Décryptage 16/10/2008 à 12h43

Serge Dassault « débloque » le dossier d'Altis à sa façon

Miroir social"
Rodolphe Helderlé | Miroir social



PDG du groupe Dassault et maire UMP, Serge Dassault, 83 ans (Eric Gaillard/Reuters).


Syndicats, député, ça se presse au ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi au sujet de la vente du site de production d’Altis au groupe Russe AES/GIS qui traine depuis près d’un an. Serge Dassault, le sénateur-maire UMP de Corbeil-Essonnes, n’hésite pas à se faire mousser.

En toute simplicité, le sénateur-maire UMP de Corbeil-Essonnes, dans le dernier numéro du mensuel municipal « Vivre à Corbeil-Essonnes » où est localisé le site de production de semi-conducteurs Altis (1400 emplois directs, 3000 avec les indirects), explique ainsi :

« La situation traînant, j’ai décidé de saisir à bras-le-corps ce dossier et de me rendre sur place en Russie pour savoir si oui ou non les Russes avaient l’intention de reprendre cette entreprise. J’ai donc demandé à Vladimir Poutine, le Premier ministre, une audience. Une audience qu’il m’a accordée et qu’il a prolongée d’une courtoise invitation à dîner. »

Un plan social pour satisfaire le futur repreneur


En 1999, un premier plan social s’était traduit par 1400 postes supprimés. L’usine employait alors directement 3000 salariés. En 2006, un nouveau « dégraissage » a supprimé 400 postes à la faveur d’une nouvelle organisation du travail qui était une condition à la reprise du site par le groupe russe AES/GIS. Avec le système en 4 x 12, les opérateurs travailleront deux journées de douze heures puis deux nuits de douze heures avec quatre jours de repos à la clé. L’usine fonctionne aujourd’hui déjà en continu avec des équipes qui travaillaient successivement deux jours le matin, deux jours le soir et deux jours la nuit avec quatre jours de congés.

Le tandem d’actionnaires IBM et Infineon cherche à céder Altis depuis près d’un an au groupe russe AES/GIS et les négociations sont à l’arrêt pour de multiples raisons. Un an que les investissements sont au point mort, que le mécontentement social ne cesse de croître. Et un mois que les politiques s’agitent -en vain pour l’instant- pour débloquer le dossier. Chacun est conscient du double risque de plan social post-rachat et de transfert du savoir-faire.

Un précieux dossier traduit en russe

« J’ai pu vérifier leur intérêt pour les technologies d’Altis », explique Serge Dassault. Sa méthode :

« Tout juste rentré de ce voyage, j’ai fait établir en collaboration avec la direction d’Altis, un dossier très complet sur le potentiel de cette entreprise, dossier que j’ai fait traduire en russe. »

Surprenant que cela n’ait pas été fait avant. Toujours est-il que le précieux dossier est remis à François Fillon, qui le remet à son tour à Vladimir Poutine lors du séminaire franco-russe de Sotchi du 19 septembre. A noter qu’avant le 13 septembre, date de sa rencontre avec Serge Dassault, Vladimir Poutine ne connaissait pas le dossier Altis.

Pas de vagues

Et le sénateur d’inviter les syndicats à ne pas faire trop de vagues. En écrivant, « l’un de leurs responsables syndicaux m’a remercié de mon implication et m’a fort gentiment assuré que j’étais le seul à pouvoir “peser d’une manière décisive dans ce dossier” », Serge Dassault participe, à sa façon, à la division syndicale puisque la CFDT s’est désolidarisée du mouvement de grève déclenché par la CGT, FO et la CFTC le 1er octobre.

Vendredi 10 octobre, les syndicats d’Altis ont été reçus au ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi pour avoir des assurances sur la pérennité du site. A la différence de Serge Dassault, Franck Marlin, député-maire UMP d’Etampes est passé le 1er octobre soutenir les grévistes qui tenaient à obtenir des garanties sur la pérennité du site « afin d’éviter un pillage des brevets », souligne la CFTC. Le syndicat demande « que les conditions établies dans le contrat de vente, garantissant une production sur le site, soient maintenues, ceci afin de sécuriser les emplois ».

La grève était également motivée par des revendications salariales. Ce qui n’est pas du goût de certains contributeurs du blog de la CFTC d’Altis : « La priorité n’est pas le plan salaire mais la pérennité du site. Une fois que cette affaire sera réglée, nous nous attaquerons aux questions salariales », estime ainsi un salarié, tandis que d’autres regrettent qu’il faille assister aux assemblées générales pour avoir des informations : « Y’a aussi les blogs, les tracts, les panneaux d’affichage… et y’a pas besoin de faire grève pour lire tout ça. »

L’attention que tous les élus et acteurs publics portent à ce dossier semble proportionnel à l’ampleur des fonds perçus par l’usine Altis de Corbeil en cinq ans : 23,6 millions d’euros d’aides de l’Etat, du conseil général, de la région et des communes.

Photo : PDG du groupe Dassault et maire UMP, Serge Dassault, 83 ans (Eric Gaillard/Reuters).

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Miroir social
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  • Pierre-Guy-Raoul Namassepamousse
    • Posté à 19h22 le 16/10/2008
    • Internaute 10712

    « Une courtoise invitation à dîner » d’un ancien du KGB !
    Il n’a pas peur $erge…
    Il ne se souvient pas de Ioutchenko ni de Litvinenko ?

  • Corsaire du Peuple et de la Raison
    Corsaire du Peuple et de la Raison
    il parait qu'il faut penser (...)
    • Posté à 05h45 le 17/10/2008
    • Internaute 46482
      il parait qu'il faut penser (...)

    S’il fallait brûler une voiture ce serait la sienne avec toutes ses « idées saines » concernant la presse !

  • zazazezette
    zazazezette
    le veilleur
    • Posté à 02h22 le 21/10/2008
    • Internaute 56504
      le veilleur

    je lis ici et là des informations contradictoire sur cette reprise, mais mes recherches sur des supports etrangers me font croire qu’en France on vous prend vraiment pour des c–-, et que votre manque de réalisme et de vision font qu’ils ont vraiment raison de continuer !
    voila, dans la revue EE Times une partie d’interview en date du 06 octobre 2008 ( faites des recherches sur EE-Times ) , LES RUSSES NE VEULENT PLUS D’ALTIS :

    EE Times : Is the Altis Semiconductor acquisition [by Russian company AES from IBM and Infineon] in France beneficial to Russia’s semiconductor industry ? Does Sitronics plan any acquisitions ?

    Krasnikov : : In the future, such a model of acquiring foreign semiconductor fabs will be viable. It will be useful when we have experience and a big market. Then it could have a positive influence. But if we consider today’s situation and a specific project like Altis, we cannot imagine how a group of Russian mangers could help Altis emerge from its critical stage. We don’t know a company in Russia that can manage a semiconductor company abroad that has such big problems as Altis does now. [Sitronics] is ready to consider an acquisition, not in production but in R&D for example. But first we have certain criteria, certain parameters a company needs to be responsive to.