Il suffit de saisir « paresse » sur un moteur de recherche pour constater que les sites qui lui sont dédiés sont principalement des enseignes commerciales, réunissant dans un même lieu tout ce qui serait susceptible d'occuper nos loisirs.
Car, incapables de faire rien, il nous faut le divertissement. Dans nos sociétés, la paresse est consommatrice et nourrit les fantasmes ordinaires : au bord d'une piscine, une créature en paréo (la déesse Paresse ? ) se fait livrer ses courses par hélicoptère. Voilà l'image de la paresse que donne un spot vantant les avantages d'un supermarché virtuel livrant à domicile.
On peut bien valoriser le « temps libre » et la recherche d'une réalisation individuelle, dès lors que chacun reste productif dans son repos. Faire l'éloge de la paresse n'a rien de révolutionnaire, dès lors qu'on constate que l'image que l'on s'en fait s'accorde tout à fait avec l'individualisme moderne.
Aussi, l'autre usage d'Internet qui se rapporte à la « paresse », à savoir le « blog », peut s'inscrire dans la quête d'un espace privé où chacun puisse se constituer une identité au contact des autres. Internet offre une visibilité à nos préjugés communs et à nos aspirations individuelles, il donne le « spectacle » réconfortant d'une « communauté » qui repose sur le « libre choix » des producteurs-consommateurs.
La société des loisirs, c'est l'encadrement de la paresse par le marché
Le « temps libre » et « travail » se rapportent à un même ordre libéral, soucieux du bonheur et de la liberté de tous, avec ses versants « privé » ou « public », de « repos » ou « productif ». La société des loisirs n'est jamais que l'encadrement de la paresse par le marché.
Plusieurs images viennent à l'esprit (mais d'où viennent-elles ? ) : via la Toile, l'internaute vit au centre de tout, et le réseau multiplie les centres à l'infini. Nous sommes des araignées, sensibles à tout ce qui peut ébranler les fils, et capables également de sécréter la toile (pages, blogs, sites).
Mais le médium « interactif », par la technique qui le constitue, peut-il devenir interagissant ? Les fils de la toile m'apparaissent comme autant de chemins possibles : je me sens libre de divaguer et je m'étonne chaque fois de l'intarissable fonds.
C'est fou ce qu'on trouve sur Internet… sans même le chercher. N'est-ce pas là une promenade paresseuse, un vagabondage fécond parce qu'il me permet de goûter à une richesse inépuisable ?
Pourtant, on peut voir les choses autrement, en consultant simplement « l'historique » de nos va-et-vient sur la toile : ce chemin sinueux, de page en page, n'est-il pas le résultat de nos réactions irréfléchies aux diverses fenêtres et encarts qui attirent nos regards ?
De lien en lien, Internet est par excellence un moyen de se divertir
Internet est par excellence un moyen de se divertir, car la logique de nos comportements sur le net est de nous laisser distraire (en latin, « distraere » : tirer en divers sens). Si j'ai l'impression de choisir mon chemin, c'est peut-être aussi que j'ignore ce qui m'a poussé à enchaîner les « liens ».
En réfléchissant ces mouvements erratiques, ne faut-il pas dire que je ne suis qu'une mouche sur la Toile ? N'est-ce pas là une forme de consumérisme aveugle ? Je me laisse conduire au hasard par le mouvement qui me transporte, et par le croisement fortuit des objets qui déterminent mes « choix ».
L'imaginaire du Net nous engage à « naviguer » et à « surfer », bref à prendre des vacances en toute liberté, à découvrir d'autres horizons, à paresser au fil de l'eau.
Une paresse « bon marché », moins coûteuse, un abandon au divertissement
Mais où sont les lignes de fuite sur le Net, dès lors que je navigue toujours à vue – à partir de la page que j'ai sous les yeux et qui me dispose à prendre la « main », lorsque celle-ci apparaît ? Pratique libératoire ou conditionnée ?
L'attrait d'Internet tient aussi à la « gratuité » de ce qu'on peut y trouver, ce qui s'accorde avec nos illusions sur le libre choix du consommateur en ligne ; cela doit nous faire sentir que la liberté n'est jamais donnée, mais qu'elle consiste dans une disposition qui nous coûte des efforts.
N'est-ce pas également cette difficulté que nous avons à faire rien qui nous détourne d'un agir paresseux, et qui nous fait préférer une paresse « bon marché », moins coûteuse, un abandon au divertissement ?
On a coutume de penser la paresse négativement, dans ce qui l'oppose à l'activité laborieuse. Peut-être n'est-ce qu'une manière d'affubler la paresse des habits de l'inactivité, pour cacher comment peut se déployer en elle un agir paradoxal, un paresser.
