La Comédie-Française annexe la MC93 : un gag cauchemardesque
Il y a quinze ans environ, le magazine Télérama, à l'occasion d'un 1er avril, avait imaginé un gag à la fois hilarant et anxiogène pour ceux qui avaient accrédité cette folle idée : l'annonce (photos truquées à l'appui dans l'hebdomadaire d'alors) que le gouvernement décidait le déboulonnage du… Centre Pompidou pour le réinstaller au Havre !
L'on voyait même Edith Cresson, casque de chantier vissé sur la tête, prendre la mesure de la faisabilité du terrain pressenti. Etaient avancées comiquement des raisons à la fois techniques mais surtout financières (faire baisser le chômage et donc, convoquer une multitude d'ouvriers et d'artisans afin de réaliser cette transplantation inouïe, colossale et peu motivée, hormis le souci de protéger un bâtiment voué soi-disant à la rouille).
Car de faux techniciens affirmaient, certainement en riant sous cape car complices de cette pochade et de ce faux reportage, que l'air maritime permettrait de « maroufler » les tuyaux abîmés de Beaubourg grâce à des poissons, pour les maintenir en l'état et les revigorer (je me souviens de ce curieux détail si précis en apparence et évidemment totalement fantaisiste).
Les réactions n'avaient pas tardé : affolés, les lecteurs dudit magazine, qui n'avaient pas saisi que l'énormité du scoop cachait la volonté de ce journal de rendre prudents ses lecteurs, quant à la fiabilité de toute information invérifiable par le commun des mortels, avaient crié au scandale.
Heureusement, comme au final d'un mauvais rêve, la galéjade avouée par le magazine dans l'édition de son numéro suivant, pour cause de circonstance de 1er avril, avait rassuré et soulagé tout le monde.
MC93 et Comédie-Française presque fusionnés, un gag cauchemardesque
Quinze ans plus tard, cependant, pareil gag cauchemardesque n'émane pas d'un facétieux journal jouant avec les nerfs et la bonne conscience de ses lecteurs ainsi confondus, mais d'un projet de ministère qui, par on ne sait quel caprice manifeste, sort de son chapeau l'idée d'une telle farce à la fable bien incertaine : la Comédie-Française en presque lieu et place de la MC93 ou, en tout cas, habilitées toutes deux, comme en un « Mariage forcé » à devoir partager espaces, programmation et tutti quanti.
Ou, autrement exprimé : la rencontre de la carpe et du lapin pour accoucher d'on ne sait quel nouveau « monstre », espèce de lieu et d'identité artistiques .peu reconnaissables, voire peu recommandables.
Car, apparemment, rien, au demeurant, dans les propos ni du ministère ni d'ailleurs, ne prédispose à savoir ce qui motiverait réellement cette initiative, en son objectif pensé, médité à l'avance, à défaut d'être validé conjointement par les maisons qu'on voudrait voir adverses, -quand elles sont certainement complémentaires.
Mais l'époque veut qu'on oppose tout : les institutions bien en place et les lieux atypiques, plutôt que de réconcilier les spectateurs des unes avec les autres, ce qui se produit certainement davantage qu'on ne l'imagine.
Lorsqu'on sait que le budget du théâtre, depuis des lustres, est à ce point conséquent et généreux (lourdeur de fonctionnement oblige) à l'égard de cette très vieille Dame pas du tout indigne qu'est la Comédie-Française, puisqu'on ne saurait trop la bousculer au risque de lui faire perdre la tête, on se pince.
Et on mesure donc que, plutôt que développer et pérenniser un projet artistique (et non seulement culturel) tel celui de la MC93, qui n'a plus à démontrer son exigence, et la ferveur reconnue unanimement quant à son talent exemplaire eu égard aux dramaturgies contemporaines et européennes, le vœu de l'actuel ministère est visiblement de brouiller toute vision.
De tout amalgamer : conservatoire de la tradition et de ses conventions, et audace jamais péremptoire de programmation pas seulement moderne et innovante pour seulement faire office de vitrine représentative des sensibilités artistiques d'ailleurs, mais bel et bien dans le but de les … confondre (dans le sens étymologique autant que concret) à défaut de les rendre et les fortifier comme telles, presque indépendantes et en tout cas solidaires, peut-être presque tout aussi indispensables l'une comme l'autre.
Un projet comme une pièce mal jouée car répétée à la hâte
Donc… confondre tout repère, toute esthétique. Tuer l'Histoire. Y compris l'histoire de l'art. C'est à ce jeu obscur et édifiant des identités trop bousculées auquel nous assistons ici. Et qui n'a, hélas, pas pour cadre, la caverne platonicienne (voir le Livre VII de « La République » de l'auteur du « Banquet »), non plus que la grotte d'Alcandre. Voire…
Mais René Char prophétisait dans son bandeau au « Soleil des eaux » :
« A qui est épris de certaines exigences, la survie de terreau et de friches du poème ne peut pas échapper. Encore une brassée de bois vif, la dernière, et s'en va en fumée ce bon sens mystérieux, fertile en drames… »
Le drame ici, au fond, dès le prologue de ce qui n'annonce véritablement pas la tonalité de la partition, ni vraiment comique ni vraiment tragique (avertissement donc d'un projet baroque et peu compréhensible) dit que l'effet d'annonce a précédé (comme souvent, hélas) le creuset et la validité balbutiante de l'idée, (qui se devrait d'assumer ses qualités de lenteur incompressible si elle veut espérer faire germer un terreau nouveau -son fondement et son éventuelle validité).
