C'est un dimanche que je vais glisser définitivement dans la poche de mon pardessus. Le dimanche 5 octobre 2008. Le jour où je me suis retrouvé tout seul -je vous le promets- tout seul devant toute cette beauté de l'expo « Picasso et les maîtres ».
Même des vieux baroudeurs de la vie artistique n'en revenaient pas. L'ami, le biographe de Picasso, Pierre Daix me prend dans ses bras et me dit :
Le célèbre marchand d'art Daniel Lelong, qui en a pourtant vu, de Bacon à Giacometti, court comme un gosse devant toutes ces peintures.
Et je me demande, oui, tandis que la lumière est encore pâle du petit matin, si l'on peut sortir indemne d'une telle visite.
Je m'approche de « La Maya desnuda » de Goya. Francisco De Goya y Lucientes. Cette fille si blanche allongée sur le sofa. Plus de deux cents ans qu'elle nous jette ce regard de diamant. Provocateur et indolent. Ce merveilleux regard qui nous dit : « viens ».
Je me colle à quelques centimètres de ma « Buveuse d'absinthe » préférée, celle de Degas. Quand Manet et Verlaine allaient boire des canons, du côté de la Place Clichy.
Je disparais, corps et âme, devant Olga, cette jeune Russe dont la sensualité, les ombres, témoignent de l'influence d'Ingres dans le travail de Pablo. Olga, la danseuse russe.
Au loin, j'aperçois ces natures mortes que le peintre, alors âgé d'à peine 14 ans, avait déjà vues, aimées, totalement intériorisées. Une rose et un verre peints par l'Espagnol Zurbaran, contemporain de Velasquez. On dirait que le verre va sortir du cadre et vous exploser au visage.
Je marche. Je réalise, presque avec effroi, toute cette mémoire de la peinture universelle, ancrée dans le cœur et le style de Picasso. Il avait donc tout vu. Tout, je vous dis.
Il dira un jour à Pierre Daix :
« Ces peintres, Velasquez, Ingres, Rembrandt, Cézanne, qu'importe, tous ces peintres, ils avaient peint pour moi ! »
Je marche encore. Je m'attarde dans la salle des autoportraits. Tous ces peintres qui se peignent eux-mêmes. Ils nous regardent et fracassent pour la nuit des temps, toute référence au passé. Avec eux, plus rien ne disparaît. C'est cela, le bonheur inouï d'une telle exposition : l'abolition du temps.
Il faut partir déjà. Il faut hélas, retrouver les subprimes, la bourse et les people ; le spectacle d'un monde qui s'effondre. Je me balance une promesse en quittant toutes ces toiles. Juste une promesse : j'irai voir cet hiver, dans les moments de déprime, j'irai voir dans mon pardessus, le souvenir de ce dimanche 5 octobre 2008, là où « tout n'était que luxe, calme, et volupté ».
J'irai voir. Je me souviendrai.
► Picasso et les maîtres, une exposition au Grand Palais, à Paris, du 8 octobre au 2 février 2009. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h00 à 22h00, le jeudi jusqu'à 20h00. Tarif : 12€. Site web : Picasso et les maîtres




















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De marie 75 3563
12H10 | 07/10/2008 |
« tout n'était que luxe, calme, et volupté ».
C'est beau comme de l'antique….
Ca yen a être de la news ! !
Le musée Picasso … tu n'y étais point allé ?
Belle émotion …. en réserve, donc !
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 12H24 | 07/10/2008 |
Je n'ai pas vu cette expo et ne la verrai sans doute pas car j'habite trop loin, mais je sais ce que les expos d'oeuvres « croisées » peuvent avoir de fécond pour les péquins ordinaires. Dans mon cas, l'illumination a commencé par la fameuse exposition montée par Bill Rubin sur la naissance du cubisme en 86 (87, 88 ? ) au Museum of Modern Art de New York. Il ne s'agissait alors que d'élaborer un comparatif entre Braque et Picasso -- certaines toiles de Juan Gris y figuraient aussi, mais en périphérie --, des contemporains qui se sont côtoyés quelques années pour ne plus jamais se revoir par la suite, mais qui, pendant à peu près six ans, se sont inspirés l'un l'autre.
Aux tout débuts, il n'était pas clair qui des deux serait le plus grand peintre (les rendus de l'Estaque de Braque et ceux d'Horta de Ebro, de Picasso, paraissaient de qualité à peu près équivalente), mais après à peine 4 ans, l'envolée de Picasso était indéniable : débauche de couleur, constructions toujours plus ambitieuses, focalisation sur des sujets humains, alors que Braque tombait dans des redites plutôt ternes de thèmes (guitares, natures mortes) constamment ressassés. Tout d'un coup, l'imagination débridée de Picasso cantonnait Braque à une sorte de sur-place esthétisant.
Il est donc facile d'imaginer ce que peut apporter la confrontation « brute » de grands maîtres passés comme Velasquez, Goya, Delacroix ou Manet aux stupéfiantes et géniales « déviances » de Picasso. A ce point de vue, le site web consacré à l'expo aurait pu mieux faire, car il contient peu de juxtapositions parlantes. Heureusement, la mémoire nous sert !
J'envie beaucoup ceux qui pourront aller voir cette exposition. Une question : Pierre Daix parlait assez fréquemment de conversations avec Picasso sur Poussin. Or il semble que les oeuvres de ce dernier soient quasi absentes. Pourquoi un tel « oubli », d'autant plus suprenant que l'on est au Louvre, où les oeuvres de Poussin ne manquent pas ?