Faut-il définitivement renoncer au iMac pour le hamac ?
C'est en reprenant les discours qui peuvent exister sur la paresse que l'on pourra comprendre « Pourquoi paresser » (Lyon, Aléas, 2007). Il faut aussi se demander comment s'y exercer. Un petit manuel de l'apprenti paresseux (Lyon, Aléas, 2008) cherche à faire partager mes essais dans ce domaine.
Encourager l'autre à paresser, solliciter son exercice, tels sont enfin les objectifs du site la-paresse.fr. Mais l'exercice que requiert le paresser peut-il s'accommoder des usages ordinaires que nous faisons d'internet, et est-ce qu'il est possible d'inventer des formes (lesquelles ? ) qui nous permettent de nous disposer autrement, qui nous engagent à changer nos manières d'être ?
Comment s'exercer au détachement lorsqu'on vit sous l'emprise de la vitesse ? Comment apprendre la patience quand on nourrit des attentes factices ? Puis-je me rendre libre en parcourant la toile ?
Car rien n'assure qu'Internet soit l'outil des libérations à venir plutôt que le véhicule de nouvelles servitudes. La paresse peut-elle investir le médium du clic et de la rapidité ou faut-il définitivement renoncer au iMac pour le hamac ?

























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De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 14H46 | 11/10/2008 |
perso c'est un truc de glandeur et c'est bien comme ça
De Lapin Bleu
Journaliste n°89910 | 14H48 | 11/10/2008 |
Hello,
Très intérressante et salutaire réflexion sur la consommation que nous avons parfois d'Internet…
De pablico
16H12 | 11/10/2008 |
glandeur,glandeur, mais la curiosité, cela fait-il partie du glandage ou glanditude ? ?
De Philippe17000
France | 16H50 | 11/10/2008 |
» La société des loisirs, c'est l'encadrement de la paresse par le marché «
Celle là, je la ressortirai ! !
En tous cas, merci pour ce miroir. Je me
demandais, en lisant l'article, s'il ne s'agissait pas de moi ; -)
à Philippe17000
De comptesuprimé30
hestia | 19H29 | 11/10/2008 |
Eh oui pour Adam SMITH (notre père fondateur du libéralisme) l'homme est naturellement paresseux : heureusement que le marché le sauve de ce vice ! ! !
à comptesuprimé30
De otto didakt
citoyen en colère | 20H31 | 11/10/2008 |
oui, marché/r dans la paresse et le vice
l'être humain n'est-il pas fait pour cela ?
De Autre raleur
16H55 | 11/10/2008 |
Houlà ! Je suis bien trop paresseux pour faire l'effort de chercher si ce texte a un sens…
De nemo3637
Déchoukeur | 17H20 | 11/10/2008 |
Je ne suis jamais autant allé sur internet que depuis que je me suis cassé la figure dans le jardin. En arrêt maladie je peux à loisir déposer à droite à gauche mes petits commentaires. Avec la lecture de ce que disent les autres, tout ce que je peux ainsi apprendre, j'avoue y prendre goût. Evidemment cela peut devenir très vite le comble de la passivité.
à nemo3637
De Denis de Casabianca
(auteur)
Professeur de philosophie | 19H46 | 12/10/2008 |
Il n'est pas certain que la lecture soit si passive que cela…
Le lecteur fait rien, il œuvre intérieurement par le mouvement de la lecture, il dessine son cheminement en s'arrêtant sur un texte, en l'oubliant un moment pour se perdre dans ses pensées, en revenant sur ce qu'il a lu, en s'endormant sur son livre. Le livre-objet (liber) engage le lecteur dans un cheminement qui le rend capable de tirer par lui-même (libere) une infinité d'autres discours ; mais cette dynamique est-elle possible à travers ce nouveau medium qu'est internet ?
Là, je vous laisse vous interroger. En tout cas merci de nous faire partager cette expérience.
De Utilisateur désinscrit 2
nc | 17H41 | 11/10/2008 |
La paresse, l'un des sept péchés capitaux… Sans doute mon favori.
A Rennes, le 1er mai quand certains célèbrent le travail, nous, on fête la paresse ! Rue dédiée à la glandouille, au plaisir simple de ne rien faire, ou presque… On boit un coup en terrasse, on mange une galette saucisse, on joue au palet, on refait le monde et ça vaut largement une journée de boulot.
à Utilisateur désinscrit 2
De comptesuprimé30
hestia | 19H27 | 11/10/2008 |
bonsoir Marina !
les prochaines vacances on les passe ensemble : un concours de paresse hummmm !
