Thu, 10/16/2008 - 16:07

Le pétrole baisse de 40% : pourquoi le prix de l'essence reste stable ?

« De qui se moque-t-on ? », nous interroge la Champenoise, en constatant que « en juillet, le prix du baril est autour de 145€, l'euro est à environ 1,56€ et le SP 95 chez moi en Champagne : 1,489€. En octobre le baril coûte 80€, l'euro est à 1,37€ et le SP 95 à 1,355 €. Différentiel : baril -45%, euro -14%, SP 95 -10%. Un économiste “ distingué ” pourrait-il m'expliquer ? »

Je ne prétends pas être une économiste « distinguée », mais vais tenter de vous répondre.

Les vrais prix : il s'ajustent mais lentement

Le prix du baril de brent n'a cessé de baisser depuis son pic de fin juillet, mais le dollar s'étant apprécié, la baisse en euros est moindre, plus proche de 20% que de 45%.

Pour Jean-Louis Schilansky, président de l'UFIP, représentant des industries pétrolières, il n'y a « pas de dysfonctionnement sur ce marché », la loi de l'offre et la demande joue à plein et les prix vont s'ajuster à la baisse, hormis un « décalage de dix à quinze jours que l'on constate statistiquement, entre la baisse du pétrole et celle à la pompe. Il s'agit d'un délai de réaction des marchés, vrai à la hausse comme à la baisse », estime-t-il. « Les prix français sont d'ailleurs, hors taxes, les plus bas d'Europe », ajoute-t-il.

Nidieunimaître fait remarquer qu'un supermarché proche de chez lui « a baissé le prix du carburant de 9 centimes du jour au lendemain. Il a maintenu le prix du carburant le plus haut possible tant que cela ne faisait pas une trop grande différence avec ses concurrents. »

Ce qui corrobore l'avis de l'UFIP selon lequel « un distributeur ne pourrait pas maintenir des prix plus élevés que les concurrents, sinon il perdrait en quantités. Plus de la moitié des stations-services sont détenues par la grande distribution, pour qui c'est un produit d'appel. »

L'association de consommateurs Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) a dénoncé de son coté ce lundi un prix public « 3 à 4 centimes » trop cher pour un prix du baril comparable.

Les taxes, elles, varient peu

La fixité de la Taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) est un facteur atténuant la répercussion à la baisse des prix. En effet, elle n'est pas calculée en pourcentage comme la TVA mais en centimes d'euros par litre, environ 60 centimes par litre d'essence et 42 centimes pour le gasoil.

L'ensemble des taxes représente la moitié du prix à la pompe. Mais il faut aussi remarquer, avec Coldo, que « le prix de l'essence à la pompe n'est pas directement proportionnel au prix du baril de pétrole ! Beaucoup d'autres éléments rentrent en ligne de compte et qui, eux, n'ont pas ou peu varié… Les taxes, les salaires des employés, etc… »

N'empêche, on peut se demander si les compagnies pétrolières n'auraient pas profité de l'habitude qu'ont pris les consommateurs de payer l'essence plus cher.

Les marges des pétroliers : en hausse constante

C'est l'avis d'Edouard Petitjean, chargé de mission à la CLCV, pour qui les pétroliers français « reconstituent leurs marges par rapport à la période de hausse où ils les avaient restreintes légèrement ».

Il n'y a qu'à observer la « marge de raffinage », qui est la différence de prix entre le brent et les produits une fois raffinés : alors qu'elle était de 32 euros par tonne en 2007, cette marge s'établit à 65 euros en septembre 2008. L'Ufip reconnaît la forte hausse de septembre, et une tendance à la hausse sur cette année, mais relativise : « la moyenne sur les sept premiers mois de l'année est de 37 euros par tonne, contre 32 en 2007 ». Tous les chiffres sur le site de l'Ufip :

Le diesel, un produit d'importation

Voir le document

(Fichier PDF)

L'écart de prix entre le diesel et l'essence s'est beaucoup réduit, malgré une TIPP favorable au diesel, destinée notamment à aider le transport routier, les camions roulant tous au gasoil. Lors d'une conférence de presse cette semaine, l'UFC-Que Choisir a dénoncé le « scandale du rationnement des capacités de raffinage », responsable de cette flambée du diesel, et qui serait organisée par les groupes pétroliers (voir le document ci-contre).

L'Ufip dément toute volonté délibérée et assure qu'on « fait autant de gasoil que possible, mais avec l'outil de raffinage qu'on a, on ne peut pas produire plus de gasoil ».

Si la marge de raffinage du gasoil est bien supérieure à celle de l'essence, c'est en raison d'une trop forte demande en France pour ce type de carburant. La France est obligée d'importer du gasoil, mais elle exporte de l'essence. L'UFC demande une « politique de gestion européenne des stocks des produits pétroliers qui permette de réguler les excès du marché du raffinage ».

