Manque de pédagogie en zone d'éducation prioritaire
Un collège classé ZEP dans un département rural. Une partie des élèves arrive par le ramassage scolaire. Quelques-uns sont déposés dès 7h30, alors que le collège n'ouvre ses portes qu'à 7h45.
N.B. Il a été spécifié aux parents par le Conseil général qui gère le ramassage que, durant ce quart d'heure, ni lui ni le collège n'assument la responsabilité des enfants et que celle-ci revient donc aux parents.
Récemment un groupe de six enfants (dont quatre arrivent par ramassage) attendait comme chaque jour l'ouverture du collège. Deux d'entre eux avaient apporté une bouteille de plastique à moitié remplie, l'une d'un liquide verdâtre, l'autre jaunâtre. Ils proposent au groupe d'y goûter. Chacun en avale une lampée.
Entrée dans l'établissement à 8 heures moins le quart. Deux des six, restés devant le collège car, commençant à 9h00, ils n'avaient pas l'autorisation de rentrer, sont interpellés par la CPE et immédiatement envoyés à la vie scolaire pour un interrogatoire. La CPE avait vu le groupe devant le collège en train de boire dans les bouteilles, mais la plupart de dos.
Les quatre autres élèves sont alors repérés. En cours, ils sont, les uns après les autres, appelés dans le bureau de la vie scolaire. Ils reconnaissent avoir goûté du liquide jugé « dégueulasse ». Ces bouteilles contenaient : du curaçao et du whisky mélangés à de l'eau pour l'une et du pastis mélangé à du jus de fruit pour l'autre.
Le collège, bien évidemment, ne détient pas d'alcootest, mais les six « drogués » sont envoyés en punition dans la cour. Par 6-7 degrés, ils resteront assis sur un banc durant 3 heures (ou plus) en attendant l'arrivée des parents convoqués par téléphone. L'un des six coupables, dont la mère n'était pas joignable attendra toute la journée.
Emilie*, l'une des six « inculpés » est une excellente élève. En troisième aujourd'hui, elle a, depuis la sixième, toujours obtenu les « félicitations ». Sa mère, au retour du marché vers 11h00 trouve un message téléphonique perturbant dans son laconisme : « Il faudrait venir chercher Emilie. »
La CPE aussitôt jointe par téléphone croit devoir préciser : « Emilie a bu. » Dans le bureau de la vie scolaire où se trouvait Mr. le Principal, Emilie avait admis un geste « stupide ». Le Principal avait insisté sur la dangerosité de l'acte, justifiant ainsi la « privation » d'une journée de cours et avait demandé à Emilie de dénoncer d'autres camarades potentiellement impliqués. Ce qu'elle n'a pas fait.
L'affaire aurait pu en rester là. Mais, le mardi suivant, les parents d'Emilie, médusés et furieux, reçoivent un avertissement qui, est-il précisé, sera inscrit dans le dossier scolaire.
L'avertissement est bourré d'à peu près : le geste incriminé aurait eu lieu à 8h00 (donc à l'intérieur du collège). Or à cette heure les enfants étaient en cours. Et à l'heure véritable du « délit » (c'est-à-dire 8 heures moins vingt), les responsables légaux ne sont pas les autorités du collège mais les parents eux-mêmes, comme précisé plus haut !
Pour Emilie la bonne élève, cette histoire pourra ne pas porter à conséquences. Mais pour ceux qui, parmi les six, seraient de potentiels décrocheurs, l'avertissement ne risque-t-il pas d'être la goutte d'eau qui fera déborder le trop plein ? Et la suppression de cours comme « punition » est-elle une pédagogie intelligente et efficace ?
La façon dont, en éducation prétendument prioritaire, des responsables exercent un pouvoir aussi stupidement répressif est atterrante. Mais le collège pourtant reconnu comme le maillon faible du système est le cadet des soucis du vibrionnant ministre. Qui, rue de Grenelle, s'intéresse au recrutement des chefs d'établissement et à la manière dont ils assument leur responsabilité pourtant capitale ?