Comme une pièce mal jouée car répétée à la hâte, on nous projette ainsi tous dans des coulisses fantomatiques, inexistantes et innommables.
Nous, spectateurs autant qu'acteurs, avant que d'avoir eu une notion un peu valable de la pièce quant à sa raison d'être représentée et programmée. Coulisses où ne rôderaient que les effroyables figures, à l'instar des « Illusions comiques » cornéliennes, des « estranges monstres », en un « Théâtre dans le Théâtre », (la MC93 dans la Comédie, à moins que ce ne soit l'inverse : qui peut le dire ? ) un peu dérisoire, et qui ne sauraient être matures pour permettre de faire cohabiter, ou partager à des publics, des loges à telles diverses enseignes… donc réellement et brutalement car malgré elles mises… en abymes !
Il n'y a pas un « théâtre de banlieue » et un « théâtre de bourgeois »
Comme si, dans ces mêmes coulisses, on poussait Kristian Lupa à agresser Molière, lequel aurait été violenté par un Peter Sellars, alors que leurs désirs et débats communs éclataient et concernaient surtout la survie de TOUS les théâtres, sans discrimination aucune.
Il n'y a pas heureusement pas, dans la terminologie (pas forcément universitaire) de « théâtre de banlieue » au sens esthétique ou stylistique du terme, pas plus qu'il n'y a eu - l'histoire du théâtre nous l'a chaque fois démontré-, de théâtre si embrigadé dans un embourgeoisement durable.
Sinon pour se moquer des vanités du comportement humain. Cessons donc d'opposer ce qui ne souhaite que, peut-être, se rencontrer, sans les obliger. Car, à condition que les deux partis soient consentants. Aussi bien les publics que les acteurs de ces programmes. Pour le meilleur et pour le pire…
Longue vie résistante, en tout cas, à la MC93 de Bobigny !
► La page des soutiens e la MC93 sur le site du théâtre
► A lire aussi : La Comédie-Française saute sur Bobigny, la MC93 balayée
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De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 16H18 | 12/10/2008 |
En « en-tête » du titre :
Vos réactions.
Puis : La Comédie-Française annexe la MC93 : un gag cauchemardesque !
Ça, j'ai compris.
Jean-Pierre Thibaudat | Journaliste | 07/10/2008 | 18H20 avait écrit un excellent article sur ce sujet.
http://www.rue89.com/balagan/2008/10/07/la-comedie-francaise-saute-sur-b…
Dans une langue simple, accessible, qui ne se voulait pas hermétique.
Avec un dictionnaire des citations et des synonymes, et un peu, beaucoup d'emphase, métaphores, (se servir de « Char », (de surcroit), là il faut arrêter), vous êtes parvenu à me « déboussoler ».
Je cherchais d'où venait le vent de votre révolte !
Vous m'avez l'air brillant Denys Laboutière !
Pourriez vous édulcorer votre verbe et votre syntaxe, pour de simples « quidams » citoyens, à la culture limitée !
Pour argumenter, voilà comment on peut arriver sous prétexte de défendre une noble cause, aller l'encontre du but espéré.
Dramaturge avez vous dit !
Tout d'une « pièce » !
Le quatrième paragraphe est très bon ! ; -))))
Ne soyez pas aigris, car je vois que vous vous êtes inscrit aujourd'hui.
Vous allez vous adapter, et votre écriture gagner en compréhension.
Mes respects !
De brise marine
portier de nuit | 19H30 | 12/10/2008 |
Rien compris !
Si ce n'est un procés d'intention(s) en me référant à cette phrase de l'article :
« Car, apparemment, rien, au demeurant, dans les propos ni du ministère ni d'ailleurs, ne prédispose à savoir ce qui motiverait réellement cette initiative, en son objectif pensé, médité à l'avance, à défaut d'être validé conjointement par les maisons qu'on voudrait voir adverses, -quand elles sont certainement complémentaires. »
De ras-la-patience
22H54 | 12/10/2008 |
c'est vrai que votre article manque de clarté, il s'agit bien sûr d'une décision à l'emporte pièce, et comme d'habitude le principal intéressé, qui dirige la MC93 et dont tout le monde s'accorde à reconnaitre l'excellent travail, n'a pas été consulté mais mis devant le fait accompli.
le mépris habituel de ce gouvernement d'arrogants…
De caro
délinquante avérée | 00H13 | 13/10/2008 |
sur le thème de la culture une très bonne vidéo : il n'y a pas de colin dans le poisson
http://fr.youtube.com/watch ? v=GUmxOdJ0n0I
dont la conclusion est : « Nous parlons de culture et pas de culture du résultat »
valable aussi pour la MC93 ?
De Fif
Retraité | 07H04 | 13/10/2008 |
Article intéressant, mais ampoulé, qui mériterait de passer au « summarizer 25% ».
« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dirent arrivent aisément » (Nicolas Boileau)
De sigismund
10H00 | 13/10/2008 |
attendez… vous avez déja vu des theatreux qui ne soient pas theatraux ? ; -p
De ClaireChar
15H52 | 13/10/2008 |
oulala je suis rassurée de lire les commentaires, car j'ai rien compris à l'article, je l'ai relu deux fois et je commencais à dire qu'il me fallait vraiment des vacances !
donc oui je confirme rien compris si ce n'est que l'auteur est pas content mais j'ai ni compris pourquoi ni compris de quoi il s'agissait vraiment…