L'edito 13/10/2008 à 09h49

La crise financière fait une nouvelle victime : le PS


Il n'est évidemment pas facile d'être un parti d'opposition en période de crise globale, comme celle qui frappe la finance. Qu'ils soient efficaces ou pas, les dirigeants de l'heure ont la part belle au journal de 20h, se donnant des airs de maréchaux d'empire en période de guerre, et reléguant leurs opposants au rôle de mouche du coche, incapables de peser sur des situations trop monumentales pour le jeu politique classique.

Malgré ces réserves, le Parti socialiste en rajoute une couche dans sa propre impuissance, comme l'illustre le débat quelque peu irréel du weekend sur le point de savoir s'il devait reporter ou pas son congrès de Reims en raison de la crise financière.

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Non pas parce que le PS n'en aurait plus les moyens financiers, mais de crainte que l'image des querelles internes étalées sur la place publique ne parraissent trop décalées par rapport aux préoccupations des Français plongés dans la récession et des inquiétudes autrement plus concrètes.

Je n'ai personnellement pas d'avis sur le sujet, mais que ce débat soit la seule contribution des ténors socialistes à l'analyse de la crise au cours d'un week-end décisif sur la définition d'une stratégie européenne et plus largement mondiale, en dit long sur l'état du principal parti d'opposition en France.

On aurait pu croire que le PS aurait un boulevard devant lui pour gagner, au moins, la bataille des idées, face à une crise qui jette un regard cru et cinglant sur l'évolution de notre système. Mais on chercherait vainement, tant dans les contributions des trois courants prétendant à la tête du PS, que dans les déclarations des principaux ténors du parti, des analyses et une force de proposition adaptées à une crise qui n'a pas éclaté à l'automne dans un ciel bleu, mais dure depuis plus d'un an.

L'une des difficultés est évidemment que les socialistes, pas plus que les autres, n'ont su se démarquer, lorsqu'ils étaient aux affaires dans ce pays, d'une dérive du système que, théoriquement, ils auraient du condamner. Ils en ont été, au contraire, les gestionnaires zélés et se sont confortablement coulés dans le moule dessiné par d'autres.

Difficile, dans ces conditions, d'incarner un « autre monde », voire même une autre manière de gérer. Et, dans les sondages, les Français ne croient pas que les socialistes aux commandes auraient fait différemment ou mieux que l'équipe Sarkozy. Triste constat pour un parti incapable de capitaliser sur la rupture entre le président et l'opinion depuis le début de l'année.

Dans ces conditions, la question n'est pas de savoir s'il faut tenir ou pas le congrès de Reims, enjeu qui n'intéresse que moyennement la majorité des citoyens, mais si le PS a les moyens de redevenir une force de réflexion, de proposition, d'alternance crédible pour un pays en crise profonde. Cette preuve-là n'a pas encore été apportée, laissant la voie libre à Nicolas Sarkozy, et à d'autres forces de contestation.

Pierre Haski

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  • Nicolas Cadène
    Nicolas Cadène
    Conseiller politique
    • Posté à 11h06 le 13/10/2008
    • Internaute
      Conseiller politique

    M. Haski,

    Si votre article rappelle sans doute avec justesse le manque d'ambition du dernier gouvernement socialiste, il ne mentionne pas les nombreuses propositions que le PS fait aujourd'hui.

    Jean-Louis Bianco et Ségolène Royal ont été les premiers responsables et élus socialistes à évoquer des pistes très concrètes, il y a de ça plusieurs semaines et des propositions étaient déjà écrites dans la motion E.

    Je me permettrai donc d'en invoquer quelques-unes pour que les lecteurs de Rue89 puissent constater qu'existe une réflexion sérieuse sur le sujet au PS :

    - Faire un budget de relance, développant la croissance « verte », c'est-à-dire les économies d'énergie et les énergies renouvelables. Cela ferait travailler les PME non délocalisables. C'est le contraire de ce que fait le gouvernement qui diminue les crédits de logement et des transports collectifs.

    - Baisser l'impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis.

    - Essayer d'obtenir une suspension des « ventes à terme » au moins au niveau européen.