* le prénom a été modifié
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Bonjour Hoshiko. Je vais vous répondre car je suis moi-même surveillant dans un collège.
Sur votre premier point, je pense que si le collège décide de ne pas prendre en charge les enfants entre 7h45 et 8h c'est parce qu'ils sont en ZEP et qu'ils doivent sciemment limiter au maximum la présence des élèves dans le bâtiment.
Cette décision peut paraître étrange, discutable même, mais il faut comprendre la situation dans laquelle le personnel doit se trouver : s'ils peuvent se passer des (présupposés durs) élèves 1/4 d'heure dans la journée ils le feront. Et puis le Collège n'a pas vocation à se substituer à l'éducation et à l'autorité parentale dès que les bambins sortent de chez eux.
A titre d'exemple, notre Collège ouvre ses portes à 8h10 pour des cours qui commencent à 8h25. Les bus arrivent entre 7h50 et 8h20 et nous n'ouvrons pas les portes avant.
Sur votre second point : le collège étant situé en ZEP (les ZEP étant « traditionnellement » dans des cités urbaines (je sais qu'il y a cependant des exceptions)) je pense qu'il est très bien déservi et donc que les élèves ont le choix. Je le vois très bien dans mon collège : tous les matins, des élèves viennent à 8h alors qu'ils commencent à 9h pour traîner sous les arrêts de bus devant le collège avec leurs amis (élèves que nous avons consigne de disperser).
Sur votre troisième point : Je suis d'accord avec vous, l'exclusion de cours est une sanction très problématique dont, le plus souvent, l'élève n'a que faire. En fait, elle pénalise l'élève évidemment dans le sens où elle lui fait manquer des cours avec le risque qu'il décroche. Mais ce que je ne comprends pas dans l'article c'est pourquoi ces exclusions de cours ont duré plusieurs heures (voire la journée)... Drôle de politique de la part du CPE.
Néanmoins, il faut nuancer. Car bien souvent, quand des élèves sont trop perturbateurs, les professeurs en viennent rapidement à cette sanction car elle leur permet de retrouver un environnement si ce n'est calme du moins pacifié pour tenter de dispenser leur savoir. On le voit souvent, virer un (ou plusieurs) fauteur de trouble est souvent la garantie de pouvoir enseigner dans de bonnes conditions quitte à ce que ce (ou ces) élève(s) décroche(nt).
Point 4 : D'accord avec vous. Les châtiments corporels (parce que c'en est bien un) sont à proscrire.
Enfin par rapport à l'article, il ne fait que pointer du doigt une situation dramatique. Je ne pense pas que le recrutement des CPE soit à remettre en cause puisqu'il s'agit quand même d'un concours administratif des plus durs qui soient, mais plutôt de la politique éducative, de la politique sociale, qui dans ces ZEP concentrent toutes les absences des gouvernements successifs.
Déjà pourquoi ne pas désenclaver ces zones ? Pourquoi sont-elles concentrées dans des zones HLM ? Pourquoi ne pas intégrer de la mixité sociale dans ces établissements qui en sont dépourvus ? Pourquoi ne pas former les enseignants à l'environnement auquel ils seront confrontés au lieu de simplement leur offrir une prime ? Pourquoi systématiquement y nommer les enseignants les plus jeunes et les plus inexpérimentés, jamais volontaires, ce qui a comme double effet de briser leur carrière et de nuire aux élèves ? Pourquoi supprimer des postes dans l'Education Nationale alors qu'un meilleur taux d'encadrement (par exemple dans des classes à 20 et pourquoi pas 15 élèves ? ) est un gage de réussite ?
Pourquoi les surveillants ne sont eux pas « primés » par rapport à la difficultés de leur tâche ?
La non-politique à l'oeuvre dans ces ZEP n'est-elle pas finalement un abandon de leurs habitants, livrés à eux-mêmes et dont seuls les plus forts (en sport, en musique souvent), s'en sortiront peut-être ?




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