Nicolas Sarkozy a-t-il voulu éviter un camouflet du Conseil d'Etat ? Ou bien a-t-il amorcé un virage sur le sort réservé aux anciens brigadistes italiens ? En tout cas, le décret d'extradition visant Marina Petrella ne sera pas appliqué pour des « raisons humanitaires ». Hospitalisée, l'ancienne des Brigades rouges souffre de dépression, mais elle est libre.
L'information, annoncée ce dimanche par le Journal de Dimanche, a été confirmée par l'avocate de Marina Petrella, 54 ans. Selon Irène Terrel, « l'Etat français a compris qu'on ne pouvait pas donner suite à cette extradition », une décision « humaine, nécessaire et légitime », a-t-elle ajouté.
Cette décision, notifiée samedi à l'intéressée, ne tombe pas à n'importe quel moment. Mercredi, le Conseil d'Etat doit examiner le recours intenté contre le décret d'extradition du gouvernement du 3 juin dernier.
Le président de la République a peut-être voulu s'éviter un camouflet du Conseil d'Etat, garant de la régularité de la justice administrative et, parfois, garde-fou des mesures prises par l'exécutif. Or, dans cette affaire, la bataille juridique aura été aussi décisive que le conflit politique.
Condamnée à la prison à vie en 1992, elle est rattrapée par la justice en 2007
Mise en cause dans l'assassinat d'un commissaire de police et pour des faits remontant à la période 1979-1982, Marina Petrella a été condamnée à la prison à perpétuité en 1992 pour complicité de meurtre. En 1993, la France lui accorde l'asile, en vertu de l'accord politique négocié par François Mitterrand, qui offre protection à quelques centaines d'anciens brigadistes. En échange de leur engagement de se réinsérer dans la société.
Ce que fait Marina Petrella : elle régularise sa situation, reprend ses études et devient assistante sociale dans le Val-dOise. Lorsqu'elle est arrêtée le 21 août 2007 à Argentueil, sur une demande d'extradition italienne, la polémique sur le sort des anciens des Brigades rouges repart.
Commence alors une longue guérilla juridique, menée par les avocats et les proches de Petrella, mais aussi par la Ligue des droits de l'homme.
A chaque étape, ses défenseurs utilisent toutes les armes du droit. Jusqu'à ce transfert à l'hôpital, en juillet, effectué en urgence dans des conditions étranges que Rue89 avait alors relaté. Le cas Petrella va-t-il faire jurisprudence pour les autres ? C'est aussi l'enjeu de cette affaire.
Deux conceptions de la réconciliation politique qui s'affrontent
Derrière le droit, il y a bien sûr deux conceptions de la réconciliation politique qui s'affrontent : quel est le prix de cette réconciliation ? Comment doit-elle s'effectuer ? Au sacrifice/bénéfice de qui ? Car, bien sûr, tout cela n'eut pas été possible sans la formation d'un axe conservateur entre Paris et Rome.
Jean-Michel Arberet, conseiller municipal d'Arcueil, l'avait résumé à sa façon sur Rue89 :
« Quel serait donc le sens de cette incarcération aujourd'hui ? Si la sanction pénale a pour objet d'aider à la réinsertion sociale du délinquant, elle serait ici sans objet. »
L'élu communiste ajoutant immédiatement :
« En revanche, de nombreuses interventions favorables à l'extradition évoquent, pêle-mêle, l'absence de repentir de Marina Petrella et les victimes qui n'ont pas pardonné. Ces deux points semblent très liés et renvoient à une conception particulière de la sanction pénale. Le pardon des victimes n'est pas une catégorie juridique, la justice s'est construite contre la notion de vengeance et la loi du talion. »
Ce pas en arrière du président de la République est peut-être une manière de clore le chapitre ouvert avec le cas Battisti. Nicolas Sarkozy infléchirait alors sa stature symbolique d'arbitre de l'histoire, en s'inscrivant dans la lignée de la doctrine défendue par ses prédecesseurs. Présidentiel.
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De Frère Maxence
Demandeur d'emploi | 11H14 | 12/10/2008 |
Ne negligeons pas la situation personnelle de Sarkozy.