    - Mettre en place un Interpol financier à l'échelon mondial, pour enquêter sur les abus de marché et la fraude financière et ainsi faire payer les responsables et pas les contribuables.

    - Empêcher les banques de contourner la réglementation et la renforcer, pour que les sommes qu'elles engagent ne soient pas trop nettement supérieures à leurs fonds propres.

    - Mettre en place une autorité européenne des marchés financiers, placée auprès de la BCE.

    - Certifier, au niveau européen, la qualité des produits financiers comme on certifie celle des jouets ou des médicaments.

    - Créer un ministère franco-allemand de l'économie préfigurant un futur gouvernement économique de la zone euro.

    - Agir pour le pouvoir d'achat en révolutionnant la fiscalité française : fusion de la csg et de l'impôt sur le revenu et suppression d'une partie (20 milliards) de niches fiscales qui permettraient par exemple de redistribuer 1000 euros à 20 millions de familles, sous forme de baisse d'impôts.

    - Pour soutenir et accompagner les entreprises dans leur développement, constituer une véritable banque publique. Constatant les insuffisances actuelles d'Oséo, cette banque serait adossée à la caisse des dépôts et consignations ; elle accorderait des crédits de court terme (trésorerie) et de long terme.

    - Contraindre les banques à conserver dans leurs bilans les créances qu'elles revendent aujourd'hui à d'autres acteurs financiers. La crise actuelle est en effet le résultat pour une large part de la « titrisation ».

    Désormais, nous pouvons débattre sur ces propositions. Mais arrêtons de diffuser l'idée selon laquelle l'opposition n'aurait pas d'idée, face à un gouvernement qui agit mal et tardivement et qui et qui ne cesse de faire des effets d'annonce sans jamais rien faire de concret.

    Bien sûr je milite pour la motion E et je n'ai pas l'intention de m'en cacher. Mais je voudrais rappeler aussi que d'autres socialistes tels que Benoît Hamon n'ont pas manqué de faire des propositions pour faire face à cette grave crise.

    Le socialisme a sans doute souvent raté des occasions, il a probablement trop souvent renoncé mais il change. Si on veut lire le socialisme toujours à travers le prisme de ses erreurs passées, alors il me semble qu'on doit faire de même pour la droite dont on rappelle trop peu qu'elle n'a jamais su gérer correctement les finances publiques depuis 20 ans et que Sarkozy était ministre des finances pendant la dernière récession (1993) que nous avons connu. La gauche a sans doute trop renoncé mais elle a su aussi gérer (même si c'était insuffisant, c'était « déjà ça » en ce que les comptes publics étaient équilibrés et les marges de manoeuvres réelles), elle a su aussi avancer sur de nombreux points et nous lui devons beaucoup d'avancées sociales.

    Je sais que la « doctrine Apathie » interdit à tout soutien de Ségolène Royal de faire le moindre reproche à la presse, mais je peux témoigner du fait que nous sommes beaucoup plus repris quand nous parlons des petites guerres internes que quand nous faisons des propositions. Tout le monde peut s'en rendre compte en faisant quelques recherches sur les sites de type google news...

    Il est évident que le PS est à une étape cruciale de son histoire : il doit enfin savoir ce qu'il propose comme idéal social à nos concitoyens, il doit réinventer un modèle. Tout le monde n'est peut être pas conscient de cet enjeux mais dire que personne ne l'est est me semble-t-il excessif et trop réducteur.

    Bien à vous.

  • A déménagé le 25 octobre
    • Posté à 11h15 le 13/10/2008

    « Difficile, dans ces conditions, d'incarner un “ autre monde ” »

    Et pourtant !
    Il y a tellement de bonnes idées, tellement d'ambitions saines chez les intellectuels de gauche ! Prenez Michel Serres et son bouquin « la guerre mondiale ». Voilà ce qu'on aimerait entendre dans leur bouche. Des idées, de l'anticipation, de la vision pour un monde partagée et une mondialisation qui ne ressemble pas à un leurre.