à comptesuprimé30
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 22H08 | 11/10/2008 |
@ Marina & Hestia :
Faites attention les filles, je crois que vous avez un challenger très affûté en ce qui me concerne.
A qui allons-nous décerner la palme d'or de la paresse ?
à Nébuleuse
De comptesuprimé30
hestia | 10H46 | 12/10/2008 |
bonjour nébuleuse !
allez on se fixe le concours pour réécrire « éloge de la paresse » en regardant les mouches volées.
à Nébuleuse
De Mon-Al
roturière :-) | 14H07 | 12/10/2008 |
Bonjour Nébuleuse
Je crois que dans cette spécialité je ne suis pas mal non plus …
à comptesuprimé30
De Utilisateur désinscrit 2
nc | 09H15 | 12/10/2008 |
Et le vainqueur remporte le droit à la paresse ad vitam eternam !
à Utilisateur désinscrit 2
De Millecalottes SARKASTIK
Variable | 12H01 | 12/10/2008 |
C'est du propre, bonjour l'hygiène de vie !
[(« Sales »)] feignasses, manque plus que la « délinquante », (elle fait de l'économie, en ce moment 12H22, c'est raccord non ? ), moi en chauffeur du minibus (vous connaissez la conduite des nanas qui regardent les mouches voler…), et bienvenue à parasite-land…
Anarchistes va !
Imaginez un monde sans fils où nous glanderions autant que nos élites, là voilà la nouvelle révolution industrielle.
Accrochez-vous les filles, v'là un virage à 360° !
à Millecalottes SARKASTIK
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 13H47 | 12/10/2008 |
Qui te dit le Gaulois, aux millecalottes (tu n'as pas de druides dans ton village), que nous sommes des parasites !
Tu liras plus bas, que ma « paresse » est une des meilleures qualités (dixit mon Professeur) pour être un bon Organisateur ! Donc, il n'y a pas que les Shadocks qui pompent !
Et maintenant que les employeurs ne veulent plus payer les heures sup » et font faire des attestations (mensongères à leurs salariés) pour ne pas « honorer » leurs dettes : que veux-tu faire ?
Ceux qui veulent travailler et même beaucoup, (avec la qualité, selon mon évaluation), on les vire ! Donc, je serais utile à la société autrement, et suivrai les préceptes de notre Dalaï-Lama préféré : non je ne cracherai, mais je dormirai pour mieux réfléchir à la solution de sauver notre monde de la débâcle !
En attendant, on peut voir avec les filles qui est capable d'en faire le moins dans une journée. Je leur signale à toutes fins utiles, que le lion dort 20h par jour ! A bon entendeur, salut !
à Nébuleuse
De Mon-Al
roturière :-) | 14H53 | 12/10/2008 |
.
Bisous, dors bien : et les Lionnes çà dort aussi ? ? ? ?
à Nébuleuse
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 23H40 | 12/10/2008 |
Qui me colle des « inutiles » ? Il y a un commando dans le coin !
Attention que je sorte l'artillerie lourde !
à Utilisateur désinscrit 2
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 13H53 | 12/10/2008 |
@ Marina :
Parmi les « péchés capitaux », il y a aussi la luxure… Je crois qu'il existe un ouvrage le sexe pour les paresseuses, et pas seulement pour les Nuls…
Avec ce que tu nous racontes en conférence de rédaction, cela promet !
à Nébuleuse
De Utilisateur désinscrit 2
nc | 14H16 | 12/10/2008 |
En quoi ? Conférence de ? ? ? Rédaction ? ? ? Connais pas, c'est pas moi.
à Nébuleuse
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 23H42 | 12/10/2008 |
Encore, je suis visée, sous un tir croisé… On veut intenter une nouvelle fois à ma vie !
Quels sont encore les « mauvais coucheurs » qui s'expriment ? Qu'ils osent donner leur avis, plutôt que de balancer des boules rouges !
M'enfin !
De CG13
deuxcopainsdabord.musique.com | 18H40 | 11/10/2008 |
Paresse ou air du temps ?
C'est comme si au bac on demandait aux jeunes d'aujourd'hui : « L'ignorance mène-t-elle naturellement au jemenfoutisme ? »
et qu'un candidat réponde : « Je sais pas et je m'en fous… »
Amusement comblant le temps vide qu'on exige parfois sans savoir qu'en faire, accès à des informations plus ou moins contrôlées, défoulement : malgré les psychoses qu'il peut développer, je vois surtout pour beaucoup dans le net une tentative de pseudo-psychanalyse collective à la portée de tous, épargnant bien des débours à la collectivité.
Même gratuit, il mériterait d'être remboursé par la Sécu !
De leon.trotski
Trés à gauche | 18H44 | 11/10/2008 |
Bonjour,
Je n'ai personnellement jamais eu l'impression de glander sur le net.
En ce moment même, je ne trouve pas que je glande, je donne mon avis sur un sujet qui m'interesse.
En fait, si vous êtes glandeur le net amplifiera cet état de fait (avaler des clips à la chaine par exemple). Si vous êtes curieux, vous aimez débattre sur des sujets divers, vous aurez de quoi vous satisfaire.
Le net c'est cela, un « amplificateur » pour certains de vos désirs ou penchants.De ce point de vue, la télé est bien pire, puisqu'il n'y a pas d'interactions.
Je ne fait pas dans l'angélisme, il peut y avoir des dérives ou de l'« addiction » au net, hé bien ! Il faut faire attention.
De A.V.
tamagotchi89 | 19H58 | 11/10/2008 |
Mmmmhh… ouais… bah… euh… y'a la façon cad'sup quadra… euh… orthodoxe par habitude… 9h00 mails-le Figaro-Libé… 17h00 Fnac… 23h00 sites de cul… la vie en pire, quoi… « Pourtant, on peut voir les choses autrement, en consultant simplement “ l'historique ” de nos va-et-vient sur la toile : ce chemin sinueux, de page en page, n'est-il pas le résultat de nos réactions irréfléchies aux diverses fenêtres et encarts qui attirent nos regards ? »…
… trop naze pour l'écrire moi-même, mais pas mieux… cool comme définition de la vie… vive l'impro… vive l'amour… vive le Net.
De le_furieux
lefurieux.over-blog.com | 20H05 | 11/10/2008 |
Oui, c'est bien ça : glander sur internet, activité qui peut paraitre stérile a court terme.
Mais le glandeur sème ses glands commentaires ici et là, il reçoit aussi de droite et de gauche des pollens plus ou moins féconds.
Une idée finira bien par germer, c'est déjà ça !
Glander tout les sens au aguets. Être passif pendant un moment et se laisser couler à la plus forte pente, sans lutter.
Comme avec toute les substances légales ou non qui donnent l'oubli, il faut savoir le moment venu reprendre le contrôle.
Ce n'est pas le « net » qui peut être nocif, mais l'usage que l'on en fait.
De Sexus Empiricus
20H40 | 11/10/2008 |
Très intéressant d'ouvrir ici même, je veux dire sur le net, une fenêtre (Ouindose) ou un hamac (i-mac) par-dessus la paresse.
Denis de Casabianca corse l'affaire : pratique libératoire ou asservissement ? C'est encore la question des processus de subjectivation, mais mise à l'heure de la dernière mondialisation - celle du World Wide Web.
Sujet décentré pris dans un réseau d'hyperliens. Ecran, souris, clavier : la paresse à portée de main.
Qui sommes-nous, que faisons-nous, à quoi jouons-nous en cliquant ou pianotant sur cette toile : mouche ou araignée ? Tour à tour mouches vrombissant parmi les mouches, et araignées cherchant à capturer une mouche, et puis une autre, et ainsi de suite, jusqu'à en avoir assez.
Paresser à la longue finit d'ailleurs par fatiguer.
« Après dîner, tout le monde admit que le goût du travail n'existe plus. On s'attendrit sur la vague de paresse… » Ce n'est pas extrait d'un coup de gueule contre le slogan oiseux - et vulgaire, parce que menteur - du « travailler plus pour gagner plus ». Ce n'est pas du Lafargue, mais ce n'est pas non plus tiré de l'horreur économique contemporaine. 1925, c'est dans L'Europe galante : j'aime que l'auteur de l'Homme pressé s'attarde quand même sur la « Vague de paresse ». Est-ce déjà du surf ? Ou la planche ?
à Sexus Empiricus
De Denis de Casabianca
(auteur)
Professeur de philosophie | 19H56 | 12/10/2008 |
Merci pour cette référence que je mets de côté. Paul Morand a cependant aussi écrit un « éloge du repos » (pour se remettre de la rédaction de l'homme pressé ? ).
De albert prékère
pouet-pouet | 20H45 | 11/10/2008 |
M'ssieu de Casabianca, avez-vous écrit cet article par paresse ?
En tout cas vous ne manquez pas de ruse et de beaux tours pour nous mener là où vous voulez bien nous mener, au coeur de votre travail, au centre de vos préoccupations !
Je n'ai pas eu le temps de lire le livre, mais le site est une belle et riche promenade…
à albert prékère
De Denis de Casabianca
(auteur)
Professeur de philosophie | 20H01 | 12/10/2008 |
Si je le fais, « est-ce par paresse » ? Voilà en effet la question en miroir que l'on peut se poser au fil de ses exercices.
Je suis content que la « promenade » vous ait plu.