Pour Emilie la bonne élève, cette histoire pourra ne pas porter à conséquences. Mais pour ceux qui, parmi les six, seraient de potentiels décrocheurs, l'avertissement ne risque-t-il pas d'être la goutte d'eau qui fera déborder le trop plein ? Et la suppression de cours comme « punition » est-elle une pédagogie intelligente et efficace ?

La façon dont, en éducation prétendument prioritaire, des responsables exercent un pouvoir aussi stupidement répressif est atterrante. Mais le collège pourtant reconnu comme le maillon faible du système est le cadet des soucis du vibrionnant ministre. Qui, rue de Grenelle, s'intéresse au recrutement des chefs d'établissement et à la manière dont ils assument leur responsabilité pourtant capitale ?

* le prénom a été modifié

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  • Adibou
    • Posté à 12h09 le 19/10/2008

    Bonjour Hoshiko. Je vais vous répondre car je suis moi-même surveillant dans un collège.

    Sur votre premier point, je pense que si le collège décide de ne pas prendre en charge les enfants entre 7h45 et 8h c'est parce qu'ils sont en ZEP et qu'ils doivent sciemment limiter au maximum la présence des élèves dans le bâtiment.
    Cette décision peut paraître étrange, discutable même, mais il faut comprendre la situation dans laquelle le personnel doit se trouver : s'ils peuvent se passer des (présupposés durs) élèves 1/4 d'heure dans la journée ils le feront. Et puis le Collège n'a pas vocation à se substituer à l'éducation et à l'autorité parentale dès que les bambins sortent de chez eux.
    A titre d'exemple, notre Collège ouvre ses portes à 8h10 pour des cours qui commencent à 8h25. Les bus arrivent entre 7h50 et 8h20 et nous n'ouvrons pas les portes avant.

    Sur votre second point : le collège étant situé en ZEP (les ZEP étant « traditionnellement » dans des cités urbaines (je sais qu'il y a cependant des exceptions)) je pense qu'il est très bien déservi et donc que les élèves ont le choix. Je le vois très bien dans mon collège : tous les matins, des élèves viennent à 8h alors qu'ils commencent à 9h pour traîner sous les arrêts de bus devant le collège avec leurs amis (élèves que nous avons consigne de disperser).

    Sur votre troisième point : Je suis d'accord avec vous, l'exclusion de cours est une sanction très problématique dont, le plus souvent, l'élève n'a que faire. En fait, elle pénalise l'élève évidemment dans le sens où elle lui fait manquer des cours avec le risque qu'il décroche. Mais ce que je ne comprends pas dans l'article c'est pourquoi ces exclusions de cours ont duré plusieurs heures (voire la journée)... Drôle de politique de la part du CPE.
    Néanmoins, il faut nuancer. Car bien souvent, quand des élèves sont trop perturbateurs, les professeurs en viennent rapidement à cette sanction car elle leur permet de retrouver un environnement si ce n'est calme du moins pacifié pour tenter de dispenser leur savoir. On le voit souvent, virer un (ou plusieurs) fauteur de trouble est souvent la garantie de pouvoir enseigner dans de bonnes conditions quitte à ce que ce (ou ces) élève(s) décroche(nt).

    Point 4 : D'accord avec vous. Les châtiments corporels (parce que c'en est bien un) sont à proscrire.

    Enfin par rapport à l'article, il ne fait que pointer du doigt une situation dramatique. Je ne pense pas que le recrutement des CPE soit à remettre en cause puisqu'il s'agit quand même d'un concours administratif des plus durs qui soient, mais plutôt de la politique éducative, de la politique sociale, qui dans ces ZEP concentrent toutes les absences des gouvernements successifs.
    Déjà pourquoi ne pas désenclaver ces zones ? Pourquoi sont-elles concentrées dans des zones HLM ? Pourquoi ne pas intégrer de la mixité sociale dans ces établissements qui en sont dépourvus ? Pourquoi ne pas former les enseignants à l'environnement auquel ils seront confrontés au lieu de simplement leur offrir une prime ? Pourquoi systématiquement y nommer les enseignants les plus jeunes et les plus inexpérimentés, jamais volontaires, ce qui a comme double effet de briser leur carrière et de nuire aux élèves ? Pourquoi supprimer des postes dans l'Education Nationale alors qu'un meilleur taux d'encadrement (par exemple dans des classes à 20 et pourquoi pas 15 élèves ? ) est un gage de réussite ?
    Pourquoi les surveillants ne sont eux pas « primés » par rapport à la difficultés de leur tâche ?
    La non-politique à l'oeuvre dans ces ZEP n'est-elle pas finalement un abandon de leurs habitants, livrés à eux-mêmes et dont seuls les plus forts (en sport, en musique souvent), s'en sortiront peut-être ?