    Osez bons gens du PS ! Rentrez-lui dedans à cette droite à la vision aussi courte que la taille de son chef ! Si l'on réfléchit comme eux et comme lui, on ne peut que détruire, même avec la bonne volonté de certains.
    Osez mettre le monde comme sujet de vos phrases, réfléchissez pour lui, institutionnalisez-le ! Profitez de cette crise, elle vient d'ouvrir la boite de pandore de cette planète politique ! Partez écraser la real politik, cette plante carnivore dévoreuse de libertés fondamentales ! repensez votre foutue france en l'allégeant à notre fichue monde !

    Gnin !

  • Jaùsep
    • Posté à 11h34 le 13/10/2008

    L'état actuel de la crise impose des actions de restauration de l'économie.
    Il s'agit de comités de gestion qui doivent trouver des solutions urgentes pour restaurer à minima les nœuds de la finance internationale pour éviter le naufrage.
    Pour cela, il est nécessaire d'étancher les voies d'eau partout où elles se présentent.
    Pour l'instant le drame que nous vivons n'est pas seulement français. L'origine est américaine avec des extensions et infiltrations dans tout le tissu économique mondial.
    Cela n'est plus seulement un problème de politique intérieure qu'il faut gérer.

    Je crois que ces actions pressantes n'ont pas de place dans le débat des responsabilités initiales ou de la mise en œuvre de telle ou telle prérogative politique actuelle ou passée, ce n'est pas un débat d'idées qu'il nous faut aujourd'hui,
    Même s'il devra se faire plus tard.

    Le PS doit participer à cette étape de reconstruction et de façon active, c'est évident.
    Ayant des responsabilités importantes au niveau régional et local (financement et gestion des marchés régionaux en cours ou à venir), il est certain qu'il sera obligatoirement un acteur majeur dans la gestion de cette crise, qui aura un prolongement sur plusieurs années. C'est à ce niveau que la gauche retrouvera toute crédibilité.

    Il ne faut surtout pas prendre ce désastre boursier avec ses risques induits pour tenter d'affaiblir le pouvoir en place en lui rejetant toute la responsabilité de ce sinistre.
    Ce serait une lourde erreur stratégique, que l'électorat ne manquerait pas de sanctionner tôt ou tard !

    Par contre, il faut en profiter pour dénoncer les excès du libéralisme économique, son manque de régulation et de contrôle d'état, pour essayer construire un avenir sur des bases plus saines.

    Le PS peut ne pas être victime de cette crise, mais en être gestionnaire s'il agit avec intelligence, en laissant de coté ses conflits de personnes.
    C'est le moment pour ce parti de faire la preuve qu'il peut être uni et efficace dans l'urgence. En cela, il regagnera de la crédibilité et l'estime électorale.

  • adaunis
    • Posté à 12h43 le 13/10/2008

    Pierrre, je vais tronquer vos propos sans en altérer me semble t-il le sens !
    Quand vous dites :
    « la question n'est pas de savoir s'il faut tenir ou pas le congrès de Reims,mais si le PS a les moyens de redevenir une force de réflexion, de proposition, d'alternance crédible pour un pays en crise profonde.
    Cette preuve-là n'a pas encore été apportée, laissant la voie libre à Nicolas Sarkozy, et à d'autres forces de contestation. »

    Je ne partage point cet avis.
    Au contraire, qu'il est lieu ce congrès, et que tout (propositions, désaccords, querelles) soit mis sur la « place publique » !

    Parce qu'ainsi, (en contradiction avec votre propos, on saurait justement pour quelques années, si justement le PS peut devenir comme vous le dites une force de réflexion, de proposition, d'alternance crédible ....

    Quand à laisser « la voie libre Nicolas Sarkozy, et à d'autres forces de contestation. » !
    Pourquoi pas, s'il faut en passer par « d'autres forces de contestation », afin que le Pays respire, et ne laisse pas la voie libre à qui vous savez.

    De même Thierry à juste titre, rappelle « les savoureuses autocongratulations selon lesquelles le PS gérait mieux que la droite, savoureuses, et “Strauss-Kahn plaidant pour des stock-options à la française, etc.”

