A debattre

Sarkozy l'hyperprocédurier porte plainte contre l'ex-patron des RG

Nicolas Sarkozy porte plainte contre Yves Bertrand, l'ancien directeur des Renseignements généraux, comme l'ont révélé nos amis de Bakchich. En cause : les ragots collectés dans les carnets noirs du policier, publiés dans Le Point. Le calendrier judiciaire de son avocat se remplit vite : c'est la quatrième fois que le Président porte plainte. Record de la Ve République battu.

Nicolas Sarkozy est un avocat. Il connaît donc le droit et la vertu de l'attaque. Contrairement à ses prédecesseurs, il n'hésite pas à saisir la justice lorsqu'il l'estime -politiquement ? - nécessaire. Revenant ainsi sur un usage instauré par François Mitterrand, qui s'était engagé à ne pas poursuivre la presse.

En choisissant de déposer plainte pour « atteinte à la vie privée » et « dénonciation calomnieuse », le chef de l'Etat a voulu frapper fort. D'ailleurs, Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, l'a immédiatement confirmé :

« J'ai déposé cette plainte car Nicolas Sarkozy n'entend pas se contenter de droit de réponse dans la presse. »

Nicolas Sarkozy est un politique. Il connaît donc le droit et… le tordu.

Sarkozy contre le « cabinet noir » de la République

Yves Bertrand est une cible qu'il attend depuis longtemps d'avoir dans son viseur. L'inamovible directeur des Renseignements généraux (1992-2003) est soupçonné d'avoir alimenté la machine à Scuds judiciaires contre l'ancien ministre de l'Intérieur.

S'appuyant sur un cabinet noir, composé de plusieurs fonctionnaires des RG, Yves Bertrand aurait ainsi été le bras armé des manoeuvres initiées par Dominique de Villepin.

L'argument a traversé plusieurs dossiers : des difficultés conjugales personnelles de l'intéressé aux multiples rebondissements de Clearstream 2 (l'affaire des listings falsifiés). Devenu premier flic de France, Sarkozy finira par avoir la peau du Fouché de la place Beauvau. Non sans mal.

La publication des carnets noirs d'Yves Bertrand, où il est accusé « d'avoir perçu 150 000 francs dans son cabinet » fournit un prétexte idéal.

Le plaignant aurait aussi pu choisir d'attaquer directement l'hebdomadaire en diffamation. Car, après tout, en quoi Yves Bertrand est-il responsable de la publication de ses carnets placés sous scellés judiciaires ? Sans doute le justiciable Sarkozy s'est-il rendu compte qu'attaquer la presse, en tant que chef de l'Etat, est plutôt contre-productif.

Sarkozy contre la presse

L'affaire du SMS fictif, en février 2008, a pu le convaincre de l'aspect ambigu d'une telle démarche. Pour mémoire, le 6 février, un journaliste du Nouvel Observateur publie, sur le site de l'hebdo, un petit article rapportant le contenu d'un texto prétendument envoyé à son ex-épouse Cécilia Ciganer-Albéniz : « Si tu reviens, j'annule tout » [son mariage avec Carla Bruni, ndlr].

Nicolas Sarkozy avait de très grandes chances de gagner un procès pour « faux et usage », mais très vite la levée de bouclier produit son effet.

A l'époque, le directeur de la rédaction du Nouvel Obs », Guillaume Malaurie, résumait le sentiment ambiant en dénonçant une « stratégie politique », alors que « le Président est dans un climat de fragilité énorme ». Quoi d'étonnant que la presse attaque, parfois violemment, celui qui s'est tant servi d'elle…

Le 19 mars, la nouvelle madame Sarkozy met fin au bras de fer. Carla Bruni signe dans le Monde une tribune « Halte à la calomnie ! » qui commence ainsi :

« Désormais l'affaire du faux SMS est close ; mon mari vient de retirer sa plainte contre Le Nouvel Observateur après réception de la lettre d'excuses qu'Airy Routier m'a adressée. Qu'on me permette néanmoins quelques observations. »

L'affaire se terminera par une ultime passe d'armes, opposant Carla Bruni et le Nouvel Observateur, où le niveau des arguments ne dépasse pas celui de la buvette du Palais de justice.

Sarkozy contre les publicitaires

Depuis cet épisode, d'autres procédures moins médiatisées ont été lancées par le chef de l'Etat. Celle contre la compagnie low cost Ryanair, jugée le 5 février à Paris. Le couple attaque pour « atteinte au droit à l'image », à cause d'une publicité.