Et après ? Récession aidant, le prix du baril de brut va continuer de baisser. Avec un effet, sans doute retard et atténué, sur les prix à la pompe. Affaire à suivre.

Merci à Pépé 61, Bifteack, Nidieunimaître, la Champenoise, Alain69, Coldo, YoshiL7, Manu_b

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  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 16h42 le 14/10/2008
    • Internaute
      Enterré vivant

    L'élasticité de la TIPP est trop faible. La rapacité des actionnaires de Total est trop forte : les prix à la pompe ne baisseront pas.

  • bifteack
    • Posté à 16h42 le 14/10/2008

    En dehors de tous blabla c'est bien que ce son les compagnies pétrolières et financières qui appliquent des prix spéculatif. C'est toujours la même histoire : le prix d'une marchandise se met à monter, au début pour des raisons économiques réelles. Des investisseurs financiers, anticipent une hausse future de ces marchandises. Ils en achètent, ce qui fait monter encore plus leur prix. La hausse du prix attire de nouveaux investisseurs. Et ainsi de suite. Et même si le prix réel descend on ne le répercute pas sur la valeur réel, vue que la demande des consommateurs reste stable.

  • Manu_b
    Manu_b
    Bricoleur professionnel
    • Posté à 16h43 le 14/10/2008
    • Internaute
      Bricoleur professionnel

    concernant l'augmentation des marges des raffineurs, mais j'ai trouve quelques articles qui en parlent, notamment : Lien

  • YoshiL7
    • Posté à 16h44 le 14/10/2008

    Sinon, on peut aussi nous expliquer que les prix ne baissent pas car on nous vend, à la pompe, de l'essence qui a été achetée / provisionnée au moment où cette essence coûtait chère... donc, la baisse ne peut être répercutée pour le moment...

    Finalement, quand on pose la question du pourquoi cela ne baisse pas, on a souvent le sentiment que l'on nous trouve à chaque fois une pirouette pour faire passer la chose... en gros, que c'est toujours la faute à l'autre et jamais aux pétroliers...

  • Coldo
    • Posté à 16h44 le 14/10/2008

    Le prix de l'essence à la pompe n'est pas directement proportionnel au prix du baril de pétrole ! ...
    Beaucoup d'autres éléments rentrent en ligne de compte, et qui eux n'ont pas ou peu varié... Les taxes, les salaires des employés, etc...
    Il faut quand même faire attention avant d'écrire des phrases comme : « Il y a donc bien un problème de répercussion, imputable aux compagnies pétrolières »...

  • la champenoise
    • Posté à 16h45 le 14/10/2008
    • Internaute

    De qui se moque-t-on ?
    Je ne suis qu'une Française lambda et qu'ai-je pu constater ?
    En juillet, prix du baril autour de 145 €, Euro à environ 1,56 € ?
    SP 95 chez moi en Champagne : 1,489 €
    En octobre prix du baril autour de 80 €, Euro à 1,37 € et SP 95 à 1,355 €
    différentiel : baril - 45%, euro - 14%, SP 95 - 10%
    Un économiste « distingué » pourrait-il m'expliquer ?

  • nidieunimaître
    • Posté à 16h46 le 14/10/2008

    Le prix ne baisse pas car il y a les baiseurs et les baisés. Plus sérieusement, il suffit de consulter n'importe quel site de bourse pour savoir que le cours du pétrole (par exemple 80 dollars le brent aujourd'hui) n'est pas le prix auquel ce baril sera acheté aujourd'hui mais dans un mois. Par conséquent, l'essence à la pompe ne baissera que dans un mois. Et puis, il y a les initiatives locales. L'Intermarché qui se trouve près de chez moi a baissé le pricx du carburant de 9 centimes du jour au lendemain. Il a maintenu le prix du carburant le plus haut possible tant que cela ne faisait pas une trop grande différence avec ses concurrents. C'est pas beau ça ?

  • alain69
    • Posté à 19h25 le 15/10/2008
    • Internaute

    N'y a-t-il que les pétroliers qui reconstituent leurs marges ?
    Les distributeurs ont eux aussi leur part de responsabilité dans la fixation des prix à la pompe.
    Hier dans ma ville (40.000 âmes) j'ai constaté une station Elf jaune qui distribuait le gasoil à 1,199 euros alors que le Géant Casino était encore à 1,249 euros.
    Ce sont des stations à gros débit qui remplissent souvent leurs cuves. Donc leurs prix de distribution devraient être proches.
    Je pense qu'un des deux distributeurs tond la laine sur le dos de ses moutons de clients.
    Qu'en disent les pouvoirs publics chargés du contrôle des prix ?