TRIBUNE 12/10/2008 à 16h09

Oubliez 1929 , c'est en 1907 qu'il faut chercher les leçons du passé

Jean Gatty | Gestionnaire de portefeuille

Tout le monde répète aujourd’hui : « 1929, 1929, 1929… » mais l’actuelle crise financière tient plus de la panique de 1907 que de la grande dépression de 1929 et des années 30.


Un livre de deux universitaires américains, The Panic of 1907, opportunément paru l’année dernière (New York, Wiley & Sons), suggère de nombreux parallèles entre les paniques de 1907 et de 2008, en même temps qu’il indique quelques leçons.

Car la panique de 1907 est la dernière crise américaine proprement financière – celle qui a donné naissance au système monétaire américain actuel, et à la Réserve Fédérale.

Et comme celle de 2008, et contrairement aux crises de 1929, 1937, de 1946, de 1973, de 1980, de 1991 et de 2001, la crise de 1907 était d’abord et avant tout une crise d’origine financière.

La crise était survenue au terme d’une période de grande inventivité financière qui avait vu naître les « trusts », entités comparables à certains hedge funds actuels et à quelques grandes sociétés d’investissement coté et non coté, qui usaient et abusaient de ce qu’on appellerait aujourd’hui des facilités bancaires.

C’est quand l’un des plus fameux trusts, le Knickerbocker Trust Company, a cessé d’honorer ses engagements que la crise de 1907 a pris de l’ampleur et s’est transformée en panique boursière : les grands indices boursiers perdent alors 40 % en un an – exactement comme ils ont perdu entre 40 et 50 % depuis 15 mois, leurs pertes s’étant accentués quand les firmes les plus engagées dans les produits les plus « inventifs » se sont retrouvé en cessation de paiement (Bear Sterns, AIG, Lehman Brothers).

Autre parallèle – contraire à ce qu’on dit ici ou là sur le fait que la crise de 2008 serait la première crise d’une finance mondialisée – la crise de 1907 affecta la quasi-totalité des places financières du globe, du Danemark à l’Egypte, du Mexique à l’Allemagne, ou de l’Italie à l’Argentine.

Autre parallèle encore : c’est parce que le président Theodore Roosevelt était étranger – et hostile – à ce monde financier que ses entités multiformes ont pu proliférer presque hors de tout contrôle, exactement comme les produits dérivés ont pu proliférer pour le plus grand bonheur (comprenez : pour la plus grande fortune) des banques d’affaires qui les commercialisent et des clients, hedge funds, fonds communs de placements, sociétés d’assurance, banques… qui les utilisent.

Rien de nouveau sous le soleil alors ?

Non.

Première différence : aucun suicide ni de banquiers ou de dirigeant de hedge funds ni de leurs clients n’est à déplorer, alors que le président du Knickerbocker Trust crut bon de mettre fin à ses jours mi-novembre 1907 – accompagné en cela par quelques-uns de ses clients et certains homologues. (Peut-être cette différence est-elle seulement une question d’époque ou de temps.)

Seconde différence : la crise de 1907 a été résolue grâce au leadership et à l’engagement financier personnel du plus grand banquier de l’époque – J. Pierpont Morgan.

C’est là que le bas blesse dans la résolution de la crise actuelle qui manque désespérément d’un leader compétent et crédible.

Paulson ? Comment cet ancien patron de Goldman Sachs pourrait-il être crédible pour éteindre un incendie sur lequel sa firme a jeté beaucoup d’huile sous sa direction, et alors qu’il n’y engage pas un sou de ses propres deniers (qui sont conséquents). Bernanke ? C’est un universitaire plus qu’un banquier, et il est obnubilé par 1929 et la déflation, plus que par l’insanité et les arcanes des produits financiers actuels. Trichet ? C’est un banquier expérimenté doué d’une grande autorité personnelle, mais c’est un banquier central, qui mobilise l’argent des autres. Et que dire des autres, ministres des Finances, chefs de gouvernement ou chefs d’Etat, auxquels on ne peut reprocher leur manque de maîtrise de la situation puisque ce n’est pas et n’a jamais été le métier de la plupart d’entre eux.

On s’étonnera au passage que Barack Obama n’ait pas proposé Warren Buffett – l’un de ses partisans et conseils, le plus grand financier vivant, et le redresseur de Salomon Brothers en 1991 – pour prendre la tête du plan de sauvetage américain. Qui aurait été plus capable et plus crédible pour remettre de l’ordre dans les banques et les marchés de crédit et ramener la confiance qu’un sympathique papy du Midwest aussi excentrique que… J. Pierpont Morgan en son temps ?

Voilà peut-être le plus inquiétant pour les semaines ou mois qui viennent : l’impression qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion.

Dernier détail : la panique financière de 1907 s’est estompée très vite, dès fin novembre 1907, mais 1908 a vu la production industrielle américaine se contracter de 15,5 %.

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  • Veum
    Veum
    doctorant
    • Posté à 16h18 le 13/10/2008
    • Internaute 23064
      doctorant

    « un sympathique papy du Midwest aussi excentrique que… J. Pierpont Morgan en son temps ? »
    C’est à s’étouffer de rage... JP Morgan, un des hommes les plus riches de l’époque, était embarqué, avec tous ses « camarades » dirigeants de trusts dans la corruption des institutions politiques, pour permettre au capitalisme sauvage de s’étendre puis de survivre. Doit-on rappeler que plusieurs milliers de grévistes ont été fusillés à l’époque, sur intervention de l’armée, à la demande des dirigeants des trusts ?
    JP Morgan n’est en aucun cas un exemple, et s’il a sauvé la finance en 1907, c’était d’abord et sans doute uniquement pour préserver sa richesse et celle de ses « camarades » !

  • -Candide-
    -Candide-
    Jardinateur
    • Posté à 20h32 le 13/10/2008
    • Internaute 40778
      Jardinateur

    Il y a quand même une différence notable

    En 1907,
    - le marché avait peu d’expérience à quel point l’impact d’une crise de liquidité pouvait engendrer rapidement une récession.
    - les régulateurs potentiels avaient peu de moyens pour enrayer la crise.

    En 2008, c’est un peu différent
    - La chute boursière a commencée AVANT la véritable crise de liquidité par simple anticipation. Bien entendu, elle s’est fortement accentuée ces derniers jours quand certaines craintes se sont concrétisées.
    - Les politiques de tout pays, même supposés ignares, ont quand même été bien conseillé (quitte à ravaler leur idéologies libérales) pour intervenir en injectant de très gros montants

    Alors qu’en 1907 les valeurs subissaient la crise financière, aujourd’hui elle anticipent beaucoup plus l’impact de la récession.
    (D’où l’extrême volatilité au gré de l’actualité bancaire)

    Certains même misent sur la sur-réaction du marché pour racheter au plus bas et siffler la fin de la récréation.

    En tant que dirigeant de JG Capital Management (et non un simple petit « gestionnaire de portefeuille »)
    quel est le véritable objectif de votre article ?
    - éclairer quelques lecteurs de rue89 qui à l’évidence ne partagent pas vos valeurs
    ou bien
    - contribuer à la dramatisation ambiante pour racheter au plus bas comme certains fonds l’ont déjà fait ces derniers jours.

    voir par exemple la montée de alstom&bouygues sur les 4 derniers jours de bourse :
    - malgré le yoyo, le CAC est au bout de 4 jours au même niveau qu’au départ
    - bouygues et alstom on pris entre 20 et 25%

    Jean Gatty, vous allez peut-être nous faire croire qu’il s’agit de petits particuliers optimistes qui n’ont pas eut la chance de lire « The panic of 1907 » ; -)