    Mais même si c'est pertinent, je réitère l'idée qu'il faut les écouter, qu'ils doivent débattre, et qu'il serait utile de bien lire les cinq motions, (chose ardue que j'ai commencé à faire, au travers desquelles certaines propositions se révèlent pertinente, en l'état actuel des chose, notamment la motion C, celle de Hamon). Accès au lien en format pdf :
    Lien

    Je vais me les “taper” pour ne pas mourir idiot, mais je répète qu'il serait salutaire de ne pas faire de procès définitif, ou alors, décidons de désespérer en “commun”, en “bandes” et en “bonne compagnie” !

  • hagalma
    • Posté à 13h42 le 13/10/2008
    • Internaute

    Heu, et si la presse attendait un peu que le congrès ait eu lieu, avant de titrer des trucs définitifs comme le fait l'article ? Le PS est victime de lui-même depuis qu'il est devenu parti de gouvernement en 81. En outre, dès les législatives de 2007, la France a frisé une cohabitation...

  • sunra7
    • Posté à 19h43 le 13/10/2008

    Rééquilibrer le rapport capital/travail : mettre l'économie au service de l'humain (prééminence du salarié sur le financier) – développer un syndicalisme de masse – Réformer les CA des entreprises (salariés à hauteur de 30%) – créer un capital formation personnel.

    Voilà une fois de plus les catalgoues de bonnes intentions qui ne sont pas détaillées. Je m'interroge partuclièrement sur la nécessité de développer un syndicalisme de masse,. D'un il faut se demander si le parti socialiste y a vraiment intérêt.De deux, ce souhait relève du fantasme d'imiter le syndicalisme allemand, scandinave et même américain qui ne correspondent en rien aux réalités françaises. Le syndicalisme de masse,cela ne se décrète pas, l'individualisme ambiant , la dépolitisation n'aident en rien untel retour de balancier . C'est du passé.

    Le PS devrait plutôt s'attarder à la représentativité du patronat. Il est totalement scandaleux que ce soit les métiers de la finance et de l'assurance qui représentent le patronat au détriment de l'industrie et des petites et moyennes entreprises qui sont créateurs d'emplois pour les personnes les moins qualifiés qui forment le gros des chomeurs.Ce s'est un défi, pour cela il faudrait éviter que l'Etat major du PS ait des relations aussi consanguines avec le patronat , suivez mon regard

    Lutter contre toutes les discriminations , toutes.

    La brièveté et le silence sur cette question m'étonne franchement lorsqu'on voit à quel point explique que l'Assemblée nationale et le Sénat sont monochromatiques, je ne parle même pas des grandes écoles. C'est facile de le dire mais que fait-on exactement pour cela. Lorsque je vois le nombre de fils d'immigrés ou de français de couleur , diplômes de 3e cycle qui sont obligés de s'exiler pour évoluer professionnellement, je suis outré, et je demande des mesures concrètes. Je ne parle même pas du cantonnement au sein du parti socialiste des « colorés » aux fonctions les plus fantaisistes( nouvelles citoyennetés pour un, égalité pour l'autre parce qu'il y'a besoin d'un sécrétaire national pour ça ? ? ? ? ? ? ? ) hormis Malek Boutih.
    Quid d'un plan de dix ans, d'investissement intensif pour remettre les établissements de ZEP à niveau, dix ans de discrimination positive au sein des grandes écoles afin de favoriser l'émergence d'une classe moyenne issue de l'immigration. Au terme desquelles pour éviter les travers américains (facilité, paresse) ce serait le retour à l'égalité des chances, avec toutefois les inégalités de départ réparées.

  • compte supprimé16
    • Posté à 01h58 le 14/10/2008

    Haski, sarkozyste ? Comme vous y allez ! Il vieillit, c'est tout. Il a certainement commencé par être un peu gauchiste quand il était jeune pour évoluer ensuite, force tranquille, vers un conservatisme de bon aloi. Vous savez, c'est aussi un parcours assez classique chez beaucoup de personnalités du PS : Dray, Cambadélis, Jospin, Weber...
    A propos, les anciens trotskistes sont nombreux dans l'entourage de la grande copine au socialisme conservateur et compassionnel. Pas étonnant qu'elle ait pu réactiver si facilement un discours plus adapté aux circonstances, comme nous le prouve un voisin. Contre toute attente, ces gens là font preuve flexibilité idéologique étonnante !