La crise financière fait une nouvelle victime : le PS
Il n'est évidemment pas facile d'être un parti d'opposition en période de crise globale, comme celle qui frappe la finance. Qu'ils soient efficaces ou pas, les dirigeants de l'heure ont la part belle au journal de 20h, se donnant des airs de maréchaux d'empire en période de guerre, et reléguant leurs opposants au rôle de mouche du coche, incapables de peser sur des situations trop monumentales pour le jeu politique classique.
Malgré ces réserves, le Parti socialiste en rajoute une couche dans sa propre impuissance, comme l'illustre le débat quelque peu irréel du weekend sur le point de savoir s'il devait reporter ou pas son congrès de Reims en raison de la crise financière.
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Non pas parce que le PS n'en aurait plus les moyens financiers, mais de crainte que l'image des querelles internes étalées sur la place publique ne parraissent trop décalées par rapport aux préoccupations des Français plongés dans la récession et des inquiétudes autrement plus concrètes.
Je n'ai personnellement pas d'avis sur le sujet, mais que ce débat soit la seule contribution des ténors socialistes à l'analyse de la crise au cours d'un week-end décisif sur la définition d'une stratégie européenne et plus largement mondiale, en dit long sur l'état du principal parti d'opposition en France.
On aurait pu croire que le PS aurait un boulevard devant lui pour gagner, au moins, la bataille des idées, face à une crise qui jette un regard cru et cinglant sur l'évolution de notre système. Mais on chercherait vainement, tant dans les contributions des trois courants prétendant à la tête du PS, que dans les déclarations des principaux ténors du parti, des analyses et une force de proposition adaptées à une crise qui n'a pas éclaté à l'automne dans un ciel bleu, mais dure depuis plus d'un an.
L'une des difficultés est évidemment que les socialistes, pas plus que les autres, n'ont su se démarquer, lorsqu'ils étaient aux affaires dans ce pays, d'une dérive du système que, théoriquement, ils auraient du condamner. Ils en ont été, au contraire, les gestionnaires zélés et se sont confortablement coulés dans le moule dessiné par d'autres.
Difficile, dans ces conditions, d'incarner un « autre monde », voire même une autre manière de gérer. Et, dans les sondages, les Français ne croient pas que les socialistes aux commandes auraient fait différemment ou mieux que l'équipe Sarkozy. Triste constat pour un parti incapable de capitaliser sur la rupture entre le président et l'opinion depuis le début de l'année.
Dans ces conditions, la question n'est pas de savoir s'il faut tenir ou pas le congrès de Reims, enjeu qui n'intéresse que moyennement la majorité des citoyens, mais si le PS a les moyens de redevenir une force de réflexion, de proposition, d'alternance crédible pour un pays en crise profonde. Cette preuve-là n'a pas encore été apportée, laissant la voie libre à Nicolas Sarkozy, et à d'autres forces de contestation.
Pierre Haski
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Conseiller politique
Conseiller politique
M. Haski,
Si votre article rappelle sans doute avec justesse le manque d'ambition du dernier gouvernement socialiste, il ne mentionne pas les nombreuses propositions que le PS fait aujourd'hui.
Jean-Louis Bianco et Ségolène Royal ont été les premiers responsables et élus socialistes à évoquer des pistes très concrètes, il y a de ça plusieurs semaines et des propositions étaient déjà écrites dans la motion E.
Je me permettrai donc d'en invoquer quelques-unes pour que les lecteurs de Rue89 puissent constater qu'existe une réflexion sérieuse sur le sujet au PS :
- Faire un budget de relance, développant la croissance « verte », c'est-à-dire les économies d'énergie et les énergies renouvelables. Cela ferait travailler les PME non délocalisables. C'est le contraire de ce que fait le gouvernement qui diminue les crédits de logement et des transports collectifs.
- Baisser l'impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis.
- Essayer d'obtenir une suspension des « ventes à terme » au moins au niveau européen.
- Mettre en place un Interpol financier à l'échelon mondial, pour enquêter sur les abus de marché et la fraude financière et ainsi faire payer les responsables et pas les contribuables.
- Empêcher les banques de contourner la réglementation et la renforcer, pour que les sommes qu'elles engagent ne soient pas trop nettement supérieures à leurs fonds propres.
- Mettre en place une autorité européenne des marchés financiers, placée auprès de la BCE.
- Certifier, au niveau européen, la qualité des produits financiers comme on certifie celle des jouets ou des médicaments.
- Créer un ministère franco-allemand de l'économie préfigurant un futur gouvernement économique de la zone euro.
- Agir pour le pouvoir d'achat en révolutionnant la fiscalité française : fusion de la csg et de l'impôt sur le revenu et suppression d'une partie (20 milliards) de niches fiscales qui permettraient par exemple de redistribuer 1000 euros à 20 millions de familles, sous forme de baisse d'impôts.
- Pour soutenir et accompagner les entreprises dans leur développement, constituer une véritable banque publique. Constatant les insuffisances actuelles d'Oséo, cette banque serait adossée à la caisse des dépôts et consignations ; elle accorderait des crédits de court terme (trésorerie) et de long terme.
- Contraindre les banques à conserver dans leurs bilans les créances qu'elles revendent aujourd'hui à d'autres acteurs financiers. La crise actuelle est en effet le résultat pour une large part de la « titrisation ».
Désormais, nous pouvons débattre sur ces propositions. Mais arrêtons de diffuser l'idée selon laquelle l'opposition n'aurait pas d'idée, face à un gouvernement qui agit mal et tardivement et qui et qui ne cesse de faire des effets d'annonce sans jamais rien faire de concret.
Bien sûr je milite pour la motion E et je n'ai pas l'intention de m'en cacher. Mais je voudrais rappeler aussi que d'autres socialistes tels que Benoît Hamon n'ont pas manqué de faire des propositions pour faire face à cette grave crise.
Le socialisme a sans doute souvent raté des occasions, il a probablement trop souvent renoncé mais il change. Si on veut lire le socialisme toujours à travers le prisme de ses erreurs passées, alors il me semble qu'on doit faire de même pour la droite dont on rappelle trop peu qu'elle n'a jamais su gérer correctement les finances publiques depuis 20 ans et que Sarkozy était ministre des finances pendant la dernière récession (1993) que nous avons connu. La gauche a sans doute trop renoncé mais elle a su aussi gérer (même si c'était insuffisant, c'était « déjà ça » en ce que les comptes publics étaient équilibrés et les marges de manoeuvres réelles), elle a su aussi avancer sur de nombreux points et nous lui devons beaucoup d'avancées sociales.
Je sais que la « doctrine Apathie » interdit à tout soutien de Ségolène Royal de faire le moindre reproche à la presse, mais je peux témoigner du fait que nous sommes beaucoup plus repris quand nous parlons des petites guerres internes que quand nous faisons des propositions. Tout le monde peut s'en rendre compte en faisant quelques recherches sur les sites de type google news...
Il est évident que le PS est à une étape cruciale de son histoire : il doit enfin savoir ce qu'il propose comme idéal social à nos concitoyens, il doit réinventer un modèle. Tout le monde n'est peut être pas conscient de cet enjeux mais dire que personne ne l'est est me semble-t-il excessif et trop réducteur.
Bien à vous.




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