  • A déménagé le 8-10
    • Posté à 17h00 le 17/10/2008

    Les « arrêts de car », sont des no man's land où règne la loi de la jungle.

  • sev
    sev
    • Posté à 18h08 le 17/10/2008

    Il n'y a pas que des « génies » aux commandes des ZEP. J'ai même souvent entendu dire par des collègues que bien souvent les principaux des collèges ZEP ne valaient pas grand chose : étant donné que le ministère ne sait pas quoi faire de ces personnels là, il les met là où ils sont le moins « nuisible » possible.(effectiveamnt, les meilleurs chefs d'établissement demandent ET obtiennent les bons établissements ! ! ) C'est une abération, mais il faut dire qu'on ne se bouscule pas au portillon pour gérer un établissement ZEP. Conséquences : cet article et des tas d'autres affaires dans le même genre un peu partout en France !

  • m a i a
    • Posté à 19h00 le 17/10/2008

    Alors là je suis SIDEREE !

    Même si j'ai plein d'avis concernant les sanctions, la première des choses à faire est de porter secours aux élèves ! Ils ont bu, c'est répréhensible, mais c'est AVANT TOUT une conduite à risque et un danger !

    Il fallait appeler les pompiers (en l'absence d'une infirmerie qui n'est pas évoquée dans l'article) et faire évaluer les conséquences immédiates sur ces jeunes ! Et les laisser dans la cour, sans surveillance, je n'en reviens pas, c'est absolument incroyable !

    Je suis moi-même CPE en lycée ZEP, avec des élèves plus âgés, et quand cela arrive, c'est l'état de santé des élèves qui prime, avant une réflexion sur la conduite de l'élève et la transgression de la règle (et je me contrefous qu'ils soient à 3 ou 300 mètres du lycée, ou qu'il soit 7h50 ou 8h10).

    Quelle inconscience !

  • ramassis
    • Posté à 19h26 le 18/10/2008

    D'abord : ok, le gros du problème vient du fait que les enfants sont déposés par le bus à 7h30 et pris en charge au collège seulement à 7h45.
    Pourquoi ?
    Pour des raisons financières : c'est sûr.
    On peut parier que cet horaire un peu trop matinal est dû au fait que le chauffeur de bus doit reprndre tôt une tournée de ramassage scolaire pour déposer les enfants plus jeunes dans les écoles primaires des villages vers 20h15-20h20.
    Ceci explique cela (utilisation des mêmes bus et chauffeurs).
    Et c'est à cette unique condition que la compagnie de bus a accordé au Conseil Général un tarif « si intéressant ».

    Ensuite : Est-ce un problème si important, que ces enfants soient privés d'une journée de cours ?
    Etaient-ils en état de suivre les cours correctement ?

    Est-il anormal de donner un avertissement à des gamins qui ont fait une erreur ?
    Bien sûr que non.
    Ca fait partie de ce que l'on appelle éducation.
    Fallait-il les féliciter ?

    Chacun ne doit-il pas assumer ses actes ?
    Si je roule ivre mort ou en excès de vitesse, bien sûr, que ce sera mentionné dans mon « dossier de conducteur » (« n'a plus ses douze points »).
    A chacun d'assumer ses actes.
    Et même les petits doivent en être conscients.
    C'est par contre aux enseignants et à l'institution d'être intelligents et de ne pas discriminer d'office des enfants qui auraient mention d'un avertissement dans leur dossier scolaire.