De Bertrand Mialaret
Consultant à Paris | 12H19 | 07/10/2008 |
Y aller de toute urgence, c'est absolument sublime ; et contrairement à beaucoup d'expositions de ce type, les rapprochements et juxtapositions ont vraiment du sens.
De marie 75 3563
12H46 | 07/10/2008 |
expo sûrment intéressante … mais l'Islande est en faillite …
L'émotion Bobo … je la prfère décrite par Proust à propos du « petit pan de murjaune ».
à marie 75
De déluge
menuisier | 12H58 | 07/10/2008 |
Ca serait pas un peu concon comme réflexion « émotion bobo » ?
L'Art n'est pas contre la réalité, c'en est l'expression.
à marie 75
De brogilo
in angulo | 14H10 | 07/10/2008 |
« je la prfère décrite par Proust à propos du “ petit pan de murjaune ”. »
ô Marie, mais je t'ignorais fan de Vermeer, c'est un grand jour !
Laisse moi te percer l'oreille, ma coquinette… : -))
(4 minutes de patience quand même…)
à brogilo
De marie 75
3563
15H23 | 07/10/2008 |
Je suis intello pur jus … et j'aime la belle écriture…
Wermeer, Le Caravage, Picasso (le cabinet des dessins à l'hôtel Salé)…
je connaissais les lumières de cette « jeune fille à la perle » et ses compositions en abîme : une pure merveille !
Merci, de l'avoir diffusée.
Proust en 14/18, je ne sais quoi répondre : il était asthmatique et non politique. Il se contentait de faire de l'ethnologie dans les salons mondains.
Mais … Madame Verdurin, aujourd'hui, serait sûrement sarkozyste.
à marie 75
De brogilo
in angulo | 15H46 | 07/10/2008 |
Eh bien écoute, ravi, Marie. J'aime te lire, sauf , il est vrai, quand tu balances des copiés-collés trop longs. Mais je te l'ai déjà dit, je crois : -)).
Pour le reste, au plaisir.
Quant à la Verdurin, on saura pas, mais y'a des chances…
Bises.
à brogilo
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 18H11 | 09/10/2008 |
Merci Brogilo,
cette video est une pure merveille…
Mais l'histoire ne s'arrête pas là !
Comme le peintre était déjà marié, elle le quitta bientôt et se mit à confectionner des yaourts qu'elle appela « Perle de Lait »
Elle connut un tel succès qu'on la surnomma La Laitière
aujourd'hui encore son souvenir est présent…au rayon frais des supermarchés…
à marie 75
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 14H12 | 07/10/2008 |
Euh, Marie, là je ne te suis pas du tout. C'est bien le même Proust (pardon, son narrateur Marcel) qui n'a connu de la première guerre mondiale qu'un départ de cuirassiers au front, vus dans l'entrebaillement de sa fenêtre… Comme implication dans l'actualité, on fait mieux.
Et puis, qu'est-ce c'est, l'émotion Bobo ? Si j'étais bobo, j'aimerais autant être capable d'émotion que l'inverse, fût-ce devant des tableaux de maîtres au milieu des décombres du système financier.
Il y a bien des travailleurs « méritants » imperméables à toute émotion, sauf la haine. C'est même là la source de leur aliénation. La rage est autrement plus féconde… Au moins, elle permet de « sortir de soi ».
De hycare
21H46 | 07/10/2008 |
Merci pour cet article.
De Alex Engwete
Consultant | 16H39 | 08/10/2008 |
De kk
star malgré elle | 17H11 | 09/10/2008 |
Cette expo, je ne la verrai pas non plus, plus les moyens de « monter » à Paris voir une expo, mais j'ai vécu un truc rare : l'expo Matisse Picasso au Grand Palais en Janvier 2003 un mardi, jour de fermeture.
Seule dans les salles avec l'ami qui m'avait invitée.
Les salles vides, le silence total, l'oeil qui embrasse toute la salle à la fois, pouvoir s'approcher, le nez au ras de la toile, pas de gardien, personne devant, personne qui attend derrière.
Prendre tout le temps, s'en mettre plein les yeux, et ce SILENCE.
Un sacré cadeau de Noël obtenu par un pote syndicaliste CGT.
à kk
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 18H16 | 09/10/2008 |
Bonsoir kk,
Ben moi quand je travaillais aux Antilles dans le plus grand magasin Carrefour de l'île, pour des raisons informatiques je suis resté tout seul dans l'hypermarché une partie de la nuit.
J'avais l'autorisation de manger ce que je voulais.
Je me suis balladé avec mon panier dans cet immense espace !
C'était nettement moins culturel que ton expo mais assez grisant… !
PS as tu Vu du ciel ?
à Thorgal46
De kk
star malgré elle | 18H59 | 09/10/2008 |
Daube je suis , daube je reste ….
Ben non
à kk
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 20H07 | 09/10/2008 |
Arrête de te sous estimer !
Tu te débrouilles très bien :
Je parlais de la photo « vu du ciel »
à Thorgal46
De kk
star malgré elle | 20H23 | 09/10/2008 |
la photo du Prieuré ?
à kk
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 20H27 | 09/10/2008 |
Voui, c'est ça ma grande…tu y es !
à Thorgal46
De kk
star malgré elle | 21H58 | 09/10/2008 |
Quand on m'explique …
Bonne nuit à toi