Ils gagnent : lui un euro symbolique, elle 60 000 euros pour préjudice d'image. Elle réclamait initialement 500 000 euros, le « prix d'une photo de Carla Bruni » précisait l'avocat à l'audience. Commentaire d'un juriste :

« L'intérêt majeur que présentait cette affaire était de savoir où en est le juge dans l'appréciation du droit à l'image des personnes publiques. A cette question, le juge de Paris est resté conforme à ses positions antérieures et a réitéré que chacun “a sur son image quel que soit son statut et sa notoriété, un droit exclusif et absolu'. ”

Puis, la machine s'est emballée : contre des T-shirts détournant le patronyme présidentiel, contre de simples citoyens détournant les propos présidentiels intempestifs…

Sarkozy contre les “offenseurs”
Dépenaliser le délit d'outrage


A l'initiative de plusieurs riverains de Rue89, le Collectif pour une dépénalisation du délit d'outrage tiendra une conférence de presse, mardi 21 octobre à 16h, librairie Résistances, 4, villa Compoint, Paris XVIIe (métro Guy-Môquet).

Dernier exemple, donc, celui d'Hervé Eon, révélé par Rue89. Là, c'est le ministère public qui lance les poursuites pour “ offense au président de la République ”.

Lors d'un déplacement présidentiel à Laval le 28 août 2008, Hervé Eon, militant mayennais de PRS (Pour la République sociale) manifeste. Circulant à vélo sur le parcours du cortège présidentiel, il est immobilisé sur le trottoir par des policiers en civil.

Au passage du cortège, il brandit une pancarte où il a inscrit “Casse-toi, pov'con”. Son procès aura lieu la semaine prochaine, jeudi 23 octobre, à 14 h devant le tribunal correctionnel de Laval. Un rassemblement de soutien est prévu à partir de midi devant le palais de Justice.

Une semaine judiciaire chargée pour maître Herzog, car l'appel du procès de Romain Dunand -jugé pour avoir comparé Nicolas Sarkozy à Philippe Pétain dans un mail- aura lieu la veille, le mercredi 22. En première instance, cet internaute avait écopé de 800 euros d'amende.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Amago

De Amago

Internaute | 20H16 | 16/10/2008 | Permalien

Il faut rajouter à cette liste une autre plainte en diffamation que Sarkozy a déposée à l'époque où il était ministre de l'intérieur. C'était en 2002 contre l'un des membres du groupe de rap La Rumeur, pour un article soi-disant diffamant envers la Police Nationale. Malgré trois relaxes, l'affaire judiciaire n'est toujours pas terminée.

http://www.la-rumeur.com/

Portrait de Pépé61

De Pépé61

Enterré vivant | 22H23 | 16/10/2008 | Permalien

Le plus surprenant dans tout ça, c'est que le type que Sarko a insulté au salon de l'agriculture n'ait pas été pousuivi pour atteinte à la sûreté de l'état. C'est vrai qu'il ne faut pas surcharger l'appareil judiciaire par des histoires minables.

Portrait de elisa33

De elisa33

23H01 | 16/10/2008 | Permalien

22 octobre, Paris : procès en appel de Romain DUNAND contre Nicolas SARKOZY
Pour avoir comparé en 2006 la politique répressive du ministre de l'Intérieur Sarkozy à celle du régime de Vichy, Romain Dunand a été condamné en février 2008 à 800€ d'amende. (A noter que la plainte du président de la République a été déposé 4 jours après son élection à l'Elysée.)
Son procès en appel a lieu le mercredi 22 octobre 2008 à 9 h devant la 11e chambre - section B de la Cour d'appel de Paris - Palais de Justice, escalier K, 2e étage, 6 bd du Palais 75001 Paris (prévoir 1/2 h de queue à l'entrée).
Romain Dunand sera présent à la conférence de presse du CODEDO http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php ? article15738

Portrait de yan

De yan

loin | 23H04 | 16/10/2008 | Permalien

Sarkozy contre le « cabinet noir » de la République
Sarkozy contre la presse
Sarkozy contre les publicitaires
Sarkozy contre les « offenseurs »

ça fait du bien de se défouler sur notre président et il n'en mérite pas moins… mais…. mais je ne vois pas la relève pointer le bout de son nez.

Malgré tout ce que l'on peut lui reprocher, j'ai bien peur qu'en 2012 on en reprenne pour 5 ans

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