La soeur de sa femme, la cineaste et actrice Valerie Bruni-Tedeschi, soutient Marina Petrella. Elle lui a rendu visite. Par ailleurs, la belle famille, bien que très fortunée, a été très à gauche, notamment dans les années 70.
Quand on sait que Sarkozy est personnellement intervenu pour sa belle-mère dans une histoire de copropriété ubuesque (cf. Canard enchaîné), on peut imaginer que le cas Petrella ait été abordé dans la sphère privée.
Bref, les hommes politiques ont une famille, et certaines de leurs décisions peuvent être influencées par leur situation familiale.
Je penche pour cette interprétation personnelle, plutôt que pour une interprétation politique ou sociale, car ce revirement à 180 degrés est tout simplement très inattendu. Par ailleurs, cela reste un cas très particulier qui ne signifie pas un changement de ligne politique pour les ex-brigadistes qui se sont réfugiés en France.
De Pierrrrre
12H21 | 12/10/2008 |
Il ne faudra pas s'étonner de voir un jour,
un parent de l'enfant étouffé par Patrick Henri,
d'un des assassinés par Nathalie Ménigon, Rouillan,
ceux assassinés par Battisti ou Petrella,
ceux rescapés du camp de la mort de Boudarel,
essayer de retrouver par eux même ces assassins.
..Et se demander à cet instant,… s'ils doivent ou ne doivent pas….
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 17H42 | 12/10/2008 |
Appel à la vengeance , mon Pierrot ?
C'est dingue que dès lors que l'on parle de Justice, tu rétrogrades en marche arrière , pour évoquer la loi du Talion.
Pas un petit mot sur Papon ?
Personnellement , je suis heureux que cette femme, qui a remplit le contrat moral passé entre l'Etat français et elle, puisse retourner auprès des siens, et j'espère retrouver sa santé.
Il n'est pas içi affaire de pardon ou de repentance.
Rien n'effacera la souffrance des membres des familles dont l'un d'entre eux fut assassiné au nom d'un combat révolutionnaire d'un autre temps.
On peut gloser sur Mitterrand, puis sur Sarko , qui l'un comme l'autre du haut de la tribune de l'arène, s'octroie le divin pouvoir de lever ou de baisser le pouce.
Mais voir les bêtes assoifées de sang reclamer leur pitance nous éloigne encore un peu plus d'une justice humaine.
De Atlantis
Etudiant apolitique | 14H10 | 12/10/2008 |
Partagé entre la gêne et le soulagement en lisant cet article.
D'un coté, on relâche quand même une terroriste, complice d'assassinat, alors qu'elle n'a pas purgé sa peine de prison. Bien que je n'aime guère raisonner par effet miroir, je ne peux m'empêcher de me demande quelle aurait été la réaction de l'opinion publique si elle avait été d'extrême droite… Moi le premier, je pense que l'on aurait été nettement moins complaisant. Enfin, je comprend l'écœurement des familles des victimes qui voient une des meurtrière toujours en fuite.
D'un autre coté, Marina Petralla s'est réinsérée et il semble qu'il y ai prescription… Enfin, on peut compter sur Berlusconi & Cie pour mui faire un joli procès truqué en Italie…
le problème est que ma connaissance des années 70 80 dans la péninsule sont assez fragmentaires. Si qq1 sur le forum aurait la bonté de m'expliquer rapidement , je pourrais peut être me faire une opinion plus tranchée.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 14H10 | 12/10/2008 |
Bien sûr, concernant la personne de Petrella, je ne peux que me réjouir (compte tenu de ce que sont mes positions sur ce sujet), et je ne boude certainement pas la bonne nouvelle.
Je suis néanmoins irrité par le fait que la décision du Conseil d'Etat n'ait pas été attendue. Parce que, au final (et comme l'entend la conclusion de l'article), il s'agit, une fois de plus, d'un fait du prince. Fait du prince avec Mitterrand, fait du prince avec Sarkozy, et au milieu justice pour personne.
Au-delà du cas de Petrella, il y a d'autres réfugiés italiens en France. Qu'adviendra-t-il d'eux ? Bénéficieront-ils de la même clémence ? La décision du Conseil d'Etat aurait permis d'éclaircir cela, et une décision judiciaire a une force que n'a pas un choix du dirigeant : il suffit de voir quelle force (nulle) a eu le choix de Mitterrand après Mitterrand.