    Est-il normal que tout un chacun se permette d'intervenir sur la vie scolaire ?

    Lorsqu'il y a délit d'un professionnel de l'éducation, c'est sanctionné. Normal.
    Pour le reste, chacun à sa place.
    C'est sûr qu'en procédant à des pétitions, « dénonciations sur internet » ou autres procédés douteux, vous mettez le feu à l'institution.

    A force de voir des parents surexités débarquer dans les écoles, vouloir se mêler de tout et s'opposer systématiquement à ceux qui prennent en charge leurs rejetons, ces derniers vont forcément finir par ce braquer.

    Ce sera bien fait pour vous : ils auront raison !

    Ne serait-ce pas plus intelligent, de la part de parents, de gronder très sérieusement leurs enfants et déclarer aux enseignants et éducateurs qu'ils les soutiennent (rétablir un climat de confiance parents-enseignants) ?

    Quitte plus tard (une fois la confiance établie), à nuancer gentiment quant aux méthodes de répression utilisées.

    Sur ce, bonne réflexion.

  • Suzanne Citron
    Suzanne Citron
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 20h38 le 18/10/2008

    Juste une remarque : il est bien précisé dans le récit que les jeunes n'avaient bu qu'une gorgée (une lampée) d'un liquide « jugé dégueulasse ».

    • m a i a
      m a i a répond à Suzanne Citron
      • Posté à 20h44 le 18/10/2008

      A mon sens, ça ne change pas la réaction que nous sommes censés avoir. Dans le doute...

  • Nanni
    • Posté à 22h08 le 18/10/2008
    • Internaute

    Quel drôle d'article ! Bien d'accord que les responsables éducatifs aient été à côté de la plaque ...Mais de là à tirer de cet événement, des conclusions générales sur l'éducation en zone prioritaire et sur le recrutement des responsables, c'est aller un peu vite...
    On pourrait bien avoir le meilleur système éducatif au monde qu'on éviterait pas de tels cas de « manque de pédagogie ».
    Par ailleurs,combien pourrait-on recueillir de témoignages qui, à l'inverse, mettent en avant les compétences des responsables éducatifs en ZEP ?
    Puis venant d'une historienne, spécialiste de la question, il ne peut s'agir d'un « témoignage »...

    • Suzanne Citron
      Suzanne Citron répond à Nanni
      Auteur(e) de l'article
      • Posté à 22h51 le 18/10/2008

      Bien sûr que l'on peut recueillir toutes sortes de témoignages sur des enseignants et des éducateurs qui se défoncent dans des conditions difficiles. Il n'empêche que l'on doit réfléchir critiquement sur les rouages du système institutionnel qui engendre tellement d'échecs, — et notamment sur la formation et les modalités de recrutement des chefs d'établissement. Dans ce système et dans ces échecs le collège est un maillon capital et le ministre n'a jamais fait la moindre analyse de la question.

    • Ariane Deume
      Ariane Deume répond à Nanni
      • Posté à 23h26 le 18/10/2008
      • Internaute

      Il semblerait que cette historienne qui réfléchit « critiquement », vienne de découvrir le fil à couper le beurre et, conjointement, le désinteret de Darcos pour les véritables priorités de l'éducation nationale, ne l'accablons pas...

  • septentrion
    • Posté à 11h44 le 20/10/2008

    Il n'y a pas qu'en ZEP !
    Tous les matins, en face du collège situé dans ma rue (en plein centre ville) je vois des gamins de 10 à 14 ans déposés par les parents à partir de 7h30.
    Les portes ouvrent 5 minutes avant chaque heure et sont refermées 1 minute après l'heure, soit de 7H55 à 8H01.
    Un surveillant à l'entrée a une liste : ceux qui commencent à 8H peuvent entrer mais ceux qui commencent à 9H restent dehors, été comme hiver en attendant qu'il soit 8h55 pour pouvoir pénétrer dans l'établissement.
    Les élèves qui arrivent en retard restent aussi à la porte en attendant l'heure suivante.
    Ce n'est pas normal.