Le cheikh Mohamed Al Maghrawi déclenche une polémique nationale sur le statut de l'enfant, l'islam et le mariage forcé.

Marier des fillettes dès l'âge de neuf ans ? L'islam le permet, a répondu dernièrement le cheikh marocain Mohamed Ben Abderrahman Al Maghrawi, par une fatwa publiée sur son site Internet maghrawi.net.
Intitulé « âge du mariage », cet avis religieux n'y est d'ailleurs pas allé par quatre chemins. Le corps d'une fillette de neuf ans lui permet d'avoir des rapports sexuels et de s'unir à un homme. D'ailleurs, le prophète Mahomet a montré l'exemple, a ajouté le théologien marocain. Aïcha, sa troisième épouse, avait six ans quand il s'est marié avec elle et neuf ans quand il a eu des relations sexuelles avec elle.
Depuis, la polémique enfle au Maroc. C'est un appel à la pédophilie, crient des voix de plus en plus nombreuses. Ratiba, pédiatre à Casablanca, n'en revient pas.
« C'est de la folie. En Europe, de tels propos seraient condamnés par la justice. Mais au Maroc, les intégristes ont des pratiques d'un autre âge et on les laisse faire. »
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Mourad Bekkouri a saisi la justice. Cet avocat de Rabat, a porté plainte contre le cheikh marocain Al Maghrawi.
« Je considère sa fatwa comme une atteinte aux droits de l'enfant et un appel au viol et à la pédophilie. C'est une remise en question de la “moudawana”, le code de la famille qui fixe l'âge minimum du mariage des filles au Maroc à dix-huit ans. »
Face à la pression des progressistes, le roi Mohammed VI a fermé le siège de l'association de Mohamed Al Maghrawi à Marrakech, ainsi que ses maisons coraniques implantées partout au Maroc. Et le parquet de Rabat a ouvert une enquête judiciaire contre le « cheikh pédophile ».
Mais le problème reste entier dans le monde musulman. D'Egypte à la Jordanie, en passant par l'Arabie Saoudite ou l'Irak, la question des mariages précoces enflamme les foules et délie les langues. Au Yémen, le calvaire de Noyoud Nasser, 8 ans, qui avait osé demander le divorce deux mois après ses noces, a provoqué un tollé au-delà des frontières de la péninsule arabique.
La fillette a accusé son ex-mari, de vingt-deux ans son aîné, d'abus sexuels et son père de mariage forcé. Une première dans ce pays où la loi n'impose pas d'âge pour une union. Et dont le parlement ne veut pas en fixer malgré la demande d'amendement de la loi déposée par un mouvement féministe yéménite. Il proposait que le mariage soit interdit avant l'âge de dix-huit ans.
Autre histoire qui a défrayé la chronique : les noces d'un homme de soixante ans avec une fillette de dix ans en Arabie Saoudite. Quelques figures intellectuelles se sont indignées et ont demandé l'intervention du roi Abdallah pour empêcher cette union. Sans succès.
La polémique a également rebondi au Bahreïn où le gouvernement veut fixer la majorité sexuelle à dix-huit ans. Mais il y a de la contestation. Les milieux islamistes purs et durs se contenteraient volontiers de quinze ans voire dix ans. Issa Al-Qassem, un ouléma du pays du Golfe, a ainsi affirmé :
« Les musulmans doivent rejeter cette décision politique qui porte atteinte à leur Prophète. Nous devons rester libres de nous marier très tôt. »
Abd Al-Hamid Al-Ubeidi, expert irakien en loi islamique, abonde. Lui aussi fait l'apologie du mariage précoce en estimant que les filles musulmanes sont mûres plus rapidement que les occidentales. Il affirme dans l'un de ses prêches :
« Dans des pays froids, comme la Russie, la Biélorussie, la Scandinavie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, une fille ne peut atteindre sa maturité sexuelle avant vingt-deux ans. Chez nous, c'est beaucoup plus tôt à huit ou dix ans. »
Argumentation stupide, peste Ratiba :
« Si beaucoup de salafistes aiment se marier avec des mineures, des filles avec des dents de lait, c'est pour suivre les préceptes de Mohammed, disent-ils. C'est aussi pour mieux les “éduquer”, voire les dominer. Ils ne pourraient pas les manipuler de la même manière si elles avaient trente ans. »
Photo : des enfants à Anfgou (Rafael Marchante/Reuters).




















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De bloozmarch
22H09 | 07/10/2008 |
D » un côté on marie les filles à 9 ans, d » un autre, en Angleterre un pasteur veut tatouer les homosexuels, ah, nos dirigeants dans leur Immense Sagesse ont bien raison de vouloir le Grand Retour de la Religion et l » abandon pur et simple à long terme d » une laïcité qui prône la Liberté, la Fraternité et l » Egalité, bientôt le retour à l » Inquisition et aux bûchers, juste avant l » Age de pierre !
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 22H56 | 07/10/2008 |
Pour ma part, je ne suis pas loin de voir dans cette histoire une excellente nouvelle, qui devrait notamment réjouir les plus féroces contempteurs de l'islamisme radical.
Finalement, à quoi assistons-nous peut-être ? Au découplage de la société et des interprétations littérales des lois ou coutumes d'inspiration fondamentaliste. Si les propos du cheikh marocain ou les divers exemples cités par Sid Ahmed Hammouche scandalisent, c'est bien parce qu'il y a une modernisation à l'oeuvre dans le monde musulman (c'est-à-dire de culture musulmane), modernisation sans doute plus en rapport avec nos critères. Sans doute aussi faut-il, pour ce qui concerne le Maroc, reconnaître quelque mérite à Mohamed VI, qui a ouvert la voie à cette modernisation.
L'erreur, me semble-t-il, serait de croire (ou de faire semblant de croire) que le cheikh Al Maghrawi est représentatif de la majorité des musulmans, alors que tout indique que c'est exactement le contraire.
Je suis tenté de faire un parallèle avec le rôle qu'a joué l'affaire Dreyfus. On peut considérer que l'affaire Dreyfus a été le révélateur de l'antisémitisme en France, certes ; mais il me semble beaucoup plus intéressant de considérer que l'affaire Dreyfus a surtout révélé une France prête à se déchirer pour le sort d'un officier juif, et qui au bout du compte l'a réhabilité.
Il est sans aucun doute trop tôt pour l'affirmer, mais qui sait si l'affaire Al Maghrawi ne jouera pas un rôle similaire au Maroc, voire (comme l'article peut donner à l'espérer) dans le monde musulman plus largement ? Avouons que ça serait vraiment une excellente nouvelle !
EDIT : J'ajoute que, dans cette perspective, le roman de Jones ou d'autres manifestations du même type risquent bien d'avoir les effets inverses de ceux qu'on pourrait escompter. Si modernisation ou réforme il doit y avoir, elle ne durera que si elle vient de l'intérieur du monde musulman. Ce qui viendrait de l'extérieur aurait toutes les chances d'être perçu comme une agression.
De lioe
berlin | 23H09 | 07/10/2008 |
Bonsoir Thierry
Oui effectivement c est sous cet angle que j ai lu cet article, et pour tout vous dire je suis meme plutot content de ce debut prise en main(enfin ! )de la societe musulmane .
La societe civile doit recuperer le terrain perdu face a ces hommes prehistoriques qui poussent la limite toujours un peu plus loin. pour ma part je considere cela deja comme une bonne nouvelle !
Mais malheureusement, je crois que nous ne seront pas beaucoup a avoir interpreter cet article de cette maniere. Je m attend donc(une fois de plus) a une deferlante de mepris et d insultes a l egard des musulmans.
Bien a vous
De said sellali
cadre à nantes | 23H15 | 07/10/2008 |
La double réaction qui s'est produite face au cheikh salafiste Al Maghrawi est de très bon augure.
D'abord, la vigilance citoyenne qui a alertée sur la Fatwa anarchique de ce malade-en effet, au Maroc, il y'a un conseil des oulémas qui est SEUL habilité à édicter des Fatwas- et qui fait que cet abruti rase les murs à l'heure actuelle.
Ensuite, l'attitude des instances gouvernementales qui face à la réprobation publique ne pouvait agir autrement (fort heureusement) que de poursuivre ce malade théologien auto-proclamé du vendredi.
Enfin, à titre d'information pour tous ceux qui ne le savent pas, l'âge légal du mariage pour les garçons comme pour les filles au Maroc est de 18 ans et l'âge moyen de mariage quant à lui est de 26 ans et des poussières pour les femmes et de 30 ans et des poussières pour les hommes.
De caro
délinquante avérée | 23H35 | 07/10/2008 |
c'est le problème de tous les extrêmismes de toutes les religions, ils se rejoignent sur un point : la femme, petite ou grande, est un être secondaire qui n'a pas droit à la parole.
J'espère que la réprobation des populations autochtones sera assez forte pour que les autorités prennent des mesures drastiques, afin d'empêcher le massacre des fillettes.
De Lairderien
00H22 | 08/10/2008 |
Cette information est importante, car elle montre bien que la société civile des pays musulman et singulièrement du Maroc évolue dans le bons sens.
Le tollé qu'a soulevé au Maroc cette fatwa d'un religieux obscurantiste (pléonasme) auto-proclamé, est une pierre de plus pour l'édification de la laïcité dans les pays à majorité musulmane.
Elle montre aussi à nous autres européens qu'il faut bien faire la différence entre les intégristes islamistes et les peuples d'origine